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faut un genre plus précieux et plus court que le roman. C’est alors que ressuscite le conte de fées.
«« Conter », chez l’homme, est une nécessité. La mère qui le soir berce son enfant est obligée, pour satisfaire cette supplication enfantine : «encore un autre conte, maman », de faire appel à toute son imagination. Ce désir de s’enchanter soi-même, de s’évader du réel en se faisant transporter dans des pays étrangers, en se substituant aux personnages du conte, en devenant aïnsi roi, riche, savant, heureux, est, chez l’homme, toujours aussi vif, aussi ardent que lorsqu'il était encore ‘enfant. D’où l'existence de ces fables que se transmettent oralement les générations et de ces contes que nous lèguent nos littérateurs.
En effet, de tout temips nous avons eu des conteurs. Il suffit de citer Lucien et Apulée chez les Anciens, Rabelais et Des Périers chez les Français. Au douzième siècle, Marie de France transcrivit dans ses lais les contes féeriques que ses aïeux lui avaient laissés. Au seizième siècle, avec Mélusine, Grande Fée du Poitou, Jean d'Arras assurait la continuité du conte merveilleux,
C’est ce même conte que nous allons retrouver dans le roman du dix-septième siècle. Il y a dans l’Astrée, une fontaine merveilleuse, dans Polexrandre une île enchantée, Dans Virgile Travesti, Scarron représente la vieille Hécube amusant le petit Astyanax avec des contes de Mélusine.
Le Polexandre de Gomberville, la Cassandre de la Calprenède, l’Abrahim de Mlle de Scudéry et les romans de Mlle de Villedieu, avec leurs cavaliers qui, en vrais héros, font face à la mort pour obtenir un doux sourire de leur jolie princesse, leur amour naïf du bon ‘vieux temps, et tout ce qui reflète les jours
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heureux du moyen âge, contiennent tous des histoires féeriques et débordent de merveilleux. Et l’immense succès que remportent le Théâtre d'Honneur de la Colombière et les tragédies lyriques de Quinault où l’on trouve des éléments essentiels du conte de fées, démontre bien que le goût du public évoluait vers le merveilleux.
En 1656, Mme de Sévigné fit à Mademoiselle le récit
du conte de la Cane de Montfort qui, tous les ans, écrit-elle, à da « Saint Nicolas », sortant d’un étang avec ses canetons, passait à travers da foule du peuple, venait à l’église et y laissait en offrandie l’un de ses petits. Cette cane avait été une femme qui m’allait pas à la messe, Elle «et ses enfants furent, en punition, changés en canetons et en cane. Mademoiselle fut tellement charmée par ce conte qu’elle le fit mettre par écrit en 1662. C'était un des premiers contes du dix-septième siècle.
‘Le conte de fées était en vogue à la cour et dans les salons, mais ce n’était encore qu’un genre oral. Le 6 août 1677, Mme de Sévigné écrit de Eivry :
« Madame de Coulanges, qui m'est venue faire ici une fort honnête visite, voulut bien nous faire part des contes avec quoi l’on amuse les dames de Versailles : cela s'appelle les mitonner. Elle nous mitonna donc et nous parla d’une île verte où l’on voyait une princesse plus belle que le jour : c’étaïent les fées qui soufflaient sur elle à tout moment. Le prince des délices était son tamant ; ils arrivèrent tous deux dans une boule de cristal, alors qu’on y pensait le moins : ce fut un spectacle admirable, chacun regardait en l'air et chantait sans doute :
Allons, allons, accourons tous, Cybèle va descendre. :
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Ce conte dure une heure : je vous épargne beaucoup en considérant que j’ai su que celle île verte est dans Océan : vous n'êtes point obligée de savoir exactement ce qui s’y passe. Si c'eut été dans la Méditerranée, je vous aurais tout dit, comme une découverte que Monsieur de Grignan eût été bien aïse d’apprendre. »
On voit bien, d’après ce texte, que le conte oral eut dans les salons Je plus grand succès. C’est lui qui tint le premier rôle dans ces rendez-vous où se rencontraient les courtisans, les écrivains, les gens désœuvrés, le beau monde. Il servit à voiler des déclarations galantes. Par son intermédiaire l’on vanta les gloires du Grand Siècle. Ce fut une nouvelle façon ‘de flatter le roï et la cour. Et quelquefois, même à cette époque. de pure galanterie, le merveilleux cacha des remarques piquantes sur la morale. En un mot, à la fin du dix-septième siècle, le conte fut dans les salons le genre littéraire par excellence. .
Ce goût de la féerie envahit la cour. Dans les fêtes, Louis XIV fut suivi d’une file de courtisans et de grandes dames habillés en faunes, en satyres, en nymphes. Ces réjouissances ‘du grand monde ‘étalèrent lart du merveilleux dans toute sa splendeur.
Jusque vers 1690, le conte ne fut qu’un genre oral. Madame d’'Aulnoy osa, si l’on peut dire, cacher un petit conte dans son Histoire d'Hypolite, comte de Duglas. Après ce petit essaï, le conte féerique ralentit sa course envahissante. C’est à peine si Charles Perrault écrivit quelques contes en vers. Mile Lhéritier glissa deux contes dans ses Œuvres Meslées.… Puis, en 1696, Mile Bernard en inséra deux dans un roman. Enfin, Perrault, le maître du conte féerique, publia, dans une revue, sa Belle au Bois Dormant.
Et l’année suivante, en 1697, il présentait, sous le nom de son fils, ses huit contes en prose.
C’est alors que le conte féerique atteint son apogée. Il occupe tous les esprits des salôns ; on en parle, on de discute, on le récite. Les bons, les mauvais écrivains s’y exercent à qui mieux mieux. Les jolies . dames tâchent d'introduire dans leur langage des tournures pleines de merveïlleux. Les galants vont chercher dans les contes leurs compliments flatteurs. Ne pas connaître la Belle au Bois Dormant fut le signe d’une éducation négligée. Certes, dans cette subite floraison de contes, il y eut du bon et du mauvais. Maïs, ce qui est incontestable, c’est que ce genre nouvellement ressuscité, va vivre jusqu'à la fin du dix-huitième siècle,
Le conte poursuit donc son chemin. En 1697, Mme d’Aulnoy publia les quatre premiers tomes de ses contes. La même iannée, Mille de La Force en donna, -elle aussi, deux volumes. Dufresny introduisit même le merveilleux sur la scène. L'année suivante vit naître des Contes moins Contes que les autres, de Préhac. Mme de Murat et Mme d’Aulnoy ajoutèrent plusieurs volumes au trésor des fées. Et cet enthousas-: me continue jusqu'à la fin du siècle.
Ge nouveau genre littéraire ne fut, au début, qu’une façon de distraire, par la légèreté même des sujets, les habitués des salons. Il ne sembla fait que pour divertir. Cette ihistoriette merveilleuse était fondée sur une invention, sinon ‘absolument invraisemblable, du moins pleine d’irréel. « Mme de Clèves » ou ‘le « Chevalier des Grieux » peuvent vraisemblablement exister, mais « Gargantua » et le « Petit Poucet », ne sont que des produits de l'imagination. Mais ce genre de contes de Mme d’Aulnoy, de Mme de Mu-
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