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rat, de Charles Perrault et des. autres conteurs de. cette période, allait subir bientôt l'influence de l’exotisme, ee
Au début du dix-septième siècle, les connaissances exotiques en France étaient très restreintes. La littérature en général, en était presque dépourvue. Si l’on introduisit l'Orient dans le roman ou dans la tragédie, les personnages n’en gardèrent pas moins toutes des mœurs françaises, et s'ils se plurent dans ce pays nouveau où les jetait le caprice de l’auteur, c’est que cette contrée offrait les mêmes paysages.
Cependant, les soixante premières années du dix-. septième siècle avaient produit à peu près une trentaine de relations sur les voyages. Ces anecdotes de voyages commencèrent à développer de goût de l’exotisme chez les lecteurs de lépoque."D’autres grandes influences contribuërent à augmenter ce goût : la soif de Faventure et les grandes aspirations coloniales du siècle de Henri IV. Dans une lettre adressée à Carrel de Sainte Garde, le 15 décembre 1663, Champlain écrivit : :
« Nostre nation a changé de goût pour les lectures et, au lieu des romans, qui sont tombés avec la Calprenède, les voyages sont venus en crédit et tiennent le haut bout dans la cour et dans da ville. »
Jusqu'en 1660, les premiers voyageurs, François Martin, Pyrard de Laval, de Freynes, de Beauveau, furent des capitaines, des aventuriers. Le profit intellectuel d’un voyage n’était pas ce qui les intéressait, ni ce qu’ils recherchaïent, Tous leurs efforts se bornaient à se tirer des difficultés et des dangers ou à exploiter les bonnes dispositions des indigènes. Quant à tout ce qui concernait l’homme, leurs con-
‘ naissances étaient très imparfaites : ils ne comprirent
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et même ne virent que ce qui se rapprochait de leurs idées et des mœurs françaises.
Malgré toutes ces imperfections, Je goût et la connaissance de l'Orient commencèrent vers 1660 à se préciser. Le nombre des relations des voyages doubla tout à coup et la faveur du public ne fit que eroître par la suite. Après 1665, il parut environ quatre volumes de voyages tous les trois ans. Et le début du dix-huitième siècle demanda plus encore : la production augmenta d’un tiers : entre 1710 et 1730, l’on publia à peu près deux volumes par an. L’Inde y tenait la première place ; puis la Turquie, la Perse, le Japon, et surtout la Chine, vinrent s'ajouter à la liste des pays à la mode.
Si les voyageurs, au début du siècle de Louis XIV, furent de simples’ aventuriers, des trafiquants qui ne s’intéressaiént qu’au commerce, en revanche, vers 1665, il y eut de vrais voyageurs et des observateurs instruits, tel que Thévenot qui, en. 1665, écrivit le Récit d'un voyage fait au Levant ; neveu d’un garde de la Bibliothèque du roi, il avait fait de fortes études pendant sa jeunesse ; à Tavernier qui, en 1676, donna les Voyages en Turquie, en Perse et aux Indes, Louis XIV accorde une audience et octroya des lettres de noblesse, Bernier, qui fit paraître ses Voyages en 1699, était l'ami de Boileau, de Racine et de Molière :; il étudia la médecine et fut même reçu docteur à la Faculté de Montpellier, |
Désormais, nous aurons de vrais voyageurs, qui s’occuperont de rechercher ce qui intéresse l’archéologie, de connaître les coutumes sociales et politiques des nations d'Asie, leurs croyances et DRAP religreuses et le détail de leurs mœurs.
Soit au théâtre, soit dans le roman, le public deman-
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da des thèmes qui puissent donner à son imagination exaltée, l’image de la vie, réelle ou idéale, mais toujours vivante, Pendant le dix-septième siècle, Pimage de POrient avait été absente du roman. Au début du dix-huitième siècle, les manuscrits orientaux de
da bibliothèque du roi, hâtivement traduits, révélè-
rent brusquement les contes qu’ils tenaient cachés depuis longtemps. En 1708, avec la traduction de Galland, des Mille et une Nuits, le conte oriental paraïssait pour la‘première fois. Le traducteur m'avait pas prévu de succès réservé à son œuvre. Comme il de dit. dans l’aventissenrent, son but était de faire connaître l'Orient sous une forme nouvelle. C’est cette nouveauté et ile caractère fantastique de lœuvre qui firent le succès inouï de ce conte à la couleur orientale. De là date ce déluge de contes orientaux, qui allait inonder la littérature. Contes tartares, arabes, pensans, turcs, chinois, mongols, péruviens, se succédèrent les uns aux autres sur un rythme étourdissant.
De 1700 à 1720, furent publiés quarante-cinq ouvrages à couleur orientale ; de 1720 à 1740, l’âge d’or de ce conte, il en parut soixante-quinze. Et, de 1740 à 1748, nous pouvons en compter cinquante (1).
Cependant, dès 1684, cette couleur orientale avait
déjà fait son entrée dans l’Espion du Grand Seigneur,
de Giovanni Paolo Marana. Elle servait à masquer la satire sociale. Ce procédé commode fut alors employé par bien des écrivains ; c’est aïnsi qu’en décrivant des
mœurs d’une cour orientale, Chardin fournit une am-
ple matière à Montesquieu et à Voltaire pour se mo-
iquer de la cour de France. La Bruyère, en 1688, dans
(1) Voltaire, Zadig, éd. Ascoli, 1929, II, p. xLIx.
am
ses Caractères, choisit un Siamois pour juger les Français (2).
Ce conte oriental à tendances satiriques, atteignit son apogée avec les Lettres Persanes de Montesquieu. Il est vrai que la critique de la cour et des courtisans avait déjà trouvé place dans le Diable Boiteux de Le Sage, mais cette satire n’avait point revêtu cette forme épistolaire, ni ce genre oriental. L'auteur des Lettres Persanes est allé chercher auprès des voyageurs, toutes les indications susceptibles de donner plus de vraisemblance à son roman oriental et, en imitant de près d'Espion, de Marana, il a écrit un chef-d'œuvre de la satire. Usbeck et Rica expriment leur indignation devant l'intolérance religieuse ; ils feront remarquer, d’une façon toutefois assez discrète, que le gouvernement de Louis XIV n’est pas l'idéal du genre monarchique et que sa cour n’est qu’un lieu de corruption et de débauche. Dans la lettre 108, les auteurs et les journalistes se trouvent même taillés en pièces par l'épée de la satire, La noble institution de la Sorbonne passera elle aussi sous la férule de Montesquieu (3). Ces lettres avaient créé un genre nouveau.
Si dexotisme oriental a fourni la matière du conte épistolaire et satirique, il n’en a pas moins apporté l'élément essentiel du conte libertin.
Les harems privés, les séraïls royaux, avec leurs ennuques et leurs sultanes, quelle abondante matière. pour limagination pornographique ! Quelle source de comparaison entre la femme de France et cette femme d'Orient, enfermée dans les chambres d’un ha-
(2) La Bruyère, Caractères, Des esprits forts. Ed. Servais, n° 29. | (3) Montesquieu, Lettres Persanes, éd. 1931, lettre 109.