LES MILLE ET UNE HEURES
CoNTES PÉRU VIENS
En 1733, Gueullette fit paraître les trois volumes des Mille et une heures, contes péruviens. Nous avons essayé de montrer dans le premier chapitre que ces contes sont bien de Gueulllette, malgré l'opinion de certains de ses biographes qui prétendent que les contes péruviens sont d’un autre auteur ; notre conviction se fonde sur la persistance des procédés haibituels de l’auteur et sur l'opinion générale des critiques les plus autorisés.
Pour commencer la chaîne de ses contes, Gueullette se sert de l’histoire suivante
Le jeune fils d’un roi est déshérité par son père parce qu’il a séduit une des vierges choisies dans le royaume pour célébrer certains offices religieux. Chassé ide la cour, il revient pour délivrer son père attaqué par de terribles ennemis. Reconnaissant, le père déjà vieux, cède le trône à son fils. Celui-ci fait construire pour son père un magnifique palais où le vieillard se retire pour vivre en paix le reste die ses jours. Mais celui-ci, bientôt las d’une vie aussi monotone essaie de s’empoisonner. Une vierge transportée dans ile palais par un pouvoir magique, empêche le
roi de se suicider. Ellle lui dit que, pour le distraire, elle lui racontera des histoires une heure par jour. Le roi accepte maïs si ces histoires, ajoute-t-il, ne le divertissent pas, il la tuera. Nous arrivons alors à Vhistoire de la première heure :
Le Prince Himar possédait toutes les qualités d’un bon souverain, mais il avait un travers, celui de ne pas aimer les femmes, Son peuple finit par obliger
à partir à la recherche d’une épouse. En route, il pénètre, après avoir livré combat à un énorme tigre, dans une caverne où il trouve quatre jolies jeunes filles mais à peine les a-t-il vues qu’il devient aveugle, car c’est la grotte d’un génie. Il est obligé de passer ainsi trois ans dans l’obscurité. Les trois années suivantes, il endure mille épreuves. Le prince finit par arriver dans une île. où il trouve une princesse qu’il se met à aimer. À peine lui a-t-il déclaré son amour qu’elle est enlevée par un mauvais génie. Maïs c’est la dernière épreuve çar Île bon génie lui rend sa princesse. Le prince Himar l'épouse aussitôt et retourne alors dans son royaume pour vivre dans la plus grande joie le reste de ses jours.
Histoire du Prince Houac
Houac fut appelé, tout jeune encore, à remplacer . son père sur le trône. Il n’était roi que depuis quelques jours, lorsque les gens d’un pays voisin vinrent le supplier de venir les délivrer de lenchantement d'un géant qui leur causait de grands malheurs. En récompense de ses Services, il obtiendra la main de la très jolie princesse qui règne dans ce pays.
Houac va dans l’île où se trouve le géant et le rencontre. Ce monstre qui avait saisi un voyageur lui faisait raconter son histoire.
Histoire du voyageur À lâge de dix-sept ans, ce voyageur s’éprit de la sœur d’un magicien. Ce dernier, pour le punir de cet amour, le transforme en oiseau. Sous cette forme, ïl devient amoureux d’une princesse aimée d’un autre
prince. La princesse apprenant que le petit oiseau qu’elle caresse est, en réalité, un prince, obtient des fées que l'oiseau reprenne sa première forme. Le voyageur, redevenu prince, livre combat à l’amant de sa princesse et le blesse grièvement. Celui-ci pour se venger émpoisonne la princesse et meurt peu après.
Notre voyageur continue ses aventures. [l arrive dans une ile peuplée seulement de jeunes filles nues: Il finit par épouser la princesse de l’île. Maïs, un jour, profitant de absence ide sa femme, il lui est infidèle ; il en est puni par la perte d’un bras et d’une jambe ; puis il parvint à s'enfuir et nous le retrouvons devant le géant. à
Suite de l'histoire de Houac
Après le récit de ces aventures, Houac, qui s’était approché sans que le géant l’eût aperçu, livra bataille au monstre. Après un combat de plusieurs heures, il parvint à le tuer et à délivrer ainsi le pays de son enchantement. Comme il éfait convenu, il obtint la main de la jolie princesse Hatem-Rucana, qui régnait dans cette île, Mais la veille des noces, les deux fiancés furent séparés par un monstre qui enleva la princesse. Le monsire déclara son amour à Hatem-Rucana ; comme elle lui résistait, il la précipita dans un cachot.
Mais, apres maintes aventures, le prince entre en possession de la lance magique et des talismans qui lui permettent de délivrer la reine de sa prison. Arrivés dans l’île d’Uxi, ils rencontrent le prince de cette île qui leur raconte ses aventures.
sb Histoire du prince de l'ile d'Uxi
Le père d’'Uxi, ayant découvert que sa femme lui était infidèle, la tua pour s’en débarrasser. Il avaït juré de ne jamais se remarier, maïs il rencontra une princesse très jolie qui su lui faire oùblier sa résolution. Le soir des noces, sa nouvelle épouse donne naissance à Uxi. Se croyant encore trompé, le roi allait tuer cet enfant, lorsque son épouse Ilui révéla que, quelque temps auparavant, une cousine, jalouse d’elle, usa d’un pouvoir magique pour l’endormir et lui faire passer la nuit avec le roi. Le souverain était donc vraiment le père d'Uxi. Apprenant ceci, le roi protégea son enfant jusqu’à ce qu’il soit devenu un jeune homme, puis il [lui céda le trône et mourut peu après. Uxi étant très laid, aucune princesse ne voulait lépouser. Désespéré, le prince alla consulter un oracle pour connaître le moyen de trouver une épouse : il apprit qu'il devait abdiquer la royauté et quitter sa mère. Il fit ce que l’oracle lui avait ordonné et partit à la recherche de sa princesse.
Un jour, il rencontra la fille d’un magicien qui lui plut beaucoup. Il alla demander sa main à son père. Celui-ci lui dit qu’il devra auparavant subir des épreuves très difficiles auxquelles quarante-neuf autres amants ont succombé, Le prince consent à risquer sa vie. [Il accomplit toutes les épreuves du magicien, mais, de retour, il apprend que la princesse est morte. Après tant d'aventures inutiles, le prince Uxi, le cœur brisé, vint se retirer dans cette île.
Suite de l'histoire du prince Houac et de la reine Hatem-Rucana
Après un long voyage, Houac et la reine Hatem- Rucana area enfin dans une autre île où ils ren-
en OT
contrent un prince, une princesse et le père de celleci. Comme Houac et Hatem-Rucana expriment leur ardent désir de se marier, le père consent à marier les deux couples. Pendant la nuit nuptiale, la reine Hatem-Rucana, la lance magique et les talismans sont enlevés.
Houac, consultant de nouveau les oracles, apprend qu’il asperdu son épouse et les deux trésors magiques parce qu’en se mariant, il a négligé d'offrir des sacrifices aux dieux : pour les retrouver, il devra subir des épreuves nombreuses et difficiles.
Le prince, résolu à vaincre tous les obstacles, part sur un navire. Il est naufragé et jeté sur une île. Un matin, il aperçut, au large, quelque chose qui flottaït et qui semblait venir vers lîle. Peu à peu, cet objet approcha et Houac vit que c'était une ÿeune fille et “un vieillard sur un radeau. Après avoir secouru ces deux personnes, il apprend que la jeune fille est une
princesse et que son fiancé a été jeté dans l’île voi-
sine, Tous trois vont à la recherche du jeune prince et le délivrent des mains d’une reine voluptueuse ; puis la princesse et le prince s’épousent.
Houac continue alors son voyage à la recherche de la reine Halem-Rucana. Après avoir combattu des lions et des tigres, il arrive enfin dans l’île où règne le ravisseur de sa femme et le tue. Désormais, Hatem-Rucana et Houac passèrent le reste de leurs jours dans une grande félicité.
Ainsi que nous l'avons vu au commencement de ce recueil, une vierge était venue distraire le roi Hümar qui voulaït s’empoisonner. Le roi fut tellement intéressé par ces contes qu’il oublia son ennui et désira épouser cette vierge qui Jui avait ainsi sauvé la vie. Ï1 l'épousa donc et, après le retour de son fils Houac
et de la reine Hatem-Rucana, tous les quatre vécurent dans le bonheur le reste de leurs jours. Ainsi se terminent les Mille et une heures, contes péruviens.
L'histoire qui sert d'introduction aux contes péru-
viens, est un emprunt manifeste aux Mille et une Nuits, de Galland. Chez Gueullette, c'est une vierge qui, pour empêcher le roi ide se suicider, lui raconte des histoires ; et elle devra mourir si ces histoires ne divertissent pas le roi. Dans les Mille et une Nuits, c'est également une vierge qui raconte des histoires au sultan pour apaiser sa colère, sous peine, elle aussi, de mourir si ses contes n'arrivent pas à distraire le sultan. |
L'histoire du voyageur qui, prince transformé en oiseau, déclare son amour à une princesse, ressemble beaucoup à l'histoire de Fleur-d'Epine, de Hamilton et à l'Oiseau Bleu, de Mme d’Aubusy, où nous voyons également des princes transformés en oiseaux, qui tiennent avec des princesses des conversations amoureuses.
Les Mille et une heures eurent aussi un grand succès et furent réédités trois fois. I semble toutefois que ce recueil de Gueullette contienne, plus que tous les autres, des emprunts aux recueils précédents. Est-ce parce que ce sont les derniers contes de Gueullette à couleur orientale et que l’auteur a épuisé sa fonce d'invention ? Toujours est-il que nous y trouvons -un grand nombre d° histoires que nous avons déjà vues dans les contes tartares, chinois ou mogols.
Après cette sèche analyse qui ne rend certes, ni l'intérêt ni les qualités que possède le conte oriental chez Gueullette, le moment nous semble venu de don: ner une appréciation générale sur ces quatre recueils de contes tartares, chinois, monts et péruviens.
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-En premier lieu, examinons la forme du récit. Cest une intrigue à tiroirs et à épisodes que Gueullette perfectionna peu à peu. L'auteur commence, au début des contes, une histoire principale dont il faufile le fil à travers d’autres petites histoires qui viennent l'interrompre dans son développement normal. Ce sont, pour ainsi dire, de petits tiroirs que lauteur tire par ci, par là, pour changer les idées de ses lecteurs ou piquer leur curiosité en leur faisant attendre
la suite de lhistoire principale, Les courtes anecdotes
qui se glissent ainsi dans Je récit, peuvent quelquefois se rapporter directement à l’histoire principale, mais, le plus souvent, ce ne sont que (des panneaux tirés de derrière les coulisses qui n’ont aucun rapport avec l’histoire principale. |
“Dans ses premiers contes, les Soirées Bretonnes, Gueullette se sert, pour la première fois, de cette forme de récit : C’est vraiment ‘un coup d'essai, mais non pas un coup de maître. Car il est très difficile de suivre l'intrigue principale des Soirées Bretonnes, à cause de cette multitude de petits tirois absolument surchargés de contes. Une autre difficulté vient s'ajouter au pot pourri des histoires : c’est l'emploi abusif des noms allégoriques. D'où il résulte que ces contes donnent l'impression d’une confusion générale.
Mais au cours de la production des contes tartares, chinois et péruviens, Gueullette est arrivé à perfectionner ceïte forme du récit. Nous pouvons déjà suivre plus facilement Je fil de l'histoire. Mais c’est dans les contes mogols que Gueullette porta à sa perfection cette forme du récit : on ne s’embarrasse jamais dans la suite des idées ; les histoires étant plus longucs forment à elles seules de véritables petits romans ; et iles ‘anecdotes à tiroirs, parce qu’elles ne
sont pas surchargées de personnages, deviennent simples et claires.
En utilisant, pour le récit, cette forme à tiroirs et à épisodes, Gueullette imitaït les Mille et une Nuits de Galland. Le roman du dix-septième siècle pratiquait d'ailleurs le même procédé. L'Astrée de d'Urfé, avec ses nombreuses anecdotes, qui viennent se superposer à l'histoire principale ; Le Roman Comique, de Soarron, et les vingt volumes du Grand Cyrus, de Mile de Scudéry, ‘avec leur multitude de personnages et d'histoires, montrent amplement que cette forme de récit à tiroirs et à épisodes n’était pas nouvelle au dix-huitième siècle et qu’elle avait déjà servi à éveiller la curiosité des lecteurs du dix-septième siècle.
En donnant les Mille et un quart d'heures, les Aventures Merveilleuses du mandarin F um-Hoam, les Sullanes de Guzarate et les Mille et une heures, Gueullette voulait intéresser son public par la couleur orientale qu'il avait tâché de mettre dans ces contes. Leurs sous-titres, contes tartares, chinois, mongols et péruviens en sont une première preuve.
Dans la préface des contes chinois, Gueullette indique lui-même qu'il a voulu donner (de Ja couleur locale à son ouvrage. Il nous dit, en Len des Chinois
« J'ai cohSErvÉ leurs mœurs et leurs expressions autant qu'il m'a été possible de le faire. »
Dans l « avis au lecteur », des Sultanes de Guzarate, Mauteur déclare également :
« Il me reste à dire, que ce n’est point sans raison que j'ai mis à ces aventures des notes géographiques et historiques un peu plus amples que lon à coutume de le faire en pareil cas, outre qu’il y a nécessai-
Tres
rement, dans des sortes d'ouvrages, des endroits qui ont besoin d'explications, surtout pour les dames. J'ai cru devoir les appuyer et principalement ceux qui regardent l’histoire fabuleuse, de Pautorité de la Bibliothèque Orientale, ou des plus célèbres voyageurs qui ont parcouru ces vastes pays. »
Les intentions de l'auteur apparaissent donc clairement. Il a voulu nous transporter par dla couleur du récit dans ces pays de l'Orient, où ses contes se déroulent.
Nous trouvons a bas des pages quantité de notes sur l’histoire, la géographie, les mœurs des pays dont il s’agit. |
Guellette ne craint pas d'introduire parfois quelques descriptions pour ünsister sur la couleur locale. Nous pouvons lire, par exemple, dans les contes tartares, le passage suivant :
« La terre y était couverte d’une herbe molle, qui paraissait ne vieillir jamais. Les chaleurs de l'été, ni les rigueurs de l'hiver, n’y flétrissaient point les roses, les jasmins et les violettes, dont la campagne était ornée. Et ces fleurs, gui charmaïent la vue par la diversité de leurs couleurs, réjouissaient en même temps les sens par l’odeur exquise dont elles embaumaïient Pair » (9). |
L'auteur n’a-#t-il pas voulu, par de tels passages, nourrir l” AU n de son lecteur, déjà tournée vers ces lointains pays
‘Cependant, 'la A des contes ide Guen.
lette a une valeur bien inférieure à celle que possèdent « Les Mille et Une Nuits ». Gueullette n’a donné à ses contes qu’une couleur locale superficielle. Sa fan-
(9)Contes tartares op. cit. T. 21, p. 85.
taisie a fait le reste. Certes, pour les notes que nous trouvons au bas des pages, il a dû faire des recherches dans la Bibliothèque Orientale et dans le recueil des Lettres édifiantés ; maïs, quand Îlks sources lui ont fait défaut, il à tout simplement puisé dans son imagination. En effet, dans « l’avis aux lecteurs » des Sultanes de Guzarate, il déclare, en parlant du public :
« Il a lu avec beaucoup de plaisir, à ce que j’aï appris, ce conte habillé à da tartare. »
Il admet donc lui-même qu'il a pris un conte fran- Çais ou italien et Pa « habillé » à l’orientale.
Si nous examinons de près certaines notes, nous voyons des erreurs. C’est ainsi que, dans les contes tartares, il écrit :
« Les Bédouins sont des voleurs arabes qui s’assemblent en très grand nombre et tâchent de sunprendre les caravanes qu’ils pillent ordinairement. »
Les Bédouins peuvent être, à l’occasion, des voleurs, mais, d’après le dictionnaire arabe, Le sont d’abord des laboureurs ou des pasteurs. ;
Dans certaines notes même, Geullette montre plutôt son humour que des connaissances strictement orientales : dans les Mille et un quart d'heures, il raconte qu’au lendemain de la nuit nuptiale, l’on servit au jeune époux un grand plat de pieds de moutons à la vinaigrette, et il explique, en note :
« Un plat de pieds de moutons à la vinaigrette et un ragoût, en Turquie, dont l’on restaure ceux qui sont débilités par quelque excès ; l'oh a coutume d’en servir aux mariés le lendemain de leurs noces, de même qu'en France on leur apporte le brouet ».
L'on voit, par là, que Guellette ne prétendait pas être bien sérieux dans son souci de couleur orientale.
La lecture de ces contes ne nous transporte pas dans un pays étranger et nous croyons presque avoir sous les yeux un conte de fées français avec, de. temps en temps, des personnages et des noms quelque peu extraordinaires. Enlevons le vernis oriental qui recouvre ces conies, et nous constaterons que les personnages, les mœurs et même les paysages sont bien françaïis ; bref, la couleur orientale chez Gueullette, n’est on le voit, que superficielle.
Mais alors, pourquoi Guellette s’estl donc servi de cette couleur orientale ? D’abord, le conte oriental était en vogue ; le public s'était engoué de ce genre et Gueullette suivait la mode du temps. Puis, c'était un procédé commode, employé par tous les’ conteurs et romanciers de l'époque, pour déguiser, sous des apparenves orientales, des remarques sur la politique, la cour, la bourgeoisie, On pouvait, par ce moyen, se permettre ide critiquer les institutions et les gens sans du même coup s’attirer des ennuis. :
Le conte de Guellette renferme également, cela saute aux yeux, beaucoup de merveilleux. En quoi consiste le merveilleux en littérature ? à exciter ladmiration ou la surprise, par l'intervention des êtres et des moyens surnaturels. Pour atteindre ce résultat, l’auteur s’est servi-de tous les moyens ordinairement employés : existence de fiées, de monstres, ide génies, de géants, enlèvement subits, arrivées inattendues de chevaliers sauveurs, talismans m'agiques, métamorphoses, etc, etc. Aie
Le recueil des contes tartares débute avec un prince qui, devenu aveugle, envoie un médecin à la recherche d’une eau miraculeuse capale de lui rendre la vue. Dans ces mêmes contes, un prince se méta-
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morphose en jeune file (10), un enchanteur en tau reau (11) ; une princesse qui boit de l’eau à une source merveilleuse tombe immédiatement ‘dans les bras d’un géant (12), une autre princesse monte sur un arbre dont les feuilles sont en lames de rasoir (13).
Dans les Aventures merveilleuses, de titre seul indique la féerie qui y est contenue, Nous y voyons un mandarin dont l'âme passe tour à tour dans le corps d’une jeune fille, d’un singe, d’un serpent, d'une souris, d’une puce, d’un chien, d’un tyran, d’un iman. Dans ces mêmes contes, les fameuses herbes de la mauvaise fée jouent un rôle important (14). -
Les Sultanes de Guzarate contiennent, elles aussi, beaucoup ‘de merveilleux, Tous les” voyageurs qui viennent raconter leurs aventures devant les sultanes ont été transportés dans le harem par un pouvoir magique. Entre mille autres traits de ce merveilleux, un jeune prince reçoit comme butin un sac dans lequel il y a une fée (15).
Dans les contes péruviens, il y a des génies qui consalent des princes (16), qui les transportent soudain, lorsqu'ils sont naufragés, dans des îles (7), il y a des lances et des talismans magiques (18).
Voulons-nous'encore d’autres exemples de ce merveilleux ? Prenons les Soirées Bretonnes, et lisons :
(10) Histo:re de Cheref-Eldin, Contes tartares. (11) Histoire du Souffel, Contes tartares.
(12) Histoire de Gulguli, Contes tartares.
(13)° » de Elcaton id.
(14) » de da ibelle Hengu, Contes chinois.
(15) » d'Abderaïm, Contes mogols.
(16) » d'Himar, Contes péruviens. É (17) » die Houac, Contes tartares.
(18) » de Gulguli, Contes tartares.
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« Brandagedonodon, le géant, dans le moment armé de pied en cap, ressemblait à une haute tour. Il avait à ses côtés deux sauvages d’une grandeur prodigieuse, velus comme des ours et armés comme lui de massues de fer (19).
N'est-ce point là, pour le prince charmant . dignes et fantastiques ennemis ?
Et, dans les Mille et un quart d'heures :
« J'avais mis le sabre à la main par crainte de surprise, en en‘rant dans la caverne. Le singe me fit signe d’en frapper Île rocher de l’endroit le plus brillant : je ne l’eus pas plus tôt fait qu’il se fendit en deux et que, par cette ouverture, il parut un escalier de marbre noir avec une rampe toute d’or » (20).
Ne sommes-nous point ici en plein conte de fées ?
Bref, tous les contes de Gueullette contiennent, ainsi que nous avons pu le constater, par les quelques exemples choisis entre mille autres traits, beaucoup de merveilleux,
Ce merveilleux semble, chez Gueullette, nuire plutôt à l'intérêt du récit. Au lieu de nous conduire vers le dénouement avec logique, tout en suscitant notre curiosité, l’auteur fait intervenir des fées ou des gé-
nies, toutes Îles fois que son héros est en difficulté.
Nous n’éprouvons plus de crainte alors à son sujet. Aussi, ce merveilleux n’ajoute-t-il aucun intérêt aux anecdotes ; au contraire, les contes où il y a le moins de féerie et où l’auteur respecte la vraisemblance, sont, en général, les plus intéressants et les plus captivants.
(19) Soirées Bretonnes, op. cit. T. 32, p. 80. (20) Contes tartares, op. cit., T. 21, p. 293.
S'il y a du merveilleux dans les contes de Gueullette, il va sans dire qu’il y à aussi des aventures.
Dans les Mille et un quart d'heures, il y a des princes changés de berceau à leur naïssance (21) et un naufrage (22), des ossus jetés dans une rivière, d’où ils sont retirés encore vivants, après y avoir séjourné quelques jours (23), un roi détrôné qui, exilé dans un royaume voisin, y ‘tue le grand ennemi du pays et se voit de nouveau proclamé roi (24). Nous trouvons aussi des corsaires et des enlèvements, des tournois et des combats avec des géants.
Dans les Aventures merveilleuses du mandarin Fum-Hoam, Île titre seul indique les multiples pérégrinations ‘de ce mandarin, qui passe successivement dans le corps d’un grand nombre de personnes et d'animaux. Contes chinois, tartares, mogols et péruviens, tous contiennent des naufrages, des attaques de corsaires (25), des princes prisonniers de sauvages (26), des enfants voguant sur les eaux dans un coffre d'ébène (27), des charlatans aimés par des reines (28), des princes et des princesses déguisés, des tournois et des combats contre des tigres, des lions, des géants.
Dans ces nombreuses aventures, il y a quelquefois
de la vraisemblance : l’histoire en devient alors d’au-
tant plus intéressante ; c’est ainsi qu'un héros à dou-. ble personnalité rencontre en ‘duel sa princesse ve-
(21) Histoire de: Cheret:Eldin: Contes tartares.
(22) » de Sinadib, | >
(23) » des trois bossus de Damas, Contes fires (24) > de Ouzem Ouchantez, »
(25) > de Malekalfalem, Contes chinois.
(26) » de Tongluk, »
(27) » de Houschenk >
(28) » du singe Morong > *
nue le combattre sous un déguisement, ou qu’un jeu-
ne cavalier est obligé de combattre sous les ordres ide
son père des énnemis qu'il a connus et fréquentés au cours de voyages à l’étranger et quelques autres traits analogues, dont la vraisemblance ajoute de l'intérêt au conte dont il s’agit.
Mais, s’il y a des aventures vraisemblables, il y en a bien d’aufres; par ailleurs, qui ne le sont point : un héros, avec l’aide de “deux esclaves seulement anéantit un équipage entier ; ne comptons point tout ce qui est purement féerique ou fictif, comme l’intervention des génies, les combats contre des géants et des monstres ou la transmigration des âmes. Toute cette invraisemblance, loin d'augmenter l'intérêt du conte, le diminiue au contraire.
Outre l’invraisemblance, il va sans dire qu'il y a également ‘trop de complications : les nombreux naufrages, les attaques multipliées dans le même récit, des princesses prises par des corsaires, les innombrables épreuves que doivent subir les princes pour obtenir la maïn de leur princesse bien-aimée et tant d’autres faits analogues, forment incon“establement un tissu d'aventures vraiment trop compliquées.
En'introduisant ne nombreuses aventures dans ses contes, Gueullette s’est rapproché du roman picaresque. Maïs il y a tout de même une différence entre le roman picaresque et le conte de Gueullette ; dans le premier, c’est le héros, un picard, qui raconte ses propres aventures, tandis que, chez Gueullette, c’est l’auteur qui nous fait de récit des aventures de ses personnages. Néanmoins, le roman picaresque «ei le conte de Gueullette ont ceci de commun, qu’ils contiennent tous les deux de nombreuses aventures, vraïsemblables ou invraisemblables. | |