‹ La baie d'Hudson [microforme]Chapitre 2 sur 3 · DG · texte numérisé non relu

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moins et revenant une troisième fois à la surface, son mouvement plus lent permet aux chaloupes de s’en approcher de plus près et de lui viser les poumons, la région du cœur.

Alors on la tue, on l’amène le long du flane du vaisseau ; on l’y attache en lui passant plusieurs cordes qui du pont du vaisseau lui font le tour du corps et remontent aux bastingages pour y passer dans des rias qui en permettent la manœuvre.

On se met ensuite à dépecer le monstre qui de 50 à 60 pieds de longueur qu’il atteint, à les flancs garuis d’un à deux pieds d'épaisseur de lard qu’on lui enlève par bardons chacun de 1000 à 2000 livres, pour les haler sur le pont, les réduire en morceaux d’un pied à peu près, les consigner aux réservoirs de la cale du vaisseau dont on a déjà parlé. A mesure qu’on fait à ia mammale une raînure le long du corps, sorte de fossé ou d’excavation longitudinale, on ia tourne peu à peu sur elle même au moyen des cordes que je vous ai dites, on lui enlève de nouveaux flets ou bardons de lard et jusqu’à ce qu’enfin on jen ait complètement dépouiilée, Puis viennent les fanons dont il y a autant de quintaux que de tonneaux pesant d’huile, et dont la valeur est au moins égale à celle de l'huile, quelque fois beaucoup davantage.

C’est une pèche quelque fois dangereuse et toujours émouvante que celle de la baleine : la pèche du saumon en donne une idée en miniature prisque comme la baleine, le saumon du moment qu'il se sent pincé, s’élance, revient, repart et que ce m'est qu’au bout d’une demi-heure qu’il s’est assez affaibli pour pour que l’on puisse et souvent avec peine, avec effort le capturer. Prendre la baleine est affaire d’une heure à une heure et demie et il faut être sur le qui-vive et savoir en approcher ; car, plus d’une fois, avec la force qu’on lui connait, elle a mis en pièces d’un coup de sa queue la chaloupe qui la pouisuivait, et avec perte de vies ou au grand risque de l'équipage, Sa vitesse est énorme, elle atteint dit on jusqu’à 50 milles à l'heure, deux fois celle d’un vapeur océanique, elle tiendrait tête à une locomotive lancée sur la voie avec un inouvement de progression de près d’un mille à la minute; aussi faut-il

que la corde attachée au harpon puisse se dérouler sans encombre, puisque le moindre arrêt, le moindre obstacle au dévidage du fuseau ferait casser la corde et perdre la baleine, ou éntraier et sombrer la chaloupe et l'équipage.

Dans les 27 ans dont je vous ai parlé # je prends ces chiffres dans la dernière édition de l'Encyclopédie britannique — l'huile à varié £1.18 £2.10 ou de $5.25 à 512.00 le quintal — 5 à 11 cts la livre ou 50 à 110 le gallon. Les fanons ont varié de £18 à £110 ou de $90.00 à $550.00 soit de 80 cts à $4.91 la livre et sont devenus aujourd’hui si précieux qu’on ne s’en sert plus, comme par le passé ‘pour les parapluies et ls corsets où on les remulace par des lames d'acier, réservant la baleine pour le polissage de la soie et autres fins.

Vous pouvez voir de ces fanons, machoires de baleine, au musée de l’Université Laval où elles sont de taille à y laisser passer un <arosse, voiture à deux clevaux, et elles atteignent quelquefois les dimensions sinon des portes, au moins des poternes de la porte St-Jean. Ces fanons, lames cornées que la baleine a dans la bouche et qui lui servent à retenir les petits poissons dont elle se nourrit, se composent quelquefois de plus de 500 lames, à fibres parallèles dont on fait un très grand usage dans le commerce, pour la manufacture des bros-es, des balais, etc.

Lors de l'introduction de la bataine en 1708 on la payait £700 la tonne — $3,500.00. Durant ce siècle le prix er a varié de £350 à £500 le tonneau, mais au 19ème siècle elle est descendue à £25. Plus tard elle est remontée à £200 et £300 mais avec la diminution dans la pêche du cétacé qui la fournit, on paye aujourd’hui jusqu’à £1,500 — $7,500.00 la tonne et davantage pour la baleine du Groenland.

11 y a trois sortes de baleines : celle que l’on obtient du cétacé de même nom que l’on capture sur les côtes du Groenland, dite baleine franche, balaena mysticetus, la plus estimée ;

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celle des mers du Sud, produit de la baleine noire, bilaena australis ; celle enfin de la baleine du Pacifique, balaena japonica (du Japon). Les lames des fanons pour les préparer pour le commerce sont bouillies pendant quelques 12 heures jusqu’à ce que la substance soit devenue tout à fait amollie et c’est ans cet état qu’on la sépare en tiges ou rubans de la largeur, de l'épaisseur voulues et même en filons ou filäments de la ténuité d'un cheveu sutvapt les usages que l’on veut en faire,

Le chacalot est le cétacé, la baleine, qui donne l’haile dite spermaceti. On le chasse toute l’année dans les mers tropicales. Avant la guerre d’inäépendance des Etats-Unis ou en 1774, une flotte de pas moins de 370 vaisseaux poursuivait cette pêche, et en 1846 pas moins de 735 vaisseaux avec nn tonnage de 233,199 tonneaux — moyenne par navire de 315 tonnes — y étaient engagés

La tête du chacalot qui est un odontoceti — c-à-d. qui a des dents—a une longueur de quelques 14 à 20 pieds ou du tiers du corps du cétacé, est très haute et de massive structure tronquée en avant, et doit cette grosseur immense et forme remarquable surtout à une accumulation d’un tissu singulièrement molitié de matière grasse qui remplit la grande cavité sur la surface supérieure du crâne. L'huile contenue dans les cellules de cette énorme cavité, après le raffinage qu’on en fait en le faisant bouillir, produit ce que l’on appelle le blanc de baleine, et lépaisse fourrure de lard qui couvre de toutes parts le corps da poisson, où de la maminale plutôt, car les baleines, les marsouins, les dauphins ne sont point des poissrns, mais des êtres vivipores ou dont les petits viennent au jour comme ceux des autres mammifères ; l’épaisse couche, dis je de lard ou de panne (blubber en anglais) qui enveloppe de toutes parts le monstre marin donne la précieuse huile que Pon connait et qui valait en 1882 £55 ou $275 00 la tonne — 12 cvs. la livre ou 81.20 le gallon.

La mâchoire inférieure de ce cétacé a de chaque côté, de 20 à 25 grosses dents de forme conique qui fournissent de livoire de bonne qualité. L’ambre gris, substance ainsi appelée, autre. fois employée dans la médecine et maintenant dans la parfumerie, est une concrétion formée dans l'intestin de cette baleine et que l’on trouve flottant à la surface des mers qu’elle habite. On en reconnait l’origine et la pureté, c-à-d, que l’on sait que c’en est par la présence des mandibules cornées des céphalopodes dont se nourrit la baleine.

Le baleinier américain est, comme je lai dit, de quelque 300 tonnes de jaugeage seulement et son équipage n’est que de 30 hommes en moyenne et en cela, comme l’on voit, de moitié plus économique que le baleinier anglais avec ses 400 à 500 tonnes et son équipage de 40 à 50 mains.

Mais 1l y a encoie à parler du baleinier norvégien, le plus économique de tous. Le trait saillant de la pêche à la baleine que fait le norvégien est l'usage du harpon explosif qui tue Panimal, en le frappant, pour ainsi dire. Le harpon qui pèse 123 livres et est chargé d’une cartouche coutevant ? d’une livre de poudre, est lancé par un canon de #4 pouces de diam, à la bouche avec calibre de 3 pouces, pesant 15 quintaux et dont la charge est d’une livre de poudre.

Le vaisseau servant de chaloupe baleinière est un vapeur de quelques 80 tonneaux et de la force de 30 chevaux-vapeur, Ce vaisseau sert non seulement à porter le canon et à poursuivre et capturer la baleine, mais aussi à la remorquer à terre.où l’on en utilise non seulement l’huile et les fanons mais aussi Ja chair, les os pour en faire de l’engrais et ne rien perdre, En 1885, les Norvégiens tuèrent 1300 baleines et en 1886 plus de 1700 et cela avec une flotte de seulement une trentaine de vaisseaux ou de 43 à 56 baleines par sa'son pour chaque vais-

seau ; et ce que fait le Norvégien chez lui le Canadien peut le faire à la Baie d'Hudson.

Toutes ces données ne sont point pour rien, mais pour em venir à établir sur une base certaine et à laquelle on puisse se fier, les profits d’un baleinier, d’une baleinière si vous voulez, enfin de la pêche à la baleine ; car pour démontrer l'utilité, la nécessité d’un chemin de fer à la baie d'Hudson, il faut établir non seulement qu’il y a des profits à y faire, mais des profits assez grands, assez considérables pour payer en même temps le coût annuel de cette industrie, c-à d. l’intérêt sur le capital à y affecter, les frais de gestion, l’intérêt sur le coût de construire le chemin, de le faire fonctionner, et laisser encore un dividende suffisant sur le capital pour que ça vaille la peine de se lancer dans une semblable entreprise. Gordon a évalué à pas moins de $18,000.00 aux prix actuels de l'huile et des fanons etc., les matières économiques à tirer d’une baleine de 50 à 60 pieds ; mais tenons-nous en jour être du bon côté à l'évaluation basée sur une moyenne de 25 ans de $47,000.00 par vaisseau par année.

Or ces vaisseaux de la Nouvelle Angleterre qui depuis 40 ans fréquentent les eaux de la baie d'Hudson, partent en juillet de New Bedford et de New London Etats du Massachussets et du Connecticut pour hiverner, comme je l’ai déjà dit, à l’île de Marbre au fond de la baie, faire leur pêche le printemps suivant et n'être de retour qu’à l'ouverture de l’année suivante.

Voilà donc qu’il leur faut 2 ans pour une seule cargaison, et étant donnés les retards et dangers d’une navigation arctique, aller et revenir à travers un détroit qui a au mwins 500 milles en longueur, qui n’est ouvert que de 3 à 4 mois sur les 12 mois de l’année, et même durant ces mois toujours obstrué par les glaces et glaciers, et où il faut procéder non à l'aiguille mais à la sonde ; je dis qu’étant donnés ces éléments retarda-

teurs, il leur serait impossible de compléter leur voyage, leur cargaison, la même année,

Je viens donc résoudre ce problème de quadrupler du coup

les profits sur une cargaison, et qui sont déjà très grands, en quadruplant le nombre de voyages, le nomb.. de cargaisons : voici comment—e l'ai déjà exquissé à grands traits—en construisant ici, au Canada, à Québec surtout, à Halifax, etc. la flotte voulne de quelque 100 vaisseaux de 300 tonnes à 350 tonnes, en les équipant de tous les agrès-nécessaires, chaloupes et instruments de pêche, réservoirs à huile etc. et en les ravitaillant pour un an ou deux ou trois. Ces vaisseaux se rendraient par le détroit d'Hudson à la baie de ce nom pour ne plus en revenir, pour y hiverner et y faire 4 pêches contre une, deux par années, car il est connu qu’il y a la pêche du printemps comme il y a la pêche d'automne.

Mais cé serait une vie par trop ennuyeuse, une vie qui deviendrait à la longue insupportable si le curé, le missionnaire et le clocher du village n'étaient point là, à la vue duquel on se retrempe. Et encore, rien que le curé et tout aimable qu'il soit ce n’est pas assez — vous l’avez deviné Mesdames, Dieu l'avait deviné du temps d'Adam, eh bien, oui, c’est vous qu’il faut, c’est la femme, c’est la famille, ce sont les petits pieds d'enfants battant le parquet, leurs petites voix d'oiseaux ensoleillant le tout, c’est l'hiver passé au milieu des siens, c’est tout un village qu’il faut, le boucher, le boularger, le cordonnier, le ferblantier et le reste, c’est le bureau de poste, la mairie, le presbytère, l’école des filles, celle des garçons, plus tard peut être le collège, le couvent, un juge de paix; un magistrat, le notaire, l’avocat, le médecin.

Je vous ai déjà dit que la saison, la température de la baie James — sur le littoral du quel on bâtirait la ville, avec en face les bassins pour y mettre les vaisseaux en hivernement — n’est pas inférieure à celle de Rimouski, de Québec même, disons le.

À l’appui de ceci, M. Scott, gérant du chemin de fer du Lac St-Jean, m’informe que le géoloyue Bell qui a passé toute une

longue saison dans la baie James lui a dit qu’il s’y était baigne dans la mer tous les jours sans en excepter un seul, de juin à septembre inclusivement et vous avez pu voir par les journaux d’Ontario et le Montreul Gazette du 28 février dernier que lors des funérailles de l’évêque Horden, missionnaire au Moosefactory, et qui ont eu licu en janvier dernier, * le temps était chaud et printanier.”

Voici maintenant des extraits d’une lettre du Révd Père Nedelec O. M. E., missionnaire indien. Il dit :

1 — Le pays est en général habitable, sauf quelques endroits de la côte de l'Est de la baie, mais de ce même côté la pêche est bonne,

2. — A l'exception de quelques endroits épars du littoral de la baie, on y cultive toute espèce de grains, hors le blé et le sarrasin ; de plus les légumes et les fruits y réussissent

3. — Je trouve difficile de dire quelle population pourrait soutenir ce territoire. [1 y a de espace pour des millions avec une agriculture améliorée et le développement des ind stries,

4. — L’extrême chaleur est de 100 ? et le maximuim du froid de 50 © (comme au Manitoba). La température moyenne de janvier y est de 3° seulement (au-dessous de zéro je suppose).

5. — En quelques endroits, le elimat est supérieur à celui du nord de l’Allemagne, de la Pologne, de la Norvège, du nord de l’Ecosse, du Lac St-Jean, de Terre-Neuve, Ci et là les ressources naturelles sont magnifiques, ailleurs elles le sont moins. Comme règle générale, la baie ressemble à Québec et au district du lac St Jean. Tout ce que je puis die, ajoute M. Nedelec, c’est que le pays est plus vaste et plus habitable qu’on ne saurait se le figurer.

6. — Le sol est en général de nature argileuse, voir ‘ Les relations des Jésuites ” voyage du Lac St-Jean à la Baie d'Hudson — Proulx. Voir aussi les rapports de Bowen, magistrat stipendiaire, des Iles Manitoulines, Ontario, favorables.

7. — Entre le lac Témiscamingue et la hauteur des terres, pin biane et rouge, l’épinette et le bouleau abondent ; du côté opposé, l’épinette, le bouleau, le cèdre.

8. — Voir rapport du Dr Bell, géologne, quant aux miné- 'aux,

9. — Les animaux à fourrure, les oiseaux et les poissons en quantité : aussi la baleine, voir le rapport du lieut. Gordon de 1885-6-7.

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