‹ La baie d'Hudson [microforme] (volume 2)Chapitre 16 sur 44 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

LE GANOT.

Norman comptait qu’il leur faudrait environ huit jours pour finir leur canot: mais comme le

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plus tôt était le meilleur, ils se mirent de suite à l'œuvre.

La membrure du canot fut la première chose dont ils s'occupérent. Ils coupèrent, à cet effet, sur les prescriptions de Norman, un certain nombre de branches de cèdre, en ayant soin de choisir les plus souples et les plus droites. Ces branches furent élaguées et taïllées de manière à rendre les deux extrémités d’égale grosseur. Cette première opération se fit à l’aide du couteau, après quoi on mit ces branches vertes sur un lit de cendres chaudes, et l’on put alors les courber avec facilité, de manière à leur donner la forme des jougs dont on se sert communément pour les bœufs en Amérique. Ainsi préparées ces membrures offraient assez l'aspect d’un grand U.

Ces membrures n'étaient pas toute d’égale dimension. Celles destinées à être placées au milieu du canot furent ouvertes d'environ deux pieds, tandis qu'on diminua graduellement l’ouverture de celles qui devaient être placées aux extrémités tant à l’arrière qu’à l'avant. Quand toutes ces membrures furent confectionnées, on les plaça l’une sur l’autre comme une meule de cercles, on les attacha solidement ensemble et on les laissa sécher. Il devait suffire de quelques jours pour qu'elles fussent à point et susceptibles d’être mises en place.

Ce fut Norman qui, en sa qualité d'ingénieur en chef, se chargea de la confection de cette partie importante du canot. Pendant ce temps ses compagnons étaient loin de demeurer inactifs.

Basile abattit plusieurs bouleaux de grosse di-

mension. dont Lucien se mit aussitôt en devoir d'enlever l'écorce, en ayant soin de l’aplanir et d’en égaliser les nœuds. L’écorce enlevée fut en- Suite suspendue à la fumée d’un grand feu, dans le but de la faire sécher et de lui donner la solidité et l’élasticité désirables.

François eut aussi son emploi particulier : ce fut à lui qu'incomba le soin de recueillir la résine, en pratiquant des incisions aux troncs des Sapins ou épinettes. Cette résine est une espèce de poix qui forme un des matériaux les plus indispensables dans la construction des canots d’écorce ; qn s’en sert pour Calfater toutes les coutures et pour boucher les trous qui se trouvent naturellement dans l'écorce; sans l'emploi de cette substance grasse ou de toute autreanalogue, il serait impossible de fuire un bateau qui ne prit pas l’eau.

Ce n’est pas seulement pour là poix qu’elle fournit que l’épinette est recherchée pour la construction des canots. Cet arbre donne encore une autre Matière indispensable. Ses longues racines filandreuses fournissent le fil et les cordes à l’aide desquels on réunit les morceaux d’écorceentre eux et on les fixe sur les membrures. Les ligaments qu'on tire de cette racine sont aussi forts et aussi durables que les meilleures cordes de chanvre.

Les Indiens qui s’en servent pour toutes sortes d’usages, les désignent dans leur langue sous le nom de walap.

Pour avoir tous les matériaux nécessaires à la confection du canot, il ne restait plus qu’à se procurer les plats bords et la quille du navire

evoir Les premiers furent chose facile à trouver ; air et deux longues perches de vingt pieds firent l'afit en- faire. Elles furent légèrement arquées et placées. dans l’une sur l’autre par leur côté convexe et solidesoli- ment attachées par leurs extrémités, de manière: qu’elles conservassent leur courbe en sèchant. r:ce Le fond ou quille du bateau était ce qu’il y n | sine, avait de plus dificile à se procurer, car il fallait fl 'S Sa- un madrier solide, et nos travailleurs n’avaient 4 ce de pas de scie. IIS y remédièrent pourtant de leur ndis- mieux. La hache et les deux hachettes furent s dé- mises en réquisition, un arbre fut abattu et . cou- équarri dans les dimensions voulues. On l’amincit. vent à ses extrémités, et on le ploya de manière que i de l'arrière et l’avant formaient un angle avec le sue, corps même de la quille. Cette pièce donna beauprit coup de peine et prit beaucoup de temps ; mais aussi, lorsqu'elle fut terminée, nos constructeurs elle considérèrent à bon droit que le plus difficile de: Ons- leur besogne était accompli. D’autres perches fu- Re rent aplaties en forme de latte. Elles étaient des- Ines

tinées à être placées longitudinalement entre les

aide membrures ou côtes du bateau, pour consolider:

FU l'écorce et l'empêcher de céder sous le poids de la

ents ï charge intérieure.

sidi É Tousles matériaux étaient prêts quelques jours

: É devaient suffire pour les fumer et les sécher, après.

rites quoi on pourrait s’occuper de les assembler.

s le Pendant que tous ces bois séchaient, on confectionnales avirons. Norman s’occupa également.

“hs avec l’aide de ses compagnons, de faire ce qu’il :

| nommait plaisanmment son dock de construction. Ge nom était d'autant plus singulièrement appli-

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“qué, que le prétendu dock consistait en un amas ‘de terre représentant assez bien une fosse nouvellement fermée, mais qui, au lieu de la dimension ordinaire, n'aurait pas eu moins de vingt pieds de long. Le sommet de cette espèce de tumulus fut aplani et battu, de manière à présenter une surface unie et exempte de toute inégalité.

Cette dernière opération avait pris à elle seule plus de deux jours. Pendant ce temps les matériaux avaient séché à point, et Norman, après les avoir examinés avec soin, jugea qu’on pou- Vait sans inconvénient passer à l'assemblage.

Le premier travail fut de délier les membrures et de les séparer les unes des autres. Elles avaient heureusement conservé exactement la forme qu’on leur avait donnée,elles étaient suffi- Samment sèches et susceptibles d’être mises en place. En conséquence on les établit sur la quille, Chacune à la place qu'elle devait conserver, C’està-dire les plus larges au milieu et les plus étroiies aux extrémités. Lorsqu'elle furent ainsi disposées, on les assujettit solidement avec de fortes cordes de watap, qu'on fit passer dans des trous pratiqués à cet etfet dans la quille. Lucien se trouvait être par bonheur possesseur d’un “Conteau de poche auquel attenait une vrille, Ce fut avec cet instrument qu’on pratiqua les trous en question. Sans cela l'opération eût été trèsdifficile et peut-être même impossible, car nos constructeurs n'avaient en leur possession ni tarifère ni aucune autre chose qui püût leur ser-

vir à pratiquer des trous dans le bois.

L'ajustage des membrures sur la quille prit

amas noumenvingt e tuinter ité.

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beaucoup de temps à Norman, qui tenait à le faire solidement. Pendant toute cette opération il eut dans François un aide fort intelligent, quf manœuvrait la vrille et les cordes avec beaucoup de diligence.

Après avoir construit la carénsse de son canot, Norman le transporta avec l’aide de ses cousins sur la plate-forme du monticule préparé pour le recevoir. On l’enleva de terre à l’aide de plusieurs grosses pierres, de manière que le jeune constructeur pût travailler à son aise et debout sans être obligé de s’accroupir ni de se tenir à genoux.

Les extréinités supérieures des membrures furent réunies entre elles par les plats-bords, auxquels on les assujettit avec soin. Les perches qui servirent à cet usage furent aussi soigneusement attachées entre elles par chacune de leurs extrémités. Dans l’intérieur du canot on plaça de fortes pièces de bois transversales, destinées tant à soutenir les membrures et à les empêcher de se contracter, qu'à servir de bancs pour les rameurs.

La pose des plats-bords compléta l'ouverture ou extrémité supérieure du canot, qui se trouva par suite de la disposition adoptée beaucoup plus long par le haut que par le bas, de manière que les extrémités supérieures surplombaient sur la quille. Aux deux extrémités on attacha deux piéces de bois destinées, celle de l’avant à faire le taille-mer et celle de l'arrière à faire le gouvernail. Les perches aplaties en forme de lattes furent ensuite entrelacées dans les membrures.

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Après l'achèvement des dernières opérations que nous venons de mentionner, le squelette du canot se trouva complètement terminé, et il ne resta plus qu’à le couvrir d’écorce.

L'écorce était toute prête ; elle était suffisamment sèche et coupée en morceaux de forme et. de dimension appropriées à l'usage auquel on les destinait, Ces morceaux étaiert de forme oblongue et formaient un parallélogramme régulier. On les appliqua longitudinalement sur les membrures, ainsi que sur Ja quille. Cette écorce avait été coupée sur les arbres en morceaux d'une dimension telle, que deux d’entre eux Suffisaient pour couvrir un côté du navire ; de la sorte il n’yavait besoin que d’une couture par côté, avantage énorme, car s’il en eût fallu plusieurs, outre que cela eût coûté plus de peine, il est probable aussi que la solidité en eût souftert. Mais grâce à l'intelligence avec laquelle l'écorce avait été choisie et taillée, nos constructeurs n'eurent pas grande difticulté à accomplir ce travail, .

Le canot était fait, il ne restait plus qu'à le calfater. Cette opération ne devait pas prendre beaucoup de temps. On fit bouillir la résine dans laquelle on mêéla un peu de graisse fondue, de

manière à former un espèce de brai ; le suif des buffalos servit à faire ce mélange. Le vase dont. on se servit fut une petite tasse en fer qui au moment du naufrage se trouvait heureusement dans le sac de Basile, circonstance qui la préserva de périr avec le reste. Ce vase était sans doute beaucoup trop petit pour contenir tout le

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brai dont on avait besoin, mais on en fut quitte pour y revenir à plusieurs fois. Malgré cette petite difficulté, le travail ne prit pas grand temps, et tout le calfatage ne dura pas plus d’une heure,

Après cela le canot fut déclaré propre à être lancé ; François prétendait même avec orgueil qu'il était en état de tenir la mer.

Au pied même de la colline se trouvait un petit étang. François l'apereut le premier.

— Eh! mes amis, dit-il, voici de l’eau à mes pieds, lançons-y notre navire.

La proposition fut accueillie avec enthousiasme ; Basile et Norman se placèrent chacun à l'une des extrémités du canot, qu'ils enlevèrent sur leurs épaules. Le dock, ainsi que l’appelait Norman, fut abandonné et l’on gagna l'étang. Quelques instants après le bâtiment fut mis à l’eau, il flottait comme un bouchon de liège. Un hourra partit de toutes les poitrines. Marengo crut devoir y joindre ses cris, et pour donner plus de retentissement à la cérémonie, on fit une décharge complète de mousqueterie. François, qui ne se possédait pas de joie, sauta même dans le canot et se mit à naviguer sur le petit étang.

Quant on se fut suffisamment amusé de ces manœuvres, le jeune garçon revint au rivage ; le canot fut alors examiné avec soin, il n’y avait pas une goutte d’eau qui eût pénétré à l’intérieur. Ce fut une nouvelle occasion de remercier le constructeur. Modeste comme le vrai mérite, Norman recut ces compliments en rougissant : il les avait cependant bien mérités.

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L'essai avait été aussi satisfaisant que possible : le canot fut retiré de l'eau, et nos jeunes voyageurs retournèrent à leur camp, où les attendait un festin magnifique préparé à cette occasion solennelle par les soins de l’habile Lucien.

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