‹ La baie d'Hudson [microforme] (volume 2)Chapitre 17 sur 44 · LES LACS · texte numérisé non relu

LES LACS

Nos jeunes voyageurs se disposèrent à repren dre leur voyage Pendant que Norman mettait, avec l’aide de François, la dernière main au bateau, Lucien et Basile ne demeuraient pas cisifs. Basile était le chasseur de l'association. C'était à lui qu'incombait le soin des approvisionnements, il avait rempli sa tâche en conscience, et avait fourni le garde-manger de lièvres, d’oies, de faisans, et, ce qui valait mieux encore, de trois caribous de la grande race, connus sous le nom de caribou des bois.

Le Caribou est une espèce de renne (cervus tarandus), dont j'aurai plus loin occasion de parler avec détail.

Lucien, de son côté, s'était occupé à sécher la viande et à rassembler les provisions que nos voyageurs considéraient maintenant comme étant assez considérables pour les conduire au fort de Cumberland, où ils devaient trouver moyen de se ravitailler de toutes les choses dont iis pourraient avoir besoin. Lucien avait aussi

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préparé les peaux de caribou, et en avait fait.

deux tuniques de chasse pour remplacer celles.

que Basile et Norman avaient été obligés de sacrifier au moment de leur naufrage,

Le lendemain du jour où le canot avait été essayé, on le plaça sur la rivière au-dessous des ‘apides, et on lé chargea de la viande sèche ainsi que des quelques autres objets qui faisaient toute la richesse de nos aventuriers. Après quoi les voyageurs montérent à leur tour, s'assirent à leurs places respectives, et saisirent leurs rames. L'instant d’après l’esqu’if était en mouvement, le voyage si malencontreusement interrompu était enfin repris.

À leur grande Satisfaction, les jeunes voya-geurs Conslatérent que le petit navire se manœuvrait adinirablement, fendant les flots comme. une flèche, et ne tirant pas, au dire de François, assez d'eau pour y noyer un moucheron.

Il ne fallu que quelques heures à nos voya-geurs pour descendre le cours de la rivière et arriveï à son embouchure. Ce fut à ce point.

qu'ils virent s'ouvrir devant eux le lac Wirini-. peg, qui leur parut s'étendre bien loin au delà des limites de l'horizon.

Norman connaissait déjà le lac Winnipeg pourl'avoir traversé ; mais sa vue produisit un singulier effet sur les autres Voyageurs. Ils en furent tout désappointés ; ils s'attendaient à trouver un lac à l’eau profonde et transparente, et ne rencontrèrent au contraire qu'une masse: d’eau bourbeuse ou plutôt de vase liquide d'un aspect fort peu agréable. Le pays qui entourait

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cette masse d'eau n'offrait pas non plus ün coup d'œil bien réjouissant.

Le lac Winnipeg peut être considéré comme le: centre de l'Amérique septentrionale. C’est également le centre de la navigation intérieure, car de ce point on peut se rendre par eau au nord-est dans la baie d'Hudson, à l’est dans l'océan Atlantique, au sud dans le golfe du Mexique, à l’ouest dans le Pacifique, au nord et au nord-ouest dans les mers polaires. Si l’on considère que plusieurs de ces distances excèdent neuf et onze cent milles, on conviendra que le lac Winnipeg occupe dans le continent américain une position qui n'a d'analogue nulle. La plupart des routes par eau que nous venons de mentionner sont susceptibles de porter de grands bateaux; un autre avantage qu’il ne faut pas oublier, est que dans chaque direction il y a presque toujours plusieurs fleuves ou rivières qu’on.peut suivre à son choix et qui conduisent au même but.

Ces détails géographiques, que nous abrégeons, étaient donnés par Norman à ses cousins pendant que la petite troupe naviguait près de la côte : car Norman, quoique s’inquiétant en général fort peu de la cause et du but des choses, avait sur plusieurs points des connaissances pratiques fort étendues,et se trouvait surtout fort bien renseigné sur les voies de communication. sur la nature et les ressources du pays que traversaient alors nos voyageurs. Il devait ses connaissances à l'expérience, ayant parcouru avec son pére la plus grande partie de ce pays, et avant appris le surplus des voyageurs,marchands et trapeurs, avec

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lesquels son commerce le mettait en relations continuelles.

Ainsi Norman savait parfaitement que Ie lac Winnipeg était très vaseux. Mais d’où provenait cette vase ? C’était ce qu’il ignorait complètement et ce dont il ne s'était jamais inquiété, Il savait aussi qu’à l’est du lac se trouvait un pays couvert de collines, et que la côte occidentale était au contraire basse et marécageuse. Mais à quelle cause fallait il attribuer cette différence? Ce n'était pas là son affaire.

Le naturaliste Lucien, au contraire, avait étudié les diverses opinions des savants à cet égard, et s'en était fait une à lui d'après ses propres observations. Il admettait que les rochers s’étaient usés successivement au point de jonction des Stratifications avec les terrains primitifs, il en était résulté des excavations qui peu à peu S’élaient remplies d’eau et étaient devenus des lacs.

C’est à cette même cause qu'r uttribuait l’existence de la longue suite de lacs qui s'étendent depuis les côtes de la mer Polaire jusqu'aux frontières du Canada et dont les plus connus sont les lacs Marteri, du Grand-Esclave, Atahbasca, Wullaston, Dydin, le !ac Winnipeg et le lac ces Bois. |

Lucien apprit aussi à ses compagnons que dans les régions où dominent les roches primnitives, Le pays présentait l'aspect le plus varié et renfermait des lacs, des étangs, des collines, des allées, des rivières et des courants rapides, tandis que celles où dominent au contraire les

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roches de formation secondaire ne présentent ordinairement qu’une série de plaines et de hauts plateaux, la plupart du tèmps desséchés et sans arbre, tels, par exemple, queles grandes plaines de l’Amérique.

Ces instructions scientifiques que je crois devoir abréger,n’empêchaient pas le canot de marcher. La proue était touraée vers l’ouest, car l’intention des voyagenrs était de suivre la rive occidentale du lac jusqu'à l'embouchure du Saskatschewan.

Ils se tenaient à une petite distance de la terre, et se servaient pour se diriger des différents points de repère que leurs présentaient les accidents de la rive. Cette manière de voyager les obligeait à des détours, et, sans aucun doute, il eût élé beaucoup plus expéditif de tenir le milieu du lac et de gouverner directement sur le point où ils voulaient aller ; mais cette méthode eût été plus dangereuse, et ils eurent la prudence d'y renoncer. Il s’élève parfois subitement sur le lac Winnipeg de grands vents qui soulèvent les eaux sinon à la hauteur des montagnes. du moins à la hauteur de certaines maisons. Le fréle esquif d’écorce n’était pas de force à affronter de pareils dangers. et nos voyageurs, pour ne pas s’exposer à chavirer, jugèrent à propos de suivre la côte afin d’être à même de se réfugier à terre si le temps devenait menaçant. D’ailleurs. il leur fallait aborder chaque soir pour faire du feu, cuire leur souper et faire sécher leur canot d'écorce qui, s’imbibant d’eau à la manière des éponges, fût bientôt devenu, sans cette précaution, trop lourd et difficile à manier.

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nt or- Chaque soir, donc, un Peu avant le coucher du

hauts soleil, nos voyageurs prenaient terre et établis-

sans saient leur camp sur la rive. On déchargeait le

aines canot, on le tirait hors de l’eau et on le plaçait

sur le sol la quille en l'air afin qu'il pût sécher

evoir plus rapidement, après quoi on allumait du feu,

cher. | on faisait cuire quelques morceaux de viande

ntion | sèche, on soupait et l’on s’'endormait de ce pro-

ntale | fond sommeil que connaissent seuls les voyageurs

an. ; harasés de fatigue.

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acci- CHAPITRE XIV.

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point Le lieu où nos voyageurs avaient pris terre se

e eût trouvait-le fond d’une petite baie, Le pays était

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. du LL dure. C'était au pied d’un de ces bouquets d'arbres,

frêle Fe à environ cent Cinquante pas du lac, qu'on avait

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> pas F choisie, car c'était une espèce de petit plateau

uivre à: d'où l’on découvrait toute la plaine jusqu’à pluterre "à sieurs milles de là.

leur À — Regardez donc là-bas, s'écria François, qui feu, 4 venait de se lever après avoir terminé son repas.

anot E. Qu'est-ce que cela, Capitaine ?

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Si, le jeune Landi indiquait du tion, FA doigt quelques objets qu’on voyait sur la plaine, - à une grande distance,

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Le capitaine se leva à son tour, plaça ses mains au-dessus de ses yeux pour se garantir des rayons du soleil, regarda avec attention dans la direction indiquée par son cousin, et au bout de deux secondes répondit d’une manière positive à la question de son cousin :

Ge sont des wapitis.

— Je ne suis pas plus avancé qu'auparavant, reprit François. Dis moi maintenant ce que tu entends par des wapitis ?

— J'entends par wapiti un daim rouge, une espèce de cerf, si tu aimes mieux.

— Des cerfs! à la bonne heure, me voilà fixé maintenant. J'avais cru reconnaître des animaux de cette espèce; mais à cette distance je n’osais pas me prononcer.

En entendant cette conversation, Lucien se leva et regarda dans une petite longue-vue qu'il portait toujours avec lui. Le résultat de ses observations ne s2 fit pas longtemps attendre. Le cap.taine ne s'était pas trompé; c'était bien réellement un troupeau de cerfs.

— Puisque ce sont bien réellement des cerfs, reprit François,tu devrais bien nous dire, Lucien, ce que tu sais sur cet animal ; cela fera toujours passer le temps. car, d’après ce que prétend Norman, il ne faut pas songer à leur donner la chasse sur un terrain aussi découvert que celui qui est devant nous, ils prendraient l’alarme et s’enfuiraient bien avant que nous fussions à portée de fusil, et vous voyez qu’il n’y a ni un seul arbre ni un seul buisson de leur côté ; le plus près d'eux se trouve au moins à un demi-mille.

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— Le mieux que nous ayons à faire, dit Norman, c’est de les attendre sans bouger d'ici. Où je me trompe fort. ou avant qu’il soit longtemps ils auront quitté la plaine ouverteet seront entrés dans ces bouquets de Saules, car c’est de ce côté qu'ils paraissent se diriger, et d’ailleurs il est probable qu'ils viennent au lac pour y boire, et qu'ils y seront avant la nuit.

Les wapitis marchent ordinairement en petites troupes. Les bandes les plus nombreuses sont au plus de cinquante individus, mais on les rencontre le plus ordinairement Par groupes de sept ou huit.

Lorsque ces animaux n’ont pas été trop chassés ils se laissent approcher assez facilement. Dans le cas contraire, ils deviennent fort soupconneux, et prennent la fuite au premier éveil. Lorsque les mâles sont blessés et se voient la retraite coupée, ils deviennent furieux et attaquent les hommes et les chiens. Ainsi font aussi les daims ordinaires, mais la force Supérieure des wapitis les rend beaucoup plus dangereux. On pourrait citer Un grand nombre de chasseurs qui n’ont échappé qu'avec peine à leurs Coups de cornes et à leurs Coups de pieds, car ils frappent également avec les unes et avec les autres.

On chasse le wapiti comme le daim et le cerf. Les Indiens ont une manière particulière de le prendre et préfèrent l’attaquer lorsqu'il est dans l'eau. ce qui se présente assez fréquemment, car cet animal est excellent nageur, et n'hésite point à se jeter à la nage soit dans les lac

s, soit dans les plus grandes rivières,

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L’herbe est sa nourriture habituelle. 11 mange aussi les jeunes pousses du saule et du peuplier, et se montre surtout friand d’une espèce de rose sauvage (rosa blanda), particulière aux régions qu'il fréquente,

Get animal paraît affectionu:: préférence les pays froids; c’est ce qui fait qu’on n’en rencontre point au Mexique, dont le climat est sans doute trop chaud pour lui. Du côté opposé il ne va pas plus loin que le 57° degré de latitude.

Lucien, qui donnait ces explications à voix basse, fut interrompu par une exclamation de Basile, Tous les yeux se portérent alors sur l’aîné des trois frères; il était en train d'observer les wapitis.

— Qu'y a-t-i1? lui cria-t-on.

— Regardez, répondit Basile en indiquant du doigt le troupeau. On dirait que quelque chose vient de jeter le trouble dans la bande. Prête-moi ta longue-vue, Lucien.

— Ce sont des loups, dit Basile, après quelques secondes d'examen,

— Cela me paraît fort extraordinaire, reprit alors Norman, car le wapiti est un animal que les loups n'attaquent guère en rase campagne, à moins qu'il ne soit blessé ou estropié. I] faut que ces loups-là soient bien affamés. De quelle espèce sont-ils ?

Il y a deux espèces de loups. L'une est le gros loup ou loup commun (eunis lupus): l'autre est le loup nurleur ou loup des prairies (canis datrans ).

— Ce sont des loups de prairie, dit Basile en

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ar pme me pm em réponse à la question que lui avait adressée son cousin.

— Alors, reprit Norman, il faut qu'il soit arrivé quelque accident à l’un des wWapitis, Ou que les loups soient très nombreux et qu’ils espérent forcer quelqu'un de ces animaux. Kn tous cas, je suppose que la chasse ne saurait manquer de prendre cette direction.

— Tune l'étais pas trompé, répondit Basile en regardant de nouveau dans Ja longue-vue, la bande des loups est nombreuse, j'en vois au moins cinquante, Tiens! ils sont parvenus à séparer un des wapitis du reste du troupeau, et voici toute la chasse qui vient de notre côté.

Ce disant, Basile saisit sa carabine ; son exemple fut aussitôt suivi par ses trois compagnons.

Le wapili venait en effet tout droit à eux suivi de toute la bande des loups. qu’on pouvait maintenant parfaitement distinguer à l'œil nu, et qui ressemblait à une meute de chiens courants.

En moins de quelques minutes Je Wapiti, emporté par la rapidité de sa course, ne se trouva plus qu’à quelque distance de nos chasseurs.

C'était un magnifique animal.

Ses cornes, longues et fourchues, étaient encore dans le velours ; et comme il courait le ez

au vent, ses andouillers, rejetés en arrière, couvraient son cou et touchaient presque ses épaules.

Il continua sa course en droite ligne, et arriva de la sorte à cent pas du Cainp tout au plus. Ce fut alors seulement qu'il distingua la fumée, et aperçut les chasseurs debout auprès du foyer. A cette vue ii tourna brusquement, et gagna avec

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tant de rapidité les massifs de saules, qu'en un elin d'œil il fut hors de la vue des chasseurs.

Les loups, au nombre de cinquante au moins, l'avaient suivi jusque-là, et au moment où il entrait dans la saulaie, quelques-uns d'entre eux étaient littéralement sur ses talons. Les jeunes gens S'uttendaient à voir toute 1n bande pénétrer sous les arbres à la suite du gibier qu'elle chassait. Rien ne semblait en effet devoir les on empêcher, À leur grand étonnement, les loups qui tenaient la tête s'arrêtôrent à l'entrée du fourré, et l'instant d'après on vit toute 1n troupe retourner en arrière, quelques-uns même fuynient avec rapidité en donnant tous les signes de la plus grande terreur,

Les chasseurs attribuèrent d'abord cette fuite tant à leur présence qu’à la vue de ln fumée du CAMP; mais un moment de réflexion suffit pour leur fuire abandonner cette idée, car ils “onnuissaient depuis longtemps les loups de prairie, et ne les avaient jamais vus dans aucune circonstance prendre l'alarme devant eux.

Peu leur importait au surplus la cause de la panique des loups, ils n'avaient pas le temps de S'occuper de ces animaux, le wapiti réclamait tous leurs soins, et sans plus tarder ils s'avancérent vers les saules, chacun dans une direction différente pour être plus sûrs de ne pas le manquer. En peu de temps le bouquet de saules fut entouré par nos chasseurs, qui attendirent avec leurs armes toutes prêtes le moment favorable de faire feu sur le Wwapiti, qui ne devait pas tarder à reparaître soit d’un côté, soit de l’autre.

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Les saules couvraient environ un acre de terrain, mais leurs branches étaient si épaisses et leur feuillage si touffu, qu'il était impossible d'apercevoir l'animal, Cependant nos chasseurs. étaient sûrs qu'il s'y trouvait encore, et comme on n’entendait aucun bruit et qu'on ne voyait rien remuer, ils supposaient qu'il devait être tapi quelque part Marengo fut envoyé à la découverte dans l'espoir qu’il ferait bientôt lever le Wapili, et les chasseurs continuérent à faire le guet avec leur fusil en main.

Le chien n'avait pas fait quatre pas, qu’on entendit souffler et marcher fortement, Ce bruit fut. bientôt suivi de la présence du wapiti, qui traversail le fourré, Un premier coup de feu fut tiré: sur lui, il partait du fusil de Lucien. Il parut que la bille ne porta pas, car le Wapiti passa outre sans qu’on s'aperçut qu'il eût été blessé. Tous les chasseurs se précipitérent de ce côté, et. l'on vit alors en plein le noble animal qui bondissait sur la prairie. Cependant sa course était. loin d'être aussi rapide qu'auparavant, il penchait la tête en avant et paraissait trébucher à “haque pas. Nos chasseurs, que cette allure surprenait, s’aperçurent, en y regardant de plus. près, qu’il portait un autre animal sur son dos.

Ils pouvaient à peine en croire leurs yeux ; rien n'était plus vrai cependant; le pauvre wapiti aVait sur le dos un animal vorace qui s'était accroché à ses chairs à l’aide de ses griffes longues. et tranchantes.

François prétendait que c’était une panthére,,. Basile voulait que ce fût un ours : erreur à la

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quelle les proportions trop minimes de l'animal ne lui permirent pas de croire longtemps. Norman, qui connaissait mieux les hôtes de ces contrées que ses cousins, ne s’y trompa pas, et reconnut du premier coup d’œil le terrible wolverène. Il ne pouvait pas distinguer sa tête cachée derrière l’une des épaules du wapiti, mais ce qu’il en voyait lui suffisait pour être sûr qu'il ne se trompait pas. C'étaient des pattes courtes, de larges griffes, une queue touflue, une fourrure à longs poils hérissés, marquée sur le dos de lignes de couleur plus foncée que le reste du corps. Tous ces signes étaient trop familiers au jeune murchand de fourrures pour qu'il pût s'y tromper un seul instant; aussi prononça-t-il hardiment que c'était un wolverène.

Le groupe formé par le wapiti et l'animal qu'il portait sur ses épaules était déjà hors de portée. Les chasseurs, surpris par ce spectacle inattendu, s'étaient tout à coup arrêtés. Basile et François furent prompts à se remettre de leur étonnement et se disposaient à continuer leur poursuite; mais Us furent retenus par Norman, qui leur conseilla : attendre, en les assurant que le wapiti allait bientôt se jeter à l’eau.

Le pauvre wapiti, en sortant de la saulaie, avait pris au hasard la première direction qui s'était présentée à lui, et suivait, sans s’en rendre <ompte, une ligne parallèle à la rive du lac. Bien- &ôt pourtant il découvrit l'eau, et soudain on le vit changer de direction et courir du côté du lac avec l'intention évidente de s’y précipiter. I avait sans doute l'espoir qu’en se plongeant dans l'élé

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ment liquide il parviendiait à se débarrasser du terrible fardeau qui pesait sur ses épaules et lui déchirait la poitrine.

En quelques bonds il eut gagné la rive, qui de ce côté était escarpée et coupée à pic C'était nne sorte de petite falaise de douze à quinze pieds de haut. Au-dessous s'étendait le lac, dont les eaux avaient à cette place plusieurs brasses de profondeur. Le wapiti n’hésita pas un seul instant, et sans rien calculer se précipita du haut de la rive. On entendit un grand bruit. puis wapiti et wolverène disparurent ensemble sous l’eau. Ils reparurent pourtant bientôt à la surface et à la vue des jeunes chassenrs qui arrivaient à ce moment même sur le bord du lac. Les deux adversaires étaient séparés ; le plongeon n'avait pas été sans doute du goût-du wolverène ; et tandis que le wapiti s’escrimait pour gagner le large. la bête féroce, qui se sentait hors de son élément habituel, faisait tous ses efforts pour revenir à terre. Les chasseurs, du point élevé où ils se trouvaient placés, dominaient le lac, et ils leur eût été difficile de trouver une plus belle occasion de tirer un wolverène ; aussi ne s’en firent ils pas faute, Basile et Norman lui envoyérent leurs balles dans le dos ; François fit comme eux et déchargea les deux coups de son fusil sur ?e Corps de cette bête féroce. Le wolverène était blessé à mort, et au bont de quelques instants il disparut au fond de i’eau.

Ce qu’il y eut de plus singulier dans tout ceci, t'est que l’idée ne vint à aucun des chasseurs de tirer sur le wapiti. Les perséeutions dont & pau-

mers empires —

vre animal avaient été l’objet, tant de la part. des loups que de celle du wolverène, avaient. excité leur sympathie, et sans douteils l’auraient laissé rejoindre ses compagnons sans nouvelle rencontre, si la faim et le désir d’avoir de la viande fraîche n'avaient étouffé en eux tout sentiment de pitié. Après un moment d’hésitation, ils rechargèrent leurs armes et se préparèrent à bien recevoir le daim, supposant que cet animal ne tarderait pas à se fatiguer et qu'il chercherait bientôt à regagner la rive. Cependant le Wapiti ne paraissait point encore penser au retour, et, pérsuadé que la mort était derrière lui, il ne s’occupait que de nager vigoureusement. pour échapper à tous ses ennemis.

Cela ne pouvait pourtant pas durer longtemps; Ja rive opposée était hors de vue, trop éloignée par conséquent pour que le wapiti put nager jusque-là, et le pauvre animal n’avait d'autre alternative, du moins nos chasseurs le pensaient ainsi, que de revenir en arrière pour recevoir leurs coups de feu ou de se noyer en s’obstinant., à aller en avant. Néanmoins, pour le moment, la seule chose qu'il y avait à fiire c'était d’attenure,

Lorsque le wapiti eut nagé pendant un demimille à peu près,les jeunes gensfurent tout surpris de le voir s'élever graduellement au-dessus de l'eau, jusqu’à ce qu'il eût plus de ia moitié du corps à sec. Le wapiti avait rencontré un haut fond, et jugeant la position bonne s’y était installé, et semblait décidé à y rester. Basile et Nor- . Mau coururent à leur canot, le mirent à l’eau en

oo

un clin d'œil etsautérent dedans Le wapiti ne tarda pas à s'apercevoir qu'on se dirigeait de son côté ; mais, au lieu de se remettre à la nage, comine les chasseurs s’y attendaient, il s’afferimit sur ses pieds et se posta la tête en avant dans une attitude belliqueuse,

Les chasseurs ne lui donnèrent pas l'occasion de montrer sa bravoure; car, sitôt que le canot ne fut plus qu’à une cinquantaine de pas. Norman, qui tenait les rames, suspendit ses mouvementset arrêtala marche. Au même instant une détonation fit retenir au loin les échos du lac : c'était Basile qui venait de faire feu. Le wapiti, atteint en pleine poitrine par la balle de l'adroit chasseur, se débattit un instant, puis s'affaissa et tomba dans l’eau. Le pauvre animal avait échappé à la dent des loups et àla griffe du wolverène ; mais il n’avait pu éviter les coups plus meurtriers de l’homme.

À l’aide du canot, le corps de l'animal fut repêché, attaché à l'arrière du cunot par ses grandes cornes et trainé de la sorte à la remorque jusqu’à la rive, puis de la jusqu’au camp.

En l’examinant de plus près, nos voyageurs découvrirent, à leur grand étonnement, que le Wapiti, indépendamment des morsures des loups, du wolverène et de leurs propres coups de feu, portait encore les traces d’une autre blessure. Une tête de flèche avec un morceau de bois était resté dans une de ses cuisses ; les Indiens avaient dû lui donner la chasse, et cela quelques jours au- Paravant, ainsi que le prouvait l'aspect de la plaie, Cette blessure n’ent point 6t£ mortelle si

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RE Éd on et pu enle er la flèche ; mais telle qu'elle était, elle devait infailliblement entrainer la * un peu plus tôt ou un peu plus tard. Cette | circonstance explique la conduite des loups, qui 1 sans cela n’eussent jamais osé s'attaquer à un animal de la taille du wapiti. Le wolverène luimême s'attaque rarement à ces grands animaux ; mais le wapiti poursuivi par les loups avait passé trop près du repaire de la bête carnassière pour que celle-ci négligeàt de s’ussurer une aussi riche proie, Au moment d'entrer dans le fourré, les loups avaient aperçu le wolverène et avaient pris la fuite, car ces animaux sout aussi lâches que cruels, et le wolverène leur fait autant de peur qu'ils en inspirent eux-mêmes aux pauvres daims blessés.

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