‹ La baie d'Hudson [microforme] (volume 2)Chapitre 18 sur 44 · DEUX PLONGEURS · texte numérisé non relu

DEUX PLONGEURS

Le wapiti fut dépouillé avec soin, et la peau fut étendue pour sécher. %

Depuis leur mésaventure , nos voyageurs & | étaient fort à court de vêtements. Les trois peaux | de caribou étant insuflisantes pour de grandes blouses de chasse, on avait dû se contenter d’en faire deux jaquettes, encore les vêtements étaientils fort étriqués. Les lits et les couvertures leur manquaient également. Ils avaient bien pour cet usage les peaux de buffalo; maisil n’y en avait

= FA Pr £ F PISE “ damier L'édce Hbn se Gi paf nes Nef 5 éart Bu til M

ue he RER

a man aient aimtmmehl mis nd

\ que deux, et nos voyageurs étrient au nombre de quatre, L'une de ces peaux servait à Lucien, qu'on avait forcé à la prendre comme étant le plus délicat de la troupe ; l’autre revenait à François, comme au plus jeune, Quant à Basile et à Norman, ils étaient obligés de coucher toutes les nuits sur la terre nue, et ils auraient souffert considérablement du froid s'ils n’eussent eu soin d'entretenir constamment un grand feu de bivouac, Encore malgré ces pré ‘autions, avaientils eu beaucoup à se plaindre de la température, car le feu ne peut chauffer qu'une partie du corps et celle qui se trouve du côté opposé se trouve exposée à toute la froidure. Les voyageurs qui parcourent les grands déserts de l'Ouest ont l’hahitude de se coucher les pieds au feu. Cette méthode est généralement considérée comme la meilleure, car tant qu’on a les pieds chauds, le: reste du corps ne souffre pas beaucoup du froid, tandis que quand les pieds sont froids; on ne peut parvenir à dormir à l'aise. Nos Jeunes voyageurs ne dérogeaient point en ces €frconstances aux habitudes reçues, et se couchaient tous les soirs autour du feu, les pieds du côté de la flamme, de manière que leurs personnes se trouvaient disposées comme quatre rayons partant du nême centre.

Marengo dormait ordinairement auprés de Basile, qu’il regardait plus particulièrement comme son maitre.

Malgré le soin que nos jeunes gens avaient Chaque soi. de se faire un lit d’herbes et de feuillages, ils n'en ressentaient pas moins vivement

SL

| | AE ride dde sd

l'absence de leurs couvertures; anssi comptaientils beaucoup sur les services que devait leur rendre la peau du wapiti; et comme un certain temps était nécessaire pour préparer et sécher cette peau, ils résolurent de ne lever leur camp que le surlendemain, et de s'occuper également pendant le temps de halte de faire sécher la viande du wapiti.

La chair de cet animal est d'une qualité inférieure, et on ne la mange qu'à défaut d'autre, “C'était précisément le ens de nos voyageurs. Gette viande n'est cependant pas désagréable au goût, mais elle est dure, peu savoureuse, et ressemble bien plus à dela viande de bœuf sèche qu'à de la venaison fraiche. Klle est considéri'e par les chasseurs blanes et par les Indiens comme étant de beaucoup inférieure à la chair de buffalo, -de l'élan et du caribou. Une des particularités qui contribue à la rendre peu agréable à manger, c'estque la graisse se fige aussitôt qu'elle est retirée du feu. Elle prend aux lèvres et aux dents wcomime du suif, différant en cela des autres viandes de daim, qui n'ont pas le même inconvénient.

Tout au contraire de la chair, la peau du wapiti est fort prisée des Indiens: moins épaisse que celle de l'élan, elle donne un cuir plus estimé. Lorsque cette peau a été convenablement préparée à la mode indienne, c'est-à-dire bien frottée avec une composition faite avec la cervelle et la graisse de l’animal lui-même, lavée, séchée, raclée et fumée, elle devient dou’e et souple comme un gant et partage avec la peau de

ent-

r'entain ‘her imp ent la

nfétre, ur's. au resche rie ne alo, ités ver, re:

nts an- \Vé-

Waisse lus ent ien cervée, Ot-

de

Chamois la propriété de pouvoir se mouiller ot se sécher ensuite sans ge durcir. C'est cette, dernière qualité qui lui donne aux yeux des Indiens l'avantage sur le cuir des autres espèces de daims, de l'élan et du Caribou qui se durcit beaucoup à l'eau et a besoin d'être longtemps frotté avec une substance grasse avant de re-

prendre sa première souplesse, x

Lucien savait préparer Ia peau du daim, “et connaissait aussi bien que la plus habile ménagère indienne, l’artde faire avec cette peau un cuir parfait, Mais cette opération aurait pris trop de temps à nos Voyageurs, qni durent se contenter d’une préparation moins belle sans doute mais plus expéditive.

La peau du Wapiti fut tendue sur des branches de saule et mise à sôcher devant le feu. On la retirait de temps à autre pour la frotter avec une substance grasse et la débarrasser des différents insectes qui eussent pu l'endommager.

* Pendant que Lucien S'occupait à la tannerie, Basile et Norman faisaient de la boucherie, et COupaient la viande en tranches pour les faire s6cher au feu. Cet ouvrage les retint moins longtemps que celui de Lucien. et ils S’étaient tran. quillement assis auprés du feu, quand une réflexion de François vint les tirer de ce doux fur niente.

— Ïl faut avouer, mes chers amis, disait le

Jeune garcon, que nous sommes de grands niais.

Nous négli Wolverène,

— C'est ma foi, vrai, répliqua Norman. je l’a-

geons une peau magnifique, celle du

SA CARRE RS + mens

vais complètement oublié ; mais la bête est au fond de l’eau. Comment la retirer ?

— ]1 faut la pêcher; répondit François, et voici ce que je propose : nous allons aiguiser une de ces branches de saule et l’attacher à la poignée de ma rame, de manière qu’elle fasse comme la barbe d’une flèche ; j’enfoncerai cette pointedans le corps du wolverène, et grâce au crochet qui l’empêchera de s'échapper, j'espèrel’amener hors de l’eau.

— Alors dit Norman, il faut mettre le bateau à l'eau, car dans l'endroit où se trouve le wolverône la rive est trop élevée pour qu’on puisse atteindre le fond de l’eau.

— Eh bien, reprit François en se dirigeant du côté des saules, mettez le canot à flot ; pendant ce temps je m'en vais couper une branche de saule. |

__ Demeure, dit Basile, je crois avoir trouvé un moyen plus sûr. Ici, Marengo!

Tout en parlant ainsi, Basile, qui s'était levé, se dirigeait sur la rive vis-à-vis la place où le wolverène avait disparu. Ses frères et son cousin le suivirent avec Marengo, qui bondissait de joie et paraissait tout fier d’être appelé à prendre part à cette entreprise importante.

— Est-ce que tu crois, dit Norman, que ce chien va tirer le wolverène de l’eau?

— Non, mais il y aidera beaucoup.

— Comment cela ?

— Attends un moment, et tu vas voir.

Sur ce, Basile jeta de côté son bonnet de peau de racoon, quitta sa jaquette de caribou, sa che-

re Ve

OS. À bg (oute

au

)ici de née Ja ans qui Lors

eau lveat-

t du lant de

peau .Che-

md ph em à à

mise de coton rayé et son gilet de peau en cuir de daim; il se défit de même de ses culottes, de ses guêtres et de ses mocassins, de manière qu’en moins de rien il se trouva dans le costume d'Adam avant son premier péché.

— Maintenant, mon cousin, dit-il en s’adressant à Norman, je vais te faire voir comment les nageurs du Mississipi savent se conduire dans l’eau.

Après avoir prononcé ces paroles, il s’avança jusque sur le bord du lac, chercha des yeux la place où le wolverène avait disparu, et après l'avoir suffisamment examinée il se tourna du côté du chien :

— À moi! Marengo, lui dit-il simplement,

L’intelligent animal répondit à son maître par un hurlement, et par un regard qui indiquait suflisamment qu’il avait compris ses ordres.

Basile alors regarda de nouveau le lac, éleva les bras autour de sa tête, plaça la paume de ses deux mains l’une contre l’autre, s’élança et tomba la tête la première dans l’eau. Marengo poussa un petit cri, et s’élança si rapidement à la suite de son maître que les deux plongeons n’en firent qu’un.

Pendant un instant l'homme et le chien disparurent aux yeux des spectateurs ; le chien revint le premier à la surface de l’eau ; quant à Basile, il demeurait si longtemps sans reparaître que Norman et les autres commençaient à s'inquiéter, et regardaient en tremblant la place où il s'était

enfoncé. À la fin pourtant on vit des bulles d'air s'élever à un endroit fort éloigné de celui où le

oo

jeune homme avait plongé, puis la chevelure noire de Basile parut au-dessus de l'eau. Le jeune homme tenait quelque chose entre ses dents, et poussuit devant lui un gros corps qu'on reconnut aussitôt pour être celui du wolverène.

Marengo, qui nageait près de là, n’eût pas plus tôt aperçu son maitre, qu'il poussa de son côté, engueula le wolverène et se mit à le tirer en nageant vers un point de la rive que Basile lui indiqua du doigt, et où l’abordage était facile.

Basile allait devant le chien en éclaireur, il fut bientôt à terre et prêt à aider Marengo qui y arriva quelques instants après. Le corps du wolverène fut tiré de l’eau et porté par François et Norman vers le lieu du campement. Lucien les suivit en portant les habits de Basile, et bientôt nos quatre jeunes gens se relrouvèrent tranquillement assis devant un feu qui flambait avec une nouvelle vigueur. : |

Je ne: crois pas qu'ilexiste en Amérique un animal plus hideux que le wolverène. Son corps ramassé, ses jambes courtes et torses, son poil hérissé, sa queue touffue, et par-dessus tout ses griffes recourbées et ses énormes mâchoires en font un animal d'un aspe :t aussi terrible que peu attrayant. Sa marche est lourde et presque rampante, ses yeux sont durs et féroces, son allure ressemble assez à celle de l'ours, et les traces qu’il laisse derrière lui sont souvent prises pour celles de ce dernier animal, Les chasseurs et les Indiens ne s’y trompent pas cependant et les reconnaissent à des signes certains. Ses pieds de derrière sont plantigrades, c’est-à-dire qu’ils por-

arvols et les tôt uilune

ani- IPS poil ses $ ent peu amlure aces Jour les s r'es de por-

mnt iiaamnsansnqnt came UE

tent sur le sol depuis le talon jusqu'à l'extrémité des doigts. Sa croupe est recourhbée comme un segment de cercle.

Cet animal est à Ja fois féroce et vorace, semble sous ce apport comme sous plusieurs autres au glouton. On le désigne même parfois sous le nom de glouton d'Amérique. 11 n'y a pas d'animal qui détruise plus de petit gibier. Il attaque et dévore aussi les grandes espèces lorsqu’elles se trouvent à sa portée; mais comme il est bas sur jambes et peu agile, il ne peut guère s'emparer de ces derniers que par stratagème,

On croit généralement qu’il se poste sur les arbres ou sur les rochers élevés pour guetter le daim, et s'élancer sur son dos au moment où il passe à sa portée, On va même jusqu’à prétendre qu'il pousse plus loin la précaution, et au dire de certaines gens il amasserait de la mousse, dont les rennes sont très-friands, et la placerait aux endroits où il veut les attirer, On à ajouté, chose plus extraordinaire encore que les renards l’assistent dans ces circonstances, et que ces animaux chassent le gibier dé manière à le faire passer à la place où le wolverène est en sentinelle. |

Il y a bien peu de viande dédaignée par le wolverêne. Cependant le castor est son mets de prédilection, et si ce dernier animal ne trouvait un refuge dans l’eau, élément pour lequel son ennemi a trés peu de goût, la race entière des castors aurait bientôt disparu sous sa dent meurtrière.

Sa force jointe à Ja finesse de son odorat le rendent un ennemi redoutable pour tous les sauvages habitants des forêts et des prairies. La

et r'es-

ruse supplée chez lui aux qualités qui lui manquent d’un autre côté, et cet animal passe pour détruire autant que la panthère et l'ours noir.

Le wolverène vit dans les antres des rochers et dans le creux des arbres, il se plaît également dans les forêts et dans les prairies. On le trouve dans les pays habités aussi bien que dans les déserts les moins fréquentés. Son espèce est répandue sur la plus grande parie du continent américain. Cependant il affectionne de préférence les lutitudes froides et les régions neigeuses. On ne le rencontre plus dans la partie méridionale des Etats-Unis, quoiqu'il soit positif qu’il ait infesié ces contrées à l’époque où les castors s’y trouvaient encore. Mais à partir du quarantième degré, on le trouve partout.

il ne serait pas surprenant qu’il habitât jusque sous le pôle même; du moins, si avant que l’homme ait pénétré dans le nord, il a toujours rencontré cette bête féroce.

Le vwolverène est un animal solitaire, et, comme la plupart des carnassiers, un grand rôdeur de nuit. La femelle fait ordinairement deux petits, quelquefois trois, rarement quatre. Ses petits en venant au monde sont de couleur claire: ce n'est qu’en grandissant qu'ils prennent une teinte plus foncée. Dans le tort de l’hiver, les wolverènes adultes deviennent presque noirs.

Leur fourrure, qui ressemble assez à celle de Vours, a le poil moins long ; elle est aussi moins estimée que celle de cet animal. Cependant sa peau est très-recherchée et fait un des obiets les

RC ps men e—

ane ge RE

lanasse JUTS

hers ent ju ve les | l'é- Jent nce On nale in- S'y ème

que que )urs

AE d nai pe

plus importants du commerce de la compagnie de la baie d'Hudson.

Les vuyageurs canadiens désignent le wolverène sous le nom de carcajou, tandis que les Ecossais au service de la compagnie l'appellent du nom assez extraordinaire de quickhatch. On suppose que ces deux derniers noms ont la même origine, et qu’ils proviennent l’un et l’autre du motindien okee-coo-haw-gew, sous lequel la tribu des Cree désigne cet animal. Cette hypothèse est d'autant plus probable que ce n’est pas le seul mot que les voyageurs et les marchands de fourrures aientemprunté à la langue de ces sauvages,

Page 1