‹ La baie d'Hudson [microforme] (volume 2)Chapitre 24 sur 44 · ES NU GES US · texte numérisé non relu

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Les bords riants de l'EIk semblaient étre le séjour de prédilection des oiseaux de toute espèce ; nos voyageurs en virent un grand nombre tant de ceux qui émigrent dans le pays des fourrures pendant l’été que de ceux qui habitent ordinairement dans ces parages. Parm: les premiers, ils remarquèrent surtout l’oiseau bleu de Wilson {siali Wilsoni), qui, à cause dé sa grâce et de l’innocence de ses habitudes, est aussi aimé en Amérique que le robin l’est en Angleterre. Ils virent aussi un autre oiseau également cher aux fermiers, le martin pourpre. C’étaient là en général des oiseaux pêcheurs qui voltigeaient sans cesse au-dessus des eaux du fleuve ; d’autres au contraire avaient établi leur demeure sur les arbres de la rive, et sautillaient de branche en branche, C'étaient le gros-bec cardinal aux ailes écarlates, le geai bleu brillant et babiilard, le bec en croix (loæiu), oiseau rare et reconnaissable à la couleur cramoisie de son plumage. Les oiseaux que nous venons de nommer n'étaient pas les seuls habitants de la feuillée. Beaucoup d’autres, au contraire, égayaient le paysage soit par

leur chant soit par leur brillant plumage.

L'oiseau qui intéressait le plus vivement nos jeunes voyageurs n’avait pourtant ni belle voix ni belles plumes ; loin de là, sa voix désagréable

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à entendre, ressemblait au bruit d’une porte qui

crie plus qu’à tout artre chose. Cet GC: :eau, de la grosseur d’une grive, était de cou'eur grise, blanc sous le ventre avec !2 bout des ailes noir, Son bec était courbé comme celui des oiseaux de proie, tandis que ses pieds ressemblaient à ceux de la famille des pies. En Somme, il paraissait tenir le milieu entre les deux espèces.

Ce n’était nila couleur de cet oiseau, nisa forme, ni sa voix qui avaient attiré l'attention de nos Voyageurs. Ses singulières habitudes lui avaient seules valu cet honneur. Ce fut pendant une de leurs haltes méridiennes qu’ils eurent l’occasion favorable d'observer de près les manœuvres de ce petit acteur emplumé, Ils s'étaient arrêtés dans une île boisée pour y passer les heures chaudes de la journée, et avaient établi leur camp sous un grand atbre autour duquel s’enlaçaient les tiges nombreuses d'un chévrefeuille dont les fleurs entièrement épanouies embaumaient l'air de leur douce senteur.

Ils y étaient à peine installés, que François dont les yeux étaient toujours en mouvement, découvrit dans les touffes de chèvrefeuille la présence de plusieurs petits oiseaux. On ne fut pas longtemps indécis sur l'espèce à laquelle ils appartenaient ; c'étaient des colibris de l’espèce connue sous le nom de gorge de rubis. Ce nom leur a été donné à cause de la plaque rouge que le mâle porte à la poitrine, plaque qui resplendit aux rayons du soleil et jette des feux semblables à ceux du rubis. Le des de cet oiseau est d’un ver! d'émeraude, dont l'opposition fait encore res.

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sortir plus vivement l’écarlate de la poitrine. C’est de tous les oiseaux qui émigrent dans le pays des fourrures le plus mignon et le plus petit, si l’on en excepte toutefois son congénère le colibri cinnamon ; encore ce dernier oiseau ne se rencontre-t-il guère dans les régions septentrionales que sur le versant occidental des montagnes Rocheuses, et on le trouve de ce côté jusque eur les côtes inhospitalières et glacées du détroit de Nootha. Le Mexique et les pays tropicaux de l’Amérique sont le séjour de prédilection de toutes les espèces de colibris, et l’on a longtemps cru que le gorge de rubis était le seul qui émigràt plus au nord que le territoire du Mexique. Des observations plus récentes ont modifié cette opinion, et l’on connaît maintenant, outre le cinnamon, deux ou trois autres espèces qui émigrent chaque année et se retugient sous les latitudes les plus froides.

Les gorges de rubis non-seulement émigrent dans le pays des fourrures, mais il existe de grandes bandes de ces oiseaux qui ne quittent jamais les bords de l’EIk et demeurent constamment au lieu où nos voyageurs se trouvaient alors.

Pendant que François et ses compagnons observaient ces petits être charmants, qui voltigeaient en bourdonnant de fleur en fleur. un nouveau venu vint par ses mouvements attirer leur attention. C'était encore un oiseau, mais bien différent des colibris par le plumage et par la forme. .I1 appartenait à l’espèce dont nous avons parlé précédeniment. Il était perché sur

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——————— les branches d’un arbre, à quelque distance des chèvrefeuilles. De temps à autre il quittait son perchoir, allait se mêler aux colibris, puis revenait prendre sa place sur l'arbre,

D'abord nos jeunes gens n'y prirent pas garde, ce n’était pas la première fois qu’ils voyaient des oiseaux agir de la sorte ; les geais, entre autres, n’agissent pas autrement. Mais Lucien qui surveillait cet oiseau de plus près que les autres, déclara au bout d’un moment qu’il n'approchait du chévrefeuille que pour s'emparer des colibris, et qu'à chacun de ses voyages fréquemment répétés il revenait à son perchoir, emportant dans ses griffes une nouvelle victime que son peu de grosseur l'avait jusqu'alors empêché de distinguer. De la sorte averti, chacun se mit à surveiller l'oiseau gris avec plus d'attention, et l’on ne tarda pas à vérifier ce que Lucien avait avancé. Au moment où l’un des colibris plongeait son bec dans la corolle d’une fleur, le gros oiseau le saisissait et l’emportait sur son arbre. Cette conduite burbare excita l'indignation de François, il saisit aussitôt son fusil et s’approcha de l’arbre où l'oiseau carnassier était en train de déchirer sa dernière victime. C’était un arbre de peu d’élévation, de la famille des locustes ou pseud acacias, et couvert, comme tous ceux de cette espèce, de longues épines acérées. Sans prendre garde à cette circonstance, François continua de s’avancer pour choisir une place d’où il püût facilement tirer. Il l'eut bientôt trouvée. Il ajusta quelque temps, puis fit feu. Le coup porta, et l'oiseau frappé par le plomb meurtrier dégrin-

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gola de branche en branche. Le chasseur s'avança et ramassa l’oiseau mort, non qu'il espéràt tirer quelque avantage d’un si chétif gibier, mais Lucien, qui désirait examiner cet oiseau de près, avait prié son frère de le lui rapporter. Il était déjà en train de retourner au camp avec sa chasse, quand il jeta par hasard les yeux sur l'arbre où il avait tué l’oiseau. Il y vit sans doute quelque chose de fort extraordinaire, car il poussa une exclamation de surprise et appela ses compagnons qui vinrent aussitôt le rejoindre et ne tardèrenit pas à partager sa stupéfaction.

Je crois avoir dit que l’arbre en question était couvert de longues épines. L’une des branches de cet arbre attirait plus particulièrement l’aitention de nos voyageurs. Gette branche était garni d’une douzaine d’épines, et chacune portait un gorge de rubis empalé Les pauvres petites bêtes étaient mortes sans que leur plumage eût souffert le moindre dommage. Ils étaient tous placés le dos en l’air, et si bien embrochés qu’on eût dit qu’ils avaient été placés là par les mains d'une créature humai: e. En y regardant de plus près, ils découvrirent que ce singulier garde-manger n’était pas garni de colibris seulement ; il y avait encore des sauterelles, des araignées, des coléoptères ; sur une chambre à part deux petits mulots, qui tous avaient péri de la même manière,

Pour Basile, Norman et : Francois, la chose était tout à fait inexplicable. Lucien seul comprenait ce mystère. Il apprit à ses frères que tous les animaux qu'ils voyaient avaient été ainsi

near ee NT ne empalés par l'oiseau que François venait de tuer, qui n'était autre, leur dit-il, que la pie-grièche (lanius), plus connu sous le nom d'oiseau bou- Cher, qui lui a été donné en raison des habitudes que nous venons de mentionner.

On demanda à Lucien pourquoi cet oïsean se conduisait de cette singulière facon. Mais le jeune savant ne put répondre à cette question d’une manière satisfaisante. ;

— Les nâturalistes, dit-il, ne sont pas d’accord sur ce point. Quelques-uns prétendent qu’il empale ainsi les araignées et les autres insectes dans le but d’attirer les petits oiseaux dont il fait sa proie ; mais cette opinion n'est guère admissible quand on réfléchit qu'il empale autant d'oiseaux que d’insectes, et que d’un autre côté il se noufrit volontiers de ces insectes dont il fait même une grande destruction.

L’explication la plus admissible de la cruelle habitude de l'oiseau boucher, c’est qu’il agit ainsi pour mettre ses provisions à l’abri des rats, des Souris, des renards et des autres bêtes carnassières, comme fait un cuisinier prudent qui suspend aux clous de son garde-manger le gibier et la viande qu’il veut mettre en réserve pour les jours suivants. Les animaux ne sont point cruels sans nécessité, et ce n’est pas pour faire souffrir ses victimes que la pie-grièche leur inflige ce cruel supplice, c’est tout sim plement une manière de conserver our les jours suivants le superflu de ses provisions. C’est le même instinct qui pousse les geais, les corbeaux et les pies à faire des d‘pôts dans les crevasses des murs et dans

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les troncs des arbres. On objecte à cela que les pies grièches abandonnent souvent l’arbre où elles ont empalé leurs victimes et n’y reviennent plus. Cette objection me paraît sans valeur et se réfute facilement. 11 est propable que lorsque la pie-grièche agit ainsi, c’est qu’elle a été chassée par la présence de quelque ennemi, ou qu’elle a trouvé ailleurs un lieu plus à sa convenance. Les chiens, les renards, les loups et la plupart des autres animaux de proie agissent souvent de la même manière.

Après ces explications, nos voyageurs retournèrent à leur camp, et quand la chaleur du jour fut un peu passée, ils s'embarquèrent de nouveau et reprirent le cours de leur voyage.

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