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CHAPITRE XX LE FAUCON PÊCHEUR

Peu de jours après, un autre incident de voyage servit à renseigner nos voyageurs sur les habitudes d’un autre oisoau, l’orfraie ou faucon pécheur, car c’est sous ce dernier nom que l'oiseau dont il s’agit est le plus ordinairement désigné en Amérique. :

L’orfraie (falco alietus) est un oiseau de la famille des faucons, et l’un des plus grands de l'espi.» Il ne mesure pas moins de deux pieds, de la naissance du bec à l'extrémité de la queue. Ses aîles sont en proportion et son envergure a

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LA BAIE D’HUDSON. | ne nat prés de six pieds. La partie supérieure de son Corps a la couleur brune particulière à tous les individus de la famille des faucons. Son ventre est d’un gris cendré, ses pattes et son bec sont bleus, ses yeux d’un jaune orangé. 11 habite dans Presque toutes les parties de Amérique où se trouvent les eaux poissonneuses, car c’est de poisson qu’il fait sa nourriture exclusive. Il est Plus répandu sur les côtes que dans l'intérieur, bien qu’on le rencontre aussi fréquemment dans le voisinage des grands lacs. Pendant l'été, à l’époque où les eaux Sont débarrassées de glace, il pousse très-avant dans l'intérieur des terres. On ne le voit Que très-rarement dans le voisinage des rivières bourbeuses. Il a besoin d’une eau claire dont la transparence lui permette d’épier sa proie.

Le faucon est un oiseau voyageur ; à l'approche de l'hiver il gagne les régions Mméridionales et. affectionne principalement les côtes du grand golfe du Mexique, où on le voit pécher par troupes nombreuses. Au retour du printemps, ces oiseaux repassent au nord et reviennent sur les côtes de l'Atlantique, où ils apportent la joie et l'espoir au pêcheur; leur arrivée étant presque toujours l’annonce de Ja présence prochaine des bancs de harengs, de Saumons et des autres poissons sur lesquels ils fondent leurs espérances. C'est pour cette raison Sans doute que les pêcheurs tiennent cet oiseau en vénération toute parti- Culière. Un pêcheur ne voudrait pas, pour un plein bateau de poissons, se Charger la conscience du meurtre d'un de ces oiseaux qu'il regarde

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comme un confrère, et fait ainsi mentir le proverbe qui veut que deux collègues ne soient.

jamais amis.

Le fermier, qui n’a pas les mêmes motifs de respecter le faucon pêcheur, prend quelquefois son fusil pour tirer sur lui, mais cette conduite n’est ordinairement de sa part que le résultat d’une confusion: il prend le pêcheur pour le busard ou pour quelque autre faucon, auxquels il ressemble beaucoup a une certaine distance. Mais aussitôt qu’il reconnait son erreur, il pose son fusil et laisse l’oiseau pêcheur continuer son vol en toute liberté. Cette façon d'agir s’explique parfaitement. Le fermier sait qu’il n’a rien à craindre du faucon pêcheur pour ses canards et pour ses poules, tandis qu’il a tout a redouter des busards. des émérillons, des milans, et detous les autres faucons qui sont pour la bassecour autant de fléaux terribles. Grâce à cette protection particulière, le faucon pêcheur est un des oiseaux les plus en sureté ; personne ne lui en veut et il peut nicher à la porte du fermier où du pêcheur, sans crainte de voir sa couvée troublée par l'un ou par l’autre Puisque je parle de couvée, c’est le lieu d'ajouter que l'incubation ne regarde en rien le faucon mâle ; c'est à la femelle qu'incombe le soin de demeurer constamment sur les œufs, elle ne se dérange même pas pour prendre sa nourriture à laquelle le mâle pourvoit adondamment, en apportant dans le nid tout le poisson dont elle peut avoir besoin.

C'est au petit nombre de ses ennemis que le faucon pêcheur doit d'être une des espèces les

LA BAIE D’HUDSON, maintien plus nombreuses qu genre. On peut dire qu'il pullule, On rencontre dans le même lieu jusqu'à vingt ou trente nids de ces oiseaux. Il y a même telles petites fles où l'on en compterait plus de trois cents,

Cet oiseau choisit les plus gros arbres pour y

bâtir son nid. Cependant il ne le place pas à leur sommet comme la plupart des oiseaux de proie, et l'établit le plus ordinairement dans quelque branche fourchue, à une vingtaine de pieds du 801. Ces nids se composent de brindilles, de paille et d'herbes liées ensemble par de la terre glaise, L'intérieur est tapissé d'herbes marines ou d'autres plantes également flexibles et chaudes. Ce nid est si gros qu'il suffit à lui seul pour remplir un Chariot et qu'un cheval en a Sa charge, On aperçoit cette masse dans les bois à une grande distance, et d'autant plus facilement, que ce nid se trouve presque toujours situé sur un arbre mort et par conséquent dépouillé de ses feuilles. On prétend que le faucon choisit de préférence des arbres morts. Je crois qu'on prend ici l'effet pour la cause Le faucon n'a pas de prédilection à cet égard ; seulement le poids du nid, les excréments des oiseaux et les débris de poissons en tombant sur ses racines finissent par flétrir l'arbre et le faire mourir.

On comprend que les jeunes dénicheurs d'oi:

seaux n'aient pas de peine à découvrir ce nid monstrueux, mais ils se gardent bien d'aller voir les œufs qui sont ordinairement de la gros- ‘seur de ceux du canard et Mmarquetés de taches brunes. Cette opération ne serait sans danger ni

un pour les yeux ni pour leurs jours, et très-proba- 5; tt blement l'oiseau leur ferait payer cher cette de témérité. |

On raconte à ce sujet une aventure arrivée à ur y un nègre.Cet africain résolut un jour de s'emparer Tate d’un nid de faucon, ettenta bravement 1 entreprise er sans avoir autre chose pour protéger sa tête Iqu : contre les coups de 1 ennemi qu il allait affronter, aù que la couverture laïneuse implantée par la naville { ture elle-même dans son cuir chevelu. A son tie. approche, grande rumeur parmi les faucons. Le tte nègre est assailli par le mâle et par la femelle. Il Ce n’en poursuit pas moins l'aventure, et redescend plir avec les petits ; mais le brave Africain avait fait Où sans s'en douter une bien autre capture. Il avait dé pris le père. Get oiseau, en fondant sur lu tête nid du ravisseur, s'était sl bien embarrassé les pieds bre dans sa chevelure laineuse, que le nègre se reo trouva à terre avec cet ornement sur la tête. re Je ne voudrais pas garantir l'authenticité de ffet cette anecdote. Tout ce que je puis dire, c’est que ne ces oiseaux défendent leur nid avec un courage vi poussé jusqu'à la fureur, et je pourrais citer plus dt d’une personne qui a été sévérement punie d'avoir Ne voulu leur ravir leurs petits.

Le faucon pêcheur, comme je l’ai déjà dit, se nourrit exclusivement de poisson, et on ne Ja id jamais vu manger la chair des quadrupèdes ou des volatiles, même lorsqu'il se 1rouve depuis L plusieurs jours privé de sa nourriture ordinaire +" par suite defla prolongation des froids, qui re-

tenaient les rivières gelées plus longtemps que d'ordinaire. Aussi plusieurs espèces d'oiseaux

Construisent-elles ordinairement leur nid dans le voisinage de cet oiseau, preuve évidente qu'elles n'ont rien à redouter de sa part,

C'est le genre de nourriture qui constitue 1x Principale différence entre l'orfraie et les autres espèces de faucons. Cetle différence d’alimentation est justifiée chez cet oiseau par la forme de ses pieds et de ses jambes appropriées par la nature au genre de nourriture et à la manière de se la procurer. Ses jambes, qui sont très fortes, sont aussi très-longues, et dépourvues de plumes. Les pieds et les doigts sont aussi très longs et Couverts d'une peau rude et écailleuse comme une rape, circonstance qui lui permet de retenir plus fortement sa proie glissante. Ses griffes sont longues, recourbées en forme de croissant, et terminées par des pointes aussi acérées qu'une aiguille.

Je crois avoir dit qu'un incident mit nos chas-

€ Constater les habitudes de cet oiseau intéressant.

C'était un samedi soir, le camp venait d’être dressé et l’on se proposait d'y demeurer jusqu’au sSurlendemain matin. Le lieu choisi par nos voyageurs était un petit Promontoire élevé d’où l’on dominait le fleuve sur une assez grande élendue. Près de la place du Campement s'élevait un grand peuplier dans l’une des fourches duquel une orfraie avait fait son nid. L'arbre était mort, comme toujours, et nos jeunes gens voyaient très distinctement le nid de l'oiseau dans lequel se trouvaient plusieurs petits. Les oisillons étaient déjà grands et recouverts de leurs plumes, mais il

ins le entre dans les mœurs des orfraies de nourrir À

elles leurs petits longtemps après que ceux-ci sont- ‘à devenus capables de fournir par eux-mêmes à 4

ue la leur subsistance. Les petits se laissent faire très J

utres volontiers, et le père et la mère sont souvent obli- .

men- gés de les chasser du nid à coups d’ailes et de à

orme bec; mais ils ne les abandonnent entièrement que à

ur la lorsque ceux-ci ont fait preuve pendant long- s.

e de temps de leur aptitude à saisir leur proie. ,

rtes, Lucien avait donné ces détails d’après un bruit 4

mes. accrédité sans oser pourtant en garantir l’authen- D.

zs et ticité. L’cccasion d’en vérifier l’exactitude ne de- 4

me vait pas se faire longtemps attendre. Après Gi

enir l’arrivée des voyageurs, les faucons père et mère À

sont se mirent à tourner autour de leur nid avec une à

@t inquiétude visible, poussant des cris et faisant

une de temps à autre entendre un fort battement Re. d'ailes. La présence des étrangers les inquiétait "

1RS- visiblement. A la fin, voyant que les nouveaux 4

cet venus ne faisaient aucune démonstration hostile, 3 ils se calmèérent, et se posèrent tranquillement

tre au bord de leur nid; puis, après être demeurés

au quelque temps dans cette position, ils s’euvolè-

du rent l’un après l’autre, et se mirent à tourner en

on cercle au-dessus du fleuve. Ils étaient à peu près

ue. à une centaine de pieds e:. l'air. Rien n’était plus

nd gracieux que leur vol; on les voyait de temps à

2r- autre le suspendre, planer immobiles, et se re-

ne tourner de bout en bout, comme s'ils eussent

os manœuvré sur un pivot. Tous ces mouvements

de étaient si naturels, que c'était à peine si on aper-

jä cevait un léger frémissement des ailes. On les

voyait aussi de temps à autre descendre à moitié

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de la hauteur où ils se tenaient habituellement, et de ce point fixer le fleuve avec attention. C'était sans doute quelque poisson qu'ils apercevaient; mais apparemment que la proie était trop lourde, ou peut-être aussi à une trop grande profondeur, car après un moment ils remontaient en l'air et recommençaient leur vol circulaire. Quelquefois aussi ils s’abattirent complétement sur l’eau; mais le poisson, qui avait l'œil sur

eux, avait sans doute plongé au moment où leg oiseaux s’abaissaient, car on les vit remonter en

l'air les serres vides comme auparavant.

Après quelque temps consacré à toutes ces manœuvres, On vit le plus grand des deux oiseaux, la femelle par conséquent, abandonner la chasse et retourner à son nid. Elle n’y demeura qu'une seconde, et, au grand étonnement des jeunes gens, ils la virent frapper ses petits avec ses ailes comme si elle eût voulu les faire déguerpir.

C'était précisément son dessein. Peut-être étaitelle irritée d’avoir manqué sa proie et trouvaitelle convenable que ses petits vinssent pêcher à leur tour. Quoi qu'il en fût, elle les eut bientôt conduits au bord du nid. Quand ils furent là, moitié poussés, moitié battus, ils se décidérent à ouvrir leurs ailes, et s'envol:rent l’un après l’autre dans la direction du fleuve, € S petits étaient au nombre de deux.

Au même moment le mâle, qui venait de s'abattre de nouveau sur l'eau, remontaen l'air avec un poisson dans ses grifles. Il vola au-devant de ses petits, et se rencontra bientot dans les plaines de l'air avec l’un d'eux dont il s’approcha et auquel

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il donna le poisson qu’il venait de prendre. Le jeune faucon reçut cette pitance comme chose à lui légitimement due, et sans plus de façon l’emporta sur un arbre voisin, où il se mit à la dévorer de fort bon appétit. L'autre petit ne se fut pas plutôt aperçu de la chose, qu’il vola à côté de son frère pour partager sa proie. En moins de rien le poisson fut dévoré. Les jeunes faucons, dont l'appétit était sans doute satisfait, regagnèrent leur nid, où ils furent bientôt rejoints par leurs parents, qu’on entendit pendant longtemps pousser de petits cris. C'étaient sans doute des félicitations qu'ils adressaient à leurs enfants sur la manière heureuse dont ils s’étaient tirés de leur première volée.

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