‹ La baie d'Hudson [microforme] (volume 2)Chapitre 26 sur 44 · LE FAUCON PÊCHEUR ET SON TYRAN · texte numérisé non relu

LE FAUCON PÊCHEUR ET SON TYRAN

Après être demeuré quelque temps dans son nid avec sa femelle et ses petits, le faucon mâle pensa à retourner à la pêche. Ce fut dans cette intention qu’il quitta l'arbre et recommençca à voler au-dessus de l’eau. Nos voyageurs, qui n'avaient rien de mieux à faire, suivaient ses mouvements tout en s’entretenant des habitudes de cet oiseau et des particularités de son histoire nalurelle.

Lucien, qui en pareille circonstance avait de droit la parole, apprit à ses compagnons que ie

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faucon pêcheur est commun à l’ancien et au nouveau monde, et qu’on le rencontre pêchant sur les bords de la Méditerranec aussi bien que sur les côtes de l'Amérique; dens certaines contrées de l’Italie, cet oiseau est désigné sous le nom d'aigle de plomb, parce que quand il s’abat des hauteurs de l'air pour plonger dans l’eau, il tombe avec la rapidité d’une balle de plomb £pandonnée à son propre poids.

Pendant que Lucien donnait ces détails à ses frères, l'orfraie s'était à deux ou trois reprises approchée de la surface de l’eau, mais sans S'y arrêter, et était, au contraire remontée en l'air, après un moment d'examen. Sans aucun doute, le poisson convoité avait changé de place, de là ses mouvements contradictoires. L'expérience apprend vite aux poissons à se défier de l’orfraie comme de ieur plus cruel ennemi. Mais malgré leur défiance ils ne parviennent pas toujours à échapper à ses coups.

Les chasseurs avaient done les yeux fixés sur l'oiseau, quand celui-ci s'arrêta tout à coup dans son vol, reploya ses ailes et s’abattit verticalement. Sa chute était si rapide que l’œil ne pouvait le suivre. L’éclair seul a plus de célérité. Bientot on entendit le bruit d’un Corps qui tombait dans l'eau, l'onde s'entr'ouvrit et se referma aussitôt, laissant à la place où elle s'était ouverte un léger flocon d'écume blanche. L'oiseau avait complètement disparu. Il venait de plonger : et les flocons d'écume indiquaient seuls encore la place où il se trouvait. Il ne fut pas longtemps à reparaître. Aussitôt il ouvrit les ailes et s’éleva dans l’air, em-

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Le poisson qui leur advenait d’une façon si mer veilleuse, se trouva être un magnifique saumon, du poids de six livres, c’est-à-dire beau- Coup plus lourd que l'oiseau lui-même. Les ongles de l’orfraie avaient pénétré fort avant dans sa chair, et prouvaient par leur disposition que le saumon avait en effet été saisi par derrière.

En voyant le saumon lui échapper, le faucon fit un tapage d’enfer, mais il ne fit aucun effort pour le reprendre, et se dirigea au contraire immédiatement vers la rivière, où les chasseurs lè virent aussitôt recommencer ses évolutions.

— Quelle masse de poissons ces oiseaux doivent détruire! dit François. La pêche ne me paraît pas leur coûter beaucoup de peine, et je suis sûr qu’ils en prennent autant qu’ils veulent. Voyez plutôt, voilà ce faucon qui vient de reprendre ün nouveau poisson.

En effet, pendant que François faisait ces observations, le faucon mâle, qui avait de nouveau plongé dans l’eau, reparaissait à la surface avec une autre proie.

— S'ils sont très-adroits à la pêche, répondit Lucien, ils ont aussi de lourdes charges, et ils ont certains parasites à leurs crochets, par exemple l’aigle chauve.

Au moment où Lucien prononçait ces paroles, un cri Strident fit retentir les airs, nos jeunes gens le reconnurent aussitôt ; C'était celui de l'aigle dont il venait d’être question à l'instant même. Tous les yeux se tournérent du côté d'où partait ce bruit ; un gros oiseau sortait des bois

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