‹ La baie d'Hudson [microforme] (volume 2)Chapitre 27 sur 44 · RER · texte numérisé non relu

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situés sur la rive opposée, et venait en volant dans la direction prise par le faucon. C'était, en effet, comme son cri l'avait indiqué, l'aigle à tête blanche.

— À corsaire, corsaire et demi, dit François, voici venir un autre brigand ailé.

Ce ne fut pas sans un vif sentiment de curiosité que toute notre petite troupe se mit à considérer les mouvements des deux oiseaux. Quelques coups d’aile suffirent à l'aigle pour le rapprocher du lieu de la scène ; mais le fauconpêcheur, qui avait entendu le cri de son adversaire, venait de changer de direction, et au lieu de voler vers son nid, s'élevait en spirales dans l'air avec l'espoir d’échapper. L'aigle le suivi dans les plaines de l'air. Pendant ce temps, la femelle du faucon, sans doute pour attirer l’attention de l'aigle et lui donner le change, agitait bruyamment sesailes et poussait des :ris aigus. Mais tous ses efforts furent inutiles, et l'aigle, qui avait sonprojet bien arrêté, ne se laissa pas prendre à ces ruses.

Cette poursuite se continua jusqu’à ce que les deux oiseaux eussent atteint une grande élévation et qu'on les perdit presque de vue. Bien qu'on ne les aperçût plus que comme deux points noirs perdus dans l’espace, nos voyageurs en voyaient encore assez pour juger que l’aigle était sur le point d’atteindre le faucon qui portait le poisson. Presque au même instant quelque chose traversa l’espace avec l’éciat et la rapidité de l'éclair et vint tomber dans l'eau, qui rejaillit avec force ; c'était le poisson, Le bruit de

mm + Sa Chute fut suivi d’une sorte de sifflement, c'était l'aigle qui avait déployé ses ailes et se laissait tomber des hauteurs de l’espace. Mais l'oiseau arrivait trop tard, le poisson avait disparu dans l’eau, et l’aigle se fit forcé de rouvrir ses ailes et de remonter dans l'air, non sans avoir fait entendre un cri aigu qui témoignait âssez de son désappointement et de sa rage. Bientôt on le vit s’enfoncer dans le bois et se poser sur l’arbre d'où il était parti quelques instants auparavant. :

Les faucons, de leur côté, ne tardèrent pas à rêgagner leur nid, où on les vit bientôt réunis dans un conseil aussi bruyant qu'agité. Ils paraissaient se consulter sur la gravité des cir- Conslances présentes, et les petits eux-mêmes, malgré leur inexpérience, donnaient leurs avis de la manière la plus bruyante.

— Je m'étonne, dit Lucien, que l'aigle ait manqué le poisson, cela lui arrive rarement, car cet oiseau se précipite avec tant de force, qu’il ne . manque presque jamais de rattraper un objet qui tombe avant que celui-ci ait touché la terre. Peutêtre dans cette circonstance la femelle du faucon était-elle dans son chemin, et l’a-t-elle forcé de dévier de sa route.

— Mais pourquoi n'a:t-il pas plongé dans l'eau ? demanda François.

— Parce que le poisson a été au fond, et qu'il n’est pas dans la nature de l'aigle de plonger.

Gétte réponse de Basile était la seule qu'il y eût à faire,

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— Tu n'es pas, dit Lucien à Francois, le premier ni le seul qui ait reproché à l'aigle à tête chauve ses mœurs de voleur de grand chemin.

Mais en lui faisant ce reproche on n’a peut-être pas assez réfléchi que la nécessité plus encore que ses goûts le poussait dans cette voie. Pourquoi, s’est on demandé, cet oiseau ne pécherait-il pas lui-même le poisson dont il se nourrit ?

Pourquoi ? Eh ! mon Dieu ! parce que la nature: l'a ainsi voulu, et que c'est à elle surtout qu'il faut imputer les mœurs pillardes qu’on reproche à l’aigle. Le faucon-pêcheur, destiné par la nature à plonger dans les éauxet à y poursuivre sa proie, a été pouvu par elle de tous les moyens. nécessaires à cette chasse. Mais il n’en est pas de même de l’aigle, et je serais bien trompé si la nature ne lui avait dénié toutes les qualités dont elle a doué le faucon à cet égard. Se nourrissant de poisson et ne pouvant pas le pêcher euxmêmes, ils sont presque contraints par la force des choses à user du faucon-pêcheur comme d’un pourvoyeur. Cependant l'aigle à tête chauve prend quelquefois la peine de pêcher lui-même le poisson dont il se nourrit, et cela lui arrive toutes les fois que les eaux sont peu profondes ou que le poisson se présente. assez près de la surface pour qu'il puisse le saisir facilement sans plonger.

— Ces aïgles, demanda François, ne tuent ils jamais les faucons ?

— Je ne crois pas, répondit Lucien. Ils tuent

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volontiers l'oie, qu'ils dévorent, mais respectent la vie du faucon, dont la chair ne leur rendrait : pas le quart des services qu'ils sont en droit d’attendre de ces actifs pourvoyeurs. On assure, d'ailleurs, que lorsque les faucons se trouvent en nombre, ils se réunissent et chassent au loin leur tyran

À ce moment la conversation fut interrompue par un nouvel incident ; les faucons venaient de nouveau de quitter leur nid pour se remettre à pêcher. Leur travail ne fut pas longtemps sans . récompense, car l’on vit bientôt l’un d'eux s’abattre dans le fleuve, et reparaître avec un poisson entre ses griffes ; c'était un gros poisson, ont le poids alourdissait considérablement son vol. L'oiseau était à peine sorti de l'eau, que l'aigle s'élança du sommet de l'arbre qu’il occupait, et recommença à lui donner la chasse. Le faucon ne fut pas longtemps à comprendre qu'avec un poids de cette force, il lui était impossible d'échapper à son ennemi. Aussi, après avoir volé la longueur de deux cents pas à peine, il ouvrit ses serres et lâcha sa proie. Au même moment l'aigle s’abattit à la suite du poisson qui tombait, et parvint à s’en emparer avant qu'il eût touché l’eau. Satisfait alors du résuliat de sa Chasse, il étendit de nouveau ses longues ailes et sa large queue, retraversa la rivière et disparut au milieu des arbres de la rive opposée.

Le faucon pêcheur voyant son ennemi s’éloigner, revint planer au-dessus des eaux et se remit à pêcher. Sans doute il était peu satisfait de ce qui venait de se passer, mais habitué

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comme tant d’autres à payer la taxe royale, il savait qu’il ne sert de rien de murmurer, et il s’exécutait sans qu’on eût entendu de sa part le moindre cri de fureur ou de désappointement.

Un nouvel incident vint bientôt attirer l’attention de nos voyageurs et exciter leur étonnement. Le faucon femelle, dont jusqu'alors la pêche n'avait eu que peu de succès, venait de s’abattre et de disparaître en plongeant sous les eaux. Tous les yeux se fixèrent vers le léger bouillonnement qui indiquait encore la place où l’oiseau venat de s’enfoncer. Au bout de quelques secondes d'attente, l'oiseau n’avait point encore reparu. Il était peu probable qu’on le revit désormuis ; l’écume formée par le plongeon avait disparu emportée par le courant de l’eau, ainsi avait fait également tous les cercles occasionnés par la même cause, et la surface de la rivière était redevenue unie comme une glace. De la position occupée par nos voyageurs le regard planait fort loin sur les eaux, et il était impossible que l’oiseau fût sorti sans qu’on s’en fût aussitôt aperçu. Qu’était-il donc devenu ? Telle était la question que nos jeunes gens se posaient les uns aux autres. Ce fut pendant toute la soirée et une bonne partie de la nuit le sujet d’une foule de conjectures de la part de chacun d’eux. Lucien ne pouvait pas sur ce point en dire plus que les autres, l’histoire naturelle ne lui donnant aucun renseignement à cet égard.

L'oiseau s’était-il noyé ? Avait-il été saisi par quelque gros poisson, étranglé et dévoré ? s’était-il frappé contre quelque rocher ? ou bien en-

D nets En Dub nié dmsnanicé tas niv ne ma ne core avait-il embarrassé ses pieds et ses ailes dans quelques herbes qui le retenaient au fond ?

Telles étaient les conjectures dans lesquelles se perdaient nos voyageurs. Les solutions ne manquërent pas à ce problème. On les trouva toutes, excepté pourtant la véritable, que l’événement devait révéler plus tard.

On n’a point oublié que l’événement que nous venons de raconter se* passait le samedi; nos voyageurs demeurèrent au même campement pendant toute la journée du dimanche, et pendant tout ce temps arnssi ils ne cessèrent d’entendre les cris plaintifs du faucon mâle, qui appelait sa compagne sans recevoiraucune réponse. . Le mardi on s’embarqua et l’on se remit à descendre le courant. Ils avaient fait environ un mille, quand leur attention fut attirée par un objet assez singulier qui flottait à la surface de l’eau. Ils conduisirent leur canot de ce côté, et reconnurent bientôt que ce qui avait attiré leur attention n’était autre chose qu’un gros esturgeon mort etemporté par le courant, côte à côte avec un oiseau également sans vie. En retournant le poisson avec le bout de leurs rames, ils furent étrangement surpris de voir que les pattes de l'oiseau étaient implantées dans son dos. Cet oiseau était précisément le faucon femelle.

Tout fut alors expliqué. L'oiseau s'était attaqué a un poisson trop pesant pour qu’il pût l’enlever. Ses griffes étaient si profondément enfoncées dans les chairs, qu'il n’avait pu les dégager à temps et qu’il était mort noyé. Maintenant ils’en allait à la dérive avec la victime qu’il avait faite.

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