‹ La baie d'Hudson [microforme] (volume 2)Chapitre 39 sur 44 · PS ER · texte numérisé non relu

PS ER

finissait par apercevoir le profil d’un animal accroupi dans la neige.

La forme et la couleur de cet animal et plus particulièrement ses longues oreilles faisaient facilement reconnaitre à l’espèce à laquelle il appartenait : c'était un lièvre.

Aussitôt que Norman l’eût aperçu :

— Tenez-vous tranquilles, dit-il à ses compagnons, et laissez-moi faire.

— Mais ne pouvons-nous pas t Basile.

— Non, répliqua Norman, demeurez en repos et faites taire le chien. Je vais m'approcher du lièvre, pourvu toutefois que le hibou ne l’ait pas trop effarouché. Quant à vous, je vous le répète, restez ici, tenez le chien en paix, et ne le làchez que quand je vous le dirai.

Après avoir donné ces instructions à voix basse, Norman partit son fusil sous le bras. Il parut d’abord marcher dans une direction entièrement opposée à celle du lièvre, mais c'était une manœuvre adroite pour ne pas effrayer l'animal. Peu à peu cependant il modifia sa marche, et së mit à décrire un cercle dont le lièvre était le centre, et qui embrassait à peu près tout le plateau, c’est-àdire un diamètre de trois cents pas environ. Il s’avançait de la sorte les yeux constamment fixés snr l'animal accroupi. Quand il eut achevé ce premier cercle, il se mit à en tracer un second plus petit, et continua de la sorte à décrire une spirale dont les cercles concentriques allaient toujours se rétrécissant el se rapprochant du point occupé par le lièvre. L'animal, de son côté,

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suivait tous les mouvements du chasseur, évidemment partagé entre la crainte et la curiosité. Quand Norman eut ainsi décrit cinq ou six cir-

“cuits, il ralentit peu à peu le pas, et finit par

s'arrêter du côté opposé à celui où ses compagnons continuaient à demeurer le cœur agité de crainte et d'espérance, car ils savaient que leur vie, ou tout au moins celle de Marengo, allait dépendre de la prise du lièvre. Norman avait habilement choisi sa place, car si par malheur il manquait son couple lièvre devait s'enfuir dans la direction de ses compagnons et essuyer leur feu. C’était une chance de plus qu’il s’était habilement ménagée

L’animal fut couché en joue, et le doigt du chasseur allait presser la détente, lorsque l’ombre d’un grand oiseau vint de nouveau se dessiner sur la neige. Au même instant un cri semblable à la voix d’un homme en détresse retentit dans les airs. Le lièvre effrayé se leva soudain, déploya ses longues jambes et prit la fuite. C'était le grand hibou des neiges qui revenait chasser sa proie.

La direction prise par le lièvre le conduisit du côté du traîneau, non loin du lieu où stationnaient Basile et ses frères. Le hibou le suivait en volant. Mais à peine le léger quadrupède avait-il fait une douzaine de bonds qu’on entendit une détonation ei qu’on vit l’animal rouler sur la neige, puis y demeursr immobile et mort. La seconde détonation suiva le près la première ; ün cri de douieur lui répondit, et le grand hibou blanc tomba par terre. Ces deux détonaticns

étaient trop sourdes pour provenir d'une carabine, elles appartenaient évidemment à un fusil, Tous les yeux se tournèrent vers François, qui, semblable à un dieu qu’on encense, se tenait immobile au milieu d’un nuage de fumée. C'était lui qui venait de faire ce coup double.

Marenso était encore une fois sauvé, et on eût dit qu'il le comprenait, car il bondissait sur la neige en remuant la queue, et en aboyant de joie.

— Je suppose, dit Norman, qu'il doit y avoir : du bois près d'ici, car je sais pertinemment que cette espèce de lièvre vit toujours dans les bois.

— En effet, répondit Lucien, le lièvre polaire se nourrit de tiges de saules, d’arbousier et de thé de Labrador, et très-probablement ces arbres doivent se trouver dans les environs.

En parlant ainsi, nos jeunes voyageurs étaient arrivés à l'extrémité du plateau, sur le bord opposé à celui par lequel ils y avaient pénétré. A leur grande joie, dans la vallée qui s’étendait à leurs pieds. on voyait quelques bouquets de saules, de grands peupliers, des bouleaux et des pins Ils furent bientôt au milieu de ces arbres,

et l'instant d’après, on entendit résonner les

coups répétés d’une hache. Une bonne provision de bois fut coupée, on y mit le feu, et un quart d'heure après nos aventuriers eurent la satisfaction d'avoir devant eux un foyer ardent d’où s’échappait une fumée bleuâtre qui montait en tourbillonnant au-dessus des arbres, et allait se perdre dans le ciel.

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