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gueuse et couverte de crevasses et de fissures. Ses feuilles ou aiguilles étaient longues de trois pouces et rassemblées par groupe de trois, dont chacun était réuni à sa base par un étui de couleur brune. Ces bouquets de feuilles sont ce qu’on appelle en botanique des faisceaux.
Les cônes ou fruits de cet arbre étaient un peu mois longs que les feuilles, à peu près de la grosseur d'un œuf de poule, et disposés entr’eux par petits paquets de trois ou quatre. François remarqua que l’arbre était trés-branchu, et que par conséquent il y avait dans le bois un trèsgrand nombre de nœuds. La présence de ces nœuds rend ce bois très-difficile à travailler, et l’on ne l'estime guère que pour la résine qu'il contient ; il est excellent pour le chauffage, et s'emploie pour cet usage dans toutes les parties des Etats-Unis, où il pousse. Presque tout le bois à feu qu’on débite dans les grandes villes d'Amérique, sous le nom de pin, provient des arbres dont il est ici question.
François pensait que Son compagnon avait Pintention d’abattre un de ces arbres, il se trompait ; tel n’était pas le projet de Norman, qui ne s'était arrêté devant le pin découvert par son Cousin que pour s'assurer qu’il était bien de l’espèce voulue. Quand il en eut bien constaté l’ideniité, il s’en éloigna en marchant les yeux fixés en terre, Au bout de quelque temps, il s'arrêta de nouveau, mais cette fois près d’un arbre qui gisait à terre, où il avait sans doute été renversé Dar quelqu'ouragan. La chute de cet arbre
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devait dater de loin, car le tronc était à moitié pourri. En se penchant pour examiner ce tronc mort, François constata qu’il appartenait, comme l'arbre précédent, à l'espèce des pins résineux. |
C'était apparemment ce que cherchait Nor- Man, Car il se mit aussitôt à jouer de la hache et abattit une grande quantité de nœuds résineux qu’il ramassa ensuite et renferma dans un sac 5 après quoi il retourna au bivouac et annonça à ses COMpagnons que tous ses préparatifs étaient terminés,
Sur cette affirmation, on s’assit pour souper. Le repas consistait en viande sèche, avec accom- Pagnement de biscuit et de café. La navigation de la journée avait excité l'appétit de nos voya: geurs, et chacun fit honneur au festin.
Aussitôt qu’on eut fini de manger, le canot fut. remis à l’eau avec le morceau d'écorce disposé à l'avant de la manière que nous avons décrite plus haut. Devant cette écorce, et également sur l'avant du bateau, on placa une poêle à frire qu’on attacha solidement par le manche et qu’on remplit de nœuds résineux, tout prêts à être allumés au besoin. Ces arrangements terminés, les chasseurs attendirent la nuit pour se mettre en route.
La direction de leur chasse devait leur faire descendre la rivière, et comme cette direction était aussi celle de leur route, ils continuaient leur voyage en Chassant, et faisaient ainsi d’une pierre deux Coups. Cette considération n’était point à dédaigner, aussi nos chasseurs, enchan-
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tés de leur projet, se mirent-ils à causer gaiement en attendant la nuit.
Eile vint enfin, et, comme l'avait annoncé.
Norman, il fit bientôt noir comme dans un four ; C'était le moment désiré. Chacun entra douce-
ment dans le canot, s'assit à sa place, et l’on se.
mit à descendre le courant. N orman s'était placé en avant dans le but de surveiller sa poêle à frire ; prés de lui se trouvait François, tenant en main son fusil double chargé de chevrotines. de la grosseur de celles dont on se sert en Angleterre pour chasser ces oiseaux, et qu’on appelle. pour cette raison plomb à cygne.
Après François venait Basile, armé de sa cara-. bine ; il était assis juste au milieu du canot. Lucien, d’une humeur plus pacifique et mauvais Chasseur comparativement à ses frères, était installé à l'arrière et tenait l’aviron, bien moins. Pour accélérer la marche du canot que pour la guider et même la modérer au besoin.
Telle était la disposition dans laquelle on:
s’avançait silencieusement.
Norman alluma bientôt la résine, dont les.
lueurs rougeâtres commencèrent à se réfléchir: dans l’eau en projetant leurs rayons jusque surles deux rives de la rivière. C'était un coup d'œil charmant. Les arbres colorés par la flamme, en. cadraient, comme un double rideau de pourpre. le fleuve, qui semblait rouler de l’or en fusion. Les rayons lumineux n'éclairaient cependant.
qu’une demi-circonférence, Car par suite de la
manière dont le pot à feu avait été placé derrière l'écorce, l’autr
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. , une obscurité que le contraste faisait paraître encore plus profonde. ,
On peut dès lors apprécier tout l'avantage des
dispositions prises par Norman. Grâce à ces arrangements, de l'avant du canot, on découvrait distinctement toute la rivière à une distance de plusieurs centaines de Pas ; aucun objet, quelle que fût sa dimension, ne pouvait échapper aux Canotiers ; on eût vu un bouchon flotter sur l'eau, à plus forte raison devait-on facilement apercevoir les cygnes que leur grosseur et l’éclat de leur plumage signalaient de loin aux regards. Derrière le canot, au contraire, régnait J’ombre Ja plus épaisse. De la sorte, tout ce qui se trouvait placé sur la rivière au-dessous du canot ne pouvait apercevoir que le pot à feu qui se déta- Chaïit sur un fond aussi noir que l’ébène. Car, Comme je crois l'avoir dit plus haut, le côté convexe de l'écorce était tourné vers avant ; et de cette manière le pot à feu se trouvait renfermé dans une espèce d’habitacle ouvert d’un seul côté, de sorte qu'aucun des rayons partis de <e centre lumineux ne pouvait arriver sur les Canotiers, interceptés qu’ils étaient par l’écorce protectrice. Grâce à cette disposition, ceux-ci pouvaient voir parfaitement tous les êtres vivants qui se trouvaient en avai, Sans courir aucun risque d’être aperçus par eux.
. — Cette manière d'agir, ajouta Norman, n’est pas particulière aux cygnes, et j'ai souvent employé cette ruse avec succès à la chasse aux daims. Je me suis posté maintes fois près des abreuvoirs fréquentés par ces animaux, et je les
LA BAIE D'HUuHSON.
‘aître “itoujours vus, loin de S’effrayer de la lumière, h | s’en approcher au contraire à petite distance. e des E. Ses cousins le crurent d'autant plus volontiers, FLQES + qu'ils avaient eux mêmes chassé le daim aux vrait 4 flambeaux dans les fôrets de la Louisiane, où e de ” cette chasse est désignée sous le nom de chasse uelle |. 4 aux feux, et qu'ils avaient toujours tué beau- 4 aux |: à Coup de gibier. Ces animaux, sur lesquels la lue 14 sur l 1 mière exerce sans doute une sorte de fascinanent UE tion, demeurent le cou tendu et les yeux fixés éclat 14 Sur la torche portée par lun des chasseurs, ds. 4 tandis que les autres les ajustent à leur aise en nbre [es Prenant pour point de mire leurs yeux étince- LOU 3 lants. Basile et ses frères ne Voyaient pas de L ne raison pour qu’il en fût autrement des Cygnes 4 léta- que des daims. 1 Car, Au surplus, s’il leur fût resté quelques doutes, | côté l'expérience n’aurait pas tardé à Lis dissiper, car à ; et 4 Moment où le canot tournait un angle du À ren- fleuve, on apereut trois gros objets dont la blan- ï lun Cheur tranchait sur 1a Surface de l’eau, Du pre- 4 de mier coup d'œil, nos chasseurs reconnurent les D. les Oiseaux qu’ils Cherchaient, bien qu’à la lueur à )rce des torches les objets en vue parussent beaucoup 3 A0E . plus gros que des Cygnes ordinaires, mais leurs | Li a longs cous recourbés qu'on distinguait parfaite- : dir 3 ment, rendaient toute erreur impossible, et l’on e À Poussa le canot tout droit sur eux, Le ‘est | à Pendant que nos chasseurs S’avançaient, un > M- 4 des oiseaux Poussa le cri sonore qui luia valu eux SOn nom. Ce cri ge répéta plusieurs fois à de des Courts intervalles.
les
— J'ai entendu dire, murmura François à l'o-
reille de Basile, que le Cygne chante avant de Mourir, Je voudrais bien que celui-ci ne fit pas. mentir le proverbe,
Et, ce disant, Fra santerie.
Basile fit Comme lui, et Lucien, qui avait entendu cette Observation de son jeune frère, ne put s'empêcher d’imiter leur exemple.
— Je crains bien, répondit Basile, que tu ne te fasses illusion > Car quelque bonne volonté qu'on y mette, il n’y a Pas dans ce cri de quoi trouver un Chant, et je crains bien que ces gaillards-là ne jouent encore longtemps de la trompette.
Cette saillie de Basile redoubl] nérale, et chacun de rire encor Paravant. Toutefois ces rires étaient étouftés avec soin, et pouvaient s'entendre tout au plus à une dizaine de pas. C'était ce qu'on pouvait
appeler des rires silencieux.
Mais l'affaire qui commençait
tournure sérieuse mit bientôt fin On n'était plus guëre qu'à deux c Pas des oiseaux >; la plus gr devenait indispensable. Les chasseurs arrétérent l’ordre de leurs feux. Basile devait tirer le premier sur lun des oiseaux au repos; de son côté François, aussitôt après le coup de son frère, devait tirer les autres oiseaux au vol et décharger sur eux ses deux Coups s’il en était besoin.
jugeant la distance abine et lâcha la dén vit l’un des cyYgnee
nçois se mit à rire de ga plai-
a la gaieté génée plus fort qu’au-
à prendre une à cette gaieté.
ent cinquante ande prudence
Un instant après, Basile Convenable, épaula sa car
tente; le COUP partit; et l’o
vant de fit pas.
sa plai-
ait enre, ne
tu ne olonté e quoi S gailtrom-
génépu’au- Duftés
plus uvait
une
ieté.
ante ence irrétirer
son ére, harnce dé-
nes
agiter convulsivement ses ailes, lourdement sur l’eau et y demeur ment. Les deux autres s’enlev mais au même moment On entendit une double détonation : François avait déchargé ses deux COUPS non sans succès, car un des deux cCygnes tomba dans l’eau avec une aile brisée.
Basile avait tué son c aisément. L'oiseau bles
Puis retomber er Sans mouveérent aussitôt,
yene et l’on s’en empara
sé par François fut d’une capture plus difficile, il fallut longtemps lui don-
ner la chasse avec le canot ; On finit pourtant par le prendre, mais il vendit chèrement sa vie et se débattit si Vaillamment que François eut le poignet tout endolori d’un coup de la seule aile qui lui restât. Son Courage ne lui servit pourtant de rien, et les deux Pauvres oiseaux se trouvérent bientôt côte à côte au fond du canot.
C’étaient un mâle et une femelle de la plus grande dimension.