CHAPITRE XIV
WAPITI, LOUPS ET WOLVERÈNE.
Le lieu où nos voyageurs avaient pris terre se trouvait le fond d'une petite baie. Le pays était plat et dégarni de bois, à l'exception de quelques bouquets de saule groupés çà et là sur la rive et formant comme autant de petites îles de verdure. C’est au pied d'un de ces bouquets d'arbres, à environ cent cinquante pas du lac, qu'on avait allumé le feu. La place ne pouvait être mieux choisie, car c'était une espèce de petit plateau d'où l'on découvrait toute la plaine jusqu'à plusieurs milles de là.
— Regardez donc là-bas, s'écria François, qui venait de se lever après avoir terminé son repas. Qu'est-ce que cela, capitaine ?
En parlant ainsi le jeune Landi indiquait du doigt quelques objets qu'on voyait sur le plaine, à une grande distance.
Le capitaine se leva à son tour, plaça ses mains au-dessus de ses yeux pour se garantir des rayons du soleil, regarda ave” attention dans la direction indiqu#+ par son cousin, et au bout de deux secondes répondit d’une ruanière positive à la question de son cousin :
— Ce sont des wapitis.
— Je ne suis pas plus avancé qu'auparavant, reprit François. Nis-moi maintenant ce que tu entends par des wapitis ?
— J'entends par wapiti un daim rouge, une espèce de cerf, si tu aimes mieux.
— Des cerfs ! à la bonne heure, me voilà fixé maintenant. J'avais bien cru reconnaître des animaux de cette espèce ; mais à cette distance je n'osais pas me prononcer.
En entendant cette conversation, Lucien se leva et regarda dans une petite longue-vue qu'il portait toujours avec lui. Le résultat de ses observations ne se fit pas longtemps attendre. Le capitaine ne s'était pas trompé ; c'était bien réellement un troupeau de cerfs.
— Puisque ce sont bien réellement des cerfs, reprit François, tu devrais bien nous dire, Lucien, ce que tu sais sur cet animal ; cela fera toujours passer le temps, car, d'après ce que prétend
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98 LA BAIE D'IUDSON.
Norman, il ne faut pas songer à leur donner la chasse sur un terrain aussi découvert que celui qui est devant nous, ils prendraient l'alarme et s'enfuiraient bien avant que nous fussions à portée de fusil, et vous voyez qu'il n'y a ni un seul arbre ni un seul buisson de leur côté ; le plus près d'eux se trouve au moins à un demi-mille.
— Le mieux que nous ayons à faire, dit Norman, c’est de les attendre sans bouger d'ici. Ou je me trompe fort, ou avant qu'il soit longtemps ils auront quitté la plaine ouverte et seront entrés dans ces bouquets de saules, car c'est de ce côté qu'ils paraissent se diriger, et d'ailleurs il est probable qu'ils viennent au lac pour y boire, et qu'ils y seront avant la nuit.
— Attendons donc, dit Basile à son tour, et que notre savant Lucien veuille bien charmer les ennuis de l'attente en nous racontant ce qu'il sait au sujet de ces animaux.
Lucien ne se fit pas prier.
— Je connais peu d'animaux, dit-il, qui aient autant de noms que ceux dont nous nous occupons en ce moment. Ces non: varient suivant les districts. On les trouve désignés chez les voyageurs sous le nom de cerf à cornes rondes, cerf américain, daim, daim rouge, élan gris, élan rouge, biche, wapiti et wewaskish; les savants ne sont pas moins prodigues de noms envers cet animal, qui est appelé dans les livres d'histoire naturelle cervus canadensis, cervus major, cervus aices, cervus strongylocerus, etc., etc.
Pourquoi tant de noms ? Je vais vous le dire. Le nom de cerf lui a été donné par les premiers colons, à cause de sa ressemblance avec le cerf d'Europe. Le nom d'’élan gris lui vient des chasseurs, qui le distinguent ainsi du véritable élan qu'ils appellent par opposition élan noir. Ce sont encore ces mêmes chasseurs qui l'ont baptisé du nom de cerf à cornes rondes. Wewaskisk, ou waskebe, est la dénomination indienne. Ge sont, au contraire, les Européens qui l'ont nommé daim, lui trouvant sans doute quelque ressemblance avec l’anima! de leur pays qui porte ce nom, Daim rouge est l’expressicu usitée chez les marchands de fourrures de la baie d'Hudson. La biche est un nom d’origine française, ce n’est guère que chez les écrivains de celte ration que cet animal est ainsi désigné.
Entre tous ces noms je choisirai celui de wapiti, donné par notre cousin; c'est à mon avis le meilleur. Les noms de cerf, de
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