‹ La baie d'Hudson [microforme]Chapitre 18 sur 53 · FT RARES · texte numérisé non relu

FT RARES

run ren ns à i un oins

à les qu'il trés sent our

vant ra-

LE fe a, Cao us à

Sd

nes nn Poe x Rnb sit Ste Rd de

daim et autres, ayant le désavantage de faire confondre parfois l'animal dont nous nous occupons avec d’autres quadrupèdes qui, pour avoir avec lui quelques rapports, n’en sont pas moins d'une espèce toute différente. Le nom de wapiti, au contraire, tranche toute difficulté à cet égard, et je crois que pour cette raison il doit être employé par tous ceux qui s'occupent sérieusement d'histoire naturelle.

À mon avis, continua Lucien, le wapiii est l'animal le plus beau de toute la famille des daims ; il possède toute la finesse et toute l'élégance du daim d'Europe, unies à des proportions qui sont presque doubles; ses jambes sont aussi fines que celles de son congénère de l’ancien monde, ses mouvements sont aussi rapides, et les cornes élevées qui ornent sa tête lui donnent un air de majesté qui manque peut-être à l’autre. Pendant l'été, son poil est de couleur rougeâtre ; de là son nom de daim rouge. Cette nuance est plus foncée chez le wapiti que chez le daim d'Europe. Comme chez les autres daims, la femelle du wapiti met bas au printemps deux faons qui sont le plus souvent mâle et femelle. Dans cette espèce les mâles seuls portent des cornes, ils n’en ont pas dans leur enfance, et ce n’est qu'au bout de plusieurs années que ces appendices se développent et prennent toute leur extensicn. es cornes tombent chaque année à la fin de février ou au commencement de mars, et sont remplacées par de nouvelles qui mettent un mois ou six semaines à pousser.

Tant que dure l'été, ces cornes demeurent tendres et douces au toucher ; elles sont alors convertes d’une membrane assez semblable à du velours gris ! c'est pourquoi on dit en terme de chasse comme en terme d'histoire naturelle qu'’elies sont alors dans le velours. Cette membrane renferme des nerfs et est sillonnée de veines; aussi un coup appliqué à cette époque sur cette partie de l'animal lui occasionne-t-il une grande douleur. A l’automne, le velours tombe et les cornes deviennent aussi dures que de l'os.

Il faut reconnaître dans cette progression la prévoyance habituelle de la naiure. Sie n'a pas voulu qu'à la saison du rut les mâles pussent s’entre-tuer dans les querelles qu’ils ont continuellement au sujet de leurs amours, ce qui n’eût pas manqué d'arriver si elle n’eût pris soin de leur enlc er à cette époque leurs armes les plus redoutables.

L2s wapitis se battent cependant quelquefois encore après que

Universft:

BRLIOTMECA

100 LA BAl7 D'HUDSON.

leurs cornes sont poussées, et l'on a vu plus d’une fois de‘x wapitis en lutte embarra:sser si bien leurs cornes brauchues les unes dans les autres, qu'il leur devenait impossible de se dégager. et qu'ils demeuraient uuis, dans cette mortelle étreinte, jusqu'a ce que la faim ou la dent des loups vint terminer leur existence. Cela vous paraîtra peut-être extraordinaire, pourtant ce n’est pas un fait particulier aux wapitis ; pareille chose arrive au renne, à l'élan et à toutes les autres espèces de daims. On à trouvé dans les forêts des milliers de cornes ainsi entrelacées, et iln’est guère de chasseur qui n’ait surpris quelques-uns de ces animaux dans cette singulière et incommode position.

Le cri du wapiti consiste dans une espèce de sifflement qui s'entend de fort loin, et qui, très souvent, sert à mettre le chasseur sur les traces de cet animal. Pendant la saison, du reste, il a plusieurs autres cris, dont l’un est assez sembialie au braiment de l'âne et n’est pas moins désagréabie.

Les wapitis marchent ordinairement en petites troupes. Les bandes les plus nombreuses sont au plus de cinquante individus, mais on les rencontre le plus ordinairement par groupes .'e sept ou huit.

Lorsque ces animaux n'ont pas été trop chassés ils se laissent approcher assez facilement. Dans le cas contraire, ils deviennent fort soupçonneux, et prennent la fuite au premier éveil. Lorsque ies 1nâles sont blessés et se voient la retraite coupée, ils deviennent furieux ei attaquent les hommes et les chiens. Ainsi font aussi les daims ordinaires, mais la force supérieure des wapitis les rend beaucoup plus dangereux. On pourrait citer un grand nombre de chasseurs qui n’ont échappé qu'avec peine à leurs coups de cornes et à leurs coups de pieds, car ils frappent également avec les unes et les autres.

On chasse le wapiti comme le daim et le cerf. Les Indiens ont une manière particulière de le prendre et préfèrent l’attaquer lorsqu'il est dans l’eau, ce qui se présente sssez fréquemment, car cet animal est excellent nageur, et n'hésite point à se jeter à Ja nage soit dans les lacs, soit dans les plus grandes rivières.

L'herbe est sa nourriture habituelis. Il mange aussi les jeunes pousses du saule et du peuplier, et se montre surtout friand d'une espèce de rose sauvage (rosa blanda), particulière aux régions qu'il fréquente.

Le wapiti était autrefois répandu sur une très grande partie

PR at enepéenr fat à

oo MERE une LE

Fran

PRE AAA à.

na Be

LA BAIE D'AUDSON. 101

de l'Amérique septentrionale. 11 a été depuis considérabiement refoulé vers le norä par les nouveaux défrichements. On ne le ‘trouve plus aux États-Unis que dans des districts septentrionaux, encore faut-il l'aller chercher au milieu des montagnes. Là, même, il est encore fort rare. Il est plus commun au Canada et se rencontre à partir de ce point jusqu'aux côtes de l'océan Pacifique. Cet animal paraît affectionner de préférei.ce les pays froids; c’est ce qui fait qu’on n’en rencontre point au Mexique, dont le climat est sans doute trop chaud pour lui. Du côté opposé il ne va pas plus loin aue le 57° degré de latitude. |

A cet endroit de sa leçon d'histoire naturelle, Lucien fut interrompu par une exclamation de Basile. Tous les yeux se portèrent alors sur l’aîné des trois frères ; il était en train d'observer les wapitis.

— Qu’y a-t-il? lui cria-t-on.

—- Regardez, répondit Basile en indiquant du doigt le troupeau. On dirait que quelque chose vient de jeter le trouble dans la bande. Prête-moi ta longue-vue, Lucien.

Lucien tendit aussitôt la lorgnette ; Basile s'en empara et la pointa immédiatement sur les wapitis ; les autres attendirent en silence le résultat de ses observations.

Il était évident, comme l'avait dit Basile, qu'il se passait dans le troupeau quelque chose d’extraordinaire. Il y avait en tout sept animaux, tous mâles, ainsi que nos jeunes voyageurs pouvaient le distinguer même à cette distance.

Cette circonstance n'avait rien d’extraordinaire, car on se trouveit alors à l’éposve où les femelles se retirent au fond des bois pour y mettre bas. Les wapitis, qu’on avait en vue, couraient çà et là sur la prairie comme s'ils eussent joué ent:e eux, ou plutôt comme si queïqu'un leur eût donné la chasse. Cependant, à l'œil nu, on ne distinguait rien autre chose que les grands daims eux-mêmes; c'est pourquoi l’on attendait que Basile donnât le résultat des observations ue la longue-vne lui avait permis de faire.

— Ce sont des loups, dit celui-ci après quelques secondes d'examen.

— Cela me paraît fort extraordinaire, reprit alors Norman, car le wapiti est un animal que les loups n'attaquent guère en rase campagne, à moins qu'il ne soit biessé ou estropié. Il

Leur ARR EN de SQL à à dé PA és Mio jé Ena tue. tte L ET k:

faut que ces loups-là soient bien affamés. De quelle espèce sont-ils ?

Vous allez peut-être, jeunes lecteurs, trouver cette dernière question singulière. Pour vous un loup est un loup, et vous ne connaissez sans doute qu’une seule espèce de ces animaux. Il y en a plus d'ure, cependant. Ainsi, en Amérique seulement on en compte deux espèces bien distinctes, lesquelles renferment ellesmêmes plusieurs variétés. Quelques unes de ces variétés diffèrent tellement entre elles par la couleur, la taille et d’autres caractères distinctifs, que certains auteurs se sont obstinés à en faire des . espèces à part. Qu'ils aient iort ou raison, peu nous importe. Ce qu'il y a de très positif, c'est qu'il existe, comme je vous l'ai dit, deux espèces très bien définies, et qui se distinguent par la tailie, la forme, la-couleur et les habitudes. L'une est le gros loup cu loup commun (canis lupus); l'autre est le loup hurleurou loup des prairies (cants latrans).

Je ces deux espèces, la première est celle qui ressemble le plus au loup commun d'Europe. Ses habitudes et ses mœurs sont à peu près les mêmes, mais il en diffère cependant beaucoup par la forme et par l'apparence. C'est à tort que certains naturalistes ont prétendu n'en faire qu'une seule espèce. Ce loup est répandu sur toutes les parties du continent américain en plus ou moins grand nombre. Mais c’est surtout dans les régions septentrionales qu’on le rencontre. Cette espèce ne comprend pas moins de cinq variétés: la noire, la rayée, la blanche, la foncée et la grise. La variété grise est la plus répandue ; mais, comme j'aurai plus loin l’occasion de vous entretenir longuement des loups de la première espèce, je ne fais que la mentionner ici, et je passe immédiatement à la seconde, celle des loups de prairie, sur laquelle j'appelle votre attention.

Les loups de prairie sont presque un tiers moins granûs que leurs congénères de la grande espèce. Ils sont plus légers à la course et vivent en bandes plus nombreuses. Les femelles se creusent des terriers dans la plaine pour ÿ mettre bas leurs petits, contrairement aux habitudes des autres louves, qui ne se terrent point et choisissent pour faire leurs petits les fourrés les plus épais.

De tous les animaux de l'Amérique ce sont sans contredit les plus rusés, sans en excepter même maître renard, leur cousin germain. Non seulement ils savent flairer et éviter tous les

pèce

nière 1s ne .l y )n en 21lesèrent actèe des orte.

1s lai ar la

gros urou

le le œurs ICOUP turap est us ou ptenoins et la aurai ps de passe r la-

s que s à la les se s pene se és les

it les ousin s les

RE ANSE ste

LA DAIE D'IUDSON. 103

pièges, mais ils ont encore des stratagèmes à eux pour tromper les antilopes. Les coups de fn:il qu'on tire dans la prairie ne les effrayent pas, au contraire, ils savent très bien que ce n'est point à eux qu’en veut le chasseur, et que leur inutilité les met à l'abri de ses coups; aussi voient-ils dans un coup de feu l’espoir d’une bonne fortune pour eux; l'animal tiré par le chasseur, daim, antilope ou buffalo, peut n'avoir été que blessé, échapper à l’homme et tomber sous leurs griffes. Si l'animal a été blessé à mort, ils se mettent à sa piste et le suivent jusqu’à ce qu'il soit abattu; si la blessure n’est que légère, ils ne se Sannent pas la peine de se déranger. Ils ont une sagacité si merveilleuse pour reconnaître cette différence, que les chasseurs s’en servent quelquefois comme d’un indice et se mettent à la poursuite du gibier blessé sur la piste duquel ils voient les oups se précipiter. Il est rare cependant que cela leur bénéficie, car les loups arrivent toujours les premiers, et les chasseurs ne trouvent plus que les os. Ces animaux sont si affamés et si voraces, qu’il suffit de quelques minutes à douze d’entre eux pour dévorer un daim sans qu'il en reste de vestige.

Les loups de prairie se mettent, comme les grands loups, à la suite des troupeaux de buffalos et se jettent sur les vaches pleines et sur les veaux que la fatigue force à se séparer du troupeau. Ils attaquent aussi les taureaux vieux ou blessés, mais cette témérité leur coûte ordinairement fort cher, et ce n’est qu’au prix de la mort de plusieurs d’entre eux qu'ils parviennent à s'emparer de cette proie.

Ce loup ressemble par la couleur au loup gris commun; cependant cette teinte n’est pas uniforme, quoiqu'il y ait sous ce rapport moins de variétés chez eux que chez les loups de la grande espèce. Son cri diffère entièrement de celui des autres loups; il consiste en trois jappements suivis d'un hurlement prolongé ; de là cette dénomination de loup hurleur (canis latrans), par laquelle on le désigne ordinairement. On trouve ces loups dans toutes les prairies occidentales à l'ouest du Pacifique. Ils ne dépassent pas au nord le 55° degré de latitude, mais ils vont bien plus avant au sud, et sont très répandus dans le Mexique, où on lès connaît sous le nom de coyote.

Leur peau forme un article de commerce exploité par la compagnie de la baie d'Hudson, Cette fourrure est d’une qualité analogue à celle des autres espèces de loups. Dans le commerce on

ps Ks.

Fe ” < à

104 LA BAIE D'HULSON.

désigne ces peaux sous le nom de Joups roulés, par suite de la manière employée pour conserver et expédier ces peaux; car au lieu de les étendre et de les empiler comme celles des autres loups, on les dispose en rouleau avec le poil en dedans.

Mais en voilà assez, je pense, sur cette espèce d'animaux.

— Ce sont des loups de prairie, dit Basile en réponse à la question que lui avait adressée son cousin.

— Alors, reprit Norman, il faut qu'il soit arrivé quelque accident à l’un des wapitis, ou que les loups soient très nombreux et qu'ils espèrent forcer quelqu'un de ces animaux. En tous cas, je suppose que la chasse ne saurait manquer de prendre cette direction.

— Tu ne t'étais pas trompé, répondit Basile en regardant de nouveau dans la longue-vue, la bande des loups est nombreuse, j'en vois au moins cinquante. Tiens! ils sont parvenus à séparer un des wapitis du reste du troupeau, et voici toute la chasse qui vient de notre côté.

Ce disant, Basile saisit sa carabine, son exemple fut aussitôt imité par ses trois compagnons.

Le wapiti venait en effet tout droit à eux suivi de toute la bande des loups, qu’on pouvait maintenant parfaitement distinguer à l’œil nu, et qui ressemblait à une meute de chiens courants.

En moins de quelques minutes le wapiti, emporté par }: rapidité de sa course, ne se trouva plus qu’à quelque distance de nos chasseurs.

C'était un magnifique animal.

Ses cornes, longues et fourchues, étaient encore dans le velours; et comme il courait le nez au vent, ses andouillers, rejetés en arrière, couvraient son cou et touchaient presque ses épaules.

Il continua sa course en droite ligne, et arriva de la sorte à cent pas du camp tout au plus. Ce fut alors seulement qu'il distingua la fumée, et aperçut les chasseurs debout auyrès du foyer. A cette vue il tourna brusquement, et £agna avec tant de rapidité les massifs de saules, qu’en un clin d’œil il fut hors de la vue des chasseurs,

Les loups, au nombre de cinquante au moins, l'avaient suivi jusque-là, et au moment où il entrait dans la saulaie, quelquesuns d’entre eux étaient littéralement sur ses talons. Les jeunes

DR TE TE 0 eo

ne

Én REE

gens s’attendaisnt à voir toute la bande pénétrer sous les arbres à la suite du zibier qu’elle chassait. R:2n ne semblait en effet devoir les en empêcher. A leur grand étonnement, les loups qui tenaient la tête s’arrêtèrent à l'entrée du fourré, et l'instant d’après on vit toute Ja troupe retourner en arrière, quelques-uns mème fuyaitat aver: rapidité en donnant tousles signes de }: nus grande terreur.

Les chasseurs attribuèrent d’abord cette fuite tant à leur présence qu'à la vue de la fimée du camp; mais un moment de réflexion suffit pour leur faire abandonner cette idée, car ils connaissaient depuis longtemps les loups de prairie, et ne les avaient jmais vus dans aucune circonstance prendre l'alarme devant eux.

Peu leur importait au surplus la cause de la panique des loups, ils n'avaient pas le temps de s'occuper de ces animaux, le wapili réclamait tous leurs soins, et sans plus tarder ils s'avancèrent vers les saules, chacun dans une direction différenie pour être plus sûrs de ne pas le manquer. En peu de temps le bouquet de saules fut entouré par nos chasseurs, qui attendirent avec leurs armes toutes prêtes le moment favorable de faire feu sur le wapiti, qui ne devait pas tarder à reparaître soit d’un côlé, soit de l’autre.

Les saules couvraient environ un acre de terrain, mais leurs branches étaient si épaisses et leur feuillage si touffu, qu'il était impossible d’apercevoir l'animal. Cependant nos chasseurs étaient sûrs qu'il s'y trouvait encore, et comme on n'entendait aucun

bruit et qu’on ne voyait rien remuer, ils supposaient qu'il devait

être tapi quelque part. Marengo fut envoyé à la découverte dan, l'espoir qu’il ferait bientôt lever le wapiti, et les chasseurs continuèrent à faire le guet avec leur fusil en main.

Le chien n'avait pas fait quatre pas, qu’on entendit souffler et marcher fortement. Ce bruit fut bientôt suivi de la présence du wapiti, qui traversait le fourré. Un premier coup de feu fut tiré sur lui, il partait du fusil de Lucien. Il parut que la balle ne porta pas, car le wapiti passa outre sans qu’on s’aperçût qu'il eût été blessé. Tous les chasseurs se précipitèrent de ce côté, et l'on vit alors en plein le noble animal qui bondissait sur la prairie. Cependant sa course était loin d'êtrs aussi rapide qu'auparavant, il penchait la tête en avant et paraissait trébucher à chaque pas. Nos chasseurs, que cette allure surprenait, s'aper-

çurent, en y regardant de plus près, qu'il portait un autre animal sur son dos.

Ils pouvaient à peine en croire leurs yeux; rien n'était plus vrai cependant : le pauvre wapiti avait sur le dos un animal vorace qui s'était accroché à ses chairs à l’aide de ses griffes iongues et tranchantes.

François prétendait que c'était une panthère, Basile voulait au contraire que ce fût un ours : erreur à laquelle les proportions trop minimes de l'animal ne lui permirent pas de croire longtemps. Norman, qui connaissait mieux les hôtes de ces contrées que ses cousins, ne s’y trompa pas, et reconnut du premier coup d'œil le terrible wolverène. 11 ne pouvait pas distinguer sa têta cachée derrière l’une des épaules du wapiti, mais ce qu'il en voyait lui suffisait pour être sûr qu'il ne se trompait pas. C'étaient des pattes courtes, de larges griffes, une queue touffue, une fourrure à longs poils hérissés, marquée sur le dos de lignes de couleur plus foncée que le reste du corps. Tous ces signes étaient trop familiers au jeune marchand de fourrures pour qu'il pût s'y tromper un seul instant; aussi prononÇa-t-il hardiment que c'était un wolverène.

Le groupe formé par le wapiti et l'animal qu'il portait sur ses épaules était déjà hors de portée. Les chasseurs, surpris par ce spectacle inattendu, s'étaient tout à coup arrêtés. Basile et François furent prompts à se remettre de leur étonnement, et se disposaient à continuer leur poursuite, mais ils furent retenus par Norman, qui leur conseilla d'attendre, en les assurant que le wapiti allait bientôt se jeter à l’eau.

Le pauvre wapiti, en sortant de la saulaie, avait pris au hasard la première direction qui s'était présentée à lui, et suivait, sans s’en rendre compte, une ligne parallèle à la rive du lac. Bientôt pourtant il découvrit l’eau, et soudain on le vit changer de direction et courir du côté du lac avec l'intention évidente de s'y précipiter. Il avait sans doute l'espoir qu’en se plongeant dans l’élément liquide il parviendrait à se débarrasser du terrible fardeau qui pesait sur ses épaules et lui déchirait la poitrine.

En quelques bonds il eut gagné la rive, qui de ce côté était escarpée et coupée à pic. C'était une sorte de petite falaise de douze à quinze pieds de haut. au-dessous s’étendait le lac, dont les eaux avaient à cette place plusieurs brasses de profondeur. Le wapiti n'hésita pas un seul instant, et sans rien calculer se pré-

e animal

plus vrai 1] vorace ngues et

oulait au portions ire long contrées 1ier COUP r sa tèla qu'il en C'étaient ane fours de cous étaient il pût s'y ent que

it sur ses is par ce et Frant se disenus par e le wa-

u hasard ait, sans . Bientôt le direcs'y préns l’éléfardeau

était ese douze

ont les deur. Le " se pré-

Fig. 7. Page 106.

Le watipé et le wolverène disparurent ensemble sous l'eau.

“Q » | | nel | ‘|

LA DAIE D'IUDSOY. 107

cipita du haut de la rive. On entendit un grand bruit, puis wapiti et wolverène disparurent ensemble sous l’eau. Ils reparurent pourtant bientôt à la surface et à la vue des jeunes chasseurs, qui arrivaient à ce moment même sur le bord du lac. Les deux adversaires élaient séparés; le plongeon n'avait pas été sans doute du goût du wolverène ; et tandis que le wapiti s’escrimait pour gagacr le large, la bête féroce, qui se sentait hors de son élément habituel, faisait tous ses efforts pour revenir à terre. Les chasseurs, du point élevé où ils se trouvaient placés, dominaient le lac, et il leur eût été difficile de trouver une plus belle occasion de tirer un wolverène; aussi ne s’en firent-ils pas faute. Basile et Norman lui envoyèrent leurs balles dans le dos; François fit comme eux, et déchargea les deux coups de son fusil sur le corps de cette bête féroce. Le wolverène était blessé à mort, et au bout de quelques instants il disparut au fond de l'eau.

Ce qu'il y eut de plus singulier dans tout ceci, c’est que l’idée ne vint à aucun des chasseurs de tirer sur le wapiti. Les persécutions dont le pauvre animal avait été l'objet, tant de !: part des loups que de celle du wolverène, avaient excité leur sympathie, et sans doute ils l’auraient laissé rejoindre ses compagnons sans nouvelle encontre, si la faim et le désir d’avoir de la viande fraîche n'avaient étouffé en eux tout sentiment de pitié. Après un moment d'hésitation, ils rechargèrent leurs armes et se préparèrent à bien recevoir le daim, supposant que cet animal ne tarderait pas à se fatiguer, et qu'il chercherait bientôt à regagner la rive. Cependant le wapiti ne paraissait point encore penser au retour, et, persuadé que la mort était derrière lui, il ne s’occupait que de nager vigoureusement pour échapper à tous ses ennemis.

Cela ne pouvait pourtant pas durer longtemps; la rive opposée était hors de vue, trop éloignée par conséquent pour que le wapiti pût nager jusque-là, et le pauvre animal n'avait d'autre alternative, du moins nos chasseurs le pensaient ainsi, que de revenir en arrière pour recevoir leurs coups de feu ou de se noyer en s’obstinant à aller en avant. Néanmoins, pour le moment, la seule chose qu'il y avait à faire c'était d'attendre.

Lorsque le wapiti eut nagé pendant un demi-mille à peu près, les jeunes gens furent tout surpris de le voir s'élever graduellement au-dessus de l’eau, jusqu’à ce qu'il eût plus de la moitié du corps à sec. Le wapiti avait rencontré un haut-fond, et,

108 LA BAIE D'IUDSON.

jugeant la position bonne, s'y était installé, et semblait décidé à y rester. Basile et Norman coururent à leur canot, le mirent à l'eau en un clin d'œil et sautèrent dedans. Le wapiti ne tarda pas à s'apercevoir qu'on se dirigeait de son côté ; mais, au lieu de se remettre à la rage, comme les chasseurs s’y attendaient, il s’affermit sur ses pieds et se posta la tête en avant dans une attitude belliqueuse.

Les chasseurs ne lui donnèrent pas l’occasion de montrer sa bravoure; car, sitôt que le canot ne fut plus qu’à une cinquantaine de pas, Norman, qui tenait les rames, suspendit ses mouvements et arrêta la marche. Au même instant une détonation fit retentir au loin les échos du lac: c'était Basile qui venait de faire feu. Le wapiti, atteint en pleine poitrine par la balle de l’adroit chasseur, se débattit un instant, puis s'affaissa et tomba dans l’eau. Le pauvre animal avait échappé à la dent des loups et à la griffe du wolverène; mais il n'avait pu éviter les coups plus meurtriers de l’homme,

A l’aide du canot, le corps de l’animal fut repêché, attaché à l'arrière du canot par ses grandes cornes, et traîné de la sorte à la remorque jusqu’à la rive, puis de là jusqu'au camp.

En l’examinant de plus près, nos voyageurs découvrirent, à leur grand étonnement, que le wapiti, indépendamment des morsures des loups, du wolverène et de leurs propres coups de feu, portait encore les traces d’une autre blessure. Une tête de flèche avec un morceau du bois était resté dans une de ses cuisses ; les Indiens avaient dû lui donner la chasse, et cela quelques jours auparavant, ainsi que le prouvait l'aspect de la plaie. Cette blessure n’eût point ét: mortelle si on eût pu enlever la flèche ; mais, telle qu’elle était, elle devait infailliblement entraîner la mort un peu plus tôt ou un peu plus tard. Cette circonstance expliqua la conduite des loups, qui sans cela n’eussent jamais osé s'attaquer à un animal de la taille du wapiti. Le wolverène lui-même s'attaque rarement à ces grands animaux; mais le wapiti poursuivi par les loups avait passé trop près du repaire de la bêle carnassière pour que celle-ci négligeât de s'assurer une aussi riche proie. Au moment d'entrer dans le fourré, les loups avaient aperçu le wolverène et avaient pris la fuite, car ces animaux sont aussi lâches que cruels, et le wolverène leur fait autant de peur qu'ils eu inspirent eux-mêmes aux pauvres daims blessés.

LA BAIE D'{IUDSON.

Page 1