‹ La baie d'Hudson [microforme]Chapitre 21 sur 53 · PAS PORN PT MES LU TUE 7 D · texte numérisé non relu

PAS PORN PT MES LU TUE 7 D

On employa pour faire cuire les légumes le même moyen que pour la soupe. Quant au rôl! Lucien suivait la méthode habituelle aux chasseurs, et le fit cuire devant le feu embroché dans une baguette de bois vert.

Le poisson fut grillé sur les cendres chaudes et mangé après la soupe, comme dans tout dîner bien ardonné.

On ne servit à ce dîner ni pudding ni tarte, quoique la chose eût été des plus faciles à Lucien si ses convives y avaient tenu. Il leur offrit à la place de ces pâtisseries un dessert composé d'excellents fruits, Ou servit des fraises et des framboises cueillies dansles bois, mais d’un parfum délicieux et d’un goût exquis. Les groseilles et les cassis n’y firent pas non plus défaut. Mais ce qui flatta le plus le palais de François fut un petit fruit de couleur bleue très parfumé et très doux au goût. Cette espèce de baie est produite par un arbuste bas qui pousse en toufles comme les buissons et porte des feuilles ovales.

Cet arbuste se couvre tellement de grandes fleurs blanches à une certaine époque de l’année, qu'il devient impossible de distinguer les feuilles et les branches. Cet arbuste a quatre variétés, dont deux occupent au moins viugt pieds de haut. Les Français du Canada l’appellent le poire. Il est généralement connu dans l'Amérique anglaise sous le nom de sorbier domestique, quoiqu'il possède encore plusieurs autres noms qui varient suivant les districts.

Pendant qu'on dégustait ces fruits et qu’on faisait l'éloge de leur saveur, Lucien apprit à ses compagnons qu'en botanique l'arbre qui les porte s'appelle amelanchier.

— Ma foi, fit alors observer François, si nous avions une tasse de café et un verre de vin, nous aurions tout à fait dîné dans le grand style,

— Je crois qu’il vaut mieux, répondit Lucien, aue nous n’ayons pas de vin, car c’est un liquide traître dont il faut savoir se défier. Il n’est pas en mon pouvoir, ajouta-t-il, de vous offrir du café, mais si vous voulez bien m'accorder quelques minutes, je vous préparerai une tasse de thé.

— Du thé! s'écria François, la bonne plaisanterie ! La feuille de thé qui est la plus rapprochée de nous est en Chine, et quant au sucre il nous faudrait faire plusieurs °ntaines de milles avant d'en trouver gros comme une noisette.

-— Allons donc, François, tu calomnies la nature! lle est

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bien plus généreuse que tu ne crois. Elle n’a pas voulu qu'il manqut rien à ce pays, pas même le sucre et le thé. Regarde de ce côté, je te prie; vois-tu ces gros arbres aux troncs noirs?

— Oui.

— Pourrais-tu me dire leur nom?

— Sans doute, répondit François, ce sont des érables à sucre.

— Eh bien, dit Lucien, j'espère que, quoique la saison soit peu favorable, nous viendrons bien à bout de leur tirer assez de sève pour en sucrer une tasse de thé. Charge-toi de ce soin, pendant que je vais aller à la recherche du thé.

— Sur ma parole, Lucien, tu es aussi précieux qu'une boutique d’épicerie. Allons, Basile, viens avec moi visiter ces érables pendant que le capitaine ira avec Lucien.

Sur ces mots de François, les jeunes gens se groupèrent en deux couples qui prirent chacun une direction opposée.

Lucien et son compagnon eurent bientôt trouvé ce qu'ils cherchaient dans le même terrain humide où le premier avait déjà trouvé l’héracleum. C'était un arbuste touffu, haut de deux picds environ, couvert de petites feuilles d’un vert foncé avec des taches blanchâtres. Cet arbuste est très connu dans tout le terri-

Loire de la baie d'Hudson sous le nom d'arbre à thé du Labrudor, nom qui lui a été donné par les voyageurs canadiens, qui boivent souvent l'infusion de ses feuilles en guise de thé. Il fait partie des éricacées, famille des bruyères, genre ledum, bien qu’à vrai dire, ce ne soit pas une véritable bruyère, car le continent américain, chose extraordinaire, ne produit aucun arbuste de cette espèce.

Les deux variétés les plus connues sont le thé à petites feuilles el le thé à grandes feuilles Le premier fournit la boisson la plus estimée. On se sert pour cet usage des fleurs de préférence aux feuilles, aussi Lucien et Norman, qui connaissaient ce détail, en fireat-ils une ample moisson. Ces fleurs veulent être séchées avant d'être employées; mais cette préparation n'est pas longue, et Norman en vint promptement à bout à l’aide de quelques pierres qu'il fit chauffer et sur lesquelles il les étendit.

Pendant ce temps Basile et François avaient obtenu une certaine quantité de sève sucrée. Lucien netloya soigneusement son seau d’écorce, et prépara le breuvage avec de l’eau qu'il fit bouil-

lir à l'aide de quelques nouvelles pierres chaudes,

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11 fut servi dans la petite coupe d'étain que vous savez: chacun y but à la ronde et à son tour.

Norman, qui était habitué au thé du Labrador, trouva cette boisson délicieuse. Il n’en fut pas de même de ses cousins duSud, François surtout trouva fort peu de son goût la saveur de rhubarbe particulière à cette préparation. Quoi qu’il en fût, on convint pourtant que cette boisson tenait l'esprit dans une disposition favorable, car chacun après l'avoir bue se trouva dans un état de quiétude aussi agréable que s’il eût véritablement savouré une tasse du bohea le plus parfait.

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