‹ La baie d'Hudson [microforme]Chapitre 22 sur 53 · LES MARMOTTES D'AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

LES MARMOTTES D'AMÉRIQUE

D'après le menu du diner qui précède, vous allez peut-être croire que nos voyageurs vivaient comme des princes. Ne vous y trompez pas, il n’en était pas toujours ainsi, et si leur cuisine avait de bons jours, elle avait aussi ses jours néfastes. Il leur arrivait de passer plusieurs jours de suite sans autres vivres que de la viande de wapiti séchée au feu. Ils n'avaient ni pain, ni bière, ni café, rien absolument que de l’eau et de la viande sèche. Cette nourriture suffit pour ne pas mourir de faim, mais elle est loin de constituer un ordinaire de Lucullus. Tous les jours n'étaient pas cependant aussi mauvais. De temps à autre on tuait un canard ou une oie sauvage; quelquefois aussi, mais plus rarement, un jeune cygne; on prenait bien aussi quelques poissons, mais de temps en temps seulement, car ces animaux défiants et capricieux ne mordaient pas toujours à l’hamecçon tentateur que leur offrait maître François.

En somme, nos héros mangeaient toujours tant bien que mal, et c'était là l'important,

Après trois semaines employées à naviguer en côtoyant le lac on atteignit le Saskatchewan ; à partir de ce moment, on changea de direction et l’on porta droit à l’est. Près de l'embouchure de cette rivière, nos voyageurs se virent contraints par la force des rapides de sortir leur canot de l’eau et de le porter pendant l'espace de trois milles. Ce fut un travail pénible, sans doute;

128 LA BAIE D'IIUDSON,

mais compensé, jusqu'à un certain point du moins, par la vue du magnifique spectacle que ces rapides présentèrent à leurs yeux.

Le Saskatchewan est l’une des plus grandes rivières d'Amérique, et compte seize cents milles de long depuis sa source dans les montagnes Rocheuses jusqu’à son embouchure dans la baie d'Hudson, où elle prend le nom de fleuve Nelson. Un peu audessus du lac Winnipeg les rives de ce fleuve sont bien boisées ; mais en remontant plus haut on trouve des terrains plats et sablonneux qui s'étendent à l’ouest jusqu’au pied des montagnes Rocheuses, Ces terrains ou prairies peuvent être à juste titre appelés déserts. On y rencontre des lacs remplis d’eau aussi salée ! que celle de l'Océan lui-même, ainsi que d'immenses espaces où | l'on peut parcourir des centaines de milles sans y trouver une goutte d'eau. Au surplus, je ne fais que mentionner ici ces prairies, Car nos voyageurs ne devaient point les traverser, leur intention étant de tourner directement au nord aussitôt qu'ils auraient dépassé le poste de Cumberland.

Ils campèrent un soir sur les bords du Saskatchewan, à peu près à deux journées de marche du fort. La place qu'ils avaient choisie était des plus agréables. C'était une petite vallée entourée de toutes parts de vertes collines, et semée çà et là de massifs d'amelanchiers et de rosa blanda dont les fleurs d'un rouge tendre tranchaient par leur doux éclat sur la verdure du gazon. Si l'aspect du paysage était des plus agréables, celui de la table était moins réjouissant. Nos voyageurs n'avaient réussi à tuer aucun gibier dans le cours de la journée, et leur dîner se composait seulement de quelques tranches de viande sèche rôtie sur des charbons ardents. Comme ils avaient eu à lutter pendant toute la matinée contre l’action d’un. courant rapide, ils s'étaient vus obligés de ramer avec force, etse trouvaient par suite si fatigués, qu'aucun d’entre eux ne se sentait disposé à se mettre er quête de gibier. Ils s'assirent donc autour du feu, et attendirent en silence que leur diner fût cuit à point.

Le camp se trouvait établi au pied d’une colline assez élevée, à une très petite distance de la rivière. En face de cette première colline, il en existait une seconde plus haute et dont les voyageurs pouvaient voir, du lieu où ils étaient assis, et le sommet et le versant. Ce versant était hérissé d’une multitude de petites émi- | nences ou buttes de terre hautes à peu près d’un pied chacune,

à ee Fi Ra ë ; dr, nt

Pre ee

RTE)

Tr * pe

so ter ES — ASC ES NET

Page 1