LE
dur din Le
— Mon cher Lucien, dit Basile, toi d'ordinaire si tranquille, voilà que tu t’'échauffes singulièrement à ce sujet, Je suis bien loin de t'en blâmer cependant, et je partage entièrement ton avis. Dans ces derniers temps, j'ai lu à la maison plusieurs ouvrages d'histoire naturelle. C’étaient des livres écrits par des naturalistes de cabinet fort en réputation; eh bien, je découvris que ce n’était pas la première fois que je lisais les détails donnés par ces ouvrages sur les animaux des régions septentrionales, et, à force d'interroger mes souvenirs, je finis par me rappeler où je les avais vus antérieurement. C'était dans les pages écrites par le voyageur Hearne, un homme que les hauts et puissants seigneurs de la science considèrent cependant comme un voyageur ignorant et indigne du nom de naturaliste. Ce voyageur poussa jusqu’à l'océan Arctique en l’année 1771. Ce fut le premier explorateur de ces contrées, et c’est à lui que le monde est redevable des premiers détails exacts sur des contrées et des mers demeurées jusqu'alors inconnues
— Tout cela est vrai, répondit Lucien, ce voyageur fut envoyé dans ces rudes contrées par la compagnie de la baie d'Hudson. Jamais peut-être on ne mit moins de moyens à la disposition d'un homme chargé d’une entreprise aussi difficile. Il eut à surmonter mille obstacles, à affronter mille dangers, ce qui ne l’empêcha pas de réussir, tant il était habile et courageux. Il a laissé sur le compte des habitants et sur l'histoire naturelle des pays qu'il a parcourus des renseignements si exacts et si complets, que les savants de cabinet qui l'ont suivi ont dû se contenter de le copier sans y rien ajouter. C'était ce qu'ils avaient de mieux à faire, car ils ne connaissaient de ces contrécs que ce que Hearne leur en avait appris. Quelques-uns de ces prétendus savants ont
poussé le plagiat jusqu’à copier textuellement les ouvrages
de Hearne et à les donner comme leurs. D’autres ont cru se les approprier plus légitimement en les paraphrasant et en revêtant ses idées d2 recherches de langage aussi futiles que superflues.
Voilà de ces choses qui se répètent souvent, et qui m'indignent toujours.
— Mais, mon cher Lucien, dit Norman, ces voleurs de réputation n'ont pas fait autant de tort à Hearne que tu parais le croire, et tous ceux qui comme moi habitent le Nord connaissent leur Hearne sur le bout du doigt, et n’ont jamais entendu parler de tous ces paraph:aseurs,
D Lt Te é :
LA DAIE D'IIUDSON. 133
— Tant mieux, dit Lucien calmé par les paroles de son cousin; mais revenons à nos marmottes.
Ces petits animaux forment un anneau intermédiaire entre les écureuils et les lapins. Plusieurs naturalistes même n'ont pas cru devoir les distinguer des écureuils, et il est certain que la plupart des marmottes ont les mêmes mœurs et les mêmes habitudes que ceux-ci, et qu'on pourrait les appeler écureuils terrestres. D’autres espèces se rapprochent davantage du lapin que de l'écureuil. Quelques-unes même tiennent un peu du rat. Ainsi, certaines espèces particulières aux États-Unis sont aussi grosses que des lapins, tandis que les marmottes-léopards ne sont guère plus grosses que des rats ordinaires. Quelques marmottes ont des abajoues dans lesquelles elles peuvent cacher une grande quantité de nourriture, noix ou racines qu'elles désirent emporter et conserver pour s’en servir plus tard. Les spermophiles sont parmi les espèces qui ont les plus grandes abajoues. Toutes les marmottes ne se nourrissent pas de la même manière, différence qui provient peut-être de la variété des climats qu’elles habitent. Partout, cependant, leur nourriture se compose exclusivement de végétaux. Quelques espèces, telles que les chiens de prairie, vivent uniquement d'herbes, tandis que les autres préfèrent les graines, les fruits et les feuilles. On a longtemps cru que les marmottes faisaient, comme les écureuils, leurs provisions d’hiver. Mais cette opinion est moins généralement admise depuis qu'on sait d'une manière positive que ces animaux passent la saison froide dans un état complet d’engourdissement, qui les exempte du besoin de nourriture. Cette circonstance est une preuve de plus de la sage prévoyance de la nature. Dans les contrées où vivent la plupart des marmottes, les hivers sont si rigoureux et le sol si aride, qu’il serait impossible à ces animaux
de se procurer un seul brin d'herbe pendant les longs mois de
froidure. La nature y a pourvu avec sa sagesse habituelle, et, pour leur épargner les rigueurs de la faim, les a plongés dans un sommeil qui dure autant que la mauvaise saison. C’est en effet seulement à l'époque de la fonte des neiges, quand le soleil de printemps brille de tout son éclat et que la terre se couvre d’herbes et de fleurs, que les marmottes sortent de leur torpeur pour reparaître de nouveau au grand jour. L’air plus chaud, en pénétrant dans leurs demeures souterraines, les avertit qu'il est temps de s’éveiller et de renaître à la vie pour jouir des bienfaits
et des plaisirs de l'été. Ces animaux n'ont donc point d'hiver, ct bien qu'ils habitent pour la plupart dans les pays froids, ils passent toute leur vie au soleil.
Quelques espèces de marmottes, continua Lucien, vivent en communauté, et forment des réunions très nombreuses ; tels sont les chiens de prairie. D'autres se réunissant encore forment cependant des sociétés moins nombreuses, d'autres enfin ne vivent que par couples ou tout au plus par familles.
Presque toutes les marmottes se creusent des terriers. On en connaît pourtant deux espèces qui se contentent d’un trou de rocher ou même de l'abri de quelques pierres pour s’y giter et y faire leur nid, Ces animaux sont aussi pour la plupart des grimpeurs, mais ils ne montent aux arbres que pour y chercher leur nourriture, et n’y font point, comme les écureuils, leur résidence habituelle.
Les marmottes sont en général très prolifiques. Les femelles font ordinairement huit et même dix petits à la fois.
Tous les animaux de cette famille sont extrêmement timides et prudents. Avant de partir pour aller à la recherche de leur nourriture, ils ont coutume de reconnaître le terrain du haut du toit qui domine leur petit monticule. Ils ont également soin de placer sur quelque point élevé des sentinelles, qui avertissent du danger par un cri particulier. Chez la plupart des marmottes, ce cri ressemble aux syllabes : Sik/ sik! répétées plusieurs fois avec sifflement; d’autres aboïent comme ces chiens de carton dont on se sert pour amuser les enfants; d’autres aussi poussent des sifflements aigus, d’où les marchands de fourrures les ont nommées whistler : c'est pour la même raison que les voyageurs canadiens les nomment siffleurs, traduction exacte du mot anglais whistler.
Le coup de sifflet de la sentinelle s'entend à une grande distance, et chaque marmotte le répète jusqu'à la fin de la igne; grâce à ces précautions, toute la troupe ne peut manquer d'être avertie.
La chair des marmottes est fort du goût des Indiens et même des chasseurs blancs. Il y a plusieurs manières de les prendre; nous citerons, entre autres, celle qui consiste à emplir leur terrier d’eau. Mais cette méthode n’est bonne qu’au commencement du printemps, lorsque les animaux sont déjà sortis de leur engourdissement, et que le terrain de leur demeure est encore
RE ET ose rom
EE
cu”
assez humide pour ne pas laisser échapper l’eau. On les tue quelquefois à coups de fusil, mais alors il faut les tuer sur place, sans quoi, toutes blessées qu'elles sont, elles se retirent dans leur terrier et sont perdues pour le chasseur.