CHAPITRE PREMIER
L’Angleterre est certainement de tous les pays belligérants celui dont la balance internationale des comptes a été le moins profondément modifiée par les conséquences de la guerre.
Malgré les dépenses très élevées en capitaux et les pertes de vies humaines dont cette guerre a été pour lui l’occasion, le pays a conservé à l’égard de l’étranger la situation financière et commerciale privilégiée dont ül bénéficiait avant 1914 : c’est grâce à cette stabilité que le Gouvernement anglais à pu, en moins de cinq ans relever jusqu’au pair le cours de la livre sterling, en dépit d’un état presque latent de crise industrielle et commerciale et de chômage continuel et dispendieux.
On verra, par l'étude même de la balance des comptes, que l'élément essentiel de cette stabilité réside dans l’importance, unique dans le monde avant la guerre, des ca pitaux britanniques placés dans des entreprises ou dans des fonds d'Etats étrangers. Cette masse énorme de ca-
- pitaux (plus de 4 milliards de £ ou 100 milliards de francs
au pair) a agi à la manièré d’un volant et permis à l’Angleterre de liquider ses pertes tout en conservant pour l'avenir des réserves appréciables sur les marchés étrangers. Il faut reconnaître du reste que la politique finan-
cière très sévère poursuivie avec ténacité par le Gouvernement anglais depuis la fin de la guerre a aussi contribué à enlever aux Etats-Unis l'espoir de ravir un jour au marché britannique sa prépondérance dans les transactions financières ou commerciales internationales.