‹ La Balance des Comptes de Quelques Grands Pays IndustrielsChapitre 9 sur 91 · V. —— PAIEMENTS D'’INTÉRÈTS · texte numérisé non relu

V. —— PAIEMENTS D'’INTÉRÈTS

Propriétés immobilières situées à l'étranger, valeurs mobilières étrangères, comptes-courants dans des banques étrangères, toutes ces richesses de nature diverse ne constituent, dans les rapports internationaux, que des titres de créance qui servent à la fois comme moyens de règlements et comme sources de revenus. Peu importe en effet qu’il s'agisse de valeurs réelles, d'actions, d'obligations ou de créances ordinaires : toutes seront seulement envisagées comme la source de créances ou de dettes internationales.

Dans la balance des paiements des grandes nations industrielles, on rencontre toujours à la fois des intérêts dus aux capitaux étrangers investis sur le territoire national et des créances d’intérêts de capitaux qu’elles ont elles-mêmes placés à l'étranger. Deux moyens se présentent à l'esprit pour déterminer la valeur de ces créances et de ces dettes d'intérêts : ou bien connaître la valeur des capitaux étrangers placés dans des entreprises nationales et dans des fonds d’Etat, puis celles des capitaux nationaux placés à l’étranger, et leur appliquer un taux moyen d'intérêt, ou bien obtenir directement l’évaluation des intérêts à recevoir et des intérêts à payer.

Le plus sûr est de contrôler les deux méthodes l’une par l’autre. Comme, dans l’appréciation du capital, il suffit d'obtenir une évaluation globale du portefeuille national de valeurs étrangères et des portefeuilles étrangers de valeurs nationales, et non celle des mouve-

ments exacts qui affectent ces portefeuilles, l’erreur est nécessairement moins grande; elle est faible lorsqu'on ne prend en considération que les revenus. Le plus simple est alors de se servir d’une évaluation d’avant-guerre et de la modifier selon les données que l’on possède.

Quant à lappréciation directe des revenus, elle se déduit le plus souvent du rendement de limpôt sur les revenus des valeurs mobilières étrangères, en tenant compte, autant que cela est possible, des revenus qui ne se trouvent pas légalement atteints par cet impôt et de ceux qui lui échappent par la fraude.

Au moins peut-on constater avec satisfaction que ce chapitre, qui terminera la longue et fastidieuse énumération des principaux éléments de la balance internationale des paiements, peut-être évalué le plus souvent sans grands risques d’erreur.

Mais une vue d’ensemble des diverses méthodes d'évaluation ne nous permet pas de tirer une conclusion aussi satisfaisante. La plupart de ces méthodes sont encore très imparfaites et dans combien de chapitres n’en est-on pas réduit à enregistrer de simples opinions ou même à admettre le sentiment qu’on peut en avoir soi-même. Cela tient d’ailieurs non seulement aux difficultés de l’évaluation, mais aussi d’une façon générale, à l’absence de statistiques préliminaires indispensables et au secret qui est gardé par les banquiers, les commerçants et Les simples particuliers sur l'importance de leurs opérations. Aussi peut-on déjà prévoir le scepticisme prudent avec lequel nous examinerons les conclusions qu’il parait raisonnable de tirer pour un pays d’une

évaluation de la balance internationale des paiements.

On a été souvent tenté de considérer que la balance internationale des paiements d’un pays représentait avec exactitude la situation économique et financière dans laquelle il se trouvait. Mais il est bien évident que la balance des comptes donne seulement une idée des relations extérieures d’une nation. Sans doute l’état de ses relations avec l'étranger est souvent un bon indice de la situation intérieure d’un pays, mais il en est un indice très incomplet et c’est d’ailleurs, à cet égard, la balance commerciale qui refléterait le mieux les variations de l'activité d’un pays : il faudrait donc étudier en détail le courant des échanges extérieurs, examiner la part de chaque industrie dans ces échanges et les mouvements qui affectent pendant une période déterminée les relations de chaque industrie nationale avec les nations étrangères. On comprendra aisément que, dans ces conditions il est préférable de connaître avec précision Pactivité des diverses branches d'industries et de commerce à l’intérieur même du pays, l'importance du chômage, les fluctuations de l'épargne, la situation des finances publiques, plutôt que de se limiter à l'examen de la balance commerciale et de la balance des comptes qui ne sont qu’un pâle reflet de la prospérité ou de la décadence d’un pays.

Au contraire la balance des comptes peut être très utile si on la considère seulement comme un moyen de connaître avec précision et ensemble l’état des relations extérieures : à ce titre elle peut faire partie d’un système d'indices pour déceler la situation réelle d’un

pays. La balance du commerce fournit déjà des indications d’un grand intérêt sur les relations commerciales qu’un Etat entretient avec les autres Etats. Elle permet de distinguer après un travail minutieux, les principaux clients et fournisseurs des industries nationales, leurs concurrents les plus dangereux. Parmi les clients et fournisseurs, le degré plus ou moins grand d’utilité des produits échangés désignera ceux qu’unissent au pays des liens particulièrement étroits d'intérêt commun. Parmi les concurrents, on pourra distinguer ceux dont la concurrence nuit aux industries nationales les plus prospères. La connaissance de tous ces éléments apparaît comme indispensable à qui veut pratiquer une politique commerciale objective.

La balance des comptes est un signe d’une portée plus étendue, bien que d’une utiiité moins immédiate. Elle permet de distinguer dans quelle mesure les capitaux d’un pays ont été affectés par le mouvement de ses échanges avec l'étranger. En effet, les créances et les dettes internationales qui résultent des échanges, de marchandises et de services et des intérêts des capitaux, constituent en quelque sorte la balance des revenus du pays, tandis que le mouvement des capitaux permet de déterminer la situation nouvelle des créances et des dettes internationales. Le solde des mouvements de capitaux compense nécessairement celui des revenus, il montre que le pays s’endette à l'égard de l'étranger, ou bien au contraire, qu'il accroît ses créances internationales. On a beaucoup parlé de balance des comptes favorable ou au contraire défavorable. Il nous semble

que la seule acceptation logique de ces termes est la suivante : une balance est favorable lorsqu'elle présente un excédent d’exportations de capitaux, c’est-à-dire un accroissement des créances sur l’étranger; elle est défavorable lorsqu'elle présente un excédent d’importations de capitaux étrangers, c’est-à-dire l'accroissement des dettes internationales d’un pays.

Dans un état ancien, bien pourvu de capitaux, muni d’un outillage industriel perfectionné, une balance des comptes défavorable dénotera un état passager, ou tout au moins pathologique, parce qu’elle suppose la liquidation du portefeuille national de créances sur l’étranger pour subvenir aux besoins normaux et journaliers de la nation. Aussi une telle balance, si elle se maintenait, indiquerait-ellele déclin d’un paysetsonappauvrissement.

Au contraire dans les pays neufs, l'importation de capitaux peut correspondre simplement à la constitution de l'outillage national, source de richesses futures et, par conséquent, se maintenir pendant de longues années, sans que la prospérité d’un pays en soit atteinte, Cet endettement ne deviendrait dangereux que dès lors où il servirait à compenser le déficit de la consommation courante et non à permettre la constitution de capitaux à l’intérieur même du pays.

Il est évident que l’importance plus ou moins grande des créances d’un pays à l’égard de l'étranger est aussi un indice de la stabilité des relations internationales de ce pays : en effet les créances serviront à compenser le déficit des autres chapitres, si un bouleversement inattendu vient à troubler l’équilibre actuel.

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Quelqu’arides qu’elles puissent paraître, ce sont seulement les évaluations mêmes de la balance internationale des comptes de différents pays qui donnent la mesure des difficultés à vaincre dans une pareille étude. Aucun discours théorique ne peut remplacer l’application pratique des méthodes d'évaluation non plus que la discussion des résultats obtenus dans un exemple concret. À cet égard, il nous a paru plus intéressant de choisir de préférence, pour les étudier, des pays dans lesquels des statistiques, sinon complètes du moins partielles, facilitent le travail d'évaluation et le rendent mois imprécis. Ces pays sont les principaux pays industriels du monde; ils ont été, plus que d’autres, éprouvés par la guerre. Suivant leur structure et leur stabilité, ils ont plus ou moins bien résisté à l'influence de ces troubles et repris après la guerre une physionomie tantôt semblable à celle de l’avant-guerre et tantôt différente.

C'est d’ailleurs seulement la comparaison de ces différents pays qui nous permettra de saisir par quels moyens l'équilibre de la balance des comptes est maintenu et comment l’évolution de la balance des comptes vers une forme bien définie est seulement le reflet de l’évolution des peuples vers un idéal économique déterminé.

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