DE L'ANGLETERRE
Seul de tous les pays belligérants, l’Angleterre a pu supporter les charges financières d’une guerre de quatre ans, sans avoir été contrainte de liquider une partie notable de ses créances envers l’étranger pour régler le déficit de sa balance commerciale. Ce déficit a été . cependant très important puisqu'il a atteint 2.158 millions de £ pour la période 1914-1918. Il a été compensé principalement par le crédit des chapitres invisibles (2.058 millions de £ pour la même période). Aussi la partie du déficit qui a dû être compensée par le transfert à l’étranger de capitaux anglais ne s’élève-t-elle pas à plus de 100 millions de £, chiffre insignifiant, si l’on pense que les capitaux anglais placés à l'étranger étaient en 1914 supérieurs à 4 milliards de £.
Cette simple remarque suffit à faire comprendre pourquoi la guerre n’a pas sensiblement modifié la physionomie de la balance des comptes de l'Angleterre.
Néanmoins les mouvements de capitaux qui ont affecté la balance de 1914 à 1918 ont été très importants. L’Angleterre a été en quelque sorte pendant cette période le banquier des pays alliés : elle a obtenu du Gouvernement américain des crédits qui se sont élevés à 760 millions de £ ; elle a placé à l'étranger des emprunts dont le total atteint 140 millions de £; enfin les particuliers ont emprunté 216 millions de £ et vendu des valeurs étrangères pour une somme de 916 millions de £. D’autre part le Gouvernement anglais a avancé aux
Gouvernements alliés 1.530 millions de £ et placé à l'étranger 230 millions de £ de capitaux nouveaux. Mais si l'examen des chiffres laisserait ainsi penser que l’Angleterre a importé environ 250 millions de £ de capitaux nouveaux, il faut remarquer que la nature différente des créances et des dettes nouvelles enlève toute portée à ce calcul, En réalité, la situation de l’Angleterre est la suivante : elle a augmenté ses dettes ou diminué ses créances envers des particuliers ou des banques d’une somme de 1.032 millions de £ et ces dettes doivent être comptées pour leur valeur exacte; ella a, d'autre part, une dette de 760 millions de £ envers la Trésorerie américaine et une créance de 1,530 millions à l’égard des Trésoreries des Gouvernements alliés, dette et créance dont les valeurs sont sujettes à modification.
La balance des comptes de 1914 à 1918 présente un solde créditeur de 174 millions de £ qui s’explique, comme dans le cas de la France, par les crédits dont l'Angleterre disposait encore à la fin de 1918, dans les comptes de la Trésorerie, des banques et des commerçants américains, Mais en 1919 les chapitres invisibles, en dehors du mouvement des capitaux (514 millions de £) ne compensent point l'excédent des importations de marchandises — 664 millions de £. A ce déficit s’ajoute un excédent d’exportations de capitaux de 88 millions de £, dont 35 millions de £ pour lexcédent de crédits accordés et 53 millions pour l'excédent d’exportations de capitaux.
L’excédent débiteur de la balance depuis 1914 est
alors de 64 millions de £; mais l’année 1920, grâce surtout aux gains de fret particulièrement élevés, présente à nouveau un excédent créditeur de 77 millions de £. Dès 1920 d’ailleurs la balance des comptes de l’Angleterre a repris entièrement sa physionomie d’avant la guerre : l’excédent créditeur des chapitres invisibles, en dehors dumouvement des capitaux, est assez important pour compenser le déficit de la balance commerciale et permettre en outre chaque année de nouveaux placements à l’étranger.De 1920 à 1924, la balance des comptes présente, suivant les années, un excédent ou un déficit, qui est dû principalement aux mouvements occultes des capitaux, et surtout des capitaux à court terme.
D'une manière générale, la balance sera en déficit, c’est-à-dire que l'Angleterre importera des capitaux étrangers à court terme : cela s'explique aisément par l'exportation des capitaux qui s’est produite en Europe dans les pays à change déprécié et par le retrait de fonds à court terme de New-York vers Londres.
Mais, quel que soit l’équilibre de la balance, le montant des placements à l’étranger s’accroît chaque année en même temps que se poursuit le remboursement des emprunts contractés pendant la guerre. Enfin, dès 1923, l'Angleterre a entrepris le remboursement des crédits quilui avaient été consentis par la Trésorerie américaine : dans les années à venir les paiements qui devront lui être faits par les Trésoreries étrangères viendront renforcer une situation internationale déjà parfaitement stable.
A la fin, de 1919,la situation des créances et des dettes
internationales de l'Angleterre était certainement, malgré les apparences, moins belles qu’en 1914. Le portefeuille de valeurs mobilières étrangères avait été réduit de 734 millions de £, tandis que les capitaux étrangers placés en Angleterre s’étaient accrus de 400 millions de £. En revanche la Trésorerie britannique était créancière de gouvernements étrangers pour 1.765 mullions de £ et débitrice de la Trésorerie américaine, pour seulement 960 millions de £.
Dès la fin de 1924, la situation s’était beaucoup améliorée, grâce à de nouveaux placements anglais à l’étranger et à des remboursements d'emprunts. Le portefeuille de valeurs étrangères, qui était de 4 milliards de £ en 1914, atteint en 1924 le chiffre voisin de 3.800 millions de £ ; les capitaux étrangers en Angleterre s'élèvent alors à 375 millions de £ contre 200 millions en 1914. Quant aux crédits de Trésorerie, 1ls laissent l'Angleterre créditrice de 1.205 millions de £ ; mais leur valeur en capital importe assez peu,parce que dans le règlement de ces crédits, on ne tiendra pas compte seulement de cette valeur, mais aussi de la capacité de paiement du débiteur. D’après le règlement qui est intervenu entre les Trésoreries anglaise et américaine, l'Angleterre devra payer annuellement aux Etats- Unis pendant soixante-deux ans une somme qui varie de 35 à 40 millions de £. Il est peu probable que lAngleterre obtienne de ses débiteurs pareille somme puisque la France, qui est sans doute de tous ses débiteurs le plus solvable, ne paiera pas au Gouvernement anglais plus de 12 millions de £ par an, alors que sa dette