B.— MÉTHODES D’ÉVALUATION
I, — La BALANCE Du COMMERCE
Alors que la balance du commerce paraît, dés l’abord tout au moins, relativement aisée à établir puisqu'elle se manifeste matériellement par l'entrée ou la sortie de marchandises et de métaux précieux, il est très difficile de saisir les autres éléments qui constituent la balance internationaie des comptes; de Ià vient d’ailleurs leur nom d'éléments invisibles.
Il s’agit en effet de valeurs qui traversent les frontières sans que leur passage ne soit relevé par aucun service de statistique. Tantôt des raisons de liberté commerciale légitiment cette coutume : ainsi la douane ne tient pas compte, en temps normal tout au moins, des objets, monnaies, t'tres. transportés par des voyageurs à titre d’objets personnels, et des situations troublées peuvent seules amener les gouvernements à supprimer cette tolérance. Tantôt il est matériellement impossible
> 11e ton même de tous les Rond nés qui constituent la balance des comptes est-elle délicate à faire sans omission appréciable et doit-elle être con- : ‘duite suivant une classification rigoureuse. Le plus à simple est d'examiner successivement les divers mouvements qui, en dehors des échanges visibles de marchan- dises, donnent lieu à des transports de valeurs : service Ê de toute espèce, mouvements des personnes, enfin mouvements des capitaux ou paiements d'intérêts.
Mais avant de commencer cette énumération, à Ë laquelle on joindra l’étude des diverses méthodes d’évaà luation de chaque élément, il est indispensable, surtout à l’époque actuelle, d'apprécier le degré d’exactitude des statistiques douanières, les causes d’erreur qu’elles ren-
valuation des marchandises traversant la frontière sont à la disposition de la douane : le premier consiste à obtenir du commerçant lui-même, dans une déclaration obligatoire, l'évaluation du prix des marchandises, selon des règles uniformes établies par l'administration; le second consiste à faire établir, par une commission spé- : ciale, composée de techniciens, des prix unitaires pour
chaque catégorie de marchandises, et à appliquer ensuite F ces prix aux quantités déclarées par les commerçants et contrôlées par la douane. Comme les deux procédés sont souvent employés simultanément, il est d’abord
ferment et les moyens de Les corriger. Deux procédés d’é-
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nécessaire de ne comparer que les statistiques établies suivant la même méthode.
Notons d’abord les principales erreurs commises dans Pévaluation : si l'évaluation est établie d’après les déclarations des commerçants, elle sera fauscée à la fois par le fait du commerçant et en raison de l'instabilité des changes. Le commerçant, en effet, tend à diminuer dans sa déclaration la valeur des marchandises qu’il importe, afin de ne payer que des droits de douane moins élevés, mais il à aussi intérêt à déclarer les marchandises qu’il exporte pour une valeur supérieure à la valeur réelle, afin -de pouvoir majorer ainsi le prix de vente de la marchandise à l’étranger ou le montant de l’assurance. Cette dernière considération, bien que moins fréquente, n’est pas à négliger.
Pour corriger les erreurs ainsi commises, il est nécessaire de reprendre les statistiques de quantité et de leur appliquer des prix soigneusement déterminés d’après des revues commerciales ou selon des index-numbers. Le même travail permet de supprimer les erreurs qui résultent d’une évaluation inexacte des Commissions officielles. Mais il ne peut guère être entrepris que par une administration publique dans le pays dont elle fait partie ou par un organisme international investi de pouvoirs de contrôle très étendus.
L'instabilité des changes est l’origine d’erreurs de même ordre, plus difficiles encore à découvrir; elle influe surtout sur les importations dont le prix est en général libellé en monnaies étrangères : en effet la hausse ou la baisse de la monnaie nationale par rapport à la monnaie
LA BALANCE DES COMPTES DE LA FRANCE i à.
du contrat diminue ou augmente la dette contractée envers l'étranger, tandis que la stabilité pius grande des prix ne permet pas aux statistiques douanières de tenir compte de cette modification. Il en est de même, en sens inverse, lorsque les marchandises expor tées doivent être payées dans la monnaie du pays étranger, ce qui est assez fréquent dans les pays à monnaie instable.
Bien plus, lorsque le système monétaire d’un pays est depuis longtemps soumis à des fluctuations de sens différents, les mouvements des prix, plus lents que ceux des changes,s’opposent souvent à l'effet de ces derniers : la baisse de la monnaie française est défavorable aux importateurs français, son effet peut être contrarié par une hausse des prix en France ou au contraire aggravé par une baisse des prix consécutive à une reprise antérieure du franc sur le marché des changes. On voit à quelles complications on pourrait être conduit, si l’on voulait tenir compte à peu près exactement des modifications des créances et des dettes internationales qui résultent pour un pays du mouvement des marchandises.
Dans des périodes aussi troublées que celle dans laquelle nous vivons, on ne peut que se contenter de comparer les statistiques des différents Etats, pour contrôler, avec le plus de discernement qu’il est possible, les résultats correspondants du trafic entre deux pays. Mais le rétablissement d’une monnaie stable dans de nombreux pays diminuera beaucoup l’importance de ces causes d’erreur et la plus grande stabilité
des prix permettra d'accorder une foi plus entière aux statistiques douanières.
L'évaluation des éléments invisibles rendra au contraire nécessaire pour longtemps encore la recherche de méthodes plus précises et la connaissance plus ecmplète et plus détaillée de l'activité économique d’un pays.