Etude de M. Mireaut sur l'expoñtation des capitaux
male des dépôts dans les banques étrangères, particulièrement dans les banques américaines, augmentation plus rapide que les crédits qui leur étaient demandés (4); le phénomène inverse se produit en France et se manifeste essentiellement par l'accroissement du portefeuille des banques, et notamment de la Banque de France, en dépit d’une, activité industrielle qui ne présente rien d’anormal.
Des capitaux considérables ont aussi été exportés par l'intermédiaire de succursales de banques étrangères en France; la banque présente au « Comité de contrôle de l'exportation des capitaux » des coupons de titres français qu’elle déclare appartenir à des étrangers et reçoit donc l’autorisation de transférer à l'étranger (c’est-àdire d’acheter des devises étrangères) la valeur de ces coupons qui appartiennent en réalité à des Français. L’exigence d’un « affidavit » a ajouté une difficulté de plus à cette opération, sans la rendre impossible.
Le gouvernement peut-il, du reste, empêcher ectte exportation? Il semble bien que des mesures intérieures ne pourront y suffire et que seuls des accords internationaux permettraient de rendre effective cette prohibition. Les négociations récentes avec quelques Etats étrangers font bien ressortir que ces accords ne pourront être que difficilement conclus. Le phénomène est comparable, toutes proportions gardées, avec ceux dont l’Allemagne et l’Autriche ont été le théâtre et qui ont provoqué la
1. Les dépôts aux U. $. ont atteint dans les derniers mois de 1923 le chiffre de 8 milliards de dollars, alors que les crédits atteignaient à peine 1.500 millions de dollars.
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chute du mark et de la couronne autrichienne; il ne cessera que si la confiance renaît, confiance dans ia stabilité du franc, confiance dans la poitique fiscale. L’etude de ’avenir de la balance des comptes de la France, indépendamment de cette exportation des capitaux, fournira, nous le pensons, un des éléments de la confiance nécessaire.
ConcLuüusIoN
La balance des comptes de la France dans l'avenir
Il est bien délicat de prévoir ce qu’il adviendra de
notre balance des comptes, car son évolution future ne dépend pas seulement de ia situation internationale de la France, mais aussi et pour beaucoup de l’activité économique intérieure, de l’équilibre du budget, des événements politiques et sociaux. Il nous semble donc préférable d'envisager successivement cet avenir dans les deux hypothèses suivantes : celle de la dépréciation du franc, sous l’influence de causes diverses, entre autres l’absence de confiance des Français dans leur monnaie; celle au contraire de sa stabilisation, soit qu'il conserve définitivement sa valeur actuelle, soit qu’il se rapproche peu à peu du pair, c’est-à-dire de sa valeur-or; on ne peut se dispenser de remarquer qu’à la baisse du franc succédera nécessairement un jour ou l’autre le retour d’une monnaie stable.
Dans le premier cas, que se produira-t-il? Très probablement, nous verrons l’excédent actuel d’exportations se maintenir et même s’accroître, grâce aux dépenses
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plus élevées des touristes étrangers dans notre pays; d’autre part, à supposer que les remises des ouvriers étrangers diminuent en valeur réelle, et c’est probable, nous ne verrons guère l'intérêt des valeurs étrangères se modifier qu'après de longues années; enfin le développement du commerce extérieur aura pour conséquence l'augmentation des gains de fret, tandis que diminuera la valeur réelle des intérêts payés à l’étranger. Ainsi done, si les paiements faits par nous à nos créanciers étrangers sont compensés par ceux que nous recevrons de l’Allemagne et de nos débiteurs alliés, la balance serait plus favorable encore qu’actuellement. Mais il est probable que l'exportation des apitaux français, déjà importante, prendra, dans lhypothèse choisie, des proportions considérabies, comme naguère en Allemagne et en Autriche, et aura sur le change une influence prépondérante que limportation de capitaux étrangers ne suflira pas à contre-balancer. La baisse pourra d’abord être lente, par suite du crédit des premiers éléments de la balance; mais elle deviendra bientôt très rapide quand la dépréciation de la monnaie, plus accélérée à l’intérieur qu’à l'extérieur, aura modifié le sens de ces éléments. Lorsque le pouvoir d’achat du franc sera devenu inférieur à son utilité comme mesure des échanges, le gouvernement devra changer de monnaie.
L’exportation de capitaux français qui s’est développée depuis l’année 1923 est donc un avertissement dont il importe de saisir toute la portée; si elle progresse encore, vien ne pourra maintenir le franc à sa valeur actuelle,
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Au contraire, si le franc se stabilise ou se relève, on peut espérer que la balance des comptes nous restera favorable. Sans doute faut-il s’attendre à voir la balance commerciale redevenir déficitaire : l’excédent d’expcrtations de 1924, dû principalement à la baisse du franc ne pourra vraisemblablement pas se maintenir. Néanmoins, le déficit n’atteindra pas, semble-t-il, les proportions d’avant-guerre, par suite du développement de Pindustrie française et de la reconstitution des régions libérées pourvues aujourd’hui d’un outillage moderne. Les gains de transport peuvent rester très importants, et l’augmentation récente des prix de fret permet de le penser, malgré le peu d’activité de la construction maritime et de l’armement. La stabilisation du change incitera peut-être l'étranger à se montrer moins prodigue dans ses achats, mais l'attrait de Paris et de la France croîtra sans doute à mesure que les finances du pays se rétabliront. La diminution de la natalité qui semble persister actuellement provoquera un afflux croissant des travailleurs étrangers et, par suite, une augmentation des sommes qu'ils rapatrient; mais il y aura rapidement une limite à cette augmentation, parce que les ouvriers immigrés cessent, au bout d’un certain temps, d'envoyer à l'étranger une partie de leur salaire; enfin, les intérêts des créances et des dettes sur l'étranger conserveront, semble-t-il, leurs valeurs respectives.
Il apparaît done que la balance doive encore présenter un excédent créditeur, quoique très inférieur à celui de 1924; cet excédent pourra être employé, comme avant la guerre, à des placements extérieurs, placements qui ne
résulteront pas d’une exportation systématique des capifaux et grossiront d'année en année les revenus que la France reçoit de l'étranger.
La physionomie de la balance des comptes de la France redeviendrait ainsi très semblable à celle que nous avions dessinée pour l’année 1913 et les années précédentes; excédent d’importations de marchandises compensé par le crédit des éléments invisibles et notamment des gains de fret, des dépenses des touristes et de l’intérêt des placements à l'étranger.
La guerre aurait alors seulement retardé l’évolution de la balance des comptes de la France, en diminuant le portefeuille de valeurs étrangères qu’elle détient : ce portefeuille, que nous estimons aujourd’hui à environ 45 milliards, ne représente qu'environ un cinquième de celui d’avant-guerre évalué à la même somme, puisque le franc ne vaut pas plus d’un cinquième de sa valeur d’avant-guerre. Il faudra de longues années pour que les capitaux nouveaux exportés chaque année reconstituent ce portefeuille tel qu’il était avant la guerre.
N.-B. — M. Harold G. Moulton a consacré de nombreuses pages, dans son livre : The French Debt Problem, à l’étude de la balance internationale des comptes de la France; il critique même assez longuement Particle qui avait paru à ce sujet dans la Revue d'Economie politique (année 1925, numéro 1). Faute de temps, nous nous permettons de renvoyer le lecteur au compte-rendu critique du livre américain qui sera publié dans le numéro de janvier-férvier 1926 dela Revue d'économie politique.