IT. — DIFFÉRENTS CHAPITRES DE LA BALANCE DES PAIEMENTS
A. — Balance du commerce
L’incertitude des statistiques de guerre ne permet pas d'établir, du moins pour l'instant, une balance annuelle quelque peu vraisemblable. Mais des travaux très documentés, qui ont été présentés dans des revues américaines, ont essayé d'établir une balance en groupant les cinq années de guerre et de donner ainsi un bilan des Etats-Unis dans l’année 1919.
Le Gouvernement américain avait d’ailleurs fait établir des statistiques que quelques économistes n’ont pas jugées exemptes de lacunes. Il a semblé en effet à ces économistes qu’on aurait dû tenir compte dans les statistiques d’exportations, des marchandises expédiées par le Gouvernement américain pour subvenir aux besoins en vivres et en munitions des troupes américaines en France. La même remarque a été faite à propos des navire: coulés par des sous-marins ennemis avec la cargaison qu’ils transportaient. Mais, s’il nous paraît raisonnable de prendre en considération ces marchandises et ces navires sortis des Etats-Unis lorsqu'on veut avoir une idée de l'effort industriel accompli par le pays, il serait abusif de porter leur valeur au crédit de la balance, alors qu il n’y a eu dans les deux cas qu’une perte sans contre-partie.
Cette controverse écartée, on remarque immédiatement l’immense excédent d’exportations de marchan-
dises qui s’est manifesté pendant les cinq années de guerre. Les causes de ce déséquilibre de la balance commerciale sont bien connues : d’une part les besoins des pays belligérants, accrus par la guerre, d’autre part les demandes des pays neutres autrefois adressées aux principaux pays industriels européens et reportées pendant la guerre vers les Etats-Unis expliquent aisément l’importance anormale dès exportations, En outre les importations sont ralenties par la rupture des relations avec les pays centraux et par la diminution de l’activité industrielle dans les pays alliés. Enfin l’accroissement du prix des marchandises, non moins que lélévation plus grande encore du prix de transport grossissent nominalement l'excédent d’exportations.
Cet excédent atteint en 1919 son chiffre le plus élevé 4.016 millions de $; il est encore de 2.950 millions en 1900. Pendant ces deux années en effet, la hausse des prix est constante et l’arrêt des exportations de guerre (vivres et munitions...) est largement compensé par Ics envois de marchandises dans les régions dévastées; l'exportation est encore favorisée par l’activité du commerce en 1920.
Après la crise qui a sévi à la fin de 1920, les excédents d’exportations diminuent constamment jusqu'à ne plus atteindre en 1923 que 375 millions de &, sur un commerce total de près de 8 milliards de dollars. Aussi avait-on pensé alors plus fermement que bientôt les
mportations dépasseraient les exportations : il n’en a rien été puisque l’année 1924 présente à nouveau un large excédent d’exportations de marchandises, excé-
dent qui est dû sans doute à une reprise de l’activité industrielle aux Etats-Unis, favorisé par l’exportation de capitaux américains vers l’Europe.
La composition du commerce extérieur des Etats- Unis montre que dans ce pays comme en Europe, l’influence de la guerre n’a été que passagère et, dès 1923, on pouvait constater Le retour vers la situation d’avantguerre. La proportion des objets d'alimentation, tant à l’exportation qu’à l'importation, est la même en 1923 qu’en 1913. Quant aux matières premières et aux objets fabriqués, les modifications de leur importance relative, bien que très faibles, semblaient d’abord déceler le développement plus rapide de l’industrie qui avait besoin, pour exporter une plus grande quantité de produits fabriqués, d'importer une plus grande quantité de matières premières. Mais les années 1920 à 1924 montrent, à cet égard, une évolution constante vers une situation analogue à celle de 1913 et rien ne permet de penser que cette évolution ne se poursuivra pas dans les années qui vont venir.
La même conclusion, à savoir que l'influence de la guerre a été seulement passagère, pourrait être tirée de l'étude de la direction du commerce américain : le bouleversement des années de guerre a eu pour effet d’attirer vers les pays alliés presque toutes les exportations des Etats-Unis, alors que lesmarchandises des paysneutres formaient la partie principale des importations; mais la reprise de relations pacifiques semble devoir supprimer peu à peu les rapports passagers dus aux conditions particulières et anormales créées par l’état de guerre.
Ainsi les modifications profondes de la balance des paiements américains dont nous avions parlé au début de cette étude n’apparaissent guère dans les mouvements du commerce extérieur que la guerre a influencés de manière transitoire. C’est donc l’étude des chapitres invisibles qui nous montrera l’évolution réelle des rapports internationaux des Etats-Unis.
Balance commerciale des États-Unis 19444924 (1) en 000.000 dollars
À 4 a Ur 8 8 Années = = £ Excêdent = & 2 £ £ ä 4913 | 1.873 | 9 465 3.904 | 7.920! 4.016
Déjà néanmoins l’évolution des mouvements de métaux précieux nous permettra d’entrevoir les transformations des relations extérieures des Etats-Unis.
Pendant toute la période de guerre, on constate un immense afflux d’or vers les Etats-Unis, mais un excédent appréciable d’exportations d’argent. C’est que, d’une part, tous les pays alliés cherchent à compenser par des envois d’or le déficit de leurs balances commerciales, tandis que certains pays neutres encore au
4. D’après la Review of economic Statistics, avril 1920 et le Statistical Abstract of the United States.
régime de la monnaie d’argent profitent de leur prospérité anormale pour accroître leur stock monétaire et que les Etats-Unis se libèrent ainsi de réserves d’argent que l’adoption d’une monnaie d’or a rendues inutiles.
En 1919 au contraire, les pays alliés ont beaucoup ralenti leurs exportations d’or, car ils disposent encore de crédits étrangers non épuisés; de son côté l’Amérique commence à ressentir les effets néfastes d’un stock d’or trop abondant, et notamment elle subit les conséquences de la hausse des prix intérieurs. Aussi les échanges de métaux précieux font-ils ressortir un excédent d’exportations d’or aussi bien que d’argent. Les inconvénients d’un stock métallique trop important sont encore assez sensibles en 1920 pour entraîner des exportations considérables de métal précieux, mais les envois effectués par les pays alliés rétablissent à nouveau un excédent d’importations qui se maintiendra en 1921, 1922 et 1923.
Cet excédent continuel d’importations de métaux précieux montre bien que l’excédent d’exportations de marchandises n’a pas pour objet de compenser les dettes d'intérêts ou de services des Etats-Unis, en un mot les dettes périodiques habituelles, mais bien les éxportations de capitaux américains. L'étude des chapitres invisibles mettra mieux encore en évidence la manière dont se réalise alors aux Etats-Unis l’équilibre de la balance
des paiements.
Mouvements de métaux précieux (1)