IÏ.— ÉLÉMENTS DE LA BALANCE DES COMPTES DE L'ALLEMAGNE
A. — Balance du commerce
Il est très difficile de connaître avec exactitude le déficit commercial de l'Allemagne de 1914 à 1918, parce que les services de statistique n’ont pu enregistrer qu'avec une grande imprécision la valeur des importations et des exportations. Tandis que, depuis 1910, la valeur des exportations est estimée d’après les déclarations des exportateurs, la valeur des importations a toujours été jusqu’en 1921 celle que déterminait la Commission officielle d’évaluation. Mais surtout les variations des prix et la baisse du mark déjà sensible à la fin de la guerre ne permettent pas d'admettre avec certitude les chiffres du commerce extérieur de l’Alle- Meynial 13
magne de 1914 à 1918, non plus que la direction des courants commerciaux ni que la composition des échanges extérieurs tels que ces chiffres résultent des statistiques. On doit donc se contenter des chiffres d’ensemble fournis parle rapport du 11e Comité des Experts : ceux-ci montrent que, d’une façon générale, les valeurs des exportations ont été sous-estimées dans les évaluations officielles.
De 1918 à 1922, les statistiques allemandes ne concordent pas avec les statistiques étrangères du commerce avec l'Allemagne, et presque toujours les chiffres des statistiques étrangères (1), même corrigées des prix de transport et d’assurance dans le sens convenable, laissent apparaître une balance commerciale beaucoup moins déficitaire que ne l’établissent les statistiques allemandes. Cette divergence s'explique surtout par la baisse du mark qui a faussé les évaluations allemandes : en effet jusqu’en février 1922, les déclarations des commerçants étaient libellées en marks-papier et la transformation en valeur-or de ces marks-papier, hérissée de difficultés, a été la source d’erreurs considérables.
A partir de 1923 au contraire, les statistiques allemandes paraïssent se rapprocher de la réalité; elles correspondent du reste alors aux statistiques étrangères du commerce avec l’Allemagne.
Ces quelques remarques montrent comme il est difficile de présenter des statistiques vraisemblables du commerce extérieur allemand, d'autant plus qu'aucune
4. Voir surtout les statistiques de l’Angleterre, des Etats- Unis, de la République Argentine, de la Suède et de la Suisse,
publication n’a été faite des résultats des relevés douaniers de 1914 à 1918. M. Von Glasenapp a donné pourtant dans le Manchester Guardian une appréciation personnelle : de 1914 à 1918 les importations auraient atteint le chiffre de 22.800 millions de marks-or et les exportations seulement celui de 11.100 millions. Le déficit serait donc de 11.700 millions. Ce résultat est sensiblement le même que celui du [Ie Comité des Experts (1) qui a repris toutes les statistiques allemandes de cette période, en appliquant aux quantités de marchandises importées et exportées des prix déterminés avec précision d’après les index-numbers de lPépoque.
De 1919 à 1922, on peut encore reprendre, au moins à titre d'indication, les chiffres de M. Von Glasenapp, que résume le tableau suivant :
Importations Exportations Déficit 1919. * vs 0 ,» 6,6 1.8 4,8 OO SE Tele tetes 7.0 5.1 1.9 a PA SE ae CUS OR ITR 57 3.6 22 £92255 3.0 ACT DEPEE E 6.2 &,0 2.2
Mais on ne tiendra compte effectivement que du chifire global indiqué par le Comité des Experts (2) c’està-dire un déficit de 7,2 à 8.200 mihions de marks-or pour la periode 1919-1923. La différence avec le déficit total
4, Le Rapport indique 15,200 millions en ajoutant les avances de l'Allemagne à ses alliés au déficit commercial. Or, ces avances ont été de 4 milliards de marks-or environ.
2. Le Rapport indique 9 à 40 milliards de marks-or pour le déficit commercial et les versements en espèces pour compte des Réparations. Ces versements ont été de 1.800 millions de marks-or.
qui ressort des chiffres de M. Von Glasenapp est donc de 2.800 à 3.800 millions de marks-or.
Enfin pour 1923 et 1924, des statistiques précises ont été publiées :
Importations Exportations Déficit 1928 RARE 6.068 6.862 6 LOT ENORME 9.135 6.656 2.831
La direction et la composition du commerce extérieur de j’Allemagne sont très mal connues, d’autant plus mal qu’on peut seulement comparer les données de 1923 à celles de 1913, les statistiques établies entre 1914 et 1923 ne fournissant pas d'indications sûres. On sait néanmoins que {a guerre a eu pour conséquence, en supprimant tout commerce avec les pays alliés, autrefois les meilleurs clients et fournisseurs de l’Allemagne, en paralysant les relations commerciales de l'Allemagne avec presque tous les pays extra-européens, de resserrer étroitement les rapports du pays avec les nations scandinaves. Après la guerre, le commerce de l’Allemagne avec les pays étrangers a repris des proportions moins anormales : tandis que les échanges avec la Hollande se sont rapidement développés, le commerce avec la Russie ne comporte plus guère que des exportations, ellesmêmes réduites; les avantages douaniers consentis par l'Allemagne à la France dans le traité de paix ont accru rapidement les importations venant de France et diminué les exportations vers la France. Quant au commerce
“avec les autres pays, il est peu différent en 1924 de ce qu’il était en 1913.
La composition du commerce extérieur de l’Allemagne ne parait pas non plus avoir subi de graves modifications. Si, en 1923, l’exportation des objets fabriqués paraît beaucoup plus intense qu’en 1913 (91 0/0 des exportations en 1923 contre 75,6 0 /0 en 1913), cela tient surtout au développement anormal des industries en raison de la chute du mark, et en 1924 la proportion est ramenée à 83,80 0 /0. De même les exportations de produits alimentaires qui étaient passées de 10,7 0 /0 en 1913 à 2,4 0/0 en 1923 reviennentà 6,9 0 /0 en 1924. Aux importations les différences sont encore moin; sensibles.
Il semble néanmoins d’après la comparaison des chiffres de 1913 avec ceux de 1923 et de 1924 que l’AIlemagne se trouve être après la guerre un pays plus industriel encore qu’elle ne l’était auparavant. Les importations de produits alimentaires sont plus importantes et les exportations de produits manufacturés se sont sensiblement accrues. Néanmoins ces années sont trop anormales pour qu’on puisse établir d’après les mouvements du commerce pendant cette période un jugement d’ensemble sur les transformations économiques de l’Allemagne et il faut attendre, pour se faire une opinion, de conaître les résultats des prochaines années.
Mouvements de métaux précieux. — De même que les pays alliés ’Allemagne a dû,après deux années de guerre, . instituer le monopole du commerce extérieur de l'or. Les quelques chiffres publiés par le Gouvernement allelemand ne permettent pas d'établir, avec exactitude, des statistiques pour la durée de la guerre. On est donc encore réduit à prendre le chiffre donné par le
Comité des Experts pour la période 1914-1918, soit 4 milliard de marks-or vendu par lAllemagne, en majeure partie à des Gouvernements étrangers et par l'intermédiaire de la Reichsbank.Jusqu’à la fin de 1921, ces mouvements de métaux précieux sont compris dans les statistiques du commerce extérieur. Pour 1922 et 1923, les exportations de la Reïichsbank ont atteint 367 millions de marks-or et 10 millions de marks d’argent ; les exportations clandestines peuvent être évaluées à 200 millions de marks. Enfin les exportations d’or autorisées et effectuées par des particuliers ont dépassé les importations de 3 millions de marks-or en 1923 et, en 1924, on constate un excédent d’importations de métaux précieux de 146 millions de marks (181 importations-35 exportations) : cet excédent est dû à l’application du plan Dawes et plus particulièrement à la réalisation de l’emprunt international de 800 millions de marks-or.
On peut encore retenir, à titre d'indication, que les ventes d’or effectuées par le Gouvernement ont atteint de 1919 à 1923 un total de 1.500 millions de marks-or (1).
Ces exportations de métaux précieux ont contribué à réduire le déficit de la balance commerciale; mais ce sont surtout les chapitres invisibles qui ont permis de réaliser l'équilibre de la balance des comptes.
B. — Eléments invisibles.
L’appréciation des éléments invisibles de la balance des comptes de l’Allemagne offre beaucoup d'intérêt,