‹ La Balance des Comptes de Quelques Grands Pays IndustrielsChapitre 78 sur 91 · RD D · texte numérisé non relu

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Néanmoins, le déficit de la balance commerciale s’est beaucoup atténué en 1925, ainsi que le montrent les statistiques du commerce extérieur de 1925.

1924 (6 premiers mois) Importations : 1635 Exportations : 897

Déficit :

1925 (6 premiers mois) Importations : 1280

(6 derniers mois) Importations : 1839 Exportations : 14091 738 Déficit : 748

(6 derniers mois) Importations : 1603

Exportations : 928 Déficit : 352

Exportations : 1020 Déficit : 583

Cette remarque est d'autant plus favorable à l’Autriche que 1925 est la première année pouvant être considérée comme normale. En 1920, 1921 et 1922, la baisse du change a dû faire évaluer les exportations à des prix inférieurs (ainsi qu’on l’a vu pour la France et surtout pour lAllemagne dans des conditions semblables) à ceux qui étaient appliqués aux importations. Il est donc vraisemblable que le déficit de la balance commerciale n’a pas été aussi élevé que le représentent les statistiques. En 1923 et en 1924, d’autre part, l'Autriche a dû reconstituer des stocks épuisés par la baisse du change et d’autant plus nécessaires que le pays est pauvre en matières premières et en produits alimentaires. Peutêtre aussi la baisse du franc au début de 1924 at-elle provoqué des achats plus considérables de marchandises françaises. Enfin il est certain que la perspective de la mise en vigueur du nouveau tarif douanier en janvier 1925 a entraîné les industriels et les commerçants autrichiens à accroître leurs importations dans les derniers mois de 1924. |

La composition du commerce extérieur de l'Autriche a peu varié. Les importations sont partagées à peu près également entre les produits alimentaires, les matières

premières ou produits à demi-finis, et le: produits fabriqués. À peine peut-on constater une légère augmentation de la part des produits alimentaires de 30 0 /0 en 1922 à 33,9 0 /0 en 1923 et 34 0 /0 en 1924. Dans les exportations, les produits fabriqués représentent les quatre cinquièmes du montant total, et les matières premières et les produits demi-finis presque tout le reste. L'année 1924 laisse néanmoins apparaître une proportion un peu plus forte de ces deux dernières catégories de marchandises (21,50 0 /0 contre 17,50 0/0).

La direction du commerce extérieur ne présente pas non plus de modifications importantes. La majeure partie des importations vient des Etats successeurs, Hongrie, Pologne, Tchéco-Slovaquie, Yougo-Slavie 43,5 0 /0 en 1922, 45 0/0 en 1923, 46,20 0/0 en 1924; ce léger accroissement est compensé par une diminution des importations venant d'Etats voisins (Allemagne, Italie, Bulgarie, Suisse) tandis que la proportion des autres pays reste constante. Aux exportations, la part des Etats successeurs a été un peu plus faible comme l'indique le tableau suivant :

4922 1923 1924 Groupe [ (Etats successeurs..... &k.88 39.60 40.90 Groupe II (Etats Voisins)........ 30.50 30.43 30.91 Groupe III (Autres Etats)........ 25.72 29.97. : 29:09

Mouvements des métaux précieux. — Les mouvements des métaux précieux ont été très peu importants: on ne peut néanmoins négliger que de 1920 à 1923, le commerce des métaux précieux a toujours présenté un excé-

dent d’exportations qui a atteint son chiffre le plus élevé en 1922,donc au moment de la baisse de la couronne, tandis qu’en 1924 se manifeste pour la première fois un excédent d’importations :

en 000 C.or.

TP PR A2 RD ILE 2 APE NE EE HE POI IC A EURE ED I IE DD D GR A EE DE ET 1920 1921 1922 | 1923 1924 Importations... .... 2.925] 1.481| 1.384] 2 000! 17.000 Exportations. ..... 4.077| 6.812] 8.342| 7.000! 12.000

Excédents d’export.|+ 1.152|+ 5.331|+ 6.958|+ 5.000 — 6.000 ou d’import.

B. — Eléments invisibles

Transports. — Les Compagnies de navigation austrohongroises ont été nationalisées par le traité de paix, en faveur des Etats successeurs mais j’Autriche qui n’a point de frontières maritimes, n’en a vu aucune lui être attribuée. Il n’y a donc pas, pour ce pays, de gains de fret à évaluer; en revanche les gains que l’Autriche retire du transit terrestre et,fluvial sont très élevés.

Comme il n’y pas de statistiques précises à ce sujet, nous ne pouvons fournir de chiffre exact et nous en sommes réduits à indiquer seulement le chiffre de 150 à 200 millions de couronnes-or que Friedrich Hertz donne comme gains de transit et de commissions de banque.

En effet, les banques autrichiennes ont, en majeure partie, conservé la clientèle qu’elles avaient en Bohème en Hongrie, en Croatie. Malgré les efforts des Etats successeurs, Vienne est resté le centre financier des Etats

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danubiens, grâce à sa situation ancienne, à l’organisation du crédit dont jouit l'Autriche et à l'importance des capitaux autrichiens placés dans les entreprises des pays successeurs.

Touristes. — Vienne a été de tout temps une ville de plaisir qui attirait chaque année des étrangers de tous les pays non moins que des industriels tchèques et des magnats hongrois ou polonais. La séparation de l’Autriche n’a pas enlevé à Vienne son prestige et le nombre des touristes, bien que n’atteignant pas encore le chiffre d’avant-guerre, a été très élevé en 1923 et en 1924; il a été de 413.849 en 1923 et 503.772 en 1924 contre 598.746 en 1913. En outre le nombre des étrangers qui ont séjourné dans les hôtels autrichiens a été d’environ 700.000 en 1923 et de 4.130.000 en 1924. Comme leur séjour moyen est d’environ une semaine et leur dépense journalière d'environ 25 couronnes-or, par jour, on peut admettre que les sommes que l’Autriche retire de ces séjours atteignent environ 125 millions de couronnes-or en 1923 et de 200 millions de couronnes-or en 1924.

Ces évaluations ont été contestées par M. Stolper qui les compare à celles qui ont été faites en Suisse. En effet on admettait qu'en Suisse, avant la guerre, les dépenses des étrangers s’élevaient à environ 220 millions de francs et M. Stolper pense que les étrangers en Autriche doivent être beaucoup moins nombreux; il pense aussi que le nombre des Autrichiens qui ont séjourné à l'étranger est considérable et que la balance des comptes de l’Autriche ne doit pas être sensiblement. créditrice du fait des dépenses des touristes.

Mais il ne nous semble pas très étonnant que l’Autriche reçoive aujourd’hui 200 millions de couronnes-or des touristes qui viennent y séjourner, tandis que les étrangers apportaient en Suisse 220 millions de francs avant la guerre, car les prix, même exprimés en or, se sont beaucoup élevés depuis 1913. Quant aux dépenses des Autrichiens à l’étranger, il semble qu’elles ne soient guère que de l’ordre de dizaines et non de centaines de millions de couronnes-or.

Tenant compte néanmoins dans une certaine mesure de ces critiques du Dr Stolper, nous prendrons seulement le chiffre de 100 millions de couronnes-or pour 1923 et de 160 millions de couronnes-or pour 1924.

L'évaluation la plus discutée est celle des intérêts de capitaux autrichiens placés à l’étranger.Il est hors de doute qu'avant la guerre, de très importants capitaux viennois étaient placés dans les entreprises de toute la monarchie. Ainsi, au moment de la dissolution de lempire et de la formation des pays successeurs, Vienne se trouvait posséder de nombreuses créances sur la Tchéco- Slovaquie, la Pologne, la Yougo-Slavie et la Hongrie. La question est de savoir dans quelle mesure les créances de l’Autriche ont été depuis 1919 rapatriées dans les pays débiteurs. D’après les Experts de la Société des Nations MM. Rist et Layton, les rapatriements auraient été assez faibles, comparés avec le total des capitaux viennois placés à l'étranger. Et en effet, si l’on admet un total de seulement 7 à 8 milliards de couronnes-or en 4919, il est peu probable qu’en trois ans (1920, 4921, 1922) les rapatriements aient pu dépasser 1.200 millions

de couronnes-or environ, en face d’un déficit de la balance commerciale de l’Autriche qui a atteint, pour es trois années, 2.200 millions de couronnes-or.

Le Dr Stolper au contraire pense que l’Autriche ne retire plus aucun bénéfice de ses placements à l'étranger, parce que d’une part ces placements ont été considérarablement réduits par les rapatriements effectués ces dernières années, et d’autre part parce que leurs intérêts sont compensés par ceux que l’Autriche doit payer à l'étranger.

Il nous semble que le Dr Stolper est très pessimiste et qu’il n’y a point d’exagération à admettre pour 1923 et pour 1924, que les intérêts des capitaux autrichiens placés à l'étranger ont atteint environ 300 à 400 millions de couronnes-or, tandis que les intérêts dus à l’étranger se sont élevés à environ 100 millions de couronnes-or.

Ainsi les chapitres invisibles constitueraient pour l’Autriche la source de crédits pour une somme d’environ 600 millions de couronnes-or au minimum. Comme la balance commerciale a présenté un déficit de 818 millions de couronnes-or en 1923 et de 1.026 millions de couronnes-or en 1924, le déficit à couvrir par les mouvements de capitaux seraient d’environ 2 à 300 millions de couronnes-or par an. C’est là un chiffre qui n’a rien d’inquiétant, pour le moment du moins : les réserves de capitaux de l’Autriche sont assez considérables pour lui permettre de vivre ainsi pendant quelques années en liquidant une partie de ses créances sur l’étranger. Ce qui avait paru grave est que la baisse de la monnaie avait

eu pour résultat de provoquer la liquidation des capitaux proprement autrichiens, maisons, terres, mobiliers, œuvres d’art.… et non seulement des valeurs mobilières étrangères faisant partie du portefeuille autrichien. Maintenant, | « Ausverkauf » ainsi qu’on l’appelait, est à peu près arrêté et c’est surtout par des emprunts étrangers que l'Autriche réalise léquilibre de sa balance internationale des comptes.

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