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IV. — MOUVEMENTS DES CAPITAUX

Déjà important avant la guerre, ce chapitre est devenu, depuis une dizaine d’années, l’occasion de paiements très variés et de transferts très rapides. Il est probable que, longtemps encore,les mouvements de capitaux conserveront une part, la pius grande, parmi les éléments invisibles de la balance des paiements des grands pays : le règlement des dettes interalliées, celui des dettes de réparations, enfin la liquidation des mouvements anormaux provoqués par l'effondrement, puis le rétablissement des monnaies européennes, ne pourront s’effectuer avant peut-être un demi-siècle. Plus généralement, le rôle grandissant des capitaux dans l’organisation économique moderne laisse penser qu’en dehors de ces causes passagères le mouvement des capitaux prendra parmi les échanges internationaux, une importance toujours croissante.

Malheureusement, la connaissance de es mouvements n'est pas aussi aisée qu’elle le paraît au premier examen. Si certains d’entre eux sont fixés avec la plus grande précision, ainsi les mouvements des créances et des dettes entre Gouvernements, la plupart apparaissent à peu près impossibles à déterminer, ainsi les crédits à court terme consentis à l’étranger par des maisons de banque ou de commerce. Aucune methode d’ensemble ne peut donner de résultats généraux, et il convient donc d'examiner séparément chacune des formes des mouvements de capitaux depuis les plus apparentes jusqu'aux plus occultes.

Parmi ces mouvements de capitaux, les uns résultent des opérations financières effectuées par les gouvernements, les autres sont le fait des particuliers. Il est bien évident que les opérations des Gouvernements sont de beaucoup les plus faciles à connaître. Elles étaient assez peu développées avant la guerre, parce que le crédit de PEtat à l’intérieur du pays lui permettait d'obtenir, sans recourir à l'étranger, les ressources relativement faibles qu il demandait à l'emprunt. Néanmoins, dans les pays à finances obérées, il était fréquent que des emprunts extérieurs fussent émis pour couvrir le déficit des budgets ou entreprendre de grands travaux publics : ainsi en était-il dans les Etats neufs de l'Amérique du Sud, en Russie et dans quelques Etats balkaniques. Depuis la guerre, les opérations financières des Gouvernements avec l'étranger sont devenues très fréquentes : la plupart des Etats bélligérants ont émis des emprunts ou au moins des tranches d'emprunts sur des marchés étrangers. Mais le crédit des Gouvernements auprès des particuliers a été bien vite épuisé et on a eu alors recours à des avances de Gouvernements à Gouvernements ou de Banques à Gouvernements. C’est l’enchevêtrement de ces avances et la solvabilité différente des débiteurs qui rend aujourd’hui si complexe le règlement des dettes in-

teralliées. En outre le remboursement des emprunts et des avances entrainera pendant longtemps d'importants

transferts internationaux. Il en est de même de l’application du plan Dawes qui a déterminé les modes de paiement par l’Allemagne de sa dette de réparations.

On ne peut enfin passer sous silence les mouvements

exceptionnels de monnaies que la nécessité de régler des dépenses militaires à l'étranger ou celle d’éviter la baisse des changes ont entraîné de la part des Gouvernements

Toutes ces transactions sont heureusement connues avec précision, puisque tous les Gouvernements publient l’état de leurs créances et de leurs dettes à l’égard de l'étranger et les opérations qui en affectent chaque année le montant. Au contraire, les opérations des particuliers sont très difficiles à évaluer; elles ont pour objet des propriétés immobilières, des valeurs mobilières ou de simples créances de formes diverses, enfin des monnaies étrangères.

L'achat ou la vente de propriétés immobilières et de participations a atteint une certaine extension dans les pays où la monnaie se déprécie : la baisse de prix de ces propriétés, de ces participations incite en effet les étrangers à les acheter, tandis que leurs propriétaires préfèrent placer dans les entreprises de pays à monnaie stable la majorité de leurs capitaux. Ainsi se produit un double mouvement dont le sens se modifie dès que la stabilité de la monnaie favorise le retour des capitaux nationaux.

Des statistiques partielles, établies dans certaines villes, permettent d’avoir une idée de ces mouvements que rien ne nous met à même d’évaluer avec précision. Le IIS Comité des Experts seul a pu déterminer avec quelques chances d’exactitude ce que l’Allemagne avait gagné et perdu à ces échanges. Ces transferts de propriétés immobilières et de participations industrielles restent néanmoins généralement limités et ce sont sur-

tout les valeurs mobilières et les crédits en banque qui constituent ie moyen le plus large de règlement des dettes et des créances internationales. En effet les valeurs mobilières représentent, elles aussi, quoiqu’à un moindre degré, un élément stable dans la richesse des nations : avant la guerre, le portefeuille de valeurs étrangères d’un pays ne se modifiait que lentement, et, depuis que les grands mouvements directement provoqués par la guerre se sont ralentis, il a retrouvé dans la plupart des pays une assez grande stabilité. [ci, comme dans le cas des propriétés immobilières, c’est l'instabilité de la monnaie qui est encore aujourd’hui la cause essentielle des ventes et des achats en masses de valeurs mobilières étrangères ou nationales.

Alors qu’en temps normal, il est assez aisé d’évaluer la variation du portefeuille de valeurs mobilières d’un pays, parce que celles-ci sont principalement provoquées par les émissions nouvelles réalisées dans chaque pays, émissions réglementées et connues, il est presque impossible d’étabiir actuellement une pareille évaluation. On connaît, il est vrai, les transactions effectuées par l’intermédiaire des Gouvernements pendant la période de guerre et même jusqu’en 1920; mais les ventes et les achats occultes réalisés pendant cette période et toutes les opérations effectuées depuis échappent à toute statistique. La confusion des ordres au comptant et des ordres à terme ne permet pas de connaître les seules opérations réelles. Les intermédiaires, agents de change, courtiers ou banquiers ignorent le plus souvent la nationalité des donneurs d’ordres. Enfin les transferts inter-

nationaux de valeurs se réalisent très souvent sans qu’il y ait transport matériel des titres qui restent déposés dans les coffres des banques étrangères : les variations des changes, la diversité des lois surles exportations des capitaux mobiliers augmentent constamment le développement d’une semblable habitude chez les porteurs. Ainsi le contrôle du mouvement des titres à travers les frontières est vraiment illusoire et le relevé des ventes et des achats internationaux de titres mobiliers est impossible. Quelques renseignements peuvent seulement être fournis par les banques, lorsqu'il est possible de les obliger à les fournir. On peut aussi tirer quelques conclusions générales de l’étude des bilans des banques dans plusieurs pays qui entretiennent des rapports financiers étroits, en examinant le mouvement des dépôts et celui des crédits ; encore convient-1l d’être très prudent et de ne pas négliger les causes de tout ordre qui peuvent, en, dehors des mouvements internationaux de captiaux, influer sur les variations des dépôts et des crédits (1). Aussi le procédé le plus exact qui permette de connaître les modifications apportées chaque année au portefeuille national de valeurs mobilières étrangères réside-t-11 dans l'étude des revenus de ce portefeuille : en effet, le rendement des impôts fournit des indications très précises sur les revenus des valeurs étrangères et il suffit de déterminer un taux moyen d'intérêt pour obtenir la valeur en capital. Mais ce moyen est encore insuffisant dans des périodes de crise monétaire, parce

4. Voir Bulletin quotidien d'Etudes et d’Informations économiques. Note sur l’« Exportation des capitaux »,

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qu'ilne décèle pas les valeurs étrangères déposées à l'étranger dont les revenus sont fréquemment investis dans le pays même où elles sont déposées.

0e Il est encore plus difficile, à qui ne dispose pas de pouvoirs d'investigation extraordinaires, d'apprécier les fluctuations des comptes courants de banque et les tranports de monnaie nationale ou étrangère.Avant la guerre, le volume des crédits à court terme consentis à l’étranger par des commerçants et des banquiers subissait d’une année à l’autre, peu de variations; il fallait un événe-ment politique très grave, comme le différend francoallemand qui s’est élevé en 1911-1912 pour provo-

P quer des retraits rapides de fonds à court terme. C’est qu’alors ces crédits servaient principalement à fournir aux industriels des fonds de roulement; mais depuis 1914 et surtout depuis 1919, leur rôle a été de servir à

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régler le déficit des balances commerciales des Etats belligérants, en même temps que de permettre à ceux qui accordaient ces crédits de spéculer sur les mouvements des changes européens. Aussi l'extension de ces crédits a-t-elle été très rapide et leur importance dans la situation financière des nations a-t-elle été primordiale de 1919 à 1923. Peu à peu cependant, à mesure que les monnaies européennes retrouvaient une plus grande stabilité et que la balance des comptes des principaux pays était à nouveau équilibrée d’une façon normale, ces crédits ont été en grande partie remboursés, de sorte que leur influence sur le cours des changes a beaucoup diminué.

La même évolution caractérise les mouvements de

monnaies : d’abord achetées par les spéculateurs établis dans des pays à monnaie saine, les monnaies dépréciées ‘ou bien ont disparu, ou bien sont revenues dans leur pays d’origine : au contraire les monnaies étrangères saines acquises par les capitalistes victimes de leur monnaie, n’ont jamais repris que dans une faible mesure le chemin du pays où elles ont été frappées. Mais, depuis que les troubles monétaires des pays de l’Europe ont peu à peu disparu, les achats et les ventes de monnaies se sont beaucoup ralentis et n’ont plus aujourd’hui d’influence sensible sur la balance des paiements.

Comme on l’a dit plus haut, il est à peu près impossible d'évaluer les mouvements des monnaies et ceux des comptes-courants de banques ou de commerçants, aussi bien que les exportations de capitauxsous forme d’achats de valeurs étrangères. Néanmoins, on peut admettre que le solde de la balance des paiements, tel qu’on peut le déterminer,représente à peu de chose près le solde créditeur ou débiteur de tous ces mouvements réunis. En effet, tous les autres chapitres peuvent être évalués et c’est l'absence de ces mouvements occultes de capitaux qui entraînera dans notre tableau un déséquilibre de la balance des paiements qui, elle, est en réalité, nécessairement et toujours en équilibre. Si, en raison, des erreurs possibles, nous ne nous croirons pas autorisés à prendre le chiffre ainsi obtenu pour sa valeur exacte, du moins pourra-t-on admettre qu’il donne une idée de ces mouvements, de leur sens et de leur extension.

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