‹ La banque d'Angleterre et les banques d'ÉcosseChapitre 10 sur 31 · TROISIEME LETTRE · texte numérisé non relu

TROISIEME LETTRE

Paris, 3 octobre 186G.

Monsieur le directeur,

11 paraît que M. Karl Steiner est f.itigué de la polémique, et vous venez lui prêter une aide fraternelle : i/no avulso non déficit aller. Je ne puis qu'admirer une pareille générosité, car vous ne sauriez vous dissimuler que vous

défendez une cause désespérée ; je cherche une réponse sérieuse aux questions que j'ai posées ; c'est en vain , et comme vous êtes homme à trouver les bonnes raisons, quand elles existent, en vous contentant de celles qu'un élan chevaleresque vous suggère, vous prouvez que les arguments décisifs manquent complètement.

Chose singulière, alors que la majeure partie de votre quatrième article consiste en citations empruntées aux crises de 1847 et 1837, vous commencez par me faire ime querelle d'avoir invoqué l'autorité de Tooke et de James Wilson , au sujet des anciennes crises commerciales de l'Angleterre , que vous mettez vous-même en cause. Vous pourrez bien dire pour votre défense : « mais moi cest autre chose^ » je l'admets ; cependant il me semble que je puis désormais me flatter d'avoir pris la bonne voie, puisque vous y entrez vous-même. N'écartons pas les précédents, ils sont instructifs ; vous ne dogmatisez point comme votre collaborateur, M. Karl Steiner, vous ne dédaignez pas le terrain des faits : tant mieux, le débat pourra être serré de plus près, et le rapprochement des événements analogues servira à révéler plus facilement la cause du mal, et la nature du remède désirable.

Seulement, de grâce, n'empruntez pas à votre collaborateur ces phrases tranchantes : c'est une assertion sans preuve j c'est une affirmation hasardée^ car si je m'avisais de répondre de même , en quoi cela avancerait-il la discussion !

Tous croyez que les valeurs acceptées par la Banque, le samedi 12 mai, avaient été refusées le 10, a quand F incroyable Act de 1844 l'empêchait de les accepter. » Oii avez-vous vu rien de pareil? Dans son dernier rapport, le gouverneur M. Lancelot-Holland raconte comment au-

cune demande légitime n'avait été repoussée, avant la suspension de VAct de 1844, comment des escomptes et des avances considérables avaient eu lieu avant que le chancelier de l'Échiquier n'eût seulement quitté le lit ! Voilà des faits précis , et non pas de vaines assertions , tout comme c'est un fait précis que VAct de 1844 n'a été ni violé ni lacéré, puisque la Banque n'a pas émis un seul billet au delà de la réserve légale, et n'a eu aucun besoin de recourir à un bill d'indemnité. Vous couvrez d'un silence prudent l'erreur que j'avais signalée dans l'écrit de votre collaborateur, c'est ce que vous aviez de mieux à faire; mais pourquoi pousser la générosité jusqu'à vouloir l'excuser en ce qui touche une faute plus grave encore ? Le seul reproche qu'on ait adressé à la Banque d'Angleterre, c'est d'avoir, par une assistance trop large donnée au commerce, laissé trop décliner ses ressources ; le Globe, du mercredi 26 septembre, en fait un grief vis-àvis de M. Lancelot-Holland : il lui reproche en termes amers de montrer trop de condescendance vis-à-vis de ceux qui s'habituent à compter sur le secours de la Banque d'Angleterre , et qui peuvent ainsi perdre de leur vigilante prévoyance; c'est le moment que vous choisissez pour répéter des accusations dont le côté faible saute aux yeux; vous blâmez une banque d'émission de ne pas ouvrir un large crédit , sur la garantie d'une liquidation lointaine et chanceuse. On sait ce que sont les bilans dressés, lors d'une suspension de payements : Vactif est toujours en grande partie hypothétique et d'une réalisation difficile , le passif seul est certain, et s'accroît fréquemment. Dès qu'il existe peu de marge entre les deux , l'inexpérience ou la témérité pourraient seules conseiller de nouvelles avances de la part de la Banque. Celle-ci, au lieu d'être une espèce de providence monétaire pour

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les négociants imprudents , est chargée avant tout de maintenir la régularité de la circulation, dont dépend la sécurité publique.

« Il faut que la Banque assiste le commerce, » c'est le dicton favori, répété des deux côtés du détroit, notamment par ceux dont les calculs téméraires et les spéculations mal combinées éprouvent quelque écbec. L'important serait de savoir de quel commerce il s'agit : le commerce sain^ loyal, régulier a rencontré et rencontrera toujours l'aide temporaire dont il a besoin ; la diflerence sur l'escompte qu'il paye dans des moments de pressioji extrême se réduit à peu de chose pour qui sait calculer : deux ou trois mois d'intérêt n'entraînent guère que 1 pour 100 de perte de ce côté , même quand l'escompte est haussé au pied de 8, 9 ou 10 pour 100 par an ; ce léger surcroît empêche des liquidations désastreuses. Quant au commerce aventureux, qui se laisse aller aux entraînements immodérés d'une spéculation désordonnée, reckless spéculation^ ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de ne point l'encourager par des facilités aveugles. Chaque jour de nouvelles révélations justifient pleinement la conduite tenue par la Banque d'Angleterre vis-à-vis de la Compagnie Overend-Gurney, pour laquelle vous manifestez une inexplicable tendresse. Si c'est là le genre de commerce que l'on devrait assister. Dieu nous garde des institutions qui seraient administrées sur de pareilles bases !

Vous demandez à quoi sert le monopole, si sa mission n'est pas de distribuer des crédits à tous ceux qui ont des valeurs d'une sûreté incontestable ?

Il est permis de supposer que les directeurs des nombreuses banques qui concourent librement, en Angleterre, aux avances et à l'escompte, peuvent mieux apprécier la solidité du papier offert que l'écrivain le plus

habile occupé à les tancer de ce côté.du détroit ; quant au privilège, c'est encore un point que vous laissez dans l'ombre, par complaisance pour M, Karl Steiner ; le monopole n'existe point en Angleterre, la liberté des banques s'y développe sur une large échelle : il n'y a que l'émission des billets appelés à concourir au mécanisme du comptant et à jouer le rôle de la monnaie, qui se trouve hmitée et concentrée. La Banque d'Angleterre n'a même aucun monopole à cet égard ; elle a un continfjent fixé, comme d'autres banques. Le seul privilège qu'elle possède, c'est de pouvoir émettre, au delà du contingent limité de billets, autant de ces signes fiduciaires qu'elle le veut , pourvu Cjue le montant de ce supplément soit ititégralement représenté ^ livre pour livre, par l'or conservé en caisse. Elle no retire de ce privilège aucun bénéfice ; elle substitue à l'or un agent plus commode pour le transport et pour le compte , mais identiquement égal en solidité , puisqu'il n'est que le warrant du métal consigné.

Est-ce là un monopole^ et par quel procédé logique de déduction voulez-vous faire de ce service rendu au public, le point de départ à'un droit au crédit^ qui semblerait appartenir à la famille du droit au travail, de triste mémoire ?

Les noms des économistes le plus respectés, et les citations vous déplaisent : je crois en avoir dit la raison. Cependant vous ne vous faites pas faute de glaner, quand vous pouvez, sur le même terrain : je vous en suis doublement reconnaissant , car les emprunts que vous faites ainsi au présent et au passé, prouvent le contraire de ce que vous essayez d'établir. Il semblerait que vous ne vous êtes pas complètement dépouillé de votre ancienne horreur pour les citations, puisque vous ne pouvez vous résigner à examiner attentivement celles que vous produisez.

Si Law, durant sa période lucide, a bien défini la monnaie métallique, est-ce un motif pour le suivre dans les hallucinations de l'émission du papier? N'est-ce point, pour emprunter votre formule favorite, tomber dans une assertion téméraire , que de nier l'évidence , que de contester le but véritable du billet de banque, payable au porteur et à vue ? 11 n'est créé et mis au monde que pour opérer comme du comptant , pour circuler, solder, se transmettre, sans rien rapporter, comme de l'or. 11 est cela ou il n'est rien, et ne servirait à rien. Dépourvu de valeur intrinsèque, il aspire à fonctionner comme s'il avait une substance métallique , et ceux qui le prônent s'épuisent en artifices pour qu'il remplace la monnaie. Il suffît de faire appel au plus simple bon sens pratique, et de suivre la marche de la circulation pour comprendre que les doctrines mâles et sincères du free-trade s'accommodent peu d'une pareille fiction.

Veuillez croire que je lis V Economist avec autant de soin que vous : son article du 19 mai ne m'avait point échappé. Je m'étonne seulement qu'un esprit aussi indépendant que le vôtre, qui refuse de se laisser traîner à la remorque des opinions exprimées par les maîtres, et des faits le mieux constatés par l'expérience, se range du côté de la plus vaine hypothèse. Sans contredit, si une conspiration ourdie par tous les banquiers venait , à un moment donné, réclamer les dépôts, la Banque serait exposée à un grand embarras ; mais les banquiers commettraient un véritable suicide, eu provoquant une violente tempête commerciale ; ils sont trop avisés pour tomber dans une pareille faute. Le fait est que la Banque d'Angleterre a pleinement maintenu la stricte application de YAct de 1844, et que les banquiers se sont tenus tranquilles. Cela peut contrarier vos axiomes mathématiques, mais c'est la

réalité des choses. Au risque d'être encore plus sévèrement condamné , je dirai : a Quand les faits viennent contredire la théorie d'une manière persistante, ce no sont pas les faits qui ont tort, c'est la théorie qui est fausse. » Tel est malheureusement le cas en ce qui concerne la théorie de la libre émission : on a eu beau l'affubler du titre pompeux de liberté des banques , cette dénomination usurpée n'a servi qu'à compromettre dans des complications fatales l'office sérieux des banques, de ces utiles intermédiaires entre le capital et le travail, de ces puissants générateurs du crédit. La libre émission a semé des ruines ou bien elle n'a échappé à ce péril qu'en se faisant humble, modeste, insignifîanle ; la véritable liberté des banques^ au contraire, celle qui réunit et qui distribue les capitaux réels, au lieu de créer des capitaux fictifs, grandit sans cesse ; elle dispose , en Angleterre , de ressources vingt fois plus considérables que celles dont la chimère du papier pourrait doter ce grand pays ; elle fait toute la puissance des banques d'Ecosse, qui n'ont jamais usé de l'émission que dans une faible mesure , parce que l'émission ne saurait fournir qu'une ressource très-limitée : quand elle réussit, elle se borne à correspondre à l'utiHté monétaire, toujours très-réduite relativement à la masse de la production et des échanges , et les disciples de Law peuvent seuls songer à récolter des capitaux dans de nouveaux brouillards du Mississipi.

Rien de plus vain que les assertions gratuites , fidèlement répétées du côté de ceux qui exaltent la monnaie de banque, l'émission en banque, et qui se parent des plumes du paon , en attribuant à un instrument peu actif, les merveilles du crédit. Ils n'ont pu faire illusion à des esprits sincères mais inattentifs qu'au moyen de cette sorte de mirage : ils confondent à dessein les résultats admira-

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bles des banques employées à recueillir et à distribuer les capitaux réels et les riches conquêtes du crédit , avec les prétendues merveilles des billets formulés de manière à servir comme s'ils étaient de la monnaie. Il suffit de séparer les deux éléments, dans la gestion des banques d'Ecosse, par exemple, ce grand cheval de bataille des amateurs de la monnaie fictive, pour voir jusqu'à quel point peut aller la témérité de certains jugements qui passent de dissertation en dissertation et de livre en livre ; les moutons de Panurge ont aussi envahi un coin du domaine de l'économie politique , et surtout le moins exploré jusqu'ici, le domaine du crédit.

Revenons aux précédents sur lesquels vous prétendez vous appuyer.

Vous invoquez les enquêtes de 1847 et 1857 pour montrer comment la menace des farouches banquiers^ qui se sont au demeurant toujours comportés comme des agneaux au lieu de se poser en loups dévorants, a également surgi lors des crises précédentes. De quoi s'agissait-il? La menace a-t-elle éclaté : on n'en trouve guère de trace, ni dans les questions posées, ni dans les réponses faites ; tout se borne à une hypothèse purement gratuite, comme l'a montré M. Morris, en prouvant que la Banque était en mesure de faire face, même à ce danger imaginaire. On n'a pas besoin de recourir à l'ensemble de l'enquête pour en avoir la conviction ; la lecture attentive des lignes que vous avez reproduites, suffît.

, Vous n'êtes pas plus heureux, en rappelant le débat établi en 1857 entre James Wilson et le gouverneur Weguelin. Il s'agissait de savoir si la Banque pouvait augmenter la masse de la circulation en vendant les rentes qu'elle possède. Tel était, si je ne me trompe, votre avis, lors du débat récent soulevé contre la Banque de France. Ne

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VOUS êtes-vous pas aperçu que Wilson et Weguelin, dans les passages que vous rapportez complaisamment, vous donnent tort sur ce point, et qu'en même temps ils me donnent pleinement raison quant à la question dont je me suis occupé; suivant eux, l'équilibre se rétablit entre les rentes aliénées et les dépôts retirés ; ai-je dit autre chose, et la Banque ne peut-elle pas, suivant les termes mêmes de cette déposition, rétablir l'équilibre vis-à-vis du retrait des dépôts, par la cession des titres qu'elle possède? En fait, pour répéter les paroles qui terminent votre longue citation « l'opération atteindrait seulement les dépôts et non la circulation. Il en résulte que ce n'est pas le moyen de diminuer la circulation, il serait illusoire, » c'est simplement le moyen de balancer les dépôts.

Ainsi, grâce à vous, je suis de plus en plus édifié sur la vanité de l'hypothèse d'un retrait simultané des dépôts faits à la Banque par les banquiers de Londres ; ceux-ci ne videront pas les caisses, parce qu'ils ne peuvent point le vouloir, ils ne sont pas assez étourdis pour conspirer la ruine de l'établissement sur lequel ils s'appuient ; ils ne sont ni des Caton, pour commettre un suicide, ni des Erostrate, heureux de périr enveloppé dans la ruine commune. Ils savent calculer et prévoir : ils ne sacrifieraient pas un shilling, pour le triste plaisir de jouer un mauvais tour à la Banque, dont la sécurité les touche directement, dont ils sont solidaires, surtout dans la mauvaise fortune.

S'ils étaient assez insensés pour vouloir entreprendre cette désastreuse campagne, ils savent qu'au prix d'un rude sacrifice la Banque serait en mesure de répondre à leurs demandes, par l'aliénation de ressources disponibles, quatre fois plus considérables que leurs créances réunies. Comme l'ont montré Wilson et Weguehn, si l'aliénation des rentes n'agit pas sur la circulation , elle

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correspond au mouvement des dépôts. Etes -vous satisfait ?

Vous le serez plus encore, j'espère, à me voir reconnaître la parfaite exactitude des chiffres que vous donnez quant à l'écart entre la circulation des billets et le montant de l'encaisse métallique de la Banque de France. J'ai eu le tort d'établir mes données non pas sur un écart anormal, auquel la Banque, en janvier, février et mars 1864, était forcée d'opposer le remède extrême d'un escompte élevé à 7, 8 et 9 pour 100, mais sur l'écart entre la moyenne de la circulation de l'année et la moyenne de l'encaisse. En 1864, la moyenne delà circulation a été de 760 millions, celle de l'encaisse de 252 millions, différence 508 millions, 42 millions au-dessous de la circulation autorisée en dehors de la garantie métallique pour l'Angleterre seule, près de 300 millions au-dessous de la circulation autorisée parle Royaume-Uni. Ce calcul établi sur une moyenne annuelle me semblait plus probant ; je ne me croiraispoint bien venu, si j'argumentais, par exemple, d'un écart descendu, d'après le relevé publié par la Banque de France, le 27 septembre dernier, à 209 miUions (circulation de billets 936 millions, encaisse 727 milHons) en présence d'un escompte réduit à 3 pour 100, qui témoigne de la stagnation des affaires et non de la prospérité générfile. Mais je n'aime pas les vaines chicanes, je préfère me placer sur le terrain, tel que vous l'avez choisi; j'adopte votre procédé de calcul, je confesse que j'ai eu tort de ne pas m'en servir ; vous ne pouvez rien vouloir de plus ; qu'en résulte-t-il? La différence maxima entre la circulation et l'encaisse, a été pour la France entière de 651 millions, au moment oir la Banque, pour parer à un grave danger, élevait l'escompte à 8 pour 100.

La différence, autorisée par le Royaume-Uni, dans des

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conditions régulières, est de 800 raillions, elle l'emporte encore do ISO millions de francs; mon raisonnement est-il alfaibli? Ne puise-t-il pas une force nouvelle, alors qu'il passe par le creuset d'une situation extrême?

Il n'y a aucune contradiction entre l'opinion que j'ai émise au sujet de la limitation /e^«/e, prescrite en Angleterre, et de la limitation, plus restreinte encore, adoptée et maintenue chez nous par la prudence de la Banque de France. On peut se fier à une institution unique^ qui a fait ses preuves de circonspecte modération ; il ne s'ensuit pas qu'on puisse s'abandonner sur ce point capital aux entraînements de la libre concurrence, suscitée entre des établissements multiples.

Quand vous parlez de la restriction calculée de la circulation des banques de province, qui auraient voulu se prémunir, comme les banquiers de Londres, contre la catastrophe à laquelle allaient aboutir les prévisions de Y Act de 1844, vous oubliez que la diminution des billets des banques de province a surtout été remarquable après le 12 mai, date de la suspension nominale àeYAct de 1844. J'ai le regret de vous déloger ainsi de la dernière position 011 vous avez essayé de vous réfugier.

Je. n'ai nulle envie de me dérober au jugement impartial de vos lecteurs, quand, pour prouver que la suspension temporaire de Y Act de 1844 rentrait dans les prévisions de sir Robert Peel, je cite les paroles et les écrits de sir Robert Peel, ou si, pour expliquer une mesure extrême prise dans un cas extrême, je rappelle comment l'amour profond des Anglais pour la liberté ne leur a pas toujours fait maintenir rA«ie«s corpus. Je ne recule même pas devant un aveu qui vous scandahsera fort. A supposer que les banquiers de Londres, dont vous évoquez les rigueurs supposées^ fussent jamais assez insensés pour

causer leur propre perte en ourdissant une conspiration contre la Banque d'Angleterre ; en admettant , ce que je suis loin d'accorder, que cette vaste conspiration pût aboutir et qu'elle menaçât d'amener l'explosion d'un immense désastre, ce serait un cas de guerre, il motiverait parfaitement des mesures que la guerre excuse. La suspension de VÀct de 1844, se présentant alors comme une nécessité de défense contre une levée de boucliers aussi injuste que folle, mériterait une approbation complète.

Reste à savoir si votre ardeur pacifique vous fait rêver la nécessité d'un état de siège permanent.

Oui, j'en ai la ferme conviction, ceux qui, comme vous, poursuivent une campagne en faveur d'une fausse étiquette, en nommant, par une usurpation flagrante, liberté des banques une grave atteinte portée au règlement obligé de la circulation; ceux qui prennent sous leur patronage la libre émission des billets, qui essayent de les faire passer pour du comptant, de les faire accepter comme de la monnaie, ceux-là attaquent le principe vital du free-trade, la loi de l'offre et de la demande, la fixité et la sincérité des transactions. Ils ont contre eux et les auteurs et les adversaires les plus autorisés de YAct de 1844, Cobden, sir Robert Peel et Gladstone, aussi bien que Tooke, Newmarch et Jolm Stuart Mill. J'aurais voulu vous le montrer dès aujourd'hui ; mais il fallait commencer par vous répondre la première fois que vous êtes entré en lice. Vous ne perdrez rien pour attendre huit jours.

Veuillez agréer, etc.

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