REPONSE A M. L, WOLOWSKI
que, pour chacun d'eux, il accompagne l'envoi d'une lettre pleine de compliments par laquelle il place son livre sous le patronage de l'homme illustre. Le moins que celui-ci puisse faire, c'est de répondre par une lettre écrite de la même encre, c'est-à-dire extrêmement polie, où il admire le talent, le savoir et la justesse d'esprit déployés dans l'ouvrage qu'il a reçu et que souvent il n'a pas eu le temps d'ouvrir. Ordinairement les choses en restent là ; l'auteur est satisfait ; il a en portefeuille des lettres des meilleurs juges, pleines de témoignages flatteurs, et qu'il montre en petit comité à ses intimes. Mais il est des auteurs plus difficiles à contenter, à qui ces satisfactions du coin du feu ne suffisent pas. Une fois qu'ils ont en poche la lettre de l'homme illustre, ils lui écrivent pour lui demander la permission de l'imprimer. L'homme illustre, qui s'était fort avancé, répond par l'affirmative ne pouvant faire autrement, et c'est ainsi que des lettres de pure courtoisie voient le grand jour de la puhlicité dans les journaux et les revues, comme l'expression réfléchie d'hommes considérahles sur des livres nouveaux.
Le procédé fait sourire les hommes de tact et de goût, mais il éblouit quelquefois le vulgaire.
Quand vous voudrez, mon cher et honoré confrère, persuader aux hommes sérieux que messieurs tels et tels, de l'assentiment desquels vous vous prévalez, partagent vos idées sur les banques d'émission, vous aurez autre chose à faire : au lieu de lettres de courtoisie, qui n'avaient point été écrites pour la publicité, apportez une adhésion inotivée, faite en connaissance de cause^ je veux dire écrite avec la prévision qu'elle sera imprimée. Tracez, avec cette clarté que vous revendiquez, un programme qui résume bien exactement votre manière de voir, qui, par conséquent, érige en principe le monopole de l'émis-
sioii au prolit d'une banque unique dans chaque Etat, qui fasse de môme une loi de l'immobilisation de la majeure partie du capital de la banque en valeurs de l'Etat, qui enfin, pour l'émission des billets de la banque investie du monopole elle-même, porte les restrictions sévères que vous louez quand elles s'appliquent à la Banque d'Angleterre et que vous supprimez, sans dire pourquoi, lorsque vous passez le détroit pour rentrer en France. Veuillez faire signer ce programme aux grands hommes que vous représentez comme étant en parfait accord avec vous, et alors on croira à cet accord. Hors de là, mon cher et honoré confrère, toutes les adhésions que vous produirez n'auront guère plus de poids que la formule qu'on met au bas d'une lettre et par laquelle on se déclare le trèshumble et très-obéissant serviteur du premier venu.
Je vous demande la permission de clore ici cette polémique. Que vous me répondiez ou non, je n'importunerai pas, pour vous répliquer, les lecteurs du Journal des Economistes . On pourrait pourtant y donner une suite que la vivacité de vos réclamations semble même appeler. Vous prétendez que j'ai défiguré vos opinions pour les combattre : faisons-en juge le public qui est notre arbitre naturel. Réimprimez les articles que vous avez donnés dans la Revue des Deux-Mondes et ceux qui ont paru clans le Journal des Économistes, sans oublier la note par vous adressée à ce dernier recueil ^ comme exposé de l'opinion par vous exprimée dans la séance de la Société d'économie politique du Vy septembre. Ces divers morceaux, avec ma lettre du 15 février, votre réponse du 13 mars, ma présente réplique, et tout ce que vous jugerez à pro-
^ Numéro du V.) soptemhro 18fi6, p. i3fl et 440.