I.ETTRE A M. WOLOWSKI
Avant (le vous y aventurer, vous auriez dû consulter le Dictionnaire de t Académie ; vous auriez jm aussi vous rappeler, plus exactement que vous ne soinVdez l’avoir fait, la date do la lt\i,'islation actuelle sur les banques eu Angleterre et celle de ravinement de la liberté du commerce. Le raisonnement que vous faites à ce sujet est trop original pour que Je ne le rapporte pas ici, 11 se résume dans ce syllogispie : la liberté du commerce est uii régime de vérité ; or le monopole des bampies (ce que nous appelons ainsi, now» qui croyons au dictionnaire) est la doctrine vraie ; donc le monopole des bampies est le complément de la liberté du commerce. A ce point de vue, le carré de l'hypoténuse serait le coinidément de la liberté du commerce, car il est une vérité, (Jnicnn(|ue aura un système même absurde, mais qu'il tiendra pour exact, se prévaudra de la popularité dont Jouit i>résentcipent la liberté du commerce, et dira (|ue son élucubration on est le complément. Pauvre liberté du commerce, quelle queue de compléments vous lui préparez!
La chose à laquelle on est ennvemu de réserver le nom de la liberté du eommerce , c’est-à-dire la liberté des transactions commerciales de nation à nation est nue forme spéciale du grand jirincipe de la liberté’du travail. Le qui est le complément de la libi rté du commerce, ce qu’elle appelle ajtrès elle I>ourri’ètre pas une fiction, c’e.sl que les autres formes de la liberté du travail soient reconnues. Or, jusiju'à ce (|ue vous ayez démontré le contraire, les monopoles, quels qui soient, seront féputés, non pas des formes particulières de la liberté du traypij, mais des dérogations à ce [uincipe.
Sans doute c'est le même homme d'Etat, l’illu-stre Hubert Peel , i]|ii a jirésenté an Parlement et la loi sur les baiiques de 18fi, qui est votre idéal à cau.se de l'esprit
Digilizr : by Googlc
SUR I-A QUESTION DES ÜANQUES
du nionopoli! dont elle est imprégnée, et celle qui a établi la liberté du commerce international. Mais ce n’est point une raison pour que vous soyez fondé à soutenir que la loi anglaise de 1844 , sur les banques , a été le complément de la liberté du commerce. Votre langage donnerait à penser que cette loi fut proposée par Robert I‘eel, après l’adoption de la liberté commerciale par le Parlement, et dans le but déconsolider celle-ci. Ce n’est jioinl du tout ce qui a eu lieu. La loi de 1844 est non jias jiostérieiire, mais antérieure à la loi qui a établi la liberté du commerce. Elle l’est de deux années. Elle ne fut point la mise à exécution d’une économie politique libérale. Elle fut l’elTet de la pression exercée {>ar quelques empiri(|oes, ennemis notoires des doctrines libérales, sur l’esjirit de Robert Peel ^ui , alors encore, était dominé par les idéi-s restrictives de l’école protectionniste. Robert Peel, aî)osé, fit à son tour subir cette pression à la majorité du Parlement dont il était le chef, et ce fut seulement deux années après, en 1846, qu’il se convertit a la liberté du commerce.
On jiense communément que , lorsqu’un établissement jouit d’une attribution à l’exclusion absolue de tout autre, c’est un monopole qu’il possède. Le mot de monopole a été créé et mis au monde pour désigner et dénommer Ips faits de ce genre. A votre gré , donner à une banque! , à l’exclusion de toute autre, le pouvoir d’émettre des billots, ce ne serait pas faire du monopole, ce serait juste le contraire, ce serait rendre bommage à la liberté, ce serait l’établir dans l’ordre de faits dont il s’agit. Une telle assertion fait cabrer l’esprit du lecteur In plus débonnaire. Quoi, le monopide s’appeler la liberté quand il s’applique à rémission des billets, et i»ourquoi donc? .Assurément, ré2)ondez-vous, sans fournir en rien la démopstration à
LETTRE A M. WOLOWSKl
cc que VOUS avez avancé. On insiste , on vous supplie de rélléchir ; vous tenez bon et vous vous redressez lièrenient, non pour donner des raisons, mais pour affirmer ex cathedra que vous seul êtes libéral en cette affaire; vous croyez devoir ajouter que seul le réprime que vous recommandez serait conforme aux idées de justice et de vérité.
Lorsqu’on a eu la mésaventure d’avancer une énormité telle (|ue celle qui consiste à j)rétendre que le monopole c’est la liberté , on ne ftagne rien ii répéter raffirmation de plus belle , avec un redoublement d’assurance et d’un ton de plus en plus vainqueur. La répétition n’avance à rien. Une erreur qu’on aura répétée cent fois de suite n’en sera pas moins une erreur. Pareillement, parler haut et fort n’est pas parler juste, et prossir la voix ne fait pas (juc l’erreur devienne vérité. Si la valeur du raisonnement se mesurait au volume de la voix , le cricur public Stentor aurait été le premier philosophe de la Grèce. Et à qui donc espérez-vous faire accroire que , lorsqu’on soutient obstinément ce qui est de toute évidence un monopole, on est non-scnlement libéral, mais par excel-' letice le libéral?
Pour ce qui est de votre assertion que le régime par vous patronné serait conforme aux idées de justice et de vérité, elle a le malheur de réveiller dans l’esprit du lecteur une réminiscence jieu avantageuse. En 182îi, lorsque le ministère Villèlc-Peyronnet présenta, au sujet des journaux, une toi qui était jiar rapport à la presse périodique cc que votre plan serait par rapport aux banques d’émission, la destruction de la liberté, il mit dans le .l/o;»7f//r un article probablement de la pliinn^ de de Peyronnet, (]ui était né sur les bords de la Garonne, article allirmaiit que c’était une loi de justice et d’u/nour.
Di^ ‘ ' ^ . îjy CjO‘''gIr
SUR UA QUESTION DES BANQUES
La phrase n’eut pas le moindre succès ; elle fut prise pour une gasconnadc d’un goût équivoque. Quelle idée avexvous eue de reproduire à peu près cette formule décriée?
Vos écrits, pleins d'animation et inépuisables en affirmations sur la question des banques , m’ont rappelé un document historique dans le même esprit et le même style ; je veux parler du discours prononcé par l’avocat général Antoine Séguier, cn^présence du roi Louis XVI, lorsque ce prince tint un lit de justice pour l’enregistrement de l’édit abolissant les corporations d’arts et métiers, les maîtrises et les jurandes, et inaugurant en France le grand principe de la liberté du travail ou du libre exercice des professions. Tous les deu.x vous soutenez le monop()le avec la même ardeur. Il y a pourtant cette dillérence remarquable, et, j’oserai le dire, mon cher confrère, peu à votre avantage , que dans son enthousiasme pour b‘ système réglementaire, les restrictions, les privilèges exclusifs, le régime autoritaire , toutes choses qu’il entend maintenir pour l'industrie en général , comme vous voudriez les organiser pour les banques d’émission, l’avocat général Séguier appelle les choses par leurs noms. Il ne perd pas son temps à déguiser le monopole. Il ne lui inet pas de masque; vous, au contraire, vous le couvrez d’oripeaux, vous lui mettez un faux nez, et vous voudriez ensuite que nous l’honorions sous le nom de la liberté. Le procédé du magistrat parlementaire valait mieux, il était plus digne, et personne ne sera la dupe du travestissement que vous teniez.
Si lu somme des billets en cireulalion peut se limiter par une formule mathématique du genre de celle qui a été adoptée pour la Banque d Angleterre .
Passons à la limitation de la somme des billets émis.
Digiti ' (ÎOOgle
l.tetTRE A M. WoLOWSKl
If'llé qu’ellf est réglée pour la Banque d’Auglelcéfe par la loi anglaise de 18i4 sur les l>anqucs, dentelle forino le trait principal. Vous n’avez pus assez d’éloges pour une pareille combinaison , vous y voyez le salut du commerce anglais , presque de la puissance britannique^ Voilà dfinc qui est bien entendu : celte limitation absolue est un grand bien ; sans cela la Banque d’Angleterre ne pourrait remplir avec sécurité sa fonction de banque d’émission et exposerait le pays à des calamités» S’il en est ainsi, comment vous expliquez-vous le fait suivant? Le 11 mai 18ü6, le système de la loi de 1844 étant en pleine vigueur, la cité de Londres était livrée à la panique épouvantable dont vous avez tracé le sinistre et véridique tableau dans la Hevue des Deux Mondes du 1 fj août : elle l’était à cause de cette limitation, qui montrait imminent à chacun l’instant où la Banque cesserait de faire des avances et des escomptes. Dans la nuit du 11 au 12, le gouvernement, par un acte éxtralégal et sommaire, sus-* pend la loi de 1844 en ce qui concerne la limitation : la panique cesse alors comme par euchantement » votre loyauté vous a forcé à le reconnaître.
Notez que le fait s’était déjà produit exactement le même en 1847 et 18.^7. Panique avant la suppression de la loi , détente immédiate du moment qu’elle est suspendue. Alors, comme en 1860, on vil crouler, avec des maisons qui s’étaient compromises et à plusieurs desquelles on eût pu cependant éviter une chute funeste à rinlérét public, bon nond)re d’autres maisons, celles-là abondamment pourvues de ressources, qui devaient être sauvées, qui l’eussent été certainement avec un peu d’assistance ; mais la règle de fer de la limitation fit que l’assistance ne put être donnée. Vous trouverez une liste incomplète de cos maisons, avec la preuve péremptoire
SUR l,A OUESTION DES BAHQURS. i25
de leur solvabilité , dans le reinarqnable volume de M. R.-Il. E’atterson , Economy of Cnpital , p. 110^
üe bonne foi, ce qui ressort de tout cela, est-ce que la loi de 184i, et la clause de la limitation en particulier, sont avantageuses au commerce, le rassurent et lui donnent des ressources dans les temps difficiles ? N’cst-ce pas au contraire qu’elles aggravent les crises et les convertissent en paniques, d'où sortent nécessairement des désastres ?
En bon français, la triple expérience de 1847, de 18o7 et de 18ü6 est la condamnation sans appel de la loi de 1844, et spécialement de la clause de la limitation. Mais il en est différemment à vos yeux. Vous possédez parmi les nombreuses ressources de votre esprit une puissance illimitée d’admiration. Vous admirez la loi de 1844 j quand on l’observe en en maintenant rigoureusement les clauses ; vous l’admirez de plus fort quand, après qu’elle a mis le commerce britannique à deux doigts de sa ruinej le gouvernement la viole, aux acclamations du public et du Parlement. Dans les deux cas , l’excellence de la loi de 1844 en général et de la clause de la limilation en particulier vous apparaît avec une égale évidence. 11 n’est pas possible d’avoir le caractère mieux fait et l’esprit plus accommodant. Mais en tout ceci je cherche une doctrine, une appréciation raisonnée des faits, et je suis forcé de le dire, mon cher et honoré collègue , mes t echerches sont vaines, je ne trouve rien.
Au sujet de la limitation, votre argumentation a un autre défaut encore. Selon vous, il faut une limitation mathématique de l’émission , c'est entendu, du moins dans la majeure partie de vos pages ; mais pour cette limitation absolue , quelle formule suivre’/ La première partie de l’émission, celle qui n’est point assujettie à la
iU
LETTRE A M. WOLOWSKI
contre-valeur en écus ou en lingots , sera, dites-vous, la partie stable, c’est-à-dire cette quantité de billets qui circule constamment ou, en d’autres termes, le minimum de la circulation. Or, voici ce qui en résulterait et en présence de quelle conclusion vous vous trouvez, une fois posées ces prémisses. Le minimum qu’on observe en Angleterre depuis plusieurs années est de 18 millions sterling, sinon davantage. .Si la Banque d’Angleterre ne doit avoir de métal précieux, monnayé ou non, que pour le surplus de la circulation, celle-ci étant communément de 22 millions à peine , la Banque d’Angleterre n’aurait besoin en temps ordinaire que de 4 millions sterling en métal précieux monnayé ou en lingots. Ce serait un hasard quand il lui faudrait aller à 7 millions ; c’est-àdire que rapprovisionnement métallique auquel elle serait tenue devrait être moindre qu’il ne l’était avant la loi de 1844, quand la Banque n’était en cela astreinte à rien par la loi.
C’était bien la peine d’ébranler l’organisation du crédit et de sacrifier le principe de la libre industrie pour arriver à un tel résultat ! 11 est vrai qu’on avait cru devoir fixer en 1844 la partie stable de la circulation à 14 millions sterling ; mais cette fixation était alors l’effet d’une erreur matérielle, et aujourd’hui c’en est une bien plus forte, je devrais dire plus grossière.
En France, présentement, le minimum de la circulation est pour le moins de 850 millions de francs ; le maximum est monté dernièrement à 1 milliard .50 millions. Il suffirait donc , en applit|uant votre panacée , d’avoir à la Banque de France 200 millions en espèces. Est-ce vous, mon honoré confrère, qui conseilleriez à la Banque de France de n’avoir que 200 millions en métaux précieux pour une circulation de plus d’un milliard ?
SL’R LA QUESTION DES BANQUES
Votre programme tombe donci’i plat en Franco comme en Angleterre. Celle prétendue prudence, qui serait propre au système de la limitation entendue à la manière de la loi de 184i et qui vous cajitivc, devient de la témérité.
Par l’habitude que vous semblez avoir d’écrire cbaciinc de vos pages sans vous souvenir des précédentes, il arrive que la formule par vous donnée pour la fi.xation de la première partie de la circulation dans vos articles de la Hevue des Deux Mondes, se transforme en quelques pages d’intervalle, et bientôt vous adopte/, la règle que celle première partie de la circulation soit égale à la somme que la Banque possède en valeurs sur l’Étal. Celte seconde édition est plus conforme au texte même de la loi de 1844 ; mais, appliquée à la France, elle serait encore plus restrictive. Pour la Banque d’Angleterre , ce serait il 14 ou 13 millions sterling que se réduirait dès lors la première partie de l’émission, celle qui n’est pas assujettie à la contre-valeur en écus ou en lingots , au lieu de 18 pour le moins. Pour la Banque de France, on tomberait à ISO millions de francs à peine, au lieu des 830 que nous trouvions tout ii l’heure. Chez nous, celle disposition obligerait la Banque à n’avoir, avec 330 nullions d’écus et de lingots, qu’une circulation de 300 millions de billets. Avec rapprovisiounement métalliiiue de moins de 200 millions qui a caractérisé la situation au commencement de 1803, la Banque de France u’aurait jiu avoir des billets on circulation que pour 330 millions. Pour en venir là, à quel point n'aurait-ello pas dû restreindre l'escompte, et quelle cffroyalde crise n’aurait-elle pas causée’/
0" Si la loi uni/laise de 1844 tnéri/e et ohtienl Tappro-
246 l,ETTRE A M. WOIÆWSKI
bation universelle en Aw/leterre et s'il n’est pas question (le la modifier.
Ici, je UC puis in’cmpêclici’ Je signaler à quel point, à propos de celte crise du milieu de mai 18(16, vous avex succombé à votre péché mignon de vous contredire en pb'in et de vous donner à vous-même dos dénjenlis à quelques pages de distance. Je prie le lecteur de prendre votre article de la Itevue des Deux Mondes du 15 août. Les premières pages sont consacrées à décrire la stupeur qui régnait le 1 1 mai dans la Cité. C’est peint à grands traits et de la façon la plus dramatique. « Une angoisse liorrible s’était emparée des cœurs les plus fermes et trou -
Idait les esprits les plus résolus on voyait comme une
armée d’hommes au regard sombro qui avançait sans
cesse vers Saint-Paul La consternation contractait les
visages , le désespoir se traduisait par un morne silence On voyait de tous côtés dans des mains crispées
des portefeuilles, des carpets On aurait dit que le
vaisseau qui porte l’Angleterre et sa fortune s’était cntr’ouvert avec un elfroyahle craquement, et que la masse dos naufragés se précipitait sur les débris en cherchant les moyens de sauvetage. Jamais le souvenir de cette
convulsion ne s’elfacera de la mémoire de Londres «
Voilà comment vous entrez en matière; mais presque aussitôt cette lugubre impi es ,ion s’eirace de votre esprit. Cette loi de 1844 a pour vous des charmes irrésistihles, et dès qu’il s’agit d’elle, une teinte ri.intc se répand sur vos idées. (Juatre pag(!S donc apiès ce récit émouvant, tout à vos yeux redevient couleur de rose, et vous dites au lecteur stupéfait : «Le mécanisme de 1844 détruit toute appréliension au sujet des convulsions monétaires; suivant la jirétenlion bien justitiée d’un de ses habiles au-
SCR CA QÜBSTION DES BANQUES. 227
leurs, lord Overstone, il met a couvert non-seulement a cnlamitate, sed a calamitatis metu..., il est le véritable Deus ex machina de la circulation , le Dem qui nabis hœc ntin fecil. a
Le sens de ce passage et des citations latines qui l’enrichissent, c'est que, au mois de mai 1866, le commerce de Londres aurait dû illuminer en l’honneur de la loi de I84i. Il a été inepte do se livrer à la panique. On l'avait mis à l’abri, non-seulement de toute calamité, mais même de toute alarme. On lui avait assuré des loisirs aussi doux que ceux dont jouissait Virgile , par la générosité d’Auguste, sous les hêtres de Mantoue. Ingrat commerce ! A la page suivante vous vous écriez ; Et de quoi se plaint-on ? Ofi SC plaint, mon honoré confrère, des malheurs que vous avez si éloquemment dépeints vous-même un peu plus haut.
En 6nale donc, vous ne retirez des désastres qui ont désolé la cité de Londres au mois de mai dernier, d’autre souvenir que celui d’un succès colossal pour la loi de 1844 (la fjrandeur du succès, dites-vous) et celui des loisirs merveilleux que cette loi procure au commerce anglais j vous divinisez cette loi ; c’est à la lettre, car deux fois en quatre lignes le mol de Dem vous vient sous la plume j»our la qualifier.
Si, comme on peut le croire, le Parlement raye la loi de 1844 du Code britannique, le moins que dans votre douleur vous puissiez faire pour elle sera de demander ((u’ellcsoit placée au ciel parmi les constellations. Je joindrai mes vœux aux vôti-cs parce que cotte manière d’apothéose est un procédé poli pour enterrer les gens et les questions, et on ne parlerait plus de la loi de 1844.
Puisque cette loi de 1844, avec sa clause qui limite mathématiquement l'émission, est jugée par vous si efficace,
LETTRE A M. WOLOWSKI
si nécessaire pour assurer la bonne marche de la Banque d’Angleterre et spécialement la stabilité du billet de banque, vous êtes tenu de demander qu’on l’applique à la Banque do France. Vous y êtes tenu a fortiori ; car la quantité des billets que la Banque de France a en circulation fait environ le double de la circulation de la Banque d’.\ngleterre, désormais t milliard contre un peu plus et quelquefois un peu moins de 500 millions. Si la logique est quelque chose dans le monde , cette conclusion est plus qu’indiquée, elle est ohligée. Mais vous avez une logique à vous, et une méthode de raisonnement toute particulière, qu’un critique des plus éclairés, M. Courcelle- Seneuil , a spirituellement qualifiée d’ondoyante , avec laquelle vous esquivez toute conséquence de vos propres idées qui contrarie votre thème, (jiiand vous avez posé les prémisses d’un syllogisme, vous excellez à en éluder la conclusion. Vous avez un art particulier pour vous échapper par la tangente.
D’après vous , cette loi si salutaire , si avantageuse , si indispensable au nord de la Manche, serait hors de propos au midi ; et voici pourquoi : notre patrie, grâce à son heureuse étoile, possède régulièrement dans ses gouverneurs et régents de la Banque de France des hommes si Iden doués que, avec eux, fout va comme de soi. L’hahileté et la prudence du conseil de la Banque de France suppléent à tout, tiennent lieu de tout et l’alfranchissent des règles qui peuvent être nécessaires avec les autres banques. Pour parler net, c’est que les hommes qui dirigent la Banque de France sont la sagesse incarnée , et que ceux qui sont au gouvernail de la Banque d’.Vngleterre et qui pourtant sont pris dans l’élite de ces comraer(gints si renommés de la (>ité do Londres, sont des esprits faux ou bornés. M. Houland est un aigle , et
SUR LA QUESTION DES BANQUES
JM. Holland (le gouverneur actuel de la Banque d’Angleterre) un étourneau. Des esprits faux ou bornés , allezvous répliquer, car vous n’aimez pas à traiter durement les gens, excepté pourtant ceux qui ne sont pas de votre avis en matière de banques; pas du tout ! eux aussi , depuis 1857, ceux qui dirigent la Banque d’Angleterre, sont au moins des hommes de génie et d’une sagesse exemplaire. Je cite vos paroles : « Depuis lors (18.57), le gouvernement do la Banque a été admirablement conduit: l’ancien et le nouveau cabinet, ainsi que la Chambre des communes, lui ont rendu pleine justice. » Très-bien. Mais alors vous laissez vos lecteurs fort embarrassés en présence du dilemme suivant : ou bien le système de la limitation n’est bon qu’avec une direction aventureuse et incapable, et alors il faut en affranchir la Banque d’Angleterre qui a, depuis 1857 tout au moins, une direction capable et sage , ou bien il est nécessaire même avec une excellente direction, et alors il faut l'appliquer également à la Banque de France. Cette dernière proposition donnerait le cauchemar au commerce de Paris et à vous-même qui avez la plus grande admiration pour la Banque de Franco et qui êtes d’avis qu’on no saurait lui donner trop de latitude , lui décerner trop d’hommages. Que celle-ci garde donc toute liberté ; mais nous , humbles lecteurs , nous serons libres de penser que vous avez une logique bien capricieuse.
Vous ménagez à vos lecteurs d'autres surprises encore. J’ai en main vos deux grands articles de la Revue des Deux Mondes. Après avoir lu tout ce que vous dites à l’éloge de la limitation do l’émission des billets de banque. Je tourne la page, et qu’est-ce que je découvre? Cette limitation qui vous plaisait tant, voilà que, lorsque vous arrivez au terme de votre travail , vous y devenez indilfé-
LKTTKE a M. WOLOWSKl
rent. D’une brûlanlc ardeur, vous passez à la glace. Vous exprimez le regret qu’on n’ait pas laissé à la Banque d’Angleterre, à l’égard de l’émission , la latitude dont la Banque de France n’abuse nullement , et (jue du moins , à défaut de ce, on n’ait point inséré dans le texte de la loi de 1844 une clause que , suivant vous , Robert Pccl aurait eue dans la pensée , et qui consisterait en ce que la limitation puisse être suspendue de concert entre le ministère et la Banque
Dans un pays où la règle est de faire le moins possible intervenir le gouvernement, il est plus que vraisemblable que celui-ci se refuserait à un arrangement qui lui ferait porter un j>esant fardeau, celui do là responsabilité de la gestion de la Banque. Il dirait à la Banque : IniSscz-nous faire notre métier et faites le vôtre. Ainsi, par votre expédient la Banque recouvrerait de fait toutes les facultés qu’elle avait avant 1844.
Pour décider le public français à admirer cette loi anglaise de 1844, vous invoquez le sulTrage unanime, suivant vous, de l’Angleterre. A vous entendre , le seul mouvement notable qui se produise chez nos voisins, à propos do cette loi de 1844, aurait pour objet do la rendre plus restrictive encore , en retirant aux banques provinciales de l’Angleterre ]>roprement dite la faculté d’émission que Pecl leur avait laissée après l’avoir réglementée à. outrance, et en enlevant cette faculté aux banqims do l’Irlande et de l’Ecosse. Mais, quant à modilier la loi do 1844 pour en adoucir les restrictions, personne, dites-
' Voici la phrase : b Cependant, nous t’avouerons, nous regrettons qu’à défaut d'une latitude coinine celle dont la Banque de France n'almse nullement, l’idée primitive de sir Robert Pecl n’ait point été mainteiiue dans le texte légal. » {Hevtie det Detix Monda du I®' septembre 1866, p. 11)9.)
by Cooglc
SUR LA OUESTION DES BANQUES
vous, iiamii les hoimncs les plus autorisés en ces matières de l’autre côté du détroit, ne songe h un changement plus radical que celui qui consisterait il modifier le plan en vertu duquel la Banque est divisée en deux départements, celui de l’émission et celui de rescompte et avances ; quant à cette modification mémo, vous exprimez ropinion qu’elle n’a pas de chances; je doute fort, dites-vous, que le mécanisme en soit sujq)rimé.
"Voilà une assertion bien nette. l’crsonno ne songe à la loi de 1844. Un autre aurait dit : l’armi les hommes les plus compétents, personne n’a publié d’écrit ou priinoncé de discours contenant la demande d’tin changenienl plus radical que celui qui réunirait en nn seul les deux départements de la Banque, tout en maintenant les autres règles imposées par la loi de 1844 ; mais vous êtes tellement sûr de votre fait, que vous prenez la locution la plus tranchante : Personne n’y songe!...
Voyez pourtant si vous ne vous feriez pas illusion. 11 est de notoriété publique qu’il a paru en .\nglcterrc un grand nombre de brochures et plusieurs volumes t-eniarquahles, entre autres uu de M. Patterson, contre l’ensemhlc de la loi de 1844. Vous savez que la (fiiamlire de commerce de Glasgow, corps fort éclairé en ces matières, fait plus que de songer à rahrogalion de la loi de 1844. Elle ne cesse do la réclamer [)ar des démarches actives. Par uir singulier hasard, \e Journal des économistes de septembre contient, à la suite do la discussion où vous avez prononcé le mot que je viens de citer : Personne n’y songe, une lettre do cette Chambre de commerco à M. Gladstone, alors chancelier de l'Echiquier, leltre (pii est un manifeste contre la loi de 1844. La grande majorité, si ce n’est runanimité des chambres do commerce du Hoyaume-Uui, dans la dernière réunion de leurs dé-
LETTRE A M. WOLOWSKI
légués à Londres, s’est prononcée contre celle loi qu’elle déclare s’ètre montrée, dans la j)ratiquc, dure, irritante et oppressive [harsh, irrilatinij and oppressive). Et veuillez le remarquer, dans ces cr itiques, il ne s’agit pas seulement du mécanisme qui partage la Banque en deux départements ; il s’agit de la loi tout entière.
La réunion de l’association des chambres de commerce a eu lieu avant la panique du mois de mai ; elle est du mois de février. Ou’pùt-ce donc été si elle avait été postérieure à tes journées calamiteuses? Ah, personne n’y sonf/c ! mais au moment mémo où vous avez publié celte sentence, le 1" septembre, vous ne pouviez ignorer l’opinion que professe .sur le sujet qui nous*occupc, et nommément sur la loi de 1844 prise en bloc, M. INcvvmareb, qui est bien, lui, un homme des pins autorisés, avec lequel vous avez des relations dont vous vous honorez justement, au sulfragc duquel vous paraissez attacher un grand prix, puisque vous le citez à tout propos. Cette opinion, c’est la condamnation radicale de la loi de 1844. Je dis que vous ne pouviez l’ignorer, car alors vous aviez une brochure de M. Newmarch {The récent financial Punie), qui est la réprobation com])lète de la loi de 1844, et qui conclut à l’abrogation totale de cette loi. Vous l’avez si bien reçue et lue que vous la mentionnez dans votre article de la Revue des Deux Mondes du liï août.
C’est dans cette même brochure (|u’esl consignée la délibération do l’a.ssociatiori des chambres de commerce de février dernier ; la délibération a même été l’occasion de la brochure. Ainsi, vous ne pouviez ignorer le fait de la délibération des chambres de commerce, (jiii avaient fait plus que de songer à modifier la loi de 1844. (Juant à la brochure de ^1. Newmarch, il paraît (jne vous vous en .souveniez le l’iaont, au moment on vous discutiez un
SUR LA QUESTION DES BANQUES. 233
point de détail, sur lequel vous supposiez qu’elle vous donnait raison, mais que vous l’aviez oubliée complètement, et le même jour du lîi août et le 1" septembre, quand il s’ajfissait du mérite de la loi do 1844, à l’égard duquel elle vous est diamétralement opposée. Que vous en semble, mon cher et honoré confrère? Votre mémoire n’a-t-elle pas des éclipses bien complaisantes?
7° S’ H convient que le capital d" une banque soit immobilisé et placé à demeure en créances sur l’Etat^ ou s’il doit rester comtamment disponible ou encjaqé directement dans les affaires de la Banque.
Une question des plus intéressantes est celle de la destination à donner au capital des banques. Elle vous a fourni l’occasion de produire un raisonnement dont je no connais pas le pareil. Faut-il qu’il soit e.xpressément un cautionnement pour la garantie des billets et autres engagements des banques, rien autre qu’un cautionnement, et, à cet effet, placé en rentes inaliénables ou autres créances sur l’Etat immobilisées, ou faut-il qu’il soit disponible entre les mains des banques, de façon à être employé par elles dans leurs diverses opérations, selon la diversité des circonstances et dos besoins ? Ce sont deux modes de placement dont le premier exclut le second, car si le capital est immobilisé, il no peut être activement dans les affaires de la Banque. En pareil cas, il a une utilité passive, il garantit jusqu’à concurrence de son montant les créances de la Banque, à savoir : le public porteur des billets de banque et les capitalistes commerçants qui ont confié à la Banque leurs fonds en compte courant : mais là se borne son rôle. C’est comme un négociant de la rue Saint-Denis qui emjdoierait son capital U acheter du 3 pour 100 qu’il enfermerait dans un ctdl're-
LETTRK A M. WOLOWSKI
fort, ou à acquérir uiic fcnuo dans la Beaucn. Son capital ainsi employé serait un gage pour ses créanciers, en cas de uialhciir, mais ne l’aiderait à payer ni les marchandises dont il aurait rempli son magasin, ni son loyer, ni su jm tente, ni ses autres frais. Rien de plus clair. A vos yeu.v, c’est le contraire qui est clair, qui est vrai, et c’est là qu’intervient dans le débat votre conception sur le rôle que joue le capital des grandes banques de France et d’Angleterre. Vous prétendez que le capital de la Rauque de France et celui de la Banque d’Angleterre, le premier (légalement suivant vous) immobilisé eu rentes, l’autre constituant sur le gouvernement anglais une rente iriemboursablc en principal, sont engagés activement dans leurs opérations. En vain l’évidence dit que l’individu ou l’institution qui a immobilisé son capital n’en a plus l’usage ; qu’un capital pas plus qu'un homme ne peut être en deux endroits à la fois. Vous aftirmez imperturbablement que le capital de ces banques est dans leurs affaires, comme si affirmer était une preuve.
11 est revivifié, dites-vous (il était donc mort’?), par l’émission des billets de balique. C’est une agréable métaphore qui met sous les yeux du lecteur l’image poétique du pbétiix renaissant de ses cendres ; mais une métaphore n’est pas une raison ; il ii’y a pus de métaphore qui pui.sse faire que ce qui est immobilisé soit disponible, que ce qui est enchaîné en dehors des affaires d’un établissement remplisse une fonction active dans ces affaires.
Soutenir qu’on remet au jour et dans la circulation un capital immobilisé, en émettant dos billets de bnn(|ue, c’est comme si on disait que le commerçant de la rue Saint-Denis dont je parlais tout à l’heure, qui aurait employé son capital à acheter des rentes dont il aurait ren-
SUH LA QUESTION DLS BANQUES.
fermé les titres pour ii’y plus toucher, ou à se donner une ferme dans la Beauce, rend ce capital disponible eu signant des lettres de change. Qu’il présente ses lettres de change chez un escompteur, il verra quel accueil sera fait à son capital Revivifié. Le capital de la Banque de France ou de celle d’Angletcrn;, alors qu’il a été immobilisé, et le capital du commerçant quand il a subi la mémo opération, répondent in extremis pour les engagements divers contractés par la Banque ou jiar le commerçant, et les cautionnent jusqu’à concurrence de leur valeur. Dans le cas de faillite ou de suspension de payements, on le vendrait, pour satisfaire les créanciers, après une procédure assez longue et après avoir obtenu la permission dü législateur. Mais il n’a et ne peut avoir rien de plus que cette utilité passive et détournée.
La Banque n’a pas un ctipital pour riininohiliser, pas plus que le commerçant. L’un (d l’autre ont he.soin du concours actif de leur capital ; l’un et l’autre doivent le mettre dans leurs affaires, sous jiciiie d’une inqmis.satice absolue ou relative. Les lettres de change du négociant inspirent confiance (juand oii sait que son capital e.sl libre, sinon l’on se défie. De même, la Banque ne peut faire des efforts énergiques pour le commerce dans les temps difficiles, qu’autant que son capital soit disponible chez elle. Tant que le capital d’une banque ou d’un conimerçanl est immobilisé, il repose inutile comme un e.sclave qu'on aurait chargé de chaînes. Vos affirmations en sens contraire, de quelque métapliore que vous les enjoliviez à défaut des pnmvcs qu’il vous est impossible de fournir, ne sont que des assertions gratuites ; elles ne convaincront pas les hommes qui rélléchisscnt et raisonnent. Jamais surtout vous ne persuaderez aux gens que le capital d’une banque peut en même temps être dispo-
LETfRE A M. WOLOWSKl
nible et immobilisé, pas plus que vous ne leur feriez accroire qu’iui objet est au même instant blanc et noir.
IV.— Des adhésions (|ii'aurait obtenues le système de la Banque unique recommande par M. Wolowski. — Les morts et les vivants : Adam Smith, Tooke, Rossi; MM. Mac-Lcod, Newmarch,
Je ne puis terminer cet e.xamen des propositions principales énoncées par vous dans cette polémique, mon cher et honoré confrère, sans dire un mot de votre prétention, que vos idées rétmissenl la grande majorité des économistes les pins distingués de France et dans les autres jiays de l’Europe savante.
Celte fois vous nous transportez trop sans façon dans la région des fictions. Je no parlerai que de la France, parce qu'il ne faut parler que de ce qu’on connaît, et je vous demanderai si vous êtes certain de ce que vous avancez, quand vous dites que vos idées sur les banques réunissent la grande majorité des économistes les plus distingués de notre pays. Votre système en matière de banque SC résume dans ces deux idées ; î° L’émission constituée comme l’apanage d’une banque unique; 2' la limitation mathématique de l’émission, conformément à la loi anglaise de 1844. Or, il est notoire, et vous ne pouvez l’ignorer, que dans la Société d’économie politique, qui réunit, on peut le dire sans flatter personne, à bien peu d’exceptions près, les économistes les pltis distingués de la France, vous êtes le seul de votre avis, ou à très-peu près le seul ; vous avez eu lieu de vous en apercevoir dans des discussions répétées où votre parole est restée sans aucun écho.
Cette assertion assez téméraire au sujet de l’approbation que vos opinions sur les banques auraient reçue des
SUn LA QUESTION DES BANQUES.
économistes les plus distingués, m’oblige îi dire un mot de votre manière de faire intervenir les autorités. Certes, rien de plus légitime que d'abriter les opinions qu’on professe sous le patronage des hommes qui sont reconnus comme des maîtres. L’homme sage contrôle ses opinions par celles des personnes que recommandent la justes.se do leur esprit et l’étendue de leurs connaissances. Celui qui n’a foi qu’en lui-même et dédaigne de consulter autrui ou de s’enquérir de ce que pensent sur le même sujet les hommes les plus considérés, est un orgueilleux qui s’expose à des chutes méritées. 11 y a pourtant manière de se prévaloir des maîtres de la science. Il no faut se vanter de leur appui qu’à bon escient, et se garder d’invoquer une concordance qui n’existerait pas ; il faut pareillement éviter do citer le premier venu comme un maître, ou d’improviser des autorités pour le besoin de sa cause. Sur chacun de ces différents points, ou je me trompe fort, vous avez été peu circonspect.
Comment pouvez-vous dire qu’Adam Smith partageait votre Credo sur les banques? Ce Credo, c’est l’unité des banques avec une réglementation calquée sur celle de la loi anglaise de 1844. Où avez-vous vu que Adam Smith fût pour l’unité des banques, et comment cùt-il été favorable au système qui se montra tout frais éclos dans la loi de 1844, lui qui était mort cinquante-quatre ans avant l’apparition de cette loi? Vous citez encore feu Thomas Tooke, qui était notoirement d’une opinion opposée. L’idée de s’appuyer du suffrage de Tooke, auteur des plus considérables en effet, révèle une fois de plus à quel degré vous êtes sujet à vous faire des illusions. En quoi donc Tooke était-il favorable à votre programme qui, pour l’Angleterre, est la loi même do 1844, aggravée même de manière à la rendre bien plus restrictive encore?
LETTRE A M. WOl.OWSKI
Tooke, (Ictpuis 1844, a passé sa vie à critiquer cotte loi. Il la condamnait aksolinncnt ; c'est nn sujet sur lequel il était imjilacalile. Les derniers volumes de sa grande œuvre, Y Histoire des prix, sont remplis de jugements sévères sur rette loi, de sarcasmes même. Vous avez lu à fond cet ouvrage, car vous le citez fréquemment ; comment n’en avez-vous pas mieuit saisi la portée? Vous auriez pu remarquer, par exemple à la jtage 2.'i9 du volume IV (publié en 1 848), le chapitre où M. Tooke résume ses opinions sur la loi de 1844 vous y auriez aperçu cos mots : « Finaleiueiit la théorie qui sert de hase à la loi de 1844 est à tons tes points de une erronée, et procède d’amhiguités de langage, d’allégations mal fondées en principe et en fait, et de fausses analogies. »
Four conclusion de ce même chapitre, Tooke a tracé les paroles suivantes : a Los principes si vantés de lamesure (la loi de 1844) sont entièrement dépourvus de toute espèce de fondement nu point de vue des faits comme aupoint de vue du raisonnement (tho vaunted principles of the mcasiire arc entirely destitute ofany foundation in fact or rensoniny ’). Pareille sentence est prononcée presque dans les mêmes termes dans le volume V, qui est de 18.57. Dans l’un et l’autre volumes, cette condamnation est niotivéo piu- une suite de chapitres, où la loi de 1844 est mise en pièces et hafouée. C’est la loi tout entière qu’il traite ainsi, et non pas seulement telles de ses dispositions de détail. Voulez-vous que j’en dise davantage sur le degré de concordance qu’il y a entre votre économie politique et celle de Tooke, au sujet des banques et du billet de banque? Vous soutenez que le billet de banque est de
' 11 est intitulé : Sommary of the argument against the lheory of the measure of 1 84+.
• l.es mets soulignés ici le sont dans l’original.
SUR I,A OtIESTION DES BANQUES. 359
la monnaie, et partez de là pour édifier votre système; fooke traite celte opinion avec dédain. Vous dites que les banques peuvent, .si tel est leur bon plaisir, vicier les transactions on multipliant les billets, et en avilissant ainsi l’instrument des échanges et des règlements décompté; Tooke professe l’opinion qu’il n'est aucunement du pouvoir des banques do multiplier le montant des billets do ' banque en circulation, et que ce montant se règle de soimême d’après les besoins dnconnncrce. Vous êtes pour l’unité de banque d’émission ; en conséquence, vous voudriez qu’on retirât la faculté d’émettre des billets do banque, non-seulement aux banques provinciales de l’Angleterre proprement dite, mais aussi à celles de l’Écossc et de l’Irlande. Tooke n’a jamais rien dit en faveur de ce système, et il raisonne toujours dans l’hypothèse opposée qu’à côté de la I)an(|ue d’Angleterre il y ait d’autres banques d’émi.ssioii, soit en Écosse et en Irlande, soit dans l’Angleterre même.
Vous vous réclamez pareillement de Rossi, qui ne s’est pas, que je sache, expliqué sur la loi anglaise de 1844. Le seul travail important de Rossi sur les banques est antérienrà cette loi, il est de 1840. C’est le rapport qu’il fit à la Chambre des pairs. Comment y aurait-il parlé de la loi de Robert Peel’/
Rossi a donné une idée du système qu'il entrevoyait pour l’avenir en disant que ce serait comme le soleil entouré de planètes, c’est-à-dire la Banque do France disséminant des succursales sur la surface du pays, et des banques indépendantes établies dans les localités. C’était, au reste, ce qui subsistait alors, mais avec une dure servitude pour les banques départementales, auxquelles une bureaucratie ombrageuse interdisait d’avoir des succursales et de nouer les unes avec les antres des rapports qui auraient