I.ETTRK A M. VVOI.OWSKl
le besoin tic faire comme M. Jourdain, de prendre un maître de philosophie.
Si, dans cette iillaire, mon honoré confrère , vous avez présenté une œuvre aussi peu convaincante , c’est que vous êtes entré en campagne en répudiant le principe de la liberté du travail ; vous avez fait comme le marin qui, en mettant à la voile, jetterait la boussole à la mer. La discussion sur les banques , de même que toute discussion d’économie jiolitique , est sans issue pour celui qui tourne le dos au principe de la liberté du travail. Conservons la bonne habitude de respecter ce principe, qui fait notre force et notre valeur. Revenons-y sans fausse honte , quand nous avons eu le malheur de nous en séparer’.
Vous, économiste en renom, comment, dans ce siècle de progrès, alors qu'en fait de crédit nous sommes tant inférieurs à nos voisins , avez-vous pu croire possible que la grande enquête qui vient d’avoir lieu se terminât par la déclaration qu’en France tout est pour le mieux en ce genre, qu’il n’y a rien à ajouter .aux prescriptions de la loi de 18î)7, avec l’interprétation qu’en donne la Banque de France, et, par conséquent, que, jusqu’en 1897, la France devra se contenter de la centaine de succursales que cette loi lui montre en perspective, alors que l’Ecosse, à elle seule, avec scs .3 millions d’habitants, en a 600. Je
' Sans avoir la prétention de se i)roposer à qui que ce soit comme un modèle suivre, l’auteur du présent écrit confesse qmr d'abord il a été |)artisan de l'unité en fait de banques d’émission. L'étude des faits et la réllexion l’ont suecessivement converti à l’opinion que le système de 1a liberté, non sans quelques conditions, est bien préférable, et seul permet de résoudre, surtout ilans un cfrand État tel cpie la France, rimportancc probable d'une organisation du crédit en rapport avec les br*^>ins du pays.
SCR LA QUESTION DES BANQUES. 2l'J
dis line centaine , car c'est à peu près le maximum de ce que la Banque peut en avoir, avec le système auquel dans l’enquête elle a donné son adhésion, de rembourser en espèces ses billets de toute provenance , et nommément ceux de la banque-mère établie à Paris, dans toutes les succursales !
Ouoi ! tant de témoignages auront été demandés et recueillis dans toute l’Europe pour aboutira une négation? L’écbellc serait tirée pendant trente ans encore. Imaginer que l’enquête puisse avoir une telle issue, c’est faire injure aux pouvoirs publics et à l’opinion, qui l’un et l’autre SC plaisent à montrer le cas qu’ils font de la liberté du travail. C’est prêter à la Banque de France une obstination qu’elle n’a pas; c’est lui refuser ce qu’elle a certainement, une juste appréciation de l’état actuel des choses et des néccs.sités d’un avenir très-prochain. Quant à moi, je crois à la sagesse de la Banque de France. Les sages sont ceux qui, au lieu de se proposer l’œuvre impossible do suspendre le progrès de la société, se prêtent franchement à le faciliter.
Michel Cuevalicr.
nÉPiASE V l,A LETTRE DE M. MICHEL CHEVALIER
alKMATKim, MBMBHK DE l.’lK»TITt'T
SUR LA UUESTION DES HANQUES.
Mon rlier et liouoré «'oiifrèri- ,
Vous me donnez à la fin de votre lettre le elinritahle conseil de jirendre un maître de pliilosophie.
Je me suis adressé à nos confrères le plus autorisés , ils m'ont trouvé quelque disposition à profiter de leurs leçons. Peut-être voudrez-vous en reconnaître la jireimau soin que j’aurai do ne point vous suivre dans la voie où vous vous êtes engagé. Il est des formes de langage , des plaisanteries équivoques et des aménités étranges dont je vous abandonne volontiers le monopole.
Votre lettre contient des personnalités auxquelles Je ne répondrai pas ; cela me semblerait complètement inutile, et, en tout cas, fort peu intéressant pour le public, votre juge et le mien.
Mais il est des passages où vous prétendez combattre mes doctrines économiques et me mettre en contradiction avec moi-même; la même réserve ne m'est jioint imposée à c«‘t égard. Vous me permettrez de parler rapidement de la question qui nous divise , et de montrer, par des citations textuelles , comment votre imagination brillante et féconde a été runique source des opinions ondoyantes et fragiles que vous m’imputez.
.l’ai une prétention, celle-là je l’affiche hautement, c’est d’exprimer mes idées avec quelque clarté; si l’on m'a
parfois accusé de le faire d’iino manière trop vive, je ne m’attendais guère au reproche de mettre les esprits à la torture pour découvrir ma pensée, et de forcer le lecteur à recourir au calcul des probabilités pour l’interpréter.
J’essayerai, sans avoir l’espérance d’y réussir complètement , d’éviter rembarras ([iii accompagne souvent un débat fragmentaire. Je n’entends point épuiser ici des thèses doctrinales ; ma tAcho est plus modeste , elle consiste à rétablir l’expression véritable de mes pensées, singulièrement obscurcies ou altérées. Il me suffira de signaler l’unité de la doctrine que je professe et l’exactitude scrupuleuse avec laquelle j’ai reproduit les opinions que j’invoque.
Le débat .se réduit à un point essentiel : le billet de banque est-il autre chose qu’une lettre de change ; présente-t-il un caractère particulier, du moment où il aspire à remplir la fonction de la monnaie ; exerce-t-il une autre influence et, par conséquent , exige-t-il des précautions spéciales, un régime distinct, une limitation quelconque? Ou bien constitue-t-il uniquement un acte de commerce qui échappe à toute intervention et à toute surveillance, puisqu’il n’affectc en rien la marche régulière des transactions? Suivant la manière dont on envisage le caractère intime de cet outil do la circulation, on devra aboutir, par une conséquence logique , soit à la liberté entière , si l’émission du billet de banque est un simple acte de commerce , si elle reste renfermée dans le cercle de Tintérét privé, soit à l’action de l’État, qui peut se produire sous des formes diverses, mais qui doit se manifester, du moment où un grand intérêt public ,sc trouve engagé dans la question.
RKPONSE A LA LETrUE ÜE M. MICHEL CHEVALIER
Jamais il ne m’est amvé de confondre le billet de banque et la monnaie; si le billet de banque était la monnaie vraie, il n’y aurait point à s’en occuper. En fait, on le reçoit et on le donne comme de la monnaie : il circule à ce titre et -s’il n’en jouait pas le rôle , il ne vaudrait rien ; personne ne songerait à le créer ou à s’en servir.
Le billet est une promesse du numéraire qu’il aspire à remplacer ; il se présente comme une sorte de varrant métallique ; mais la marchandise dont il formule la livraison immédiate , n’est pas toujours présente dans le doek monétaire ; il profite bien plus à celui qui l’émet qu’à celui qui l’accepte, il échappe à la loi générale de l'industrie. Écartons les subtilités, évitons le ton doctoral : pourquoi le bruit qui se fait autour de la question de l’émission ? On voudrait avoir la liberté de forger à volonté l’instrument à l’aide duquel les transactions s’accomplissent ; on imagine que tout consiste à réaliser une économie sur l’outil, sans songer qu’il s’agit d’assurer la régularité, la fixité et la sincérité des transactions, au moyen d’une monnaie stable et fidèle qui sert de mesure à toute chose , traduit les conventions , détermine les engagements, précise les valeurs, et doit se trouver garantie contre tout échec. On invoque hors de propos la liberté de chacun, quand la liberté de tous commande de faire régner la sécurité du marché, la fixité des conventions et l’équité des contrats , qui sont la première garantie de la liberté.
Puisque vous aimez la philosophie, rappelez-vous les paroles de l'éminent philosophe dont notre Académie porte en ce moment le deuil. SI. Cousin rattachait l’émission des billets de banque à cette famille de droits que 1789 avait fait sortir du cercle restreint des prétentions individuelles et des libertés partielles , pour les remettre
SUH LA QUKSTIOS DES BANQUES.
à la puissance publique, au grand profit de lu liberté générale et de la sécurité des individus.
(leu.v qui supposent retirer un notable bénéfice de la fabricaticm des billets de banque, tombent dans une contradiction singulière : tantôt ils en exaltent le mérite en les ])résentant comme pleinement aptes à rcmj)lacer le numéraire, comme substituant à un instrument coûteux un instrument qui ne coûte rien, et qui économise le capital du pays, utilisé dans un autre emploi ; tantôt ils se récrient à la pensée qu’on puisse mettre les billets sur la même ligne que les espèces. Il importe de sortir de l’équivoque ; le billet doit être roinbre du numéraire, il contribue à l’office d’évaluatemr commun des marchandises. Envisager le numéraire, ou ce qui le remplace, uni- (juement comme un outil qui opère le transport des produits, c’est oublier la première et principale fonction de la monnaie, la fonction qu’elle accomplit, sans aucun déplacement, comme mesure de la valeur et comme expression des stipulations arrêtées. Il ne suffit point d’établir le caractère de la monnaie, et de ne plus s’en occuper pour le règlement des intérêts généraux de la société ; il ne suffit pas de prouver compendieusement que la fixité relative de l'approvisionnement métallique, et la facilité du transport des espèces, entretiennent l’équilibre des prix dans le monde, sous l’empire inexorable de la loi (lu chaiKje, qui traduit partout la valeur intrinsèque de l’agent do la circulation ; il faut encore ne pas tourner le dos à des vérités si bien établies, et reconnaître que la faculté d’émission des billets, abandonnée au libre arbitre de chacun, amène forcément des expansions et des contractions soudaines de la circulation, qui faussent l'instrument commun des transactions humaines. — ■ Un de ces économistes allemands, que vous tenez à honneur
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REPONSE A 1.A LETTUE DK M. MIOHEI. CHEVALIER
Je ne point consulter, Busch, dont notre savant confrère M. de Pari eu a récemment entretenu l’Académie des sciences morales et politiques, en rappelant que sa ville natale, Ilamhourg, lui a élevé une statue, dit :
M Une banque peut af;ir dans ses transactions avec ceux qui trouvent convenable d’y prendre part, comme elle l’entendra, mais il ne devrait jamais en résulter, qu’elle soit une entn^prise publique ou privée, que celte banque puisse troubler par ses opérations la valeur des propriétés de ceux qui n’fint rien à démêler avec elle. »
Telle est cependant la conséquence inévitable de l’émission arbiliidre des billets de banque ; n’ayaut jamais cbangé d’avis à cet égard, vous me permettrez, cher et honoré confrère, de préférer sur ce point vos anciennes opinions, qui étaient d’accord avec les miennes, à vos opinions nouvelles. En effet, c’est une passion récente qui vous a rendu le champion de <;e que vous appeliez le principe de la liberté des banques, alors que la liberté de l’émission do billets est seule en question ; comme vous le dites vous-même (tant la vérité exerce d’empire sur les plus récalcitrants) ces billets tienneiU lieu de monnaie dam le payement
Il en résulte une différence essentielle qui distingue la monnaie de toute autre marchandise.
Nous sommes en désaccord sur le point de dépiu't : là où vous voyez une application de la liberté du travail, je ne rencontre qu’une atteinte portée à la première condition de l’exercice de cette liberté, qui est la slabilité monétaire, et mon opinion se trouve en harmonie avec celle d’écrivains nombreux, d’une incontestable autorité.
' Voir plus haut, p. 2t0, ligne 14. — Je n’ai jamais <lit autre ehosc., «t cet aveu sutlit.
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SUR 1.A yUtSTION UES BANUUES.
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Vous m’avez agréablement plaisanté sur le soin avee lequel Je me suis attaché à connaître et à rappeler l’avis (les économistes étrangers : c’est un défaut dont je n’ai aucun désir de me corriger : tout le monde n’a pas une confiance superbe dans les conceptions de son esprit, et j’aime à confirmer le résultat de mes propres méditations, en les contriMant au contact des travaux qui possèdent une légitime renommée. L’étude de l’économie politique serait par trop facile si elle se confinait dans la déduction imperturbable de quelques idées abstraites, sans recourir aux données dcrcxpérience. Pour moijjel’avoue humblement, je préfère les enseignements de la méthode expérimentale, j’aime à m'appuyer sur l’étude exacte des faits et sur le développement des doctrines émises par des penseurs distingués. Les nombreux écrits que vous me reprochez n’ont pas d’autre but que celui de faire connaître exactement les résultats de l’expérience universelle; ces résultats peuvent vous contrarier, mais quelque peine que j’en éprouve, je ne saurais les supprimer d’un trait de plume, pas plus que je n’oublie les principes auxquels ces résultats se rattachent.
Avant de continuer, permettez-moi de vous demander l’écrit et la page qui parlent, avez-vous dit, u des grands succès que j’aurais obtenus en Angleterre, et du dîner que m’aurait oU'erl le club d’économie politique, pour apjilaudir à mes elforts. o L’infirmité de ma mémoire, que vous dénoncez fréquemment, m’oblige à vous adresser cette question. Il me semblait avoir simplement dit que j’avais assisté le 6 juillet 1866 à la réunion du club d’économie politique de Londres, qui convoque ses membres
KEPONSE A I.A I.KTTKE DE M. MICHKI. CHEVALIER
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à (les dîners mensuels, .l’iii profilé de l’niinable invitalinn de -M. »\(nvniarcli jionr ni'v rendre, et j’ai constalé i[ue liersonne, en discnlant la (jiieslion des l)an(jues, n’avait parli- d’une émission de billets livrée ii la libre coneiirrcnce. N’auriez-vous point été, en me lisant, sujet à une de ces distractions dont vous me lîralifiez si libér;d(.(inenf? — Ma préoccupation est poussée si-loin, (|ue j’espère constater une méprise dans cbacune de vos prétendues découvertes au sujet de l’exjiression d’idées divergentes, signalées dans mes écrits.
tjuanl à l'isolement auquel vous me condamnez au milieu de. notre Société d’économie politique, j’ai répondu par avanc(-, dans une lettre à .M. Jules Üuval, à cette autre illusion de votre esprit Non-seulement ji; ne puis admettre votre assertion, mais en laissant de cédé les questions accessoires et en m’atlacbant à la (piestion fondamentale, celle de la liberté absolue du liillet de banque, pleinement assimilé à la lettre de change, je n’bésite point à croire que la grande majorité de nos collègues repousserait une solution pareille.
Je pensais avoir suffisamment mis en relief la contusion entre ïémissiun libre et le crédit, dont j’apprécie autant que vous rimportance et la fécondité, sans en voir l’expre-ssion dans la fabrication des billets, mais bien dans la formation et dans remploi des cujiitaux
' Voir plus loin nia première lettre à M. Duval.
’ J’é-erivais en 18t8 {Üe l'organisation du crédit foncier); « Le crédit m; consiste point à multiplier le signe d’échange, mais à donner le moyen de s'en passer, en favorisant les virements de rompte, et en rapprochant à de Itoimes conditions les eapitauv, c’est-à-din- les in-
SUR LA QUESTION DES BANQUES
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L’exemplo microscopique de l’île de Jersey et !cs résultats indécis qui l’accompagnent ne sont guère de nature à modifier mes convictions. Quant au.x banques d’Écosse, il suffira de dire que le crédit qu’elles dispensent n’emprunte qu’une fraction minime de ressources aux 50 millions de francs auxquels se réduit la dilférence entre l’encaisse métallique et les billets, tandis que ces banques obtieunent le maniement de 1 milliard 500 millions de francs de dépôts.
Votre argument le plus saillant pour demander la liberté de l’émission consiste (V. p. 192) à faire, miroiter une prime de 30 millions qui, dites-vous, pourrait, en partie, échapper à la Banque de France, pour subventionner d’autres banques. Je n’examine ni le chiffre ni le singulier calcul qui l’amène ; qu’il me suffise de dire : je ne savais point jusqu’ici que le régime des primes et des subventions fil partie du programme de la liberté du travail dont vous vous portez le défenseur. Ce régime se traduirait sous la forme la plus périlleuse, en sacrifiant l’intérêt général à l’intérêt privé. Il ne s’agirait point, en effet, de l’abandon d’une certaine somme, prélevée sur les ressources de l’État, mais du droit do créer des billets, qu’on donne et qu’on reçoit comme de la monnaie, c’est-à-dire de la
.struments de travail, de l’emploi auxquels ils sont destinés. C’est siii- S'uliércment rapetisser la puissance du crédit que d’y voir uniquement la puissance de luiltre monnaie avec du papier. Là se rencontre le moindre de ses avantaircs: on supprimerait cette faculté que le crédit n’en serait pas moins appelé à jouer un rôle immense dans l'organisme social, car c’est lui qui préside à la distribution des richesses et qui active la production. Il ne crée point les capitaux, on ne saurait trop le rép<Her j le travail seul est doué île ce noble privilège, mais le crédit fait arriver les capitaux entre les mains de ceux qui en tirent le meilleur parti ; telle est la magie rlu rrnlil. «
slahililtî (lo l’iustriirac'nt des échanges, de la mesure des valeurs.
Cette grave dérogation au devoir de l’État, qui consiste à garantir la sécurité de la circulation, n’est nullcinent nécessaire pour faire croître et pour inultijtlier l’office utile des banques. I/éinissiou des billets n’est qu’un rouage minime pour les banques d’Écosse; c’est par suite d’une confusion regrettable ou d’un artifice de langage que l'on peut attribuer à cette faculté, qui est sévèrement limitée, les grands résultats obtenus par ces banques et la multiplication de leurs succursales. Il on est de même des États-Unis. Voyez ce ([u’est devenu sur le marché princijial, dans la cité impiriak de New- York, le droit d’émettre des billets de banque. Il n’apporte aux nombreux établissements de crédit aucun accroissement de ressources. Les billets n’y circulent plus que comme de véritables warrants de la monnaie légale.
Vous me reprochez une ardeur qui multiplie les recberclu^s relatives au système de banques, et qui embrasse, dites-vous, les deu.x côtés du détroit, l’Angleterre aussi bien ipie la France. Je m’avoue plus coupable cncort3 : dans la conviction que l’économie politique est avant tout une étude des faits, matter of facts, je n’ai négligé aucun cll'ort ])Our étudier ce qui se passe dans tous les pays qui comptent par leur importance commerciale. Si vous aviez suivi la même voie, vous n’auriez jioint commis l’erreur que je suis obligé de relever ; vous n’auriez point supposé qu’un lien indissoluble rattache la multiplication des banques à la liberté d’émission. Il suffit de jeter les yeux sur ce qui se passe au delà du Hbiu : grâce à rénergiqiie et féconde initiative de iM. ScbuU/.e-L)clilscb, plus de mille fjam/ues populaires
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SUR Uk QUESTION DES BANQUES. 2,n{)
fonctionnent en Âllemagne ' au grand avantage de l’agriculture, de l’industrie et du commerce ; elles pénètrent jusque dans les plus humbles bourgades, en prêtant une utile assistance aux plus modestes développements du travail. Personne n’a songé à réclamer pour ces établissements, dont le nombre grandit chaque année, l’espèce de prime ou do subvention dont vous parlez, et qui risquerait de troubler l’allure régulière des transactions, en sacrifiant à un bénéfice privé l’intérêt public, et à la multiplication des billets la sécurité monétaire.
Les banques populaires d’Allemagne fonctionnent à l’aide de capitaux réels, agglomérés par l’épargne: là se rencontre aussi la force véritable des banques d’Ecosse et d’Amérique ; telle est la hase àMcrédit, sainement entendu, qui vit do réalités au lieu do s’alimenter de fictions. On rencontre ici l’application vraie du principe salutaire de la liberté des banques, principe entièrement distinct do celui do la facidlé démission, avec lequel vous prétendez le confondre, en jouant sur les mots, afin de m’imputer une contradiction étrange.
Vous imaginez que fabriquer des billets qui aspirent à fonctionner comme la monnaie, c’est faire œuvre d’industrio ordinaire, c’est créer un produit comme un autre ; je suis d’un avis diamétralement opposé, 'l’clle est la difl’ércnce radicale qui nous sépare ; cependant les atténuations que vous énoncez, les précautions que vous admettez, les restr ictions que vous approuvez et les règlements que vous conseillez prouvent que vous n’avez pas entièrement oublié la qualification donnée par vous un jour, dans une discussion soulevée an sein de la Société d’économie po-
' En déremlire t86a, on a constaté que neufeent soixante et une banques |inpulaires ronctionnaient en Allemagne.
litiquc, quand vous classiez les banques d'émission au rang des établissements insalubres et incommodes.
Il semble que l’exemple donné par l’Allemagne doit satisfaire votre sollicitude pour les petites villes et pour les campagnes d’une manière plus complète que l’existence interlope des banques d’émission de Boulogne, de Dieppe et de Calais, qui auraient fonctionné jadis, en tournant, je ne sais comment, les dispositions précises de la loi, et qui doivent s’être comportées comme des femmes vertueuses, car on n’avait point entendu parler d’elles jusqu’à présent.
Les esprits libéraux ne sont guère disposés à lancer des excommunications, comme celle que vous fulminez à mon égard, ils sont moins intolérants ; les esprits libéraux ne se laissent point séduire par des mots, ils pénètrent an fond des choses ; ils recherchent si la prime, gracieusement offerte pour amener la multiplicité des banques d’émission, ne trouble point l’exercice de la liberté du travail, dont la liberté de créer des billets de banque ne constitue nullement resscncc.
.le suis autant que vous-mème préoccupé de l’utilité de faire pénétrer le crédit partout où se manifeste l’utilité d’y recourir. J’ai essayé d’en indiquer les moyens devant la commission d’enquête '. Je pense que la constitution libre des comptoirs intéressés, qui élargiraient et perfectionneraient l’application d’une idée féconde, pratiquée en Belgique, pourrait rendre de grands services. Les banques de dépôt et les banques populaires, les institutions de crédit commercial, industriel et agricole, ne tarderont pas à fonctionner chez nous sur une échelle plus considérable : il est permis d’espérer que tous les besoins sérieux seront
' Voir ma (Icpositioii publiée par la librairie Guillaumin (p. tb7).
satisfaits sans que l’on porto aucune atteinte à l’unité du billot de banque, sauvegarde de la sécurité des transactions.
Vous essayez vainement d’assimiler le billot de banque à la lettre de change : l’un est du comptant, l’autre est une obligation à terme; l’un ne produit rien, l’autre est une source do bénéfice pour celui qui l’escompte, elle devient ainsi un mode de placement. 11 faut que le billet procure immédiatement l’or qu’il promet, tandis que le vieil adage des jurisconsultes, qui a terme ne doit rien, s’applique, dans la pensée véritable qui l’a dicté, aux transactions journalières. Enlin, ce qui prouve le mieux que le billet do banque est autre chose qu’une lettre de change, c’est que celle-ci consent à payer l’escompte pour se transformer en billet. Qu’une crise éclate, et cette différence devient considérable : les lettres de change vont d’un côté avec les marchandises, on les offre ; les billets de banque vont d’un autre côté avec le numéraire, on les demande. Au lieu d’étre une mesure, les lettres de change sont mesurées par le comptant, dont font partie les espèces et les billets de banque. Quand on paye avec ceux-ci, on est libéré ; quand on paye avec une lettre de change, on contracte une dette. Si les lettres do change se multiplient sur le marché, la demande du comptant augmente ; s’il arrive un supplément de billets de banque, l’offre du comptants accvoil. Une théorie vague peut confondre doux titres, aussi dissemblables par la nature et par les effets, mais la pratique commerciale rectifie une pareille méprise.
Sans aucun doute, le portefeuille, composé de bonnes valeurs à courte échéance, doit servir de première garantie aux billets de banque ; les payements successifs, à terme rapproché, ravitaillent sans cesse la réserve métallique. Mais si le système des good bills est une condition
esseulielle pour uuo banque d'émission, il ne suffit point pour déterminer la quotité des billets appelés h circuler. Adam Smith l’a établi : cette quotité est essentiellement limitée, les billets no peuvent que remplacer une faible partie du numéraire métallique qui devrait fonctionner en plus grande abondance si les billets n’existaient pas. Tout se borne à l’écart possible entre la circulation purement métallique et la cireulation mixte, composée pour j>artie d’or et pour partie do billets. Ceux-ci correspondent & l’or économisé : comme ils sont plus commodes à manier, à transporter, à compter, ils n’équivaudront même pas au total du métal dont Tusago deviendra superflu dans les transactions, et qui sera exporté comme marchandise. — Cotte simple remarque suffit pour dissiper les rêves dorés do ceux qui prennent la création des billets pour uuo source féconde d’accroissement du capital.
Quiconque a étudié les belles enquêtes anglaises, et notamment le Bullion-Report, sait le cas qu’il faut faire de la doctrine qui prétend mesurer l’émission des billets de banque sur la somme des bannes lettres de change présentées à l’escompte ; cette doctrine fallacieuse a été solennellement condamnée.
L’émission ne peut se mouvoir que dans de fort étroites limites ; le Pactole qu’on prétend ainsi faire couler n'entraine que de maigres pépites d’or simulé.
Vous condamnez comme un fruit de ce que vous nommez le monopole, le placement en fonds publics du capital dos banques. Comment accorder cette critique avec la prédilection que vous avez plus d’une fois manifestée en faveur du système, décoré aux États-Unis du nom de
free-hanking, transformé aujourd’hui en système des banques nationales'. En effet, celui-ci repose sur le placement du capital des banques en effets ptiblics ; l’émission des billets ne peut avoir lieu que dans une proportion inférieure au montant des titres remis en garantie, r.oiicilier les deu.v idées contradictoires que vous avez émises, c’est votre affaire et non la mienne.
Il y a plus : vous préconisez, et avec raison, les banques d’Ecosse. Vous êtes-vous sufiisamment rappidé la constitution de ces utiles établissements, le mode suivant 1im[uc1 ils fonctionnent, et la source à laquelle ils s’alimentent? En consultant les faits qui tes concernent, vous auriez jieut-êtrc hésité é traiter aussi rudement les établissements, qui placent leur capital en rentes. Il n’est jias en effet une seule Banque d’Ecosse qui ne possède dos consolidés jionr une somme supérieure au capital versé. Ce ijue vous imputez à la pression de l’État résulte du cours naturel des choses.
Il serait fastidieux de revenir sur V Act de 18i4, dotd h» mécanisme a été si souvent expliqué ; mais il m’im|>orto do signaler une méprise grave et une équivoque captieuse. Vous prétendez mettre en opposition mes idées an sujet de la Banque de France, avec colles émises jtar moi au sujet de laBanquo d’Angleterre. V’oscitations incom[dèt(;s prouvent qiu! vous n’avez prêté ipluno attention distraite à mes écrits ; une étude à vol d’aigle vous a fait prendre pour des antinomies tes formes diverses données à l’expression identique de la même pensée.
Si le principe de restriction, en matière d’émission de
' J’.ii (tonné de plus amples rcn.s»>igncni(;nls sur U; système' aiiKfi icaili dans ma Uéimsiliim à (’enqucle, p. 173 et suiv.
billets, SC traduit d’uue manière différente des deux côtés du détroit, il aboutit, à peu de chose près, aux mêmes conséquences. La sagesse prévoyante des hommes, depuis que toute limitation du taux de l’escompte a été supprimée chez nous, sait accomplir ce qu’un mécanisme inflexible prescrit en Angleterre. Voilà ce que je croyais avoir suffisamment expliqué, en réfutant par avance les objections que vous dirigez contre l’.4c^ de 1844. Vous me permettrez de ne pas y revenir.
Le but de \'Act a été pleinement atteint ; depuis qu’il fonctionne, la sécurité de la circulation est mathématiquement garantie. Les billets sont adossés à une réserve métallique, qui équivaut à toute somme supérieure aujourd’hui à 15 millions de livres, niveau auquel la circulation fiduciaire n’est jamais descendue ; ces 1 5 millions se trouvent eux-mèmes couverts par des lettres de change de premier ordre, escomptées à courte échéance, et par des valeurs de tout repos, sans parler d’une somme égale de la dette publique. Aussi toute crise monétaire est-elle devenue impossible. Mes deux articles de la ReviK des Deiu: Mondes (i^ août et 1" septembre 1866), qui justifient ccl axiome pratique, ont le malheur de vous contrarier, ce n’est pas un motif pour en torturer le sens et en dénaturer le texte. Je revendique pleinement la responsabilité de tout ce qu’ils contiennent, mais non pas de ce qu’il vous a plu d'y voir. .
Vous m’accuseriez de tomber dans des redites si je prenais la défense de Y Act de 1844, que vous traitez d’une façon si cavalière : un mot cependant au sujet des prétendues.vMs/ye/i.s/o«.v de payement auxquelles la Banque d’Anglel<!rre seiait exposée. Ou’étaient les mesures prises eu 1847, eu 1857 et eu 1866 ? Llles .se Inu liaient à promettre, au nom du guuveniemeiit, la présentation d’un bill d’in-
SUR LA QUESTION DES BANQUES. 26a
devmité en faveur de la Banque, si celle-ci faisait, d'une manière très-limitée, ce que vous voudriez qu’elle fît et sans aucune limite, c’est-à-dire si elle émettait un supplément de billets, eu vue des engagements commerciaux, 11 n’y a rien là qui ressemble à une suspension des payements ;une extension temporaire et restreinte de la circulation, bien accueillie sur le marché, prouverait au contraire la solidité du crédit inébranlable dont jouit la Banque, constituée comme elle l’est. Dans quelle mesure a-t-elle usé de la faculté accordée? Voilà ce qu’il eût été instructif de mentionner, mais cela n’aurait guère justilié vos attaques. En 1847, la Banque n’a pas émis un seul billet au delà du ebitfre normal prescrit par \’Act\ en 1857, l’émission supplémentaire n’a pas atteint le chilfre d’un million de livres (25 millions de francs), et l’année dernière, comme en 1857, il n’y a eu aucune dérogation à la quotité légale des bank-notes. C’est l’accroissement des dépôts qui a permis de développer une puissance colossale pour dominer la crise.
Je ne me suis jamais contredit, et n’ai jamais fourni la réfutation de mes propres arguments. Si mes écrits sont coupables, ils le sont sans rémission ancunc; votre indulgence a seule imaginé d’y découvrir des jiassages propres, comme la lance d’Achille, à guérir les plaies faites. Je no mérite, à aucun titre, ces circonstances atténuantes.
Je reviendrai sur la question de la monnaie. Vidons d’abord le sac de mes autres gros péchés.