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Savetier. Je dois ajouter que, parmi ceux dont je combats les doctrines, ils inc paraissent seuls obéir aux lois d’une déduction parfaitement logique. Si l’émission des billets à vue au porteur, formulés de manière à circuler, comme circule la monnaie, est une véritable industrie, placée sur le même pied que les autres, elle doit user do la même latitude, en échappant à toute limitation, à toute sujétion. On prétend que le billet de banque n’est qu’une forme de la lettre de change : a-t-on jamais imaginé de soumettre la création du papier commercial à une condition quelconque’? Il en devrait être de même du billet de banque, si l’assimilation qu’on prétend établir n’était pas inexacte ; iMM. Carey, Courcelle-Seneuil et Du Puynode auraient seuls raison.
Lé plus grand nombre de ceux que vous citez pour me combattre ne sont nullement les défenseurs de l’industrie libre des banques d’émission : ils admettent, au contraire, un certain régime réglementaire, ou un véritable monopole, plus ou moins mitigé par une sorte de cantonnement. Je reviendrai sur cette question do monopole, dont on voudrait faire le grand cheval de bataille, sans que ceux qui le poussent en avant se soient aperçus qu’ils l’enfourchaient eux-mêmes ; j’espère aussi démontrer combien ceux dont je partage l’avis sont étrangers à la pensée qu’on leur impute. Oui, mon excellent ami M. Léonce de Lavcrgiic veut le monopole régional, et vous-même, mon cher Duval, vous n’êtes pas éloigné do le demander ; oui, .MM. Horn et Michel Chevalier imaginent un régime do garantie préalable et de restriction, taillé à peu près sur le patron des tangues nationales d" Amérique, fondées sur le principe dont le nom de free banking a été énergiquement dénoncé par Carey comme une étiquette usurpée. Demande/. à .MM. Frédéric Passy, Garnier, Bau-
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drillart, ce qu'ils en pensent, et vous verrez qu’ils sont beaucoup moins décidés, Iteaucoup moins afFirmatifs que vous ne le supposez'. Demandez à M. Hippolyte Passy s’il ne considère point la libre émission des billets de banque comme le moyen de faire disparaître un instrument mauvais et périlleux. Certes, il ne partage ni les illusions, ni les visées fantastiques de ceux qui acclament les billets comme le levier du crédit !
.l’ai répondu ])ar avance au prétendu isolement dans lequel mes idées en matière de banque se trouveraient au milieu do l’Académie des sciences morales et politiques ; je ne crains pas de le dire, ces principes, souvent développés dans cette classe do l’Institut, ont au contraire rencontré l’adhésion sympathique de la plupart de mes confrères : j’ai souvent le plaisir de vous voir à nos séances, c’est un fait qui n’aura point échappé à votre attention. Si vous ne parlez que des membres voués plus spécialement aux questions d’économie politique et de finances, la majorité s’est prononcée en ma faveur dans la section et dans l’Académie. La section d’économie politique, statistique et finances, sc compose do huit membres. Cinq d’entre eux, MM. Ch. Dupin, Duch&tcl, d’AudilTret, Vuitry et moi, se prononcent pour l’unité d’émission ; M. Hippolyte Passy condamne le billet do banque; M. Michel Chevalier veut le réglementer, et M. de Lavergne penche pour le monopole régional. Certes, M.M. Dumuu , duc de Broglie, Daru, Pellat et notre illustre associé étranger, M. Gladstone, ont voix légitime ait chapitre, et vous savez quelles sont leurs idées au sujet de l’office des banques et de l’émission des
‘ ,M. Demelz-Noblat nous a fait l'honneur de nous écrire i>our exprimer une opinion ronforme n la nôtre.
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billets. Pourquoi d’autres membres de cette classe do l’Institut, dont j’aime d’ordinaire à suivre l’opinion, sc séparent-ils do ma pensée en cette circonstance? C’est que M. Hippolyte Passy condamne l’action du billet de banque et voudrait s’en débarrasser au moyen de la confusion inséparable de la liberté d’émission, tandis que M. dé Lavergne désire remplacer ce qu’on appelle à tort le monopole de la Banque do France (car celle-ci use simplement do la délégation d’un droit qui appartient à l’État) par de véritables monopoles, fractionnés entre un certain nombre de divisions territoriales, (juant à M. Michel Chevalier, il semble disposé à défendre un régime qu’il m’est arrivé de nommer, dans une discussion avec cet honorable collègue, le régime de l’égalité dans la servitude. Je ne connais personne à l’Académie qui soit disposé à traiter l’émission des billets comme une industrie appelée naturellement à profiter de l’application exacte du principe de la liberté du travail, soustraite par conséquent à la prévoyance restrictive du règlement, et à la limitation préventive d’une garantie spéciale.
Vous le voyez, monsieur le directeur, je n’ai pas trop à me plaindre du prétendu isolement dans lequel se trouveraient mes idé^, soit au milieu do la Société des économistes, soit au seiu’dc l’Institut. Sans doute, je ne reculerais jamais devant la défense do ce que je crois la vérité, quand même je resterais seul pour le combat : mais je suis loin d’invoquer la sublime parole de Médée, et ne croirais jamais que ce fût assez. J’avoue au contraire ma faiblesse : je ne revendique point la responsabilité exclusive d’une doctrine qui compte, parmi ceux qui la professent, des hommes d’État illustres, des professeurs éminents, des économistes de premier ordre, en Angleterre, eu Belgique, aux États-Unis, en Allemagne aussi
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bien qu'en France; une doctrine à laquelle la grande ma> jorité des déposants vient de donner une éclatante adhésion dans la récente enquête sur la circulation inonétairo et fiduciaire. Au milieu de ce cortège d’esprits d’élite, dont j’ai uniquement essayé de me rendre le fidèle interprète, je sens ma conviction s’affermir encore ; elle se fortifie aussi dans la lutte que je soutiens contre les défenseurs de la prétendue liberté des banques, confondue avec la liberté de l’émission . Quand je b^s vois tellement séparés de tendances et de doctrines, quand je ne rencontre qu’une fraction presque imperceptible qui prenne résolùmenl on main le drapeau de la liberté entière, sans ainbage, sans tentative contraire à ce qui fait l’âme de l’industrie véritable, l’indépendance, je constate que les principes économiques, auxquels nous avons l’babitude d’obéir, sont entièrement hors de cause, ou plutôt je iiic plais à me confirmer dans la pensée que le seul principe vrai, le seul conforme à la doctrine du frea-trade, est celui qu’ont défendu sir Robert l'eci, Cobden et Rossi, celui que professent Ciladstone, Frère-Orban, de Laveleye, Certes on ne saurait les accuser de no pas avoir suivi l’impulsion libérale de notre époque !
2” La seconde question que vous atBz posée est celle de savoir si le régime légal de la Banque de France méritait le nom de monopole. Malgré les ingénieux arguments que vous avez produits, je ne saurais me rendre à votre opinion. Tout comme je crois avoir montré qu’il régnait une véritable confusion de langues, parmi ceux qui en employant la dénomination commune de liberté des banques, lui attribuent des significations diverses et lui assignent une action dilférente, j’essayerai de prouver que les véritables monopoleurs, dans le sens scientifique du terme, se rencontrent parmi ceux ((ui s’arment en guerre contre
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le principe de l’unité d’émission, principe qui n’a rieq de commun avec les règles appelées à dominer l’allure libre de l’industrie humaine. 11 existe è cet égard une amphibologie qu’il importe de dissiper : pour le faire, je serai obligé d’emjiiéter sur l’exnmeii de la troisième question, celle d’idée et de doctrine.
Veuillez agréer, etc. L. \VoU)\vski.
IHOISIÉMK i.Ei rnE.
Faris, ZO janvier 1867.
.Monsieur le directeur.
Le régime légal de la Banque de France mérite-t-il le nom de monopole? Bien qu’il ne s’agisse que d’une (juestion de mots, comme une signification défavorable s’attache au terme dont vous affublez l’unité du droit d’émission, il n’est pas inutile de dissiper une équivoque fâcheuse. Un monopole, c’est, dites-vous, un trafic exclusif fait en vertu d'un privilège, et vous en tirez lacour séquence que le droit d’émission conféré exclusivement H la Banque de France constitue un monopole.
^Uela serait parfaitement exact si l’émission des billets, de ce simitlacre de la monnaie, comme vous les ajipelei avec justesse, constituait une industrie. Je crois avoir suffisamment établi le contraire avec Tooke, avec Rossi : Tooke a fermement posé le principe que l’énussion du papier, appelé à se substituer aux espèces, ne formait point une branche de l’industrie, et Rossi ajoute : « La