‹ La Banque d'Angleterre et les Banques d'ÉcosseChapitre 28 sur 75 · I.ETTKKS A M. 1.K ülKECl'tl R · texte numérisé non relu

I.ETTKKS A M. 1.K ülKECl'tl R

libre concurrence en matière de banque ( d’émission) n’est pas le perfectionnement, la maturité du crédit ; elle en est l’enfance, ou, si l’on veut, la décrépitude. »

L’industrie, aiguillonnée par la concurrence, ]>roduit plus, mieux et à meilleur compte : Yutnission libre ne saurait conduire à aucun do ces résultats. Le billet doit valoir de l’or, identiquement, instantanément, ou il ne vaut rien : la qualité ne saurait donc varier ; toujours échangeable contre de l’or, il ne peut être livré qu’au prix de l’or lui-même. Aussi la force des choses amènet-ellê entre les banques multiples, là où elles existent, une entente commune pour la fixation uniforme du taux de l’escompte d’après la situation du marché. Enfin la multiplication du nombre des billets , qui peuvent se maintenir sans péril dans la circulation, ne tient point à la diversité de rémission, tout au contraire. Ces conséquences, si dilTércntes de celles qu’on rencontre partout sur le terrain de l’industrie proprement dite, nous avertissent suffisamment qu’il s’agit ici d’un autre principe et d’une nature de choses tout à fait diHérenlc.

Ne confondez point des privilèges que l’État se réserve, comme, par exemple, le monopole du tabac, l’administration des postes, la fabrication do la poudre, avec les fonctions qui lui sont dévolues, comme l’administration de la justice, l’élaboration des lois, la détermination do l’unité des poids et mesures. Utic loi, un poids, une mesure, une monnaie, telle a été, pendant les siècles féodaux, la longue aspiration de la France. Elle est accomplie aujourd’hui ; gai’dons fidèlement ce précieux héritage.

Parmi les poids et les mesures dont le devoir de l'État est de maintenir l’exactitude au moyen d’un contrôle efficace, il est une classe qui présente un caractère spécial : c’est celle qui. concerne la mestirc de la valeur, la mon-

DE L’ECONOMISTE FRANÇAIS.

naie. En eiref, cc genre d’instrnincnt ne sc borne point à traduire le prix des choses, il le constitue; il ne s’agit pas uniquement de lui faire remplir l’office d’un étalon vérificateur, on l’échange lui-même contre l’objet acquis; c’est jiarce qu’il est une marchandise qu’il sert de véhicule aux transactions. La substance dont se compose le mètre, qu’il soit de bois, de tissu, de fer ou d’or, importe peu : la substance dont se compose le numéraire importe beaucoup. quand il s’agit de faire circuler en guise d’espèces de simples signes, qui sont le simuiacre de la monnaie, mais que chacun donne cl reçoit comme de la monnaie, quand la quotité do ces signes exerce une inlluenco marquée sur le prix des choses, et peut servir à fausser la destination do l’instrument d’échange, un danger particulier impose un devoir spécial. Le contrôle, le poinçonnage, la vérification périodique, auxquels sont généralement soumis les poids et mesures, no suffisent plus ; il faut une action plus directe, plus constante et plus énergique pour préserver de tout échec la mesure de la valeur. Il ne s’agit point là d’un droit régalien dont le souverain serait appelé à tiicr un profit, périlleux pour l’ordre social : il s’agit au contraire d’un de ces droits tutélaires que 1789 a fait sortir du cercle restreint des prétentions individuelles et des libertés partielles, afin de les remettre à la puissance publique, au grand avantage de la sécurité et de la liberté générales.

A moins de vouloir sacrifier à l’anarchie Proudhonieune l’idée organique de l’État, il faut bien reconnaître à celui-ci la mission de protéger la sincérité do la circulation, comme il est appelé à maintenir la fidélité des engagements. Nous sortons du domaine de l’industrie pour entrer dans celui d’une fonction sociale; il ne saurait plus être question de concurrence ; personne n’a imaginé de

Page 1