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par M. Wolowski, est décisive contre lui. Sans doute l’État fixe cette unité au nom de l’intérét général que seul il représente; mais le voit-on nulle part revendiquer le monopole de la fal)ricntit>n des poids et mesures, ou le déléguer à des compagnies privilégiées? Il suffit à ses devoirs, comme à scs droits, do les poinçonner et do les vérifier, (l’est que la raison saisit, sans ambages possibles, l’abîme qui sépare la détermination légale et idéale des types, attribut de la puissance publique, avec la confection et la vente des instruments matériels qui servent à peser et à mesurer. Il en serait de même pour les billets do banque, sans le voile dont les entoure l’intérêt personnel des bénéficiaires et les services qu’attendent d’eux les gouvernements à court d’argent '.
M. Wolowski lie peut certes inunlrer pour le billet do banque plus de susceptibilité que pour la vraie monnaie d’or ou d’argent. S’est-il jamais récrié contre la qualification do monopole appliquée à la fabrication do la monnaie métallique? Si aujourd’hui quelques esprits la discutent tliéoriqucmont, aucun n’en dénie la réalité.
Que le mot soit plus déplaisant apjiliqiié nu billet do banque, c’est la preuve qu’un instinctif sentiment avertit qu’il n’y a jias parité entre les dcu.x monopoles ; que la raison et riiilérêt publics justifient celui de la monnaie, tandis qu’ils condamnent celui du billet de banque.
Que ce suit pour nous un motif do le maintenir 1 11 faut, puisque le monopole engendre des profits irréguliers aux yeux de la science, qu’il devienne un reproche,
* M. Duval oublie que la monnaie, à la différence des mesures de poids, de «ipaciln ou de longueur, ne se borne pas à déterminer le prix, mais qu’elle passe, de main en main, comme éfuivateni du produit cédé. Elle mut par la substance. L. W.
LEITUKS A M. LE UlKtCltLR
un remords peut-être, et tout au moins un embarras et un ennui. La punition est bien légère !
Four préserver les banques à monopole de ce stigmate grammatical, iM. Wolowski, devenant agressif à son tour, découvre des monopoles là où nul avant lui n'en avait aperçu ;
« Pai ce que plusieurs c.vercent une faculté interdite à d’autres, est-ce que le privilège cesse d’exister en se fractionnant entre un petit nombre de mains à l’exclusion de tous’? Le monopole des agents de change, des notaires, des avoués, cesse-t-il d’être un monopole parce qu’il admet un nombre déterminé d’ayants droit? »
Et oui, assurément. Le privilège, dit encore l’Académie française, est « la faculté accordée à un particulier ou à une communauté de faire quelque chose, ou de jouir de quelque avantage qui n’est pas de droit commun. I) Le privilège, le mot le dit, est une loi privée, particulière à une ou plusieurs personnes ; il ne devient monopole que lorsqu’il constitue un trafic exclusif de tout négoce pareil. Est-ce que les agents de change, notaires, avoués, ne rivalisent pas entre eux, dans la même ville, dans le même canton, devant le même tribunal, pour obtenir la clientèle? En s’adonnant à une spécialité du travail social, ils l’exercent en concurrence avec leurs confrères. Est-ce que leur institution ne serait pas profondément bouleversée s’il n’y avait par chaque ressort qu’un notaire, un avoué, un agent de change, ou, mieux encore, si ces fonctions étaient, pour la France entière, confiées à une seule compagnie, investie du droit exclusif de faire acte de notaire, d’avoué, d’agent de change? Voilà ce qui serait le monopole 1
Dans le cours de ma carrière d’avocat ou de magistrat, j’ai .sans cesse entendu parler du privilège des
DE L’ECONOMISTE FRANÇAIS.
officiers ministériels , jamais de leur monopole. Un monopole d’huissier ! mais nous aurions quelque peu badiné le collègue à qui eût échappé une si étrange locution !
Il se peut que depuis vingt uns on ait changé tout cela, comme tant d’autres choses, et entre autres la notion de la liberté; mais, on vieux classique, je m’en tiens au Dictionnaire de t Académie française et aux Codes, qui m’ont appris à distinguer par le langage les idées parfaitement distinctes par la nature des choses. Je regrette profondément que M. \\’olowski accorde l'autorité contagieuse de son exemple à un langage qui ne peut qu’embrouiller les idées. La clarté de l’expression, fondée sur l’emploi des mots dans leur sens habituel et académique, est la loi de toute science plus encore que de toute conversatipn.
Je laisse, comme ou voit, de côté la question de fond, celle qui recherche l’utilité ou les inconvénients du monopole des banques, au sujet de laquelle je conçois mieux la dissidence des opinions. Je la traiterai en rendant trèsprochainement compte du livre de M. Horn '.
Jules Duval.
OUATRIÈME LETTRE.
Paris, l février 1867.
Mou cher Duval,
Je me propose de publier le mois prochain, dans le Journal des Economistes, une réponse que j’essayerai de
' Nous avons reproduit ee travail à la suite de noire Quatrième lettre, arm de présenter d’une manière eonipléle ropiiiioii de M. Duval.
LETTRES A M. LE DIRECTEUR
rendre complète aux critiques dirigées contre mes doctrines en matière de banque Nalurellement, vos observations y seront aussi l’objet d’un examen sérieux. Pour éviter des répétitions inutiles, je ne vous dirai donc aujourd'hui que quelques mots au sujet de l’interprétation grammaticale qui nous divise.
Je professe un grand respect pour l’Académie française, mais je vous avoue que je me permets de ne pas trouver entièrement satisfaisantes, au point de vue scientifique, les définitions qu’elle adopte en ce qui concerne * les termes usuels de l’économie politique. .le pourrais citer, à cet égard, plus d’un exemple curieux : peut-être que si, comme il est permis de l’espérer, mon excellent ami M. de Lavergne se trouve appelé à y siéger, on évitera de j)areilles méprises à l’avcjiir.
Je dois répéter qu’il no saurait y avoir de monopole là où il n’y a pas une industrie : or, c’est le caractère d’nne industrie que je ne rencontre point dans l’émission du billet destiné à jouer le rôle de monnaie ; cette fabrication appartient à un autre ordre d’idées, clic n’est pas une opération purement commerciale comme la souscrijition des lettres de cbange, elle s(! rattache à l’intérôt général au lieu de se renfermer dans le cercle des intérêts privés. L’office de l’émission des billets se distingue entièrement de l’office de banque ; loin de porter atteinte au principe do la liberté, i laquelle nous sommes également dévoués, la doctrine que je défends en garantit l’application sincère. Vous le savez, mon cher Duval, cette doctrine a, dernièrement encore, rencontré l’éclatante adhésion do M. Gladstone : cela me rassure pleinement quant aux tendances arbitraires qu’on voudrait lui imputer.
' Voir plus haut notre réponse it M. Michel (Chevalier.
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Quant aux citations que vous faites, elles sont parfaitement exactes, niais elles ne prouvent qu’uno chose, c’est que tout le monde peut laisser échapper une confusion regrettable , dans l’expression littérale de la pensée. On n'attache malheureusement pas, à la rigueur des termes qu’on emploie d’une manière accidentelle, toute l’attention désirable : il doit en être autrement dans un débat scientifique qui porte sur un point spécial.
Ici une langue bien faite est de rigueur, et il ne saurait être interdit do rendre aux mots dont on se sert leur acception véritable , pour empêcher qu’on ne se jette * des ballons vides à la tête.
Je n’aime ni le monopole, ni le privilège ; les différences que vous voulez établir entre eux me semblent en dehors do la question, car je persiste à ne voir ni privilège, ni monopole dans ce qui dérive, à mon sens, d’une fonction de l’État. Ce contre quoi je réclame, c’est qu’on essaye do présenter sous un jour douteux une institution d’intérêt public, en l’alTublant d’une dénomination empruntée aux relations de l’industrie privée, qui ne sauraient échappe r à la loi salutaire de la concurrence. Vous me direz : « Le mot ne fait rien à la chose. » C’est possible, cependant je préfère écarter toute équivoque.
Veuillez, mon cher Uuval, inséi or ces quelques lignes dans votre prochain numéro, et croyez à mes sentiments d’estime et d'alTcction.