L. WOLOWSKI
Pour accomplir d'une manière scrupuleuse la lâche que nous nous sommes imposée, nous croyons devoir reproduire les passages du travail que M. Duval a publié
LETTRES A M. LE ÜlRtCTEüR
sur l’ouvrage de -M. Honi, en ce qui concerne la questioti de doctrine agitée entre nous, puisqu’il y a fait appel. Il semble que, loin de détruire nos arguments sur le point essentiel, le caractère spécial du billet de banque, ce simulacre de f or, appelé à faire l’oflice de la monnaie et à la remplacer dans une certaine proportion, 51. Duval la fortifie ; nous l’en remercions. Tout se rattacbe à cette difficulté fondamentale, tout dérive naturellement de la solution qu’elle reçoit. C’est là ce qui donne au problème un caractère d’intérêt public.
Qu’il nous soit permis d’ajouter que c’est cette conviction qui a dirigé notre [ilume et fortifié notre persévérance. Nous n’avons point reculé devant la pensée de remonter le courant d’idées d’autant plus périlleuses qu’elles sont plus habiles à emprunter un faux vernis de tendances libérales.
11 serait superflu d’insister sur l’interprétation graminaticale du terme de mo«o/>o/e ; je persiste à penser qu’on le détourne le plus souvent, par une simple inadvertance, du sens véritable qui lui appartient.
Les motifs si bien mis en relief par M. Duval en ce qui touche le devoir de l’Etat, en matière de monnaie métallique, s’appliquent également au billet qui en fait l’office. Si ce dernier n’a pas de droit le caractère libératoire (et ce caractère appartient aux billets de la Banque d’Angleterre, qui fontionnent comme un legal tender), il le possède de fuit ; l’État, qui l’admet en payement dans les caisses publiques, est naturellement invité à en assurer rémission solide et régulière.
l’ersonne no saurait en disconvenir: c’est parce que le 'Frésor public reçoit les billets et s’en sert, qu’ils circulent comme lu monnaie elle-même. Que cet avantage leur soit ravi, ils s’évanouiront en grande partie.
DE L'ECONOMISTE FRANÇAIS.
L’Etat ne saurait admettre en payement, en cas d’émission libre, tous les billets ; s’il se borne à recevoir ceux d’une seul banque, no dirait-on pas que cette faveur serait un privilégie, un monopole? Or, ce qui assure on grande partie la circulation des billets, et leur permet de remplir la fonction monétaire, c’est leur réception dans les caisses publiques. S’ils en sont exclus, ils seront difficilement acceptés ; s’ils y sont admis, l’État les rei^mmande par là même à la confiance do tous, il les élève au rang d’une sorte de monnaie courante et leur impose un caractère d’intérêt public. L. W.
Voici comment s’exprime M. Duval :
Sous ce titre, court et significatif : la Liberté des banques, notre confrère et collaborateur, M. J.-E. Horn, a publié un livre qui a contribué à raviver et à éclairer le débat qui s’agite, depuis quelques années, avec une extrême vivacité, a propos du billet de banque. C’est d’abord au soin de l’Académie des sciences morales que la question a été reprise, par un rapport très-favorable de M. Michel Chevalier, suivi de la réplique de M. Wolowski, les deux chefs de file des deux légions de combattants. La discussion s’est poursuivie dans les dîners mensuels de la Société des économistes, et dans la revue (Journal des Economistes) qui en est l’organe, puis dans divers journaux. Economiste français a été entraîné, à son tour, dans une polémique avec M. Wolowski. Nous suivons donc le courant des esprits en rendant compte à notre tour de l’ouvrage de -M. Iloru, et en rattachant l’examen do scs doctrines à notre propre litige scientifique avec le
3M LETTRES A M. LE OIRÈCTEUB
savant professeur du Conservatoire des arts et métiers
dont on vient de lire la lettre....
Sur le principe et l’objet même de son livre, la Liberté, M. Ilorn n’explique pas avec une clarté et une ampleur suffisantes quelles sont les conditions pratiques qu’il adopte comme garanties normales de la libre émission des billets de bnmjue ; et, sur quelques points des autres sujets qu'il traite, scs doctrines nous semblent prêter à de sérieuses critiques.
Ainsi, à propos de la monnaie, sur les traces des meilleurs maîtres, et de M. Michel Chevalier, entre autres, il en explique parfaitement l’origine, les caractères, les services, le grand rôle au sein des sociétés et.de l’humanité. Mais lorsqu’il va jusqu’à dire que l’État, par l’empreinte dont il frajipe les monn-aics, ne fait que certifier 1e poids et le titré, et que c’est là un simple poinçonnage que les Rothschild, les Baring, les Ilope pourraient exécuter aussi bien, il méconnaît la fonction de l’État. Sans doute, l’Élat ne crée point à son gré la valeur des monnaies, laquelle résulte du jeu libre de l’oifre et de la demande commerciales ; mais en la déclarant, en l’acceptant dans tous les payements qu’il fait et qu’il reçoit, en lui donnant une vertu libératoire pour les payements particuliers, l’État intervient, pour fixer et généraliser cette valeur, avec une autorité qui manquerait absolument à l’effigie d’un banquier quelconque. Sans celte proclamation officielle de la loi, les monnaies d’or et d’argent, exposées chez les changeurs et les orfèvres à d’incessantes oscillations, n’auraient certes pas, depuis plus d un demi-siècle, été troquées, dans les transactions courantes, l’une contre l’autre, sur le pied de 15 grammes et demi d’argent contre 1 gramme d’or. L’État a même, contrairement à l’opinion unanime des économistes, une