‹ La Banque d'Angleterre et les Banques d'ÉcosseChapitre 33 sur 75 · DE L'ÉCONOMISTE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

DE L'ÉCONOMISTE FRANÇAIS

certnine action sur la valeur de la monnaie : témoin le liillon de cuivre ou de nickel et quelquefois d'argent qui circule en tout pays, grâce à la marque et aux prescriptions do l’État, pour une valeur légale supérieure à sa valeur commerciale. Eu ce moment, en France même, di.v pièces d’argent de !î0 centimes à 83.'J grammes de fin ont la même valeur courante qu’une pièce de S francs monnayée à 900 grammes de fin. Matériellement, c’est de la fausse monnaie ; économiquement, elle circule exactement comme la bonne. Tous les Rothschild du monde, en se concertant, ne seraient pas capables d’opérer un tel miracle financier. Encore moins ces grands banquiers pourraient-ils faire échanger vingt pièces de 5 centimes on cuivre, marquées do leur portrait, pour une pièce de 1 franc aux neuf dixièmes de lin, qui Vaut intrinsèquement bien plus que le double.

Sans doute cette puissance de l’État sur la valeur cireulatoirc des monnaies d’argent et do cuivre est contenue dans d’étroites limites, mais il suffit qu’elle existe, — dans toute l’étendue de ce qu’on appelle le billon, — pour constituer une rectification à la doctrine courante, qui lui dénie toute influence dans l’airairc des monnaies. La vraie doctrine doit dire qm les phénomènes monétaires, comme tous les grands faits économiques, dérivent à la fois de l'individu et de la société, de f initiative et de F action individuelles sombinées avec la volonté et le consentement de la société. Isolés et séparés, l’homme seul, la société seule, sont condamnés à peu près à l’impuissance ; tout produit provient de deux facteurs qui .s’unissent et se fécondent.

Pour avoir méconnu l’action de l’État dans le régime monétaire, M. Ilornanra une tendance ii la repousser ou à l’amoindrir à l’excès dans tout le système de la circulation

LETTKES A M. I.E DIRECTEI K

Le billet de banque aune virlnalilé que M. Hom a tiup méconnue : c’est l'analogie de fonction avec la monnaie métallique dans le jeu de l'échange. Sans doute, ainsi qu’il le démontre avec évidence, le billet n’est qu’une forme nouvelle et perfectionnée du billet îi ordre ; entre ces deux titres d’engagement il n’y a aucune différence d’origine, de nature ni de qualité ; mais il en est e-vactementdemémc de la monnaie métallique. Par son origine, sa nature et ses qualités, elle n’est autre chose qu’une forme particulière du métal précieux, et ce métal luiméme n’est qu’une espèce particulière du genre général des marchandises. S’ensuit-il que la monnaie n’exerce pas dans l’état des sociétés humaines une autre fonction que le métal en lingot, qu’une marchandise quelconque? Nullement. GrAcc è la forme spéciale qui lui est propre, le disque métallique connu sous le nom de nioniuiie acquiert des propriétés qui en font un orç/cinc supérieur de la vie économique, plus apte que toute autre marchandise à la fonction pivotalc de véhicule des échanges. De là l’intervention légitime de la communauté dans le r<-glement de fout ce qui concerne la monnaie, et le monopole, même de la fabrication ou du poinçonnage des pièces monétaires.

.\ un degré sensiblement moindre, le billet de banque présente les mêmes analogies. Sans cesser d’étre un billet à ordre émané des particuliers, et un acte de crédit commercial, il acquiert, par cela seul fpi’il est payable au porteur et à vue, une aptitude particulière à la fonction d’intermédiaire, de véhicule, d’organe des échanges. Comme les jetons, dans une soirée de jeu, il est trèscommode pour faciliter les règlements de compte en attendant la liquidation finale ; s’il n’est pas de la monnaie, il est un simulacre de la monnaie dont beaucoup de

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monde s’accommode on certains temps, en certains lieux, dans certaines circonstances, au point qu’il peut .s’en trouver plus en circulation qu’il n’y a de gages métalliques. Par ce rôle il s’élève, dans la hiérarchie des services, au-dessus du billet à ordre, de la lettre do change et des autres contrats d’engagement, malgré la grande affinité qui les rapproche par tous les autres caractères....

Partout se révèle , par les instincts do la sécurité publique en fait do transactions, le besoin d’un régime spécial aux banques d’émission, même en Écosse, même aux États-Unis, même dans l’île de Jersey, ce paradis do la libre-émission, la plus illimitée qui se puisse imaginer : tout billet supérieur ou inférieur à la livre sterling y est interdit par la loi. D’où peut dériver cette réglementation universelle, variant seulement de formes et d’étendue, au sein des nations les plus libérales, sinon du caractère spécial et de la fonction propre du billet de banque, qui, sans être de la monnaie, vise à imiter la monnaie, et la remplace dans une certaine proportion ? -En un mot, il en fait Vojftce, suivant l’expression, en ceci partiellement exacte, de M. Wolowski.

iM . Horn lui-même, obligé de s’incliner devant cette au- • torité irréfragable de l’expérience générale, accepte pour les banques d’émission telles conditions et restrictions que les lois jugeront nécessaires. La liberté qu’il réclame est une liberté réglée ; sub lege Ubertas...

Nous aurions souhaité, dans cette partie du livre do M. Ilorn, un exposé plus précis de ses vues. D’après sa théorie générale, fondée sur la liberté et sur l'égalité, il semble adhérer au système américain et écossais (celui d’avant 184.^) qui accorde la faculté d’émission à toute banque remplissant les conditions déterminées par la loi, et par suite en admettant leur pluralité simultanée dans la

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