‹ La Banque d'Angleterre et les Banques d'ÉcosseChapitre 6 sur 75 · GI · texte numérisé non relu

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féales. Ce qui est industrie est livré à une pleine concurrence, ce qui est fabrication de monnaie échapj»e ii toute influence arbitraire, et fonctionne en vertu d’un inécanisinc régulier. Si ce n’était la crainte d’employer une formule mathématique, nous serions tenté de résumer d’une manière brève notre opinion sur cette matière fondamentale : lu circulation se compose régulièrement d’une constante, qui est la somme de billets toujours maintenue entre les mains du public, le montant de ce qui ne s’est jamais présenté à l’échange contre de l’or, et d’une variable qui se modifie suivant les besoins du marché et les rapports extérieurs. Cette variable doit être tout entière en métal précieux et se plier aux mouvements naturels de l’échange, tandis que ta constante peut sans inconvénient être représentée au moyen du contingent déterminé pour l’émission. De cette manière, suivant le voeu de Cobdon, de lord Overstonc et do sir Robert Peel, la circulation mixte, formée de papier et d’or, se comportera exactement comme si elle était purement métallique. Les principes du free-trade et la sincérité des conventions ne recevront aucune atteinte.

Pénétrez au fond des choses, écartez tes apparences extérieures, vous verrez que la Banque de France s’administre suivant un principe analogue. On est revenu de la vieille erreur d’une proportion de l’encaisse égale au tiers des billets en circulation, cette proportion arbitraire que Cobden repoussait et qu’un économiste allemand distingué, M. Michaëlis, a eu raison de qualifier de nonsens arithmétique. (Abaque billet présenté à l’échange, si cette proportion fait loi, suffit pour la troubler quand elle existe, puisqu’il déplace une quantité d’or qui devrait faire retirer do la circulation trois fois autant de billets.

En France comme en .Angleterre, la circulation fidu-

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ciaire oscille autour d’une quotité à peu près fixe de hillels émis sur des {garanties autres que de l’or, sauf les coniplémenls variables représentés par le mouvement de l’encaisse métallique. Les difl'ércnces ne sont que peu sensibles entre le résultat produit par le mécanisme inllexible du dèpartcrnvnt dv t émission de Londres et celui qu’amêue le réfrulateur coilstrliit par l’expérience prévoyante du Conseil de la Banque de France. Les deux institutioiis ne se distinguent en réalité que par la forme des relevés hebdomadaires (ju’elles publient, etparl’imjiression que peut produire sur l’esprit public la révélation permanente de la situation des ressources disponibles de la Banque d’Angleterre, alors que l’on voit aj>- Itrocher le moment où la réserve commerciale {banldnijreserve) ne pourra plus à aucun prix, quelle que soit l’élévation du taux de l’intérêt, fournir aux demandes d’aviuices ou d’escomptes.

La Bampic de France n’a aucune limite légale qùi gêne ses allures ; elle pourrait au besoin, en serrant l’écrou de l’escompte, émettre un surcroît temporaire de billets, bien quelle recule prudemment devant une pareille extrémité. La Banijue d’Angleterre no le peut pas; pour entrouvrir une pareille perspective, il faut suspendre r.tc^ de 1844, sauf à ne pas avoir recours à la faculté ainsi conquise , et à se borner, comme on vient do le faire lors de la dernière crise, à exercer une inllucncc morale pour calmer la panique.

Là se rencontre le nœud de la question agitée en ce moment, au delà du détroit, en ce qui concerne l’organisation lie la Banque, car il ne faut pas s’y tromper, le terme retentissimt de suspension de \' Act de 1844 ne signifie que la possibilité d’étendre temporairement l’éniission de billets, sous d’autres garanties que do l’or, au-

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delîl de la limite déterminée par la clause II. La loi entière reste toujours debout, et son principe iie fait que se fortifier au contact de l’expérience. La suspension do l’/lf/ a été purement nominale en 1847 et eh 18Cti; pas un billet n’est venu s’ajouter à la circulation normale; eu 1 857, une quotité insignifiante de 1)28,000 livres sterling a suffi comme supplément, en même temps que l'escompte à 10 pour 100 empêchait qu’on n’abusilt de cette tolérance pour multiplier un capital fictif et pour troubler le cours régulier des lois de l’échange libre.

D’où vient la puissance développée par la Banque d’.Vngletcrre pendant la dernière crise ? De la force que lui donne l’.lcf de 1844 ; il ne se borne pas à permettre la convei-sion facultative du billet en or, il l’assure. On soutiendra vainement qu’on ne saurait émettre plus de billets ([UC la circulation n’en comporte, en comparant celle-ci à une éponge qui une fois saturée d’eau n’en absorbe plus ; la (juestion est ailleurs, elle est dans la proportion maintenue entre le métal et le billet. Du moment où la proportion grandit du côté du papier, la situation s’altère, car l’ensemble des instruments d’échange ne varie guère, le métal précieux est déplacé par le billet, voilà tout. Alors que la sécurité générale est entière, que tout prospère, que la coufiancc enfle les voiles du commerce et de l’industrie, on accepte les billets de banque comme de l’or ; mais pour peu que le jdus léger embarras se produise, on vient échanger la monnaie de papier contre les espèces. Si le pays s’est trop dé])ouillé de celles-ci, la crise éclate. Personne ne saurait contester que les banques gagnent à étendre une circulation qui ne leur coûte presque rien, qui constitue en. réalité un emprunt à titre gratuit prélevé sur le public ; elles sont naturellement disposées à se montrer plus faciles pouf les prêts

et pour les escomptes, tant qu’elles réussissent à placer des billets. Les emprunteurs et les commerçants usent et abusent de cette facilité pour entreprendre au-delà de leurs ressources : ils acceptent sans peine la monnaie do papier qu’on leur offre ; des deux côtés un entraînement bien simple conduit à outrer les émissions et à provoquer V over-trade , les spéculations excessives. A qui reviennent en définitive les billets? A ceux qui travaillent, à ceux qui sont étrangers aux opérations aventureuses, à ceux qui vendent au détail, à ceux en un mot qui sont le moins en état de supporter une perte, et qui n’ont tiré aucun avantage de la substitution d’une monnaie fictive à une monnaie solide. L’intérêt de tous ceux qui reçoivent les billets on payement n’est pas qu’il y en ait beaucoup, mais qu’ils soient d’une valeur stable, assurée. C’est ont intérêt général que Y Act de 1844 prend sous sa sauvegarde.

Tleaucoup de banques ont fait faillite en Écosse, en Angleterre, en Amérique ; la Banque d’Angleterre n’a rien fait perdre à personne depuis vingt ans : elle est venue, au contraire, plusieurs fois au secours des banques provinciales et des banques d’Kcosso. M. Léonce de Lavergne, bien qu’il soit partisan d’une émission confiée simultanément à plusieurs grandes banques du monopole,a rendu cette justice à l’onivre de sir Robert l’eel. Il ajoute : «Le grand plus éloge qu’on puisse faire d’un établissement de crédit, c’est qu’il lui suffise d’augmenter ses émissions pour calmer les crises. C’est précisément parce qu’en temps ordinaire les émissions de la Banque d’Angleterre sont contenues par la loi, que les billets jouissent d’une si grande faveur quand tout autre papier est déprécié ; il suffit alors d’ouvrir le canal à ce réservoir de crédit amassé par une sage prudeuce. 8i la mémoire de

sir Robert Pecl avait besoiu d’une cunsécratioii nouvelle, elle l’aurait reçue des expériences de 1847 et de 1837. » On ne saurait mieux dire, et M. de Lavergnc n’a pas encore dit assez ; il aurait pu montrer comment la conliunce acquise au grand établissement autour duquel pivote le crédit de l’Angleterre, a suffi pour conjurer l’orage, sans émission irrégulière de billets ; s’il avait pu apprécier, lorsqu’il a prononcé ces paroles, la grande expérience de 1866, il aurait reconnu que jamais la Banque n’avait prêté au commerce une assistance plus large, plus rapide, ni plus clficace, .sans user du droit qui lui était conféré de sortir des limites légales de l’émission. Aussi le gouvernement n’a-t-il pas eu besoin de demander de bill d’indemnité au Parlement; de fait, l’.i4c/ de 1844 n’a pas été violé. L’Angleterre est déjà rentrée, sous ce rapport, dans la situation normale ; la diminution récente de l’escompte, jusqu’à 8 età 7 pour 100, a réduit à néant la faculté nominalement ouverte par la lettre ministérielle. Il en a été exactement de même en 1847 ; la Banque n’avait point fait d’émission supplémentaire quand l’escompte a été réduit à 7 pour 100 le 23 novembre, après une suspension déclarée le 23 octobre, sous la condition que le taux ne descendrait pas au-dessous de 8 pour 100. — En 1837, le gouvernement prit une mesure analogue : le 12 décembre, l’dcl de 1844 était suspendu, ime émission de nouveaux billets autorisée et le minimum de l’escompte fixé à 10 pour 100. La Banque ayant fait usage de la faculté ainsi ouverte jusqu’à concurrence de 928,000 livres (23 millions de fr.) employées en billets émis sur un supj>lément de garantie en fonds publics, le Parlement consulté étendit jusqu’au 1" février 1838 la durée de la permission exceptionnelle. Dès le 24 décembre 1837, l’escompte était ramené à 8 pour 100, par consé-

fjiient l’circt de la suspension avait été ollacé. Nous venons de rappeler qu’en 18CG la Banque n’a fait aucun usage d’une faculté analogue. Elle avait déjà traversé en tSCi une crise forinidal)le sans que l’intervention du gouvernement eût été nécessaire. La solidité inébranlable du principe de sir Robert Peel se trouve consacrée par ces expériences décisives.

Cependant, nous l’avouerons, nous regrettons qu’à défaut d’une latitude comme celle dont la Banque de l'rnnce n’abuse nullement, l’idée primitive de sir Robert Peel n’ait |)oint été maintenue dans le texte légal. Si la suspension temporaire avait été inscrite à l’avance dans une clause spéciale, sous des conditions définies et moyennant l’accord entre le gouvernenient et la Banque, on aurait évité jusqu’à l’apparence d’une mesure d’excciition. Le contrôle légitime du Parlement s’exerce toujours, dans un pays libre, .sur l’usage fait par le pouvoir d’une faculté extraordinaire : le gouvernement n’éclia|»pe jamais à la surveillance légitime de la rejtrésentalion nationale ; c’est une lacune dans X Acl de 1844, elle est facile à combler. De cette manière l’organi.sation de la Banque d’Angleterre se raj)procbcrait de celle de la Banque de France, qui a, depuis quelques années, su emprunter avec, succès au delà du détroit l’arme de l’élévation de l’escompte ; cette æuvre, pourvu qu’elle soit énergiquement maniée, paraît suffisante aux paitis.ans du bankinrj-principk, à Tooke, à Newmarcli, à Fullarton, à James Wilson, et en dernier lieu à M. Macleod.

Grande est l’en eur de ceux qui supposent que les principaux adversaires de X Act de 1844 se montrent hostiles à l’élévation de l’escompte; ils recommandent unanimement ce moyen de maintenir un encaisse métallique salisfai.sant, du moment où le change commence à inspirer

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quelque inquiétude. Ils ne sont pas, pour la plupart, partisans de la liberté d’émission ; pour Tooke et scs disciples, ce terme n’a aucune autre signification (jue celle de l’absence d’une limite absolue imposée à la circulation fiduciaire soustraite à la loi de la concurrence ; c’est simplement une préférence accordée au système de la Banque de France.

l*cu de questions ont été aussi mal comprises chez nous et aussi défigurées jiar de fausses interprétations. La discussion récente de la Chambre descominuncs, du juillet 18C(j, met la vérité en plein jour ; l’.tct de 1844 n’est ])oint menacé ijuant an priiicipe fondamental qu’il consixere. — N’a-t-on point pvétpndu que sjr Robert l’eel avait reconnu la faute qu’i| avait conunise et s’en était publiquement repenti ? Rien de plus erroné qu’une j>areille assertion. Le discours de 1847, dont on a si étrangement abusé, ne contient rien de pareil. L’illustre orateur a résolument et babilemeni défendu son teuvre eu l’expliquant. Sans doute son espoir avait été déçu eu cp qui concernait la direction impriniép aux all'aires de la Banque d’Angleterre dans le hank licpnrtment. I| pensait qu’instruits par une sévère expéricpce, les directeurs do cet établissement sauraient mieux ménager leurs ressources et empêcher l’épuisement do la réserve connnerciale {fxm/iiwj-resci've). Il a reconnu avec tristesse i|ue sur ce point ses espérances avaient été trompées. Le but que se proposait la loi était d’empèchcr le recours aux mesures extrêmes, en imposant à la direction de la Banque, sinon l’obligation légale, du moins l'obligation morale d’une impulsion j)lus prudente donnée aux aU'aires : celle-ci aurait dù, dès le principe, obvier au danger eu

ressernuit l’émission, on haussant le taux de l’escompte ; elle aurait empêché ainsi le recours au gouverneinoiit et la suspension de VAct. « Celui-ci avait un triple objet, dit sir Robert Peel. Je reconnais qu’il n’a pas rempli le premier, qui était de prévenir par une contraction prompte et énoi f,u'quc des afl'aires la panique et le désordre ; mais le hill avait en vue deux objets d’une importance au moins égale : l’un était de maintenir et de garantir la conversion constante de la monnaie de papier en or, l’autre d’cmj)ècber que les embarras des temps difficiles ne fussent aggravés par l’abus du papier de crédit sous la forme de billets. » Sous ces deux rapports, le succès a été complet. « Mon opinion, dit sir Robert Peel, est que vous avez aujourd’hui une garantie du remboursement en or plus solide que vous ne l’avez jamais possédée ; mon opinion est aussi que, quel que soit le poids des difficultés qui nous pressent, il aurait été singulièrement aggravé, si vous n’aviez point pris la précaution d’arrêter l’émis.sion illimitée des billets de la Banque d’Angleterre, des banques par actions et des banques privées. » R continue ce discours, dont M. Macleod parle avec une véritable admiration, en montrant combien il est absurde d’espérer l’argent à bon marché lorsque le capital est rare. 11 approuve pleinement la conduite du gouvernement, qui avait opposé une mesure exceptionnelle à une ■situation exceptionnelle. Sans repousser l’examen d’une révision de l’Ac/, il se prononce sans hésiter en faveur du maintien des grands principes que celui-ci consacre.

Certes rien ne ressemble moins que ces paroles à un désaveu de l’oMivre de I8i4. Le seul point sur lequel l’attente de sir Robert Peel avait été déçue tenait au manque d'habileté de la dirertion de la Banque, et non é une disposition de la loi. Ou avait, dès le mois d’avril

1847, laissé descendre la réserve disponible au chiUro minime do 2,83.‘l,0ü0 livres sterling, en octobre jus(ju’à 1 million seulement; cette faute fut renouvelée en 1857 d’une manière plus grave encore, puisque le 10 novembre, deux jours avant la suspension de YAct de 1844, 1a banking-rc serve n’était plus que de 950,000 livres.

Depuis lors, le gouvernement de la Banque a été admirablementconduit ; l’ancien et le nouveau cabinet, ainsi que la r.hambre des communes, lui ont rendu pleine justice.

Le discours de sir Robert Peel , cet exposé des motifs de YAct de 1844, suffirait à lui seul pour en assurer le maintien'. 11 ne laisse subsister aucune dissidence sur la distinction essentielle entre l’émission et les opérations de banque, qu’elle se traduise comme en Angleterre dans la constitution de deux départements distincts, ou qu’elle dépende d’un calcul prévoyant, comme celui qui préside à la direction des affaires de la Banque de France ; la forme diffère seule, le fond reste le même. «Nous pensons, disait avec raison sir Robert Peel, que le droit d’émission doit être soumis au contrôle de l’Etat, tandis que la plus j)arfaito latitude doit régner dans les opérations de banque. » Cette latitude, il la voulait pour toutes les banques publiques ou privées ; elle existe aujourd’hui jdoine et entière dans le Royaume-Uni et donne les plus beiireux résultats.

Quant au droit d’émission , sir Robert Peel ne désirait pas le retirer brusquement aux banques qui en usaient : il voulait une réforme féconde et non une révolution ; mais il espérait que ce droit s’éteindrait successivement, en se concentrant par voie d’héritage entre les mains de

' Nous l'avons li<lùlcnictit aiialys»; (tans le eliapitrc xxx de notre ouvrage : ta Question des ÿani/ues.

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la Banque d’Angleterre. Son calcul a été trompé en partie. Environ trois cents banques se divisaieut eu 1844 une émission de billets d’une valeur de 200 millions de francs; il n’en a disparu qu’uu peu plus d’un tiers. Au mois de juin dernier, on en comptait encore cent quatrevingt-dix , avec une circulation autorisée de plus de 7,200,000 livres (180 millions de francs) et une circulation réelle réduite à 4,087,913 livres seulement (environ 117 millions). L’.lc/ de 1844 défend à ces banques de fusionner, il leur interdit d’établir un bureau à Londres. M. Gladstone pensa qu’au lieu do calculiTr sur la faiblesse ineurable et la chute successive de ces établissements, il valait mieux s’y j)rendre d’une autre manière pour arriver jilus vite à réaliser le desiiicrnlum suprême do sir Robert l’eel , l’unité d'émission , heureusement conquise par la Banque <1<! France en 1848. Il introduisit l’an dernier à la chambre des communes un bill pour lever les diverses restrictions imposées par l’.lrt de 1844, antres que la limitation du droit d'émission, sauf è fixer un terme rapproché où l’exercice de ce droit devrait cesser après une simple notification de la part du gouvernement. Telle est la modification de VArt de 1844 que, jiar suite d’une singulière méprise, DI. llorn a signalée comme une brèche faite au jirincipc, t.indis que .M. Gladstone essayait d’en hâter la pleine application. En s’appuyant sur l’exiiériencc , il avait calculé (jne l’extinction totale du droit d’émission n’arriverait que dans deux centcim[uant(! ans. jieiit-être même dans quatre siècles. Or, connue il iie voulait pas attendre indéfiniment, il préférait hâtei' un arrangement temporaire qui , en donnant pleine liberté aux banques actuelles d’émission pour les oi>érations de banque , limiterait l’e-xcrcice de la faculté de fabriquer des billets jiayables au porteur et à vu<“.

Digili.:Cd hy Googlc

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Le projet fut énergiquement conihatlu par un financier habile, M. IIubl)ard ; il déclara qu’il ne comprenait point comment l’État, appelé à contrôler les pièces d’or, d’argent et de cuivre, qui ont une valeur intrinsè(|ue, abandonnerait à l’autonomie des banques do province le droit de créer une monnaie de papier qui n’a aucune valeur. M. Blake dénia aux banques la faculté de fabriquer des billets qui circulent comme de la monnaie ; ce n’est pas, dil-il, un .acte de commerce. M. Thomson Ilankey trouvait la proposition inutile ; il regardait le droit des banques comme périmé depuis 18fi4, et M. l’alderman Saipuions proposa d’exiger partout la garantie que fournit la Banque d’Angleterre, qui dépose une valeur de fonds publics égale à celle des billets émis. M. Cardwell , sir Charles Wood (aujourd’hui lord Halifax), M.Goschen, apjiuyèrent au contraire la motion comme étant un complément de XAcl do 1844. M. Gladstone n’attribuait pas à sa proposition une autre portée; c’était, disait-il, un bill préparatoire qui laisserait pleine liberté de statuer ensuite sur l’euseinble, dans le sons du principe fondamental, si , comme il en exprimait la confiance, cp principe était reconnu juste.

11 serait inutile d’insistpr davantage sqr l’adhésion donnée au principe de V Act avant la dernière crise; celleci lui a-t-elle jiorté atteinte? La vigilance de l’intérêt public et la suscejitibilité nationale, si vivement réveillées par le run sur r.\ngletcrre, condamnent-elles la base sur bniuelle repose l’organisation do la Banque? Eu aucune manière ; ou ne veut même discuter que des questions d’application, sans touebor au principe , dont presque tous apprécient la salutaire efficacité.

Une demande d’enquête a été développée par M. Watkiu , qui s’est appuyé sur les précédents de 1847 et de 1837

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pour dire qu’on avait, à chaque suspension de VAct, recherché les causes de la crise ; un débat approfondi a occupé la séance de la Chambre des communes du 31 juillet. M.Watkin a principalement appuyé sur le phénomène nouveau que présentait l’écart énorme et persistant entre le taux de l’escomjjte à Paris et à Londres, sans se demander si une difficulté entièrement étrangère .à l’organisation do la Banque d’Angleterre ne pesait point sur la situation. On aimait mieux laisser dormir son argent que de l’engager dans une affaire quelconque, car l’inquiétude des esprits, troublés par l’émotion de la guerre et par les désastres financiers, avait arrêté court les opérations les plus simples. Line circulaire de lord Clarendon, ministre des affaires étrangères , avait été transmise à toutes les missions anglaises ajtrès \' Overend-friday ; elle voulait jirévenir une fécheuse méprise au sujet de la suspension de r.dc/ de 1844 ; les pays habitués à ne voir intervenir les gouvernements dans les affaires de banque que pour établir le cours forcé pouvaient être induits en erreur au sujet du caractère tout différent do la mesure décidée par le comte Russell et par iM. Gladstone. Cette appréhension n’était pas entièrement imaginaire, s’il est vrai qu’on eût envoyé, ainsi que l’a raconté M.Watkin, des billets de la Banque d’Angleteire de Madrid à Liverpool* avec ordre de les négocier à tout prix. Rien de pareil n’était à craindre cejicndant sur les marchés importants de Paris et d’Amsterdam ; personne n’y pouvait commettre l’erreur grossière de confondre avec une suspension do payements la simple facidté d’émettre une faible somme de billets, faculté dont on savait que la Banque d’Angleterre ne ferait qu’un discret usage. La sollicitude qui avait jiorté lord Clarendon à cette démarche inusitée a pu être mal intei jirétée ; des esprits timorés ont pu y voir un in-

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dice de plus du trouble causé par la crise. Ce qui est vrai, c’est que, malgré riucontestablc habileté de la rédaction, la missive du Uoreiqn-Office a manqué le but qu’elle voulait atteindre, elle n’est pas parvenue à calmer les esprits.

L’exposé fait par M. Watkin est méthodique et complet; il n’entendait soulever aucune discussion théorique, et la liberté d’émission n’a pas mémo obtenu de sa part l’honneur d’une mention. Il s’est borné à faire porter sur la limitation inflc.xible consacrée par V Act et sur la division des deux départements de la Banque, la responsabilité du taux énorme do 10 pour 100 , ainsi que les variations fréquentes et spasmodiques de l’escompte. « On arguerait vainement, dit-il, d’une insuffisance de res- .sources. Le pays n’a jamais été aussi puissamment riche; tout le tort est du côté de la Banque, qui n’a point accru la circulation, et du côté d’une vicieuse séparation de l'émission et de l’escompte. »

M. Watkin concluait en demandant la nomination d’une commission royale, qui serait formée comme la commission chargée en France de la grande enquête sur les banques , mais qui fonctionnerait dans un cadre plus restreint. Lette motion a été appuyée par M. Akroyd, qui posa la question de savoir si le nouveau cabinet entendait endosser la responsabilité prise par le dernier chancelier de l’Échiquier, M. Gladstone, qui avait suspendu \' Act de 1844. Cette interpellation a fourni à sir .Sfaiïord Northeote, le nouveau ministre du commerce, l’heureuse, occasion d’une réponse pleine A' humour et de sens , conçue dans un excellent esprit et servie par un rare bonheur d’expressions. L’organe du cabinet no s’est point borné à repousser la demande de la formation d’une commission, il a expliqué en excellents termes une doctrine saine, ainsi qu’une adhésion complète au sys-

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I(‘inc dp 1844. .Sails dissinmlpr ce que les trois suspensions, prononoées cliacune à pun près à dix années d’in- Irrvalle, peuvent soulever d’objections contre certains d«‘lai!s de l’/lc/, il en a fermement affirmé le princii»e. Il ne le r«‘parde point comme un idéal de perfection qui .se refuse à la moindre modification, mais il repousse la pensée que la do(;triue admise par le législateur soit en rien responsable du mal qu’on a subi , ou que le renversement de cette doctrine pût en prévenir le retour. — Le gouvernement actuel , a dit sir Stall'ord .Norlhcotc , n’altaebo aucun intérêt paternel à l’.-lc/ de 1844 ; mais il croit de son devoir de déclarer que les principes que cett(! loi con.sacro lui semblent être les vrais et sains principes sur les(jucls la circulation doit reposer. Hu’il soit possible d’introduire dans le mécanisme (luelques perfectionneincnts qui en rendent le jeu i)lus facile et tuoins sujet à quelques inconvénients ; que l’expérience des pilniques anciennes et do la crise actuelle jiuisse suggérer quelques moyens d’alléger les soull'rnnces, sans porter atteinte au .système, le gouvernement ne se refuse jioint fl tourner son attention vers cette grave question , et il veut l’examiner avec une sérieuse sollicitude; il essayera d’étudier la matière, et s’il réussit à rencontrer une solution favorable, il en fera l’objet d’une proposition dès le début de la session parlementaire, sauf à provoquer lui-même la formation d’un comité de la Cbambre dans le cas où ses ell’orts n’auraient abouti à aucun résultat pratii|ue. — On a semblé prétendre que V Act de 1844 empêche l’expansion de la circulation fiduciaire au moment où le recours au crédit devient le plus nécessaire ; mais le crédit doit servir à procurer du capital. Il a élevé l'.Viigleterre à un haut degré de puissance et de richesse en accomplissant cette large mission; toutefois il ne saurait l accomplir au

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mt'mc dcfin'’ quaml le capital inaiiquo. Bien que le capital disponible se soit énormément accru , il jieiit dcvetiir insuffisant , c<'S deux termes n’implicjuent aucune contradiction ; il s’agit en clfet d’une question de proportion. Ouand on considère la masse des entreprises, la diversité et rimportancc dos emplois, on comprend aisément que des ressources, même énormes, n’y puissent pleinement satisfaire. On a voté, rien ipie dans les deux dernières se.ssions, des chemins de fer dont la dépense s'élèvera au moins i’i 176 millions sterling (4 milliards 400 millions de francs). I*onvez-vous et devez -vous fabriquer de la monnaie fiduciaire c[uand la monnaie est rare ? Telle est là véritable question qui se rencontre au fond de ces difficultés. Faut-il couper un habit à sa taille dans le tissu élastique du crédit, ou bien s’accommoder du drap qu’on possible et tailler le vêlement suivant cette mesure ? — Sir Stnil’ord Northeote a formellement déclaré que le gonverneinent n’entendait point se lancer dans la voie des fictions monétaires. Cependant personne lU! saurait demeurer indill'érent au spectacle du run sur l’Angleterre qui s’est subitement déclaré, et l’on doit reconnaître que la suspension de X Act de 1844 a été l’origine d’un triste malentendu au sujet de la situation financière du pays. Néanmoins il y aurait eiTcur à supposer qu’une modification de la législation de la Banque rétablirait le crédit do l’AngleteiTe. L’orateur a voulu établir nettement que ili le gouvernement ni le pays n’admettaient en aucune manière que les difficultés actuelles tiennent au régime do la circulation et au système des banques établi par la loi. En supposant qu’ils pussent être modifiés, il y aurait péril à laisser croire qu’une pareille réforme viendrait guérir les plaies faites par l'imprudence des entreprises mal con(,'ue.s. Le ministre a reproduit en d’autres termes

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la pensée exprimée tl.ans le rapport du comité d’enquête de I8?i8 : il n’est pas de système monétaire qui puisse mettre le commerce, la finance et l'industrie à l’ahri de leur propre imprévoyance.

Nous avons essayé de résumer lidèlement l’iiabilc argumentation de sir S. Nortlicote, chargé de parler au nom du nouveau cahinet;. cette attitude fait autant d’honneur à ses lumières qu’à son patriotisme. Si la question n’avait été envisagée que par le côté mesquin des querelles de partis, l’occasion pouvait semhler honne pour profiter des clameurs des intérêts désappointés en essayant de faire tomber un blâme sur la marche suivie par le dernier chancelier de l’échiquier, par l’illustre chef actuel de l’opposition, M. Gladstone. Sir S. Nortlicote a repoussé cette mesquine tentation; il n’a voulu voir que l’intérêt véritable de l’Angleterre, et il s’est résolument rangé du côté de son adversaire politique pour défendre les principes de 1844.

Un jeune professeur d’économie jmlitique, déjà trèshaut placé dans l’estime publique, M. Fawcett, aux paroles de qui l’infirmité dont il est atteint ' imprime encore plus d'intérêt, s’est empressé d’a[iprouver les idées émises par le ministre du commerce. On nous saura gré sans doute de donner ici le résumé et souvent la traduction littérale de ce remarquable discours. — On a jirétendu, dit M. Fawcett, que la charte de la Banque avait amené la dernière crise et devait porter la i c^sponsahilité du taux élevé de l’escompte. C’est une ilIu.sion tromjieuse : si le gouvernement avait accepté la motion d’enquête, il , aurait simplement suscité de fallacieuses espérances. Je ne suis pas un ami chaleureux de l’.4c/ de 1844, il me semble

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’ .M. Kawri'lt est avcuple.

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qu'on pourrait eu tempérer la rigueur de manière h en prévenir la suspension arbitraire. Si la crise actuelle lient au crédit, c’est-à-dire si elle témoigne d’un ébranlement de la confiance mutuelle, comment est-il possible do l’attribuer à la charte de la Banque? La cause est bien autrement sérieuse et profonde, elle est dans cet esprit désordonné de spéculation aléatoire qui dégénère en un jeu coupable, et qui s’est emparé de ce pays. Une nouvelle école a surgi depuis quelques années, elle a encouragé la pensée que la richesse devait être produite non plus suivant le mode suranné d’un travail assidu, mais par l’art moderne de financer, en d’autres termes par la manipulation habile du papier. Cette idée étrange s’est tellement répandue, qu’on en est venu à penser qu’un ingénieur hardi, un entrepreneur actif, un attorney intelligent et des avances largement consenties suffiraient pour faire construire un chemin de fer d’un bout à l’autre de l’Angleterre. Les choses marchaient bien, les fondateurs et directeurs s’enrichissaient à vue d’œil; mais quand les banques et les sociétés do crédit, poussées par leurs créanciers, voulurent être payées, tout fut menacé, et l’on entendit retentir des plaintes comme ccUes-ci : a Nous avons besoin d’une institution qui fournisse constamment de l’argent à bon marché, et si la Banque ne le peut pas, la législation est mauvaise, il faut la refondre. » A mon avis, la chute n’est pas venue un instant trop tôt. Tout ajournement facilité par la loi aurait rendu le déchirement plus terrible. Ce qui doit nous consoler, c’est qu’il n’e.st pas une entreprise commerciale sagement et honorablement conduite qui ait succombé. Le commerce régulier do ce pays est dans une bonne situation, et l’élévation de l’intérêt n’a fait qu’arrêter des opérations téméraires. La hausse des profits a permis de supporter la hausse do

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CRISE FINANCIÈRE DE L’ANCI.ETERRE.

l’cscomptfl; lo capital et le travail ont tous deux obtenu line larf;e réconipense. Au lieu de nous embarrasser d’une réforme léKÎslalive, nous avons un autre, un sur moyen do rendre au crédit de l’Angleterre sa solidité au dehors, c’est do rétablir la foi entière dans l’accomplissement des contrats commerciaux. Le commerce aurait soulFert tout autant et jilus encore si \'Act de 1844 n’existait point, et le supprimer n’erapécliorail nullement une crise financière. On a dit que nous ne possédions jioint une circulation suflisante; mais, au lieu d’avoir indûment décru, elle s’est au contraire largement développée, sans qu’il on résulte de facilités nouvelles de prêt, car les prix haussent avec l’accroissement de la circulation. — Si une commission d’enquête était formée, dit M. Fawcctt en terminant, elle ne constaterait qu’une chose d’une manière irrécusable : c’est que les affaires de la Banque ont été conduites avec un singulier concours de fermeté, d’habileté et de prudence, et que les directeurs de la Banque forment une réunion d’hommes dont tout pays voué au commerce serait fier à juste titre. Ils n’ont ni amené ni aggravé la crise ; celle-ci n’a été produite que parce qu’on s’est départi des vieilles maximes qui avaient assuré la prospérité du trafic, et parce qu’on s’estconfié au système nouveau de finance (modem flnnncing). n

On le voit d’après les paroles de M. Fawcett, les lumières de la .science sont venues confirmer les enseignements de la pratique. Quant à l’éloge mérité du conseil do la Banque d’Angleterre, personne ne saurait le taxer d’exagération, alors que l’on connaît AIM. Lancelot-Uolland, gouverneur, Iliint, sous-gouverneur, Kirkman-Ilodgson, Jliibbard. Alfred Latbam, Tliom.son-IIankey, Ward-Norman, Oreufcld, et tant d’autres hommes éminents qui le composent. L’un d’eux, M. Iliibbard, membre du parle-

nient, a parfaiteniont exposf': l’imporlanco d'mj bon sys- Itnno monétaire. — Il a montré combien il était faux de prétendre qu’un taux élevé d’escompte, temporairement perçu, puisse arrêter les opérations bien conduites et enlever le travail aux ouvriers. Cette cbaryc supplémentaire, quelque pénible qu’elle soit, ne saurait exercer, lorsiiu’on la réduit à sa juste valeur, une pareille influence; la plus légère variation dans le prix des matières premières ou de la main-d’uîuvre a une bien autre importance. Des abus énormes ont été commis, des plaps follement conçus . et auilacipnseinent accomplis ont fait le mal que la fermeté de lu législation monétaire a seule pu arrêter. Quant q la Banque, jamais elle n’a réuni autant de ressources et n’en a fait un plus libéral usage. Le régime actuel, en donnant une base solide aux opérations et aux crédits ouverts, a fait naître un large système de crédit, bien plus efficace qu’une multiplication périlleuse de billets do banque. UAcl de 1844 n’a pas besoin qu’on le défende : il a fondé la sécurité de la circulation en réglant sagement l’émission des billets considérée comme attribut de l’État, et il a établi la liberté des banques la idns complète pour tout ce qui est alfairc de banque. Loin de restreindre les moyens d’action de la Banque d’Angleterre, il les a élargis, et il lui permet de soutenir les cbocs les plus violents, gricc à une solidité éprouvée. L’elfet d’apaisement dû à la suspension temporaire de l’/lct ne se serait pas produit, si le billet de la Banque inspirait une confiance moins absolue. I.Ka réserve métallique a été conservée dans une large proportion. Tandis qu’on l’avait vue tomber presqu’à rien en 182.^ et à quelques millions en 1839, elle se maintient aujourd’hui à 12 millions de livres et au-dessus. M. Ilubbard aurait pu rappeler la déclaration de Tooke, qu’il se réconcilierait avec la limitation

imposép par Y Act de 1844, si celui-ci donnait une pleine garantie contre toute suspension future des payements en espèces; Tooke serait donc pleinement réconcilié aujourd’hui avec la loi qui a définitivcinent écarté jusqu’à l'appréhension d’une pareille calamité.

Cet important déhat s’est terminé par une défense vigoureuse de y Act de 1844, que M. Gladstone a présentée avec son éloquence habituelle. 11 a surtout insisté sur ce que le droit d’émission n’appartient qu’à l’Etat, qui seul peut le déléguer. Le malaise actuel no frappe que ceux qui ont été coupables d’un entraînement aveugle et malsain; le commerce et l’industrie continuent de prospérer, et la liberté, pleinement appliquée aux échanges, porte d’heureux fruits. Pourquoi le taux de l’intérêt a-t-il haussé? Parce que la réserve cummcrciale de la Bampic a dû satisfaire aux énormes demandes des institutions de crédit. Libres d’accroître leur circulation de billets, les banques de province l’ont réduite d’un million de livres pendant la crise'. Ce n’était donc pas de billets qu’on avait tant besoin, ou du moins les billets ne peuvent circuler avec sécurité que si tout porteur les regarde avec la même conliance (ju’un souverain d’or. -M. Gladstone a, dans le cours de son argumentation, produit un fait curieux : il a mentionné en termes reconnaissants l’olfre amicale du gouvernement français, qui se déclarait prêt, au moment de la suspension de ï Act, à faire à la Banque d'Angleterre une avance de numéraire. Un a cru ne pas devoir accepter cette proposition, car on aurait pensé porter ainsi une atteinte encore plus rude au crédit du pays.

' I.Vniission des lianr|ucs de province n'ét.iit plus au 2.1 juillet dernier (pie de 1,712,000 livres {au-dessous de 120 luillions de francs) ; elle laissait une inaree de 2,î>08,000 livres (plus de 0.1 millions de francs) à l'i'-pard de ri'-rnission autorisée.

— Le métal précieux ne peut manquer de revenir au bout d’un temps assez court par le jeu régulier du balancier commercial ; la quotité des espèces ne tarde point à s’ajuster aux besoins de la circulation, pourvu qu’on laisse agir le trafic libre sous l’empire des lois de l’oITro et de la demande; aucune combinaison artificielle ne saurait égaler la puissance du mécanisme naturel des échanges. La liberté commerciale fournit une inappréciiible ressource à l’entretien d’une monnaie stable, comme aussi le système métallique tel que Y Act de 1 844 l’a établi, est le comjilément nécessaire de la liberté commerciale. Plus un jiays sort de l’isolement, plus scs intérêts se trouvent mêlés à ceux du dehors, et plus la monuaie tombe dans la dépendance du marché interniitional. Le prix d’achat se règle alors sur l’olTro et sur la demande du marché universel, et les métaux précieux obéissent à cette loi suprême comme les autres marchandises. Aussi la monnaie réelle retrouve toujours sa limite; si elle surabonde, elle va où le profit l’appelle, car c’est une immchandise recherchée partout; si elle manque, le marché universel est ouvert pour la procurer. Il faut toutefois que ce soit de la monnaie métallique ; celle-ci est seule appelée à régler les comptes extérieurs, seule elle doit varier, tandis que l’émission fiduciaire demeure fixe. Une fausse économie cherche à multiplier les billets, acceptés sans peine dans les temps calmes. Pour peu que la situation change, pour peu que le mouvement commercial amène des demandes plus nombreuses d’or, si on a trop restreint la réserve, si la base sur laquelle s’appuie la pyramide renversée des opérations fiduciaires se trouve trop faible, tout croule. On voit alors combien revienteber ce qui semble ne rien coûter. oLe bon marché ruine, rien ne coûte comme le bon marché.» Ces dictons populaires deviennent des vérités pratiques.

CttlSK FISANClfcRE I)E L’ANGLETEIÜIE.

On a suraliondaiimient prouvé que la uiohnàie est une lUareliiuidise, d'une espèce particulière il est vrai ; il faut se résigner à la traiter coiiune une marchandise, et il y a tontradiction à vouloir user de moyens artificiels pour la faire échap|)cr à la loi régulière du commerce. h'Acl de 1844 fait éviter cette erreur, c’est le mérite qui le distingue. Les débats récents de la Cliamlire des communes, dont nous avons fidèlement reproduit là substance, iiiontreiit combien se trompent ceii.x qui s’imaginent que l’on est disposé à l’abrogèr.

Nous avons assisté, le 6 juillet ISlili, à la réunion du club d’éèonomie politique de Londres. Il ne coinple «pio trente-six nietnbres, mais c’est l’élite des boinmes voués à l’étude dé.sintéressée de la science. La question posée ]iar M. Bagt-bot, l’habile directeur de V Economiste était celle de savoll’ s’il valait mieux confier le soin de conserver les réserves disponibles à Une banque ou à plusieurs. La uiàtière a été babilement traitée par réiiiinent écrivain, mais pi'rsonne ne s’est prononcé dans le sens d’une division de l’émissiou des billets entre plusieiirs banques. Il va de soi que la société d’éconoinie piditique anglaise est Unanime pour admettre le système iiiétalli(|ue, elle est biiHiunist sans réserve aucuue. Nous rcgn.'ttous de he pouvoir donner ici qu’un aperçu rajiidid’Un débat idein d’intérêt, auquel ont pris part.M. llagebot, lord Overstone, M. William N’ewmarcb, M. llubbard, M. le professeur Rogers, M. John Stuart Mill, et auquel nous avons été invité à nous iiu’ler. Ce débat avait lieu en présence d’hommes tels que MM. Watkin, Hlake, llankey, le professeur Cairnes, Ilare, sir Rowbiud llill.

CUISE l’INANCIERE DE L’ANCEETEHRE.

Cliadwick, le baron Breiuwel, Meri valc, Tlu>rnlüii,Cliiirkis Villers, l’un des promoteurs de l’abolition de la loi des céréales, Leslie, lord Duirerin, le professeur Farreii, du Board of Tradc, etc. Des critiques but été dirigées par M. Ncwiuarcli contre la séparation des deux départements de la Banque, à laquelle il attribue en pailie les brusijues élévations de l’escompte; mais personne n’a même fait allusion à une liberté de l’émission livrée à la concurrence. M. Newmareb est lo premier à déclarer que rémission dévolue à la Banque d’Angleterre ne constitue point un privilège, et que, si cette faculté était livrée à tous, aucun banquier sérieux et aucune banque solide ne voudraient s’en servifi Cela nous rejette loin des singulières imaginations do ceux qui j)t étendent trouver dans la liberté de l’émission, à laquelle ils donnent par erreur le nom do liberté des banques, la source du crédit. « La circulation {currenaj) a tourné encore plus d<! tètes que l’amour, » nous écrivait ces jours derniers le cbanceliei actuel de l’échiquier, M. Disraeli'.

La question préalable a écarté la deniamie d'enquête de M. Watkin, quoique présentée à la (’.hamhre des communes sous la forme la plus modérée. C’est (jue de nombreuses enquêtes ont déjà eu lieu sur la (luestiuii ; l'.Vugleterre en est saturée. Deux fois après la .suspension de \'Act do 1844, en 1848 et eu 18o8, les comité, s oui conclu en faveur du principe qu’il consacre, et ce priucijie a rencontré pendant la crise de 18Gü une adhésion plus éclatante encore. 11 faut bien que ceux (jui espéraient lu voir crouler renoncent une bonne fois à ces tristes prévisions. I.ÆS conclusions de l’einiuète de 18."7-l8o8 sont

’ Le 21 août I8UÜ. « I bclteve currency is a subjcct wliich bas niaile uvea more i>eo|ile mad tliau love. »

encore l’expression fidèle d’une opinion générale sur ce point fondamental. « L’objet principal de la législation est de rendre les variations de la monnaie mixte conformes à celles d’une circulation purement métallique ; personne ne peut prétendre que ce but n’ait pas été atteint Les princijie de l’i4c/ auraient été suivis quand même la loi n’en aurait pas établi l’obligation formelle, car le conseil de la Banque d’Angleterre connaît maintenant ses devoirs et s’ajiplique à les accomplir comme le fait le conseil de la Banque de France.

L’exemple des banques d’Ecosse, si souvent et si conijdaisamment mis en relief, ne prouve absolument rien en faveur de l’émission libre. En premier lieu, ces banques, an lien de compter par centaines, comme on l’a dit trop souvent, ne sont qu’au nombre de douze, et l’émi.ssioii qu’elles font pour la j>artie non garantie par de l’or est strictement limitée. Elle ne dépasse pas 30 millions de francs *, alors que les dépôts atteignent, assure-t-on, le cbillVe colossal de 70 ou 80 millions de livres (environ 2 milliards de francs). Là est la force, là est la puis.sancc d’action des banques d'Ecosse. Ce n’est que par un artifice de discussion qu’on pourrait attribuer au maigre chiffre de l’émission les merveilb^s que réalise le principe de la liberté des banques, qui opérerait aussi bien sans billets fiduciaires, et qui, jiar les comptes courants, les dépôts, les virements et les avances d’un capital réel, accomplit seul de grandes choses. Les adeptes passionnés

' Ka|i|K)rl (Jii comité, 66.

’ Au Z.t juillet dernier, la cireulation des liillcls des bampics d’Ecosse était de t.iiO.ljOOO livres avec un encaisse inétalliqiie de 2,4I3,0IKI livres; la différence représente la lunmiaie liilueiairc, i|ui n’csl [)oint ;»a8éi' par un encaisse corresimndant , elle n'offre (lu'un total de l,yüO,OUO livres (inuins'dc 49 millions de francs). g

CRISE FINANCIÈRE DE L’ANGLETERRE. 18j

du billet do bauque so parent ici des plumes du paon.

Les banques d’Ecosse fonctionnent suivant la situation du marché, elles s’écartent peu du taux de l’intérêt fixé par la Banque d’Angleterre. Quand le besoin se manifeste, elles ne so font pas faute d'élever l’escompte, même à 10 pour 100, depuis que les entraves des lois contre l’usure sont etfacées. Il n’est pas inutile de mentionner ce fait, quand les défenseurs de la liberté d’émission établissent un parallèle entre le taux élevé de l’escompte de la Banque d’Angleterre à certaines époques et l'ancienne permanence de l’escompte à 5 pour 100, et qu’ils tâchent de. tirer parti pour leur thèse de cette comparaison. Ceux qui produisent ce singulier argument n’oublient qu’une chose, c’est que jusqu’en 1833 une loi, dont aucun économiste ne saurait regretter l’abolition, défendait à la Banque de prendre plus de .'î pour 100 d’intérêt.

En 1856, sir Cornwall Lewis, chancelier de l’échiquier, demanda l’opinion des banques d’Ecosse sur VAct do 1845, qui avait étendu à cette contrée le principe de la limitation de l’émission consacré par \' Act de 1844 en Angleterre. Les réponses se trouvent dans l’enquête do 1857. Sur les dix banques principales, cinq banques anciennes, dont le siège est à Édimbourg, se .sont prononcées pour YAct ; une seule, la Banque d’Écosse, l’a regardé comme sans effet (inoperative). Cinq banques plus nouvelles, dont le siège était à Glasgow, se prononcèrent contre ; mais peu de mois plus tard on connut le mot de cette divergence d’opinion : les cinq banques anciennes résistèrent au danger ; sur les cinq nouvelles, la Western-Bank et la City o/ succombèrent, les autres furent embarrassées. La protestation la plus véhémente contre Y Acl était celle de la Western-Bank ; elle portait la signature de mauvais augure de John Taylor,

CRISE FINANCIERE l)E L’ANCLETERRE.

qui avait été la cause première île l’éclatant désastre subi bientôt après par cet établissement.

L’enquête de 18.^7 constate que, suivant la Rauque royale d’Écosse, rien n’avait infirmé la sagesse du principe de l’dct. Le directeur de la British Linen Company en déclari! « toutes les prévisions judicieuses et salutaires, bien calculées pour maintenir en Ecosse une quotité de numéraire en rapport avec lii tirculatiou. Aucun iuconvénieut n’en est résulté, ni poilr la banque, ni pour le public, et l’on espère qu’on ne le modifiera pas. » La Commercial Itauk of Scotland approuve la loi et déclare que belle-ci n’a besoin d’aucuub révision. La National hank of Scotland nie qu’elle ait causé auctiUe pêne. Le principe de la limitation Se trouve apjuouvé i»ar les leprésentants autorisés de la contrée iju’on pré.séute toujours comme entièrement dévouée à la lile rlé d’émission. Les exemjiles anciens so réunissent aux ilerniers débats soulevés pendant une crise formidable pour recommander la sages.se de l’uiuvbe de sir Hubert l*eel. Ou lie saurait trop le répéter, l’.4c/ do 1844 n’a été polir lien dans la dernièbe crise ; il a au contraire servi à relever énergiquement les all'aires et à ramener uUc situation plus régulière.

Un seul point reste à débattre! : la lui ne devrait-elle pas prévoir le cas et poser les Conditions d’une suspension de V Act? Eu outre, une fois la suspension prononcée, la limite du minimum d’intérêt qu’elle lixe doit-elle demeurer invariable tant que l’etret de cette mesure exce|>tionnelle n’est pas épuisé’? Tout se borne à l’étudi' de Ces dispositions secondaires ; <iuant au ]>rincij)e de YAct, il demeure debout, au grand avanlage de la sécurité commerciale, de la sincérité des transactions et de la liberté dus éeliauges. Le temps n’est pas loin, et la der-

CltlSli FINANClÉKb; DE L’ANCLETKURE.

nièrc expérience servira à le rapprocher, où l’on ne s’étonnera plus que d’une chose, c’est qu’on ait si longtemps méconnu la nécessité d’assujettir à une limitation précise l’émission du billet faisant office de monnaie, et qu’on ait hésité à reconnaître dans l’émission elle-même un attribut de l'Etal. Il s’est passé quelque chose d’analogue pour le free-trade et pour les lois sur l’intérêt. iN’otrc époque aura la gloire d’avoir résolu ces trois questions, d’une si grande importance en ce qui concerne le développement de la richesse et la garantie des rapjiorls équitables.

iNous ne saurions mieux résumer notre pensée qu’en empruntant à un partisan déterminé de la liberté dans toutes les acceptions sérieuses du mot, M. Prince-Smith, les lignes suivantes : « La convertibilité du billet est une garantie contre l'excès permanent de l’émission, elconlro une dépréciation <’xtrême. iNéanmoins elle n’empêche |>as qu’on no dépasse temporairement la limite des besoins sérieux de la circulation, limite dans laquelle on no rentre qu’à travers une série de crises. Aussi une bonne organisation de la monnaie de papier exige-t-elle nonseulement l’assurance d’une prompte convertibilité, mais encore la fixation de la tjUOtUé. » Appuyée sur la hase solide du système de 1844, qui ne permet de re[irêsonter en papier (jue la portion stable de la circulation, en exigeant que la portion variable soit en or ou en papier gagé par de l’or, la liberté des hampies, pleine et entière jimir tout ce qui constitue l’offici; de bamjue, fonctionne eu Angleterre sur une immense échelle, sans recourir à aucune création de billet faisant office de monnaie. Sir Hubert Pcel a la gloire de l’avoir fondée, comme celle d’avoir établi le free-trade.

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