‹ La Banque de France dans ses rapports avec le crédit et la circulation [microform]Chapitre 12 sur 20 · II · texte numérisé non relu

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a été rapide, et d'ailleurs elle ne s'est pas effectuée contre le gré de la population : en 1849, en effet, le commerce demandait déjà, « à grands cris » (^) à la Banque des billets au lieu d'espèces. La Banque ayant atteint la limite de 452 millions imposée à son émission par les décrets du gouvernement provisoire (*) fut obligée, avant qu'une loi nouvelle (^) portât cette limite à 525 millions, de refuser des billets au commerce et de le contraindre à recevoir de l'argent. Le billet de banque fit jusqu'à 1 1/4 de prime sur le métal.

L'encaisse métallique a augmenté parallèlement à l'accroissement de l'émission. Au 15 mars 1848, la Banque de France avait 115 millions en espèces métalliques; au 6 août 1850, elle en avait 501 . En moins de quinze mois, et malgré les nombreux services rendus par la Banque au commerce et à l'État dans cette désastreuse période, l'encaisse avait augmenté de 386 millions. Le chiffre de 501 millions n'était pas un chiffre exceplionnellement élevé, car l'encaisse continua à croître et atteignit, le 2 octobre 1851, la somme de 626 millions : le régime du cours forcé avait cessé ; ses effets duraient encore. On peut dire qu'en trois années le régime du cours forcé de 1848 a fait affluer à la Banque 51 1 millions de francs.

Tel est donc le double phénomène qui se produit d'une manière nécessaire sous le régime du cours légal, aidé par l'émission de petites coupures : l'émission augmente; les

(*) Compte-rendu du 31 janvier 1850. — M. le comte d'Argout. (*) Décrets des 15, 25 mars, 27 avril et 2 mai 1848. (') Loi du 22 décembre 1849.

billets de banque se substituent aux espèces; les espèces affluent à la Banque.

y 1 . Ea limite supérieure de i^émlsslon sera déterminée par

le ehange du billet avec le métal.

L'émission, loin d'être arbitraire, a une limite naturelle qu'il importe de définir.

Je suppose que la France ait besoin, pour le service de ses échanges, d'une circulation monétaire de 4 milliards. Si le cours légal existe, si chacun, habitué à considérer les billets de banque comme monnaie, ne consulte plus que la commodité spéciale à chaque cas d'échange pour se servir soit de monnaie de papier, soit de monnaie métallique, les 4 milliards se décomposeront en deux parties, Tune formée de monnaie métallique, l'autre formée de billets de banque. Chaque jour, les besoins des échanges exigeront que ces deux parties aient entre elles un certain rapport.

Lorsque ce rapport ne sera pas observé, la Banque s'en apercevra immédiatement : si les espèces sont trop abondantes, on lui demandera des billets; si les billets sont en excès, on lui demandera des espèces.

Mais l'inobservation du rapport nécessaire entre les deux sortes de monnaie se manifestera d'une manière plus caractéristique encore :

En vertu d une loi économique, quand une chose devient rare son prix s'élève, quand elle devient abondante son

prix, s'abaisse. Si donc le billet de banque est au pair de la monnaie métallique, le rapport qu'il convient d'établir, d'après les besoins des échanges, entre les quantités circulantes de ces deux monnaies, se trouve parfaitement observé. Si le billet fait prime sur le métal, y a trop de métal et pas assez de billets dans la circulation; si le métal fait prime sur le billet, il y a dans la circulation trop de billets et pas assez de métal.

Le change du billet avec l'argent est donc le critérium infaillible des besoins de la circulation.

Tel est le phénomène immédiat, nécessaire, qui doit se produire dans la circulation par l'existence simultanée de ces deux genres de monnaie, le papier et le métal. La conséquence en est naturelle : le change du billet de

BANQUE AVEC LA MONNAIE MÉTALLIQUE DOIT ÊTRE LE RÉGULATEUR SOUVERAIN DE l'ÉMISSION DES BILLETS.

On peut estimer à un milliard l'afflax d'eiqpèce» à la Banque «ous le régime du cours lésai.

Le rapport qu'il convient de maintenir entre la quantité de billets et la quantité d'espèces métalliques constituant la circulation totale, peut-il être déterminé?

Dès le début de l'établissement du cours légal, le numéraire commencera à entrer à la Banque. Pendant une période

de temps dont la durée dépendra de l'introduction plus ou moins prompte du billet de banque dans les échanges, la quantité de numéraire entrant à la Banque croîtra de plus en plus. En tout temps, en effet, la Banque, incessamment éclairée par les yeux vigilants de ses conseils d'escompte répartis sur toute la France, sera attentive aux moindres variations du change du billet avec le numéraire ; dès qu'une tendance à la dépréciation du billet se manifestera, elle ouvrira ses caisses et déversera dans la circulation le numéraire dont la rareté était sur le point de se faire sentir.

Il arrivera donc ainsi, que la Banque, après avoir déversé une certaine somme de billets dans la circulation, devra y déverser une certaine somme de numéraire ; mais l'usage du billet se répandant de plus en plus, la sortie des billets sera, en définitive, supérieure à la sortie du numéraire, et, de la sorte, l'encaisse métallique croîtra successivement. C'est par cette marche accidentée, tantôt progressive, tantôt rétrograde, que la Banque amènera le rapport des billets au numéraire vers un état d'équilibre définitif.

Quel est cet état d'équilibre ?

On a vu que, sous le régime du cours forcé de 1848, l'encaisse, en trois années, avait augmenté de 511 millions de francs. Je ne saurais estimer avec exactitude la quantité dont les réserves de la Banque augmenteraient aujourd'hui sous le régime du cours légal avec émission de coupures inférieures à 1 00 fr. ; on peut cependant faire une hypothèse approximative :

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On évalue aujourd'hui la circulation totale de TAngleterre à 2,000 millions, décomposés comme suit :

Espèces métalliques 1,000 millions.

Banknotes 1.000 —

Le rapport des espèces aux banknotes est ainsi de 1/1 . En France, la circulation totale se décompose comme suit :

Espèces métalliques (évaluation minimum) 3,500 millions.

Billets de banque (d'après la situation du 13 janvier 1862). 800 —

4,300 millions.

Le rapport des espèces aux billets est ainsi de 43/8.

J'évalue un instant à un milliard la quantité de billets de banque destinés à se substituer, au bout d'un certain temps, au numéraire des échanges et au numéraire de thésaurisation. Cette substitution opérée, la circulation totale de la France se décomposera comme suit :

Espèces métalliques 2,500 millions.

Billets de banque 1,800 —

4,300 millions.

Et le rapport des espèces aux billets deviendra 25/18, rapport qui est encore supérieur au rapport existant dans la circulation de l'Angleterre.

L'évaluation que je viens de faire, d'ailleurs corroborée par la courte expérience de 1 848, peut donc ne pas être exagérée.

Yin. Malgré l'Inactivité de cette masse d'espèce», l'économie an-

Jourd'hui réalisée dans le prix de revient de la monnaie totale du pays sera maintenue.

Je suppose, pour établir mon raisonnement, que l'évaluation précédente soit exacte : je suppose que le cours légal ait pour conséquence de jeter, dans un temps donné, dans la circulation, une quantité de billets de banque s'élevant à 1 milliard.

La situation de la Banque, au 13 février 1862, fournit les éléments suivants, nombres ronds :

Portefeuille 660 millions.

Émission ^^^

Encaisse métallique . 350 —

La circulation totale de la France se décompose, en outre, à la même date, comme suit :

Monnaie métallique 3,500 millions.

Billets de banque ^QQ ^

4,300 millions.

Si, pour simplifier le raisonnement, je suppose qu'à l'époque où le milliard sera entré dans les caisses de la Banque les opérations de la Banque soient au même point qu'au 13 février 1862, la situation, à l'époque considérée, fournira les éléments suivants :

Portefeuile ... 660 millions.

Émission i,^00 —

Encaisse métallique 1»350 —

li^l

La circulation totale de la France se décomposera, à cette même époque, comme suit :

Monnaie métallique 2,500 millions.

Billels de banque 1,800

4,300 millions.

Ainsi, transportons par la pensée, à la date du 13 février 1862, un milliard de la circulation métallique de la France dans les caves de la Banque, remplaçons dans la circulation ce milliard d'espèces par une somme égale en billets de banque fabriqués dans ce but, et l'on obtient la situation nouvelle.

Dans cette situation, rien n'est changé en ce qui concerne les services que la Banque de France rend au pays.

Aujourd'hui, en effet, la Banque de France, à la faveur de son privilège, répand dans la circulation 800 milhons en billets de banque, et doit en enlever au moins, d'après la règle qu'elle s'est imposée, le tiers de cette somme en espèces métalliques, soit 267 millions. Elle économise donc au pays le prix de revient de 533 millions en numéraire.

Dans la nouvelle situation, la Banque, comme au 13 février 1862, économisera au pays, grâce à son privilège d'émission, le prix de revient de la même somme de 533 millions en numéraire. Elle a simplement introduit dans ses caves un milliard en espèces, en échange d'une somme égale en billets de banque jetée dans la circulation pour les commodités de l'échange.

Ainsi, une considération essentielle ressort de la situation que je définis : la Banque de France n'est pas conduite, sous le régime du cours légal, à dépasser le cercle de ses opérations ordinaires : elle se montre toujours aussi réservée, soit dans l'escompte des effets de commerce, soit dans ses avances au public sur dépôt de titres, soit dans ses avances à rÉlat. L'émission seule augmente dans une très forte proportion, et le rôle de la Banque est d'emmagasiner les espèces, au fur et à mesure de leur entrée, en échange des billets que réclame la circulation.

Dans la réalité, il n'en sera pas tout à fait ainsi : Aujourd'hui, ainsi que je l'ai fait ressortir plus haut, deux considérations limitent le champ des opérations de la Banque : le degré de confiance que lui inspirent ses emprunteurs, et la crainte d'accroître outre mesure, indépendamment de toute question de confiance, son passif exigible en espèces. Sous le régime du cours légal, cette crainte n'a plus de raison d'être; la Banque peut prêter avec largesse, et étendre jusqu'aux limites d'une sage confiance la production de ses services. Ces conditions nouvelles donneront à ses opérations un certain accroissement.

Avec le cours légal, la Banque de France doit donc, par la marche naturelle des choses, se trouver nantie de quantités de numéraire de plus en plus considérables, sous la seule influence des besoins de la circulation, et ces quantités croîtront jusqu'à ce que la circulation ne réclame plus l'émission de quantités nouvelles de billets.

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* IflHf I

Blffponant de palflHantefl rétterrem métalliques^ la Banque réglera la circulation métallique du pays.

La Banque, par les puissantes réserves métalliques dont elle aura, dans mon hypothèse, la libre disposition, réglera désormais la circulation monétaire de la France.

Avant d'examiner le rôle qu elle est appelée à remplir, je définirai deux lois économiques très-importantes : la loi de l'équilibre métallique et la loi de l'équilibre monétaire,

X. I<ol de l'équilibre métallique t Quand l'équilibre entre la quantité d'espèces métalliques d'un pays et les besoins de l'échange est détruit, Il tend h se rétablir. — I^a tendance est énergique.

En France, comme dans tout pays civilisé, une certaine quantité de monnaie métallique est nécessaire aux besoins de la circulation. Si cette quantité est dépassée, le numéraire est abondant; si elle n'est pas atteinte, le numéraire est rare.

Je suppose que le numéraire devienne abondant dans un pays : cette abondance a pour premier effet d'augmenter les échanges; l'accroissement des échanges devenant de plus en plus notoire, les détenteurs de produits élèvent de plus en plus leurs prétentions; les acquéreurs, qui disposent d'une plus grande quantité d'argent, achètent malgré l'élévation, et c'est ainsi que labondance du numéraire tend à élever les prix.

On conclurait de même que la rareté du numéraire tend à abaisser les prix.

Donc, les variations de la quantité de numéraire d'un pays tendent à produire des variations inverses dans le prix des choses.

Le prix des choses s'élevant par l'abondance du numéraire, une tendance se manifeste bientôt dans le commerce; les négociants demandent à l'étranger les produits qui leur coûtent trop cher en France. Ces demandes provoquent l'exportation du numéraire en échange des produits qu'il sert à acheter.

Simultanément, l'élévation du prix des choses sur le marché français y attire le commerce étranger. Ce commerce tend à augmenter ses importations, et enlève à la France, en échange des produits importés, une certaine quantité de

numéraire.

Ainsi, l'abondance du numéraire en France développe simultanément, dans le commerce français et étranger, deux forces qui tendent l'une et l'autre à faire exporter le numéraire.

Quand le numéraire est rare, des effets identiquement inverses se manifestent; la rareté du numéraire développe de même deux forces qui tendent à faire importer du numéraire.

Ainsi, l'abondance comme la rareté du numéraire créent, dans le commerce des produits, des forces qui tendent à en ramener la quantité à cet état d'équilibre où elle est en har^ monie parfaite avec les besoins de ia circulation.

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Les effets de cette loi d'équilibre seraient lents à se produire, s'ils n'étaient accélérés par le commerce des métaux précieux :

L'or et l'argent remplissent une double fonction ; ils servent à faire de la monnaie, ils servent aux usages industriels. Quand la monnaie d'or est rare, l'or monnaie fait une légère prime sur l'or de l'industrie; on fond les objets d'or en lingots et on les vend à la Monnaie, qui transforme les lingots en écus. Au contraire, quand la monnaie d'or est abondante, l'or de l'industrie fait prime sur l'or monnaie; on fond la monnaie en lingots et ces lingots sont vendus à l'industrie.

Des effets analogues se produisent de pays à pays : quand la monnaie est rare dans un pays, elle fait prime sur celle des pays où elle est plus abondante.

Ainsi, je suppose que l'or soit plus rare en Angleterre qu'en France. Le souverain anglais équivalant exactement à 25 fr. 20 c. en monnaie d'or de France, quand le pair existe entre les deux monnaies, la livre sterling vaut 25 fr. 20 c. L'or étant rare à Londres, le change de Londres à Paris sera, par exemple, de 26 fr., c'est-à-dire qu'une livre sterling vaudra à Londres 26 fr. Dans ces circonstances, on se procure à Paris pour 25 fr. 20 c. une quantité d'or en monnaie ou en lingots que l'Angleterre paiera 26, et cet or est expédié de Paris à Londres. « Les métaux précieux, a » dit J.-B. Say (*), ne vont jamais d'un pays dans l'autre pour » acquitter de prétendus soldes , mais pour chercher le

(*) Traité d'Économie politique, liv. I, chap. XVII.

» marché où ils se vendent le plus cher. » Une importation immédiate d'or aura donc lieu en Angleterre, et cette importation aura un double effet : elle diminuera immédiatement la rareté de la monnaie d'or dans ce pays ; elle stimulera les exportations de l'Angleterre vers la France, car l'Angleterre préférera payer Tor qu'elle a acheté, plutôt avec des produits qu'elle a en abondance, que par une restitution d'or.

Ces effets sont nécessaires ; ils dérivent d'une loi : « Quand la quantité d'or et d'argent importée dans un pays, dit Adam Smith (^), en envisageant l'hypothèse inverse, excède la demande effective, toute la vigilance du gouvernement ne saurait en empêcher l'expédition. Toutes les lois sanguinaires de l'Espagne et du Portugal sont impuissantes pour retenir dans ces pays leur or et leur argent... Quand les Spartiates eurent gagné de quoi acheter de ces métaux, l'or et l'argent surent bien se faire jour à travers toutes les barrières que les lois de Lycurgue opposaient à leur entrée dans Lacédémone. »

Le commerce des métaux précieux rend donc , dans les conditions actuelles de la circulation, de grands services. Sans ce commerce, les forces qui tendent à rétablir l'équilibre rompu dans la circulation métallique d'un pays n'agiraient que lentement. Il faut, en effet, un certain temps pour modifier le régime habituel des transactions à l'extérieur; si le commerce des produits doit seul rétablir l'équilibre métallique, les commerçants, quelque intéressés qu'ils soient à profiter

(*) Richesse des nations, liv. IV.

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des circonstances, seront lents à créer les relations nouvelles, à opérer le surcroît de transactions nécessaire à ce rétablissement. Pendant ce temps, les causes qui ont détruit l'équilibre métallique pourront continuer à agir, et de la sorte récart augmentant de plus en plus, amènerait une crise monétaire d'une grande violence.

Au contraire, dès que l'équilibre est rompu dans la circulation d un pays, dès que le premier écart se manifeste, le commerce des métaux précieux intervient, et sa tendance est de ramener dans ce pays, en un temps aussi court que possible, la quantité de monnaie qui lui est nécessaire, sauf à laisser à l'échange ultérieur de produits, qu'il stimule, le soin de solder ses opérations.

Ainsi, le commerce des métaux précieux accélère la tendance du commerce des produits à rétablir l'équilibre métallique.

Par cela même, le prix des métaux précieux tendant toujours à s'équilibrer d'une capitale à l'autre, d'un marché à l'autre, les écarts des prix de la monnaie métallique tendent à se renfermer en certaines limites.

Je confonds ici les variations de prix des métaux précieux avec celles de la monnaie métallique. L'or lingot et l'or monnaie ont toujours, en effet, au droit de monnayage près, la même valeur. « L'or lingot a constamment eu une valeur » à peu près égale à celle de For monnaie, » a dit Ricardo (*), et il écrivait ces lignes à une époque où la loi anglaise défendait l'exportation du numéraire.

(») Ricardo. - Œuvres diverses, — Le haut prix des lingots.

Les effets du commerce des métaux précieux exigent eux mêmes un certain temps pour se manifester, et la durée de ce temps dépend de la situation des divers marchés de l'Europe.

Ainsi, si la France se trouve accidentellement inondée d'or, tandis que les autres pays restent dans leur état normal, les exportations d*or s'effectueront assez promptement, parce que les commerçants français auront intérêt à vendre à l'étranger l'or qu'ils achèteront à bas prix en France .

Si, au contraire, l'inondation d'or est générale, comme en Europe à l'époque de la découverte de l'Amérique, comme de nos jours par les découvertes d'or de l'Australie et de la Californie, le prix de l'or baisse sur tous les marchés à la fois. Ces marchés restent tous dans la même situation relative ; ce n est plus l'exportation de numéraire qui peut rétablir l'équilibre, c'est la dépréciation définitive du métal, ou, si Ton veut, l'élévation du prix de toutes choses par rapport à ce métal.

Telles sont donc les tendances qu'une rupture dans l'équilibre de la circulation métallique d'un pays développe :

Tendance à la variation des prix des choses, l'abondance du numéraire devant produire la hausse des produits, la rareté devant produire la baisse ;

Tendance dans le commerce du pays et dans le commerce de l'étranger à modifier la balance commerciale dans le sens favorable au rétablissement de l'équilibre métallique;

Tendance dans le commerce des métaux précieux opérant dans les divers pays, à accélérer, par son influence directe et immédiate, l'action du commerce des produits.

Ces tendances se manifestent simultanément dès la rupture de réquilibre; chacune agissant, modifie à chaque instant les conditions de la circulation; à leur tour, ces conditions se transformant successivement, les trois tendances précédentes se modifient en conséquence. Quelle est la résultante de ces actions diverses, simultanées et à chaque instant modifiées? Elle dépend des circonstances. Selon la situation des changes sur les divers marchés de l'Europe, selon les conditions générales du commerce, selon les changements plus ou moins rapides qui peuvent se produire dans l'état de la circulation métaHique, l'un de ces effets l'emporte sur les autres.

Il est certain que, dans tous les cas, chacune des trois tendances produit, avec plus ou moins d'intensité, un effet déterminé.

Ainsi, quand l'équilibre de la circulation métallique est rompu, il y a à la fois variation du prix des choses et variation de la balance commerciale sous la double action du commerce des produits et du commerce des métaux précieux.

Telle est la loi générale qui préside aux grandes oscillations de la circulation métallique, telle est la loi de l'équilibre métallique. Toute cause qui dérange la quantité de numéraire de cette position harmonique où elle satisfait d'une manière complète les besoins de la circulation, crée des forces qui tendent à Ty ramener. — Tel un pendule qu'une cause extérieure écarte de sa position d'équilibre, la verticalité ; cette déviation donne naissance à une composante horizontale de la pesanteur, qui tend à faire revenir ce pendule à sa position primitive. — La même loi tend de même à établir un équi-

libre permanent entre les quantités de monnaie affectées dans les divers pays à la circulation.

J.-B. Say a dit (*) : « S'il y a pour 2 milliards de numéraire en France, et qu'un événement quelconque réduise cette quantité de francs à 1 ,500 millions, les 1 ,500 milhons vaudront tout autant que les 21 milliards pouvaient valoir. » L'illustre économiste, en parlant ainsi, se borne à comparer entre eux deux états d'équilibre définitif. Mais pour analyser d'une manière complète le phénomène de la diminution dans la quantité totale du numéraire, il faut nécessairement tenir compte, ainsi que j'ai essayé de le faire dans l'analyse précédente, de la période de transition du premier état d'équilibre vers le second.

Il importe de remarquer que la quantité totale d'espèces métalliques existant dans la circulation n'étant que de 3 milliards et demi, quelques centaines de millions en plus ou en moins dans la circulation produiront des tendances vers l'équilibre ayant une grande énergie.

XI. I.ot de réquilibre monétaire. Qnand réquilibre entre la quantité de monnaie totale d'un pays et lest besoins de l'échange est détruit, il tend à se rétablir. — I<a tendance est faible.

J'ai indiqué les effets généraux des variations qui se produisent dans la quantité de la monnaie métallique ; je vais

(1) Traité d'Économie politique, liv. I, chap. XVII.

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rechercher de môme les effets des variations dans la quantité de monnaie totale.

La monnaie métallique ne représente qu'une très faible partie de la totalité des instruments d'échange. Tout capital, en effet, est, plus ou moins, un instrument d'échange; il faut donc, pour étudier le phénomène de la circulation dans son ensemble, l'observer dans ses rapports avec le capital total de la France.

La quantité totale de capitaux de toutes sortes, fiduciaires et matériels, que possède la France, sans pouvoir être évaluée exactement, se compose de plusieurs dizaines de milliards. Ainsi, le numéraire s'élève à 3 milliards 1/^ environ; les billets de banque à 800 millions; les titres de rentes sur l'État à 8 milliards environ ; les titres de chemin de fer de même à 8 milliards; les contrats hypothécaires, fraction de la propriété foncière, à \0 milliards, etc., etc.

Chacune de ces natures de capitaux possède l'aptitude à l'échange à divers degrés :

La monnaie métallique est l'instrument d'échange par excellence ;

Les billets de banque, sous le régime du cours légal, sont aussi des instruments d'échange très parfaits. Ils ne peuvent, il est vrai, exception faite des marchés de quelques capitales, servir aux échanges du commerce extérieur; mais, d'un autre côté, ils possèdent des avantages qui, pour certains

échanges à l'intérieur, les font préférer à la monnaie métallique.

Les bons du trésor, titres de rentes, titres divers de valeurs industrielles, sont, à degrés moindres, des instruments d'échange.

Les effets de commerce sont aussi, dans la région restreinte des affaires, des instruments d'échange.

Les industries, les immeubles, la terre, les produits, sont, à divers degrés de l'échelle descendante, des instruments d'échange.

On conçoit ainsi que, depuis la monnaie, qui possède par excellence la propriété de l'échange, jusqu'aux produits d'usage restreint et exceptionnel, qui la possèdent à un degré très faible, toutes les natures de capitaux puissent être classées selon une progression décroissante. Le rang occupé par chacune d'elles dans cette classification serait la mesure de son aptitude à l'échange, de son emploi comme instrument d'échange, serait, pour ainsi dire, son coefficient d'échange.

En vertu de cette diversité, l'échange est plus affecté lorsque la quantité de monnaie augmente ou diminue que lorsque la quantité de titres, par exemple, augmente ou diminue d'une somme égale; car 1 ,000 fr. en monnaie servent plus à faire des échanges que 1,000 fr. en titres, dans un temps donné. Ainsi, lorsque la quantité de monnaie diminue d'un milliard, l'échange se ressent davantage de cette diminution que lorsque la quantité de titres diminue de la même somme.

De même, lorsque le capital titres varie, l'échange en est plus affecté que lorsque le capital produits varie d'une quantité égale, et ainsi de suite.

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Mais si au lieu de comparer la quantité totale de capitaux monnaie avec une quantité égale de capitaux divers on la compare avec la quantité totale de capitaux divers, les conséquences changent :

Le montant total des échanges opérés dans un pays se décompose en deux parties : une faible partie, opérée par l'échange de capitaux divers contre de la monnaie; une majeure partie, opérée par l'échange de capitaux divers contre des capitaux divers. Il en résulte que la totalité des capitaux divers sert beaucoup plus comme instrument d'échange que la totalité du capital monnaie. Ainsi, par exemple, les effets de commerce, à eux seuls, opèrent un montant total d'échanges quatre fois supérieur au montant opéré par la monnaie.

La quantité totale de monnaie existant dans la circulation n'étant qu'une minime partie de la totaUté des instruments d'échange, quelques centaines de raillions en plus ou en moins dans la circulation monétaire produiront des tendances vers l'équilibre ayant peu d'énergie.

J'ai dit qu'une variation dans la quantité de monnaie métallique d'un pays exerce avec énergie diverses actions qui tendent à ramener cette quantité à sa valeur primitive; je dis ici, qu'une variation dans la quantité totale de monnaie exerce une faible action sur l'échange : une explication est nécessaire pour éclairer ces conclusions :

La monnaie métallique a deux vertus : non-seulement elle

est un instrument d'échange parfait, mais encore elle possède seule la propriété de servir à certaines natures d'échange; ainsi, la monnaie métallique peut seule servir aux échanges extérieurs dans les cas d'excès d'importation; la monnaie métallique est de même nécessaire, à l'intérieur, pour les soldes journalières d'ouvriers, pour les petits échanges, etc.. Au contraire, la monnaie billets de banque, tout en étant un instrument d'échange parfait, peut être remplacée dans une très grande quantité d'échanges, par des effets de commerce, par des titres d'effets publics ou de valeurs

industrielles, etc., etc.

Il faut donc considérer la monnaie métallique comme instrument d'échange auquel nul autre instrument ne saurait être substitué, et la monnaie billets de banque comme instrument d'échange pouvant être remplacé par d'autres instruments d'échange.

D'ailleurs, une certaine quantité de monnaie métallique est employée indistinctement aux mêmes usages que la monnaie billets de banque. Pour ces usages, les deux monnaies se confondent.

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Cela posé, je suppose que la circulation totale delà France étant de 3 milliards 1/2, la quantité de monnaie métallique nécessaire soit de 1,500 millions. Le reste, 2,000 millions, pourra se composer de monnaie billets de banque.

Si, dans cette situation, on enlève à la circulation 500 millions en espèces métalliques, deux effets seront produits :

On diminuera la quantité totale des instruments d'échange de 500 millions. Cette quantité étant de plusieurs dizaines de milliards, cette diminution sera, pour ainsi dire, insensible.

On diminuera du tiers la quantité de cette catégorie spéciale d'instrument d'échange, la monnaie métallique, qui ne saurait être remplacée par aucune autre. La rareté de la chose se manifestant, le prix s'élève, et cette élévation a les conséquences que j'ai analysées.

Cette distinction explique toute la différence qui existe entre la disparition de 500 millions en monnaie métallique et celle de 500 millions en billets de banque, dans la circulation monétaire de la France.

Quoique l'influence que produit sur l'échange une variation dans la quantité totale de monnaie soit faible, il convient d'en définir la nature, de même que j'ai cherché plus haut l'influence que produit sur rechange une variation dans la quantité totale de monnaie métallique.

Quand un homme manque d'instruments d'échange, il s'en procure par le travail qu'il accomplit sous l'aiguillon du besoin.

Quand une nation manque d'instruments d'échange, elle agit de même. Le besoin stimule le travail, la production augmente ; par suite, les échanges destinés à la production se multiplient à l'intérieur, de même que les transactions à l'extérieur.

Ainsi, la rareté des instruments d'échange développe, dans le commerce, une tendance à l'accroissement de certains échanges à l'intérieur et des transactions à l'extérieur.

Elle développe simultanément une tendance à la diminution du prix des choses. Si l'on doit opérer aujourd'hui avec

quatre-vingt-dix instruments d'échange les échanges que Ton opérait hier avec cent, chaque instrument augmente de valeur et le prix des choses diminue.

Si j'avais raisonné dans l'hypothèse de l'abondance des instruments d'échange, les conclusions eussent été inverses.

Ainsi, une variation dans la quantité totale de monnaie détermine les tendances suivantes :

Tendance à la variation du prix des choses, l'abondance de la monnaie devant produire la hausse des produits, la rareté devant produire la baisse ;

Tendance à la variation de la production, l'abondance de la monnaie devant produire le ralentissement, la rareté devant produire l'activité de la production.

Mais comme je l'ai déjà dit, l'influence de la variation dans la quantité totale de monnaie est faible dans son action; les tendances qu'elle développe ont par suite des effets peu sensibles.

Une observation est ici nécessaire :

La puissance totale des instruments d'échange dont un pays dispose se mesure, non-seulement à leur nombre total, mais à la valeur de chacun d'eux; elle se mesure aussi à la fréquence de leur usage : un écu qui passe dans dix mains est un instrument d'échange aussi puissant que dix écus passant chacun en une main. La mesure de cette puissance totale est donc la somme de tous les produits obtenus en multipliant la valeur de chaque instrument d'échange par la fréquence de son usage. Chacun de ces produits peut s'appeler la quantité de circulation de l'instrument, et leur somme

peut s'appeler la quantité de circulation totale des instruments d'échange du pays.

Ce n'est pas une vaine définition que je donne ici. Dans toute étude sur les instruments d'échange, il faut nécessairement, pour raisonner avec exactitude, considérer leur quantité de circulation, car cette expression contient en elle les deux éléments valeur et fréquence d usage, dont il faut toujours tenir compte. Par la même raison, il faut aussi considérer la quantité de circulation totale, qui contient en elle les deux éléments : nombre total d'instruments, quantité de circulation de chaque instrument.

Ainsi, pour parler un langage précis, c'est cette quantité de circulation totale des instruments d'échange qui doit toujours être en harmonie parfaite avec les besoins des échanges.

Les tendances précédentes, développées par la rareté des instruments d'échange, ont pour résultat définitif d'accroître la quantité de circulation totale de ces instruments d'échange :

Ainsi, quand les échanges se multiplient à rintérieur, les instruments d'échange circulent davantage ; la fréquence de leur usage augmente ; donc, la quantité de circulation totale augmente.

Quand, dans le commerce extérieur, les importations augmentent, rimportation d'espèces métalliques augmente; le nombre d'instruments d'échange augmente; donc, la quantité de circulation totale augmente.

Enfin, quand le prix des choses s'élève, la valeur de

chaque instrument d'échange augmente; donc, la quantité de circulation totale augmente.

De même, pour parler un langage rigoureux, je dirai, conformément à une conclusion précédente, que « la quantité totale de monnaie existant dans la circulation, constituant une quantité de circulation totale minime par rapport à la quantité de circulation totale de tous les instruments d'échange du pays, quelques centaines de millions en plus ou en moins dans la circulation monétaire produiront des tendances vers l'équilibre ayant peu d'énergie. »

XII . Effets nalslbles de la loi de l'équilibre métallique. — Comme

l'action de la loi, ces effets nuisibles sont énergiques.

La loi de l'équilibre métallique ne s'accomplit pas sans exercer une influence nuisible sur les sources de la richesse.

Si l'équilibre est rompu, j'ai dit que trois effets se produisent simultanément. Je vais les étudier dans leurs rapports avec la fortune publique et privée.

La variation de la quantité de numéraire n'aurait aucune importance si chacune des innombrables parties dont se compose le capital de la France variait dans le même rapport. Qu'importerait au pays que, du jour au lendemain, toutes les valeurs diminuassent de moitié, par exemple? Mais il n'en est pas ainsi ; la variation des prix ne s'étend pas uniformément à toutes les valeurs; cette variation parcourt, selon la

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nature des valeurs, tous les degrés d'une échelle descendante, depuis la simple proportionnalité jusqu'au degré nul, correspondant à la constance. Ainsi, les prix de toutes choses varient d'une manière inégale.

La variation de la quantité de numéraire a donc pour effet résultant, non-seulement de faire varier la valeur de l'unité monétaire, la valeur du franc, mais encore de modifier les rapports de valeur qui existent entre l'étalon monétaire et tous les éléments de la richesse privée et publique.

Il arrive donc que le capital numéraire, minime relativement à la masse totale des autres capitaux, dirige la valeur du franc; il dirige aussi les destinées d'un capital total de plusieurs dizaines de milliards.

Ainsi, une différence de 500 millions dans la quantité totale du numéraire peut accroître ou diminuer la valeur totale absolue du capital de la France de plusieurs milliards.

Si la variation du prix des choses modifie d'une manière si puissante le capital de la France, elle porte aussi une grande perturbation dans les fortunes individuelles.

Un propriétaire a acheté, je suppose, une maison au prix de 100,000 fr., à une époque où l'équilibre existait dans la circulation monétaire: c'était par conséquent (abstraction faite de toutes les considérations étrangères à mon sujet qui peuvent agir sur les prix) un prix normal.

Quelque temps après, la valeur de l'argent, sous l'influence d'une abondance momentanée de numéraire, baisse par exemple de 1 5 0/0 en moyenne, et la valeur des immeubles, sous l'influence de cette baisse moyenne, hausse de 25 0/0. Le propriétaire, en vendant sa maison au prix de

125,000 fr. correspondant au prix d'achat, réalise donc un bénéfice de 10,000 fr. en valeur nouvelle de l'argent.

Si la hausse des immeubles, au lieu d'être supérieure à 1 5 0/0 lui est inférieure, le propriétaire, au lieu de réaliser

un bénéfice, éprouve une perte.

Que le propriétaire augmente ou diminue son capital, le résultat est injuste et nuisible :

La possession de tout capital doit être, pour être juste, sauf le cas où elle résulte d'un don volontaire, la rémunération de services rendus à la société. Le travail seul, en effet, crée le capital. A tout moment le capital réel de la société est le produit de tous les travaux accomplis. Si donc une maison est vendue à un prix supérieur de 10,000 fr. à son prix réel, cet accroissement du capital de la société n'ayant pas le travail pour cause, n'est que fictif: il ne peut subsister; tôt ou tard, la maison reprendra son prix réel; pour le reprendre, elle aura dû laisser dans les diverses mains qui Vont possédée, des pertes dont le total sera égal à la plus value de 10,000 fr., plus value imméritée, que la situation momentanée du marché avait permis au propriétaire primitif d'imposer à la société.

Comme l'argent représente ou doit être considéré comme représentant les épargnes du travail, les propriétaires successifs de la maison auront, en définitive, donné, sous la pression des circonstances, au propriétaire primitif, une somme de 10,000 fr. de leurs épargnes.

Ainsi, un bénéfice injuste cause toujours des pertes injustes équivalentes.

Comme le phénomène de la variation du prix des choses sous l'influence d'une variation de la quantité de monnaie

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