I II
existence, elle n'a plus assez de force pour remplir ce rôle; ce n'est plus la Banque de France qui dirige le crédit, c'est le crédit qui entraîne la Banque de France.
Je n'exagère rien. Les nombreux services que la Banque dispense au pays depuis dix ans ne sont que des services rendus en temps normal et prospère ; mais ce corps immense qui a la force de remuer des milliards, n'a plus celle de résister aux événements contraires sans leur opposer le funeste bouclier des mesures restrictives.
Lorsqu'on établit une théorie qui embrasse des périodes séculaires, il faut prévoir les crises politiques et financières. Dans une crise, la Banque de France peut être assaillie de demandes de remboursement ; or, la différence entre le passif exigible et les réserves métalliques représente l'importance des masses populaires qui peuvent encore assiéger ses guichets lorsque, épuisée, elle n'a plus d'argent à leur donner. En 1805, cette différence était très faible; en 1813, elle était de 129 millions; en 1848, de 185 millions; elle est aujourd'hui de 750 millions; les masses qui peuvent réclamer à la Banque un remboursement impossible à effectuer tendent donc à devenir chaque jour plus nombreuses.
Il faut, au milieu des apparences favorables, distinguer le véritable fond des choses : la Banque de France est incontestablement une institution qui rend au pays les plus éminenls services ; mais une pensée me préoccupe : la partie la plus élevée et la plus utile de sa mission est de rendre ces services surtout en temps de crise ; pour la remplir, la Banque doit avoir de grandes ressources métalliques; or, son encaisse est chaque jour plus exposée aux attaques, autant par le développement des transactions à l'intérieur que par
la solidarité croissante de la France avec le commerce étranger. Obligée, aux jours de crise, de veiller à sa propre conservation, la Banque de France, serait donc impuissante à soulager les souffrances du pays. D'une manière générale, je considère que les banques de circulation sont, par leur vice de constitution, engagées dans une fausse voie, et cette voie présente des difficultés qui croissent à mesure que les besoins commerciaux se développent.
Il est donc nécessaire de modifier le régime de la Banque de France; il faut donner à cette grande institution une organisation plus vigoureuse, il faut la doter de la puissance nécessaire à son but, celle qui lui permettra d'être toujours le régulateur du crédit en France, quelle que soit la rigueur des circonstances et des temps.
, J'ai plusieurs fois parlé du danger, pour la Banque, d'être conduite à suspendre ses paiements, d'être conduite à faire décréter le cours forcé des billets de banque. Lorsqu'un régime, je veux désigner celui créé par le principe du billet à vue et au porteur, est universellement reconnu comme le seul normal et désirable ; lorsque la première institution de crédit d'un grand pays, défendant ce régime, doit, aux yeux de la nation entière, s'avouer vaincue par le flot des événements, le cours forcé, décrété comme le remède empirique d'une désastreuse défaite, n'a rien de commun, dans ses effets moraux, avec le cours légal librement institué au sein d'une nation éclairée, s'inspirant de saines doctrines.
lt«>