‹ La Banque De L'AlgérieChapitre 17 sur 122 · AS RATE · texte numérisé non relu

AS RATE

stabilisé, l'opération n’aurait pas d'intérêt), alors, l'Algérie devient vis-à-vis de la Franceun pays à change haut; les exportations y sont moins avantageuses, car les prix montent moins vite en France que la valeur de la monnaie ne baisse; les importations de ce pays. au contraire, le sont plus, pour la même raison; les frais d'administration restant pour la France les mêmes en Algérie, la balance de l'Algérie devient débitrice, la France étant de beaucoup son principal client. Pour régler la différence, la banque va continuer à utiliser ses disponibilités en bons du Trésor, qui seront encore très grandes ; peu à peu celles-ci vont diminuer, et alors le portefeuille sera uniquement composé d'effets escomptés : par suite de la crise qui sévira, leur montant sera moins élevé qu'auparavant, et comme en outre les bons du Trésor auront disparu, l'émission se comprimera progressivement jusqu’à ce qu’elle soit revenue dans des limites suffisantes pour faire cesser le cours forcé.

Ces déductions que nous exposons sont elles-mêmes, nous devons le reconnaître, très sujettes à caution. Si les deux francs deviennent indépendants, la Banque devant donner à son franc une base or, devra en acheter pour augmenter son encaisse; à cet effet elle peut employer sa couverture en devises étrangères, mais celleci épuisée elle doit utiliser des billets, et alors s’achemine vers une nouvelle inflation, une nouvelle dépréciation.

D'autre part, l'indépendance du franc français visà-vis de l’Ebat encouragerait certainement les capita-

listes à augmenter leurs placements en Algérie, ce qui

Sa 1 PEAR

améliorerait sa balance des comptes, maintiendrait de grandes disponibilités à la banque d'Algérie en France et empêcherait l’utilisation de tous les billets pour les besoins du crédit commercial, dont freinerait la revalorisation. 4

En somme, la question est très complexe, les facteurs si nombreux, d'importance si diverse. et si difficilement susceptibles d’être connus à l'avance (ainsi par exemple l’état dela récolte) que l’on ne peut donner à ceproblème de solution certaine Mais en admettant que le franc algérien tende à se revaloriser complètement, pratiquement la chose est impossible : la déflation totale, quand il faut revaloriser jusqu’à 6 fois la monnaie, est un véritable crime économique; elle s’accompagned’une crise de production intense et chronique, d’un arrêt de la vie industrielle et commerciale : nous en avons vu des exemples au Brésil vers 1905, en Argentine vers 1910, au Royaume-Uni depuis la guerre, et cependant on ne revalorisait la monnaie que d’environ un quart de sa valeur. « On entre dans l’inflation en souriant, quitte’ à en sortir dans les larmes ». a dit Justement J.-B. Say.

Le mieux serait donc de stabiliser provisoirement la monnaié à sa valeur présente, et pour l'empêcher justement de remonter automatiquement, utiliser cette couverture de devises étrangères : si le franc algérien monte trop vite, la banque achète des devisesétrangères et s’il baisse, elle vend.

Mais cette désolidarisation des deux francs est-elle souhaitable et possible ? ;

Actuellement, si la stabilisation du franc français se

ET ps er

maintient, comme on est en droit de l’espérer, il est de beaucoup préférable de conserver cette interdépendance des changes : nous avons indiqué les avantages qu’elle présentait en période de calme des changes; quand ‘aux injustices et aux troubles de l'inflation, ils sont maintenant arrêtés et Loute variation des changes ne ferait qu’en provoquer de nouveaux. \

Mais si le franc français continue à baisser, il semble qu’il faille libérer de son fardeau le franc algérien; les mêmes troubles que connaîtrait la France s'y reproduiraient sans autre profit appréciable pour la première que de plus grandes disponibilités de la banque qui pourraient être mises à la disposition du Trésor.

Evidemment il peut sembler dur aux métropolitains d’être les seuls à souffrir des dettes de guerre et de la carence de nos adversaires, mais à quoi bon infliger: cet inutile sacrifice aux Nord-Africains?

Cependant l'arrêt du compte-courant se pourrait-il réellement pratiquer? Non. Bien qu'elle ne soit prévue ni dans la loi ni dans les statuts, mais seulement dans un engagement par lettre de la banque qu’une simple décision du ministre des Finances pourrait résilier, jamais un gouvernement inflationniste, — parce que même il est inflationniste, mais ne voudrait pas l'avouer — ne permettrait cette preuve publique qu’il doute de l’avenir du franc; son honneur politique serait engagé, mais cela nous entraîne sur un autre

terrain...

Page 1