‹ La Banque De L'AlgérieChapitre 56 sur 122 · CHAPITRE Ii · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ii

L’essai du crédit agricole de la Banque de PAlgérie (1880-1885-1900)

ms

Avant 1880,le crédit agricole était peu nécessaire en Algérie. La colonie ne vivait que de l'exportation de produits naturels assez restreints : laines, céréales et bestiaux.

Mais, vers cette époque, elle eut à subir la concurrence étrangère sur le marché métropolitain; en outre la crise phylloxérique ‘de France (commencée en 1878) provoqua en Algérie un afflux de cultivateurs qui espéraient trouver sur une Lerreneuve plus de ressources que dans leurs champs ravagés. | Mais, vignerons, ils plantèrent de la vigne, entratnant les autres Algériens que la culture des céréales ou l'élevage décourageaient par les maigres profits, et tentés par les hauts bénéfices que la vente du vin en France pouvait procurer; celle-ci dépensait 150 millions par an d'achats de vin à l'Espagne et à l'Italie, le sol et le climat algériens étant particulièrement pro-

pices à la culture de la vigne, les vignobles algériens

pouvaient donner les plus légitimes espérances, qui se

sont d’ailleurs réaliséest.

Les agriculteurs furent alors obligés non seulement d'exporter, mais d’acheter des engrais et un matériel de culture coûteux, et la vigne ne rapportant qu’au bout d’au moins trois ans, il faut des crédits assez importants, en attendant de vendre la récolte.

La banque de PAlgérie, au moment du renoûvellement de son privilège, en 1880, jusqu'au 31 décembre 1897, s'était engagée tacitement à aider l’agriculture. M. Brice, rapporteur à la Chambre, M. Lucet, rapporteur au Sénat le faisaient entencdre:«La Banque de l'Algériee a pour missionde favoriser l'essorde la colonisation dans une mesure aussi large que le permettra la sécurité de ses opérations d’escompte », et ce dernier reproduisait l’engagement du Directeur, au nom de son Conseil d'Administration « de seconder lPagriculture et la colonisation dans la plus large mesure ».

Il y avait en outre à cela deux autres raisons :

D'abord le capital de la Banque venait d’étre doublé,

porté de 10 à 20 millions; pour ne pas fairé baisser les

dividendes des actions, et par conséquent leur cours,

il fallait évidemment doubler le chiffre d’affaires, augmenter la clientèle et en particulier, accepter le papier agricole.

‘Ensuite, les banques concurrentes s’établissaient qui devaient rendre évidemment la banque de l'Algérie moins sévère sur le choix de ses escomptes :

1. L’Aigérie produit actuellement environ 10 millions d’hectolitres de vin; 1 /7 de la production française, 1 /17 de la production mondiale.

La Cie Algérienne, installée en 1877, primitivement établie pour mettre surtout en valeur une concession de 100.000 ha, la liquida pour se lancer exclusivement dans les opérations de banque proprement dites ; |

Le Crédit Foncier d'Algérie, créé en 1880 : :ilfait soit des prêts hypothécaires avec les fonds avancés par le Crédit Foncier de France, et en observant alors les règles statutaires de celui-ci; soit des prêts hypothécaires avec ses propres fonds, mais insigmfiants, ses ressources provenant surtout de dépôts à vue ou à court terme; soit, avec ces dépôts, des prêts à court terme (de moins d’un an).

La Banque de l'Algérie fut donc ainsi amenée à faire des avances considérables à l’agriculture. Ce fut l’époque où régna, suivant une expression algérienne, « la Jolie de la vigne. » Tout le monde se mit à planter; on planta à outrance. La plaine de Mitidja, la région de Médéah, les coteaux fertiles du Sahel furent bientôt recouverts de ceps de vigne. Quant aux capitaux que nécessitaient ces travaux agricoles, ces installae tions et achats coûteuxde matériel vinaire,ces constructions de chais et de cuves, c’est pour la plus grande partie la banque de l'Algérie qui les fournit. Etant donné le gros rendement de la vigne et la richesse qui allait en résulter pour la colonie, qui voyait s'ouvrir devant elle un avenir des plus brillants, ne devait-elle pas en effet favoriser de tous ses efforts cel engouement du colon pour la vigne?

Quels moyens allait employer la Banque pour assurer

le Crédit agricole ? Elle employa deux procédés. Elle fit crédit aux colons, soit directement sur billets à 5 % à 90 jours renouvelables, soit indirectement par l’intermédiaire des Comptoirs d'Escompte.

Nous allons étudier le premier de ces procédés et nous nous occuperons du second à propos des comp-

toirs d’escompte.

Page 1