Albier, op. cit., p
malaise se manifesta dans la colonie. Les opérations d’avances aux colons ayant reçu un développement excessif, grand nombre de ceux qui avaient emprunté ne purent amortir dans les délais voulus, ni même verser l'intérêt des sommes qu’ils devaient. Beaucoup avaient épuisé les crédits qu'ils avaient sollicités, avant d’avoir atteint le but qu'ils espéraient. La Banque s'était trompée elle aussi, dans ses prévisions. Elle avait cru que les bénéfices que les colons devaient retirer de leur vignoble, seraient promptement réalisés et suffiraient à rembourser leur dette et au delà dans un très bref délai.
Ella allait supporter les conséquences de son imprudence, de son calcul erroné. Alors, aux encouragements, aux faveurs et aux facilités accordées par la Banque de l'Algérie aux agriculteurs succéda une politique de défiance, de resserrement et d’exécution.
La Banque avait attiré sur elle l’attention du Gouvernement en grossissant au delà des limites fixées par ses statuts, sa circulation fiduciaire. Elle avait dû avoir recours à ce procédé, pour pouvoir renouveler les crédits non remboursés à l'échéance. Cela constituait une irrégularité trop grave pour que le gouvernement ne s’en émüût pas. Aussi M.Chevalier fut-il remplacé le 26 octobre 1886, à la tête de la Banque de l'Algérie par M. Nelson Chiérico et ce fut le signal d’une réaction. « Le portefeuille Lomba de 89 à 74 millions. Le compte du Trésor, créditeur de la Banque depuis longtemps, passa de 24 à 12 millions et celui
de la Banque de France, qui est la contre-partie des
envois de numéraire faits par celle-ci en Algérie, et qui se montaient en 1886 à 6 millions fut soldée. Enfin la circulation des billets à 69 millions et l’encaisse à 22 millions restaient à peu près stationnaires1. »
Pour arriver à ce résultat, la Banque dut procéder à de nombreuses expropriations. Après avoir prêté « des sommes considérables pour la création de vignobles, elle dut souvent, pour rentrer dans ses avanc es, se substituer à ses emprunteurs devenus insolvables en rachetant les propriétés. » (est ainsi que s’est constitué le Domaine de la Banque de l'Algérie, domaine foncier dont l'importance fut appréciée en 1898 à environ 10 millions?.
On a beaucoup reproché à la Banque ces exécutions sans merci à l'égard de certains débiteurs, et on l’accusa d’avoir sciemment poursuivi par des manœuvres savantes, « l’expropriation raisonnée du territoire algérien à son profit. »
D'ailleurs, parmi les débiteurs, de la Banque, tous ne furent pas expropriés par elle. Beaucoup ayant épuisé leurs ressources avant d’avoir atteint le but qu'ils espéraient, comprirent que même avec le secours de la Banque, ils ne pourraient éviter le désastre qui les menaçait. Ceux-ci, nous dit M. Pareux, «ont cédé amisblement et volontairement leurs biens à la Banque de l'Algérie, qui préféra de son côté accepter cette cession plutôt que de poursuivre l’expropriation de débiteurs
1. Franconie, La transformation des Banques coloniales et de la Banque de l'Algérie.
2. Cf. Rapport Le Moigne, Chambre des Députés, 1899. 3. Henri Garroit, La Banque de l’ Algérie.
ere
malheureux, mais pour la majeure partie dignes d’intérêt. » |
La nouvelle attitude de la Banque eut pour conséquence immédiate de provoquer une crise immobilière en Algérie.
Les Algériens furent '‘unanimes à en rendre responsable la Banque, les uns parce qu’elle avait fait imprudemment des avances considérables, les autres parce que ses guichets étaient désormais fermés aux agriculteurs.
De 1886 à 1892, l’épuration du portefeuille avait continué, les expropriations aussi, de sorte que les débiteurs dépossédés attaquèrent violemment lAdministration de la Banque!, qui dut se défendre.
Le 14 juin 1892, la question fut portée à la tribune de la Chambre des Députés par M. Goirand qui fit une interpellation sur «Les Bilans de la Banque de l’AIgérie». Ce fut une critique sévère de la gestion et des opérations de la Banque depuis 1881, et une attaque violente contre son Conseil d'Administration. M. Rouvier, ministre des Finances, répondit à chacun des griefs articulés par l’interpellateur en montrant que la situation s’était déjà améliorée etque «les bilans allaient être modifiés et feraient apparaître les réformes qui étaient commencées deuuis longtemps?. » La Chambre €prenant acte des déclarations du ministre en ce qui concerne les modifications à apporter au bilan », passa à l’ordre du jourÿ.
2. Discours Rouvier. Interp. Goirand et Laur, 14 juin 1892. 3. Journal officiel, 15 juin 1892.
La même année, la Banque dût reconnaître, à l’assemblée générale, que le montant des créances sorties du portefeuille depuis 1887, resté impayé et figurant dans les «Comptes extérieurs » (cette rubrique désignait aussi le Domaine de la Banque) s'élevait à la somme respectable de 22.500.000 fr.
Des mesures furent prises pour amortir ces mauvaises créances : On créa un compte « Domaine » représentant la valeur réelle des propriétés cédées et estimées au plus bas prix, soit 8 millions.
La somme restant, soit 14 millions, fut compensée
par moitié avec les réserves, l’autre étant portée à un « compte de liquidation! » lys
Mais la liquidation de 7 millions d'engagements, sur lesquels guère de rentrées n'étaient à prévoir, la gestion d’un Domaine considérable avaient rendu la situation. tellement grave que le « gouvernement avait envisagé la liquidation de la. Banque » et non son relèvement. Le Ministre des Finances, en 1890 (M. Cochery) envoya en Algérie M. Marc Lafont, Inspecteur des Finances, | pour la préparer. Pour ne pas émotionner le publlic, on avait couvert M. Lafont du Litre de sous-directeur, mais en réalité, il était parti, non pour la gérer, mais pour indiquer au Gouvernement les meilleurs procédés à employer pour la liquider.
Après une étude de quelques mois, M. Lafont aboutit à la conviction que la Banque pouvait être renflouée .
il fit part de cette opinion à M. Cochery, M. Nelson