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Nous avons vu que la Banque prêtait aussi, indirectement, par l'intermédiaire des comptoirs d’escompte.
Ce sont des Sociétés anonymes par actions, administrées par un conseil choisi parmi les actionnaires et de rayôn d'action limité; le nombre des actionnaires varie de 60 à 300, le capital de 100.000 à 1.000.000 de fr. en moyenne 300.000 dont une partie est versée.
Le crédit agricole n’était pas leur but exclusif, ce qui leur assurait ainsi une grande liberté d'actions: mais fondées en général, par des agriculteurs, ce fut surtout. sur lui que se portèrent leurs efforts.
Le comptoir endossait le papier qui lui était présenté, et le faisait ensuite réescompter par la Banque de l'Algérie; 1l procurait ainsi la seconde signature exigée par la Banque, garantissant auprès d’elle les clients qu’elle ne connaissait pas. La Banque de l'Algérie réescomptait à 5 %, le comptoir prélevait une Commission de ? à 3 %, ce qui mettait l'argent à 7 ou 8 %.
Le plus ancien des comptoirs est celui de St-Denisdu Sig, fondé en 1871; en 1871-1880, il s’en fonda 9: 1880-1886, 13; 1886-1892, 10; en 1897, celui de Sétif.
La Banque envoya des agents dans les principaux centres, pour exposer aux colons la théorie du crédit mutuel et les avantages que procurait la création des comptoirs. L
Les comptoirs pratiquèrent pour les crédits de campagne, le même système que la Banque; ils prétèrent pour récoltes, construction de caves et chais,
même achats de terrains.
Aussi, en 1886, lors de la crise, la Banque de l'Algérie resserrant son crédit fut obligée de restreindre l’aide qu’elle apportait aux Comptoirs.
Leurs renouvellements n'étant plus acceptés par la banque, ils furent contraints comme elle d'exécuter des débiteurs.
À partir de cette époque les Comptoirs perdirent leur liberté, et Ia banque dirigeait la liquidation des affaires contentieusest1.
Le revirement de l'attitude des Comptoirs, lié à celui de la banque, provoqua parmi les colons les plus grands mécontentements. |
Mais les comptoirs avaient commis bien des fautes, il faut le reconnaître : outre les prêts à long terme, qui furent leur principale, ils étaient mal administrés; des administrateurs se servaient de leur situation pour présenter à l’escompte de nombreux effets des établissements qu'ils dirigeaient. «Un jour, on s'aperçoit que sept administrateurs du comptoir de Philippeville ont à la Banque d'Algérie une dette de un million. Plus tard des débats engagés devant le tribunal d'Alger, feront connaître qu'un négociant de Philippeville, s’est fait souscrire pour 400.000 fr. de billets par son caissier — un employé à 200 fr. par mois — et que la Banque a escompté ces billets présentés par le comptoir?. » La politique jouait aussi souvent un rôle, des comptoirs étant aux mains d’un parti et accueillant avec bienveillance, seulement les amis de leurs protecteurs influents.
1. V. Mémoire en défense du Comptoir d’escompte de Guelma contre Ja Banque algérienne.
2. Vignon, La France en Algérie. Cf. aussi l’interpellation à la Gham- . du 14 juin 1892,
Leurs frais généraux étaient artificiellement majoré pour ne pas constituer de réserves, et leurs dividendes considérables.
Cependant, onne doit pas adresser aux Comptoirs que des critiques : «Partout où ils se sont créés, on a vu subitement diminuer le prix de l'argent. Ils se sont substitués aux usuriers, qui pressuraient les colons et
indigènes escomptant à des taux variant entre 48 et
60 %1. D'autre part, les comptoirs ont été une pre-.
mière expérience de la mutualité, qui devait rendre plus facile toute tentative ultérieure.
Enfin ils ont aidé, avec la Banque, à la constitution de 25.000 hectares de vignobles et d’un outillage vinicole considérable.
Les comptoirs, dont l’activité était si brillante, en 1885, sont sortis fort amoindris de la crise: ‘entre 1892 et 1898, 4 ont dû entrer en liquidation. Sur 24 subsistant alors, 13 en 1900 et 10 en 1902, ont distribués à leurs actionnaires un dividende de 4 à 7 %.
La Banque de l'Algérie, à la suite des engagements qu’elle prit en 1900, au renouvellement de son privilège, dut modifier complètement ses relations avec les comptoirs. Ceux-c1 ont dû rechercher auprès d’autres sociétés financières l’appui qui leur était nécessaire. Ceux dont la situation était précaire, les immobilisa-
tions nombreuses, ont été appelés à disparaître. La Cie
Algérienne ouleCrédit Foncier d'Algérie-Tunisie, quand
ils voulaient établir une succursale dans une commune