Le Petit Provençal, 4 mars
Certaines de ces coopératives, particulièrement les tabacoops, ayant monopolisé le commerce de certaines branches, d’autres se lançant dans la spéculation, toutes enfin étendant beaucoup leur chiffre d’affaires, on comprend que la banque d'Algérie ait manifesté à leur égard quelque appréhension. Elle peut penser qu'ayant accordé des cotes de crédit importantes * ces « créations du Directeur de l'Agriculture », dans quelques années leurs besoins, du fait même des facilités qu’elles y trouvent, se seront encore accrus, et ce sera une nouvelle lutte pour l’augmentation du réescompte. |
Enfin, la banque n’avait-elle pas lieu d’être indisposée par le spectacle de coopératives qui avec leurs bénéfices (bénéfices illégaux), achetaient des journaux pour combattre le politique de la banque même.
« Comment espérer que la banque agricole donnera les résultats souhaités, si au lieu de répondre au but que nous venons d'indiquer, elle est submergée par le papier émanant des coopératives, telles qu’elles sont aujourd’hui; cette nouvelle banque agricole servirait surtout à renforcer les privilèges dont les groupements de producteurs bénéficient au détriment des autres forces de la colonie; elle se verrait exposée à des risques redoutables, car les effets créés par les coopératives et émis souvent en vue de la formation d’entreprises aléatoires, sont loin de représenter toujours les garanties désirables » (Le Temps, 25 avril 1926).
Ces considérations pessimistes devaient jouer un rôle dans la discussion sur le réescompte du papier des
Caisses agricoles.
Mais elles ne semblent pas avoir eu d'influence di-
recte sur la marche des coopératives : les colons sont
en effet bien trop puissants en Algérie, par le nombre, par la fortune, et la situation politique : 62 délégués financiers sur 69 sont imposés au titre des bénéfices
agricoles, et 1ls devaient s'opposer à toute tentative de
transformation du régime des coopératives qui leur est
si profitable.
Cependant l’action de la banque de l'Algérie et des syndicats commerciaux et de fonctionnaires, aura eu tout de même un résultat : renforcer le contrôle gouvernemental des coopératives et surveiller particulièrement le papier qu’elles envoient à l’escompte des caisses
régionales.