CHAPITRE IV
La réorganisation du crédit agricole à court terme.
Nous avons vu le magnifique développement des Caisses de Crédit mutuel agricole en Algérie et la non moins brillante réussite des coopératives. Nous avons vu que le crédit « par en bas », unique solution envisagée par les débuts du crédit agricole, comme pratique et rationnelle, était devenu insuffisant, et qu'il fallait un puissant organisme d’escompte pour augmenter les capitaux à mettre à la disposition de l’agriculture.
Les colons se sont naturellement adressés, suivant leur habitude, à la Banque de l’Algérie, pour les prêts à court, long et moyen terme; de nombreux projets furent présentés, des discussions, longues et souvent, très tendues, se sont engagées entre la Banque et le Gouvernement vénéral représentant l’opinion publique; nous allons les examiners car leur intérêt ne vient pas seulement de ce qu’ils ont abouti aux résultats actuels, mais encore de ce qu’elles reflètent nettement l'esprit de la banque et celui des colons : il semble que beaucoup
de ceux-ci, depuis les fâcheux événements des comp-
toirs d’escompte, n’ont rien appris et ont tout oublié alors que la banque n’a rien oublié et prétend avoir beaucoup appris.
Il nous faut ici distinguer entre les crédits agricoles à court terme! et les crédits à moyen (1-6 ans) et long (6-25 ans) terme.
Pour ces derniers, la création d’un organisme indépendant de la Banque d'Algérie a été considérée par tout le monde comme une heureuse solution : on ne discute que sur son administration et ses ressources, mais non sur son existence même, Pour le crédit à court tesme, au contraire, les colons le voulaient rattacher à la Banque de l'Algérie, et celle-ci le désirait dans les attributions d’une Banque Agricole.
Nous: allons étudier successivement lés projets d’organisation des crédits à court, et à long et moyen termes; l'exposé des premiers sera le plus important, tant par les discussions plus nombreuses et plus délicates auxquelles ils donnèrent lieu, que par ce qu'il contiendra des explications se rapportant aux crédits à long et moyen terme, étant donné l’interpénétration
et les liens étroits des deux sortes de crédits.
1. Le crédit à court terme n’a pasici le même sens, notons-le encore, qu’en matière commerciale; sa durée est, non plus de 90 ou 100 jours, mais 9 mois ou un an; en outre selon qu’il est destiné à des opérations mercantiles ou à l'exploitation agricole, son gage est représenté ou non ‘par une valeur réelle mobilisable.