‹ La banque libre; exposé des fonctions du commerce de banque et de son application à lChapitre 23 sur 30 · XXXIX. Pas de erédit a^rleole San» la liberté · texte numérisé non relu

XXXIX. Pas de erédit a^rleole San» la liberté

des lianqaes. •

Non-seulement la liberté des banques de circulation est le meilleur moyen d'établir un crédit agricole sérieux et étendu, mais ce moyen est le seul. On ne peut, en effet, imaginer nulle combinaison pour fonder ce crédit à la mécanique, en quelque sorte : jamais un crédit sérieux ne s'introduit ainsi, sans tenir compte des valeurs morales et des qualités personnelles. Or, quelle organisation, quel système mécanique peut aller chercher ces qualités et les mettre en valeur comme la liberté des banques? Aucun assurément.

11 est remarquable que les panacées assez nombreuses que Ton a imaginées pour fonder telle ou telle espèce de crédit sont spéciales, et ne peuvent, par conséquent, être . appliquées avec quelque espérance de succès que dans les grands centres, là où le commerce spécialise avec avantage ses opérations. Aucune de ces institutions ne peut atteindre les petits marchés et les campagnes.

Il en est du commerce de banque comme de tous les autres : il se spécialise sans difficulté là où les opérations sont abondantes. A Paris, par exemple, le Crédit foncier peut prospérer à côté de la Banque de France et d'un

certain nombre de banques spéciales, comme on voit prospérer des maisons, qui vendent du thé seulement ou du café seulement, à côté des épiciers proprement dits.

Mais sur les petits marchés, le commerce est obligé de réunir, pour faire ses frais, des branches d'affaires très-différentes. Non-seulement il n'y a pas de maisons spéciales pour les thés ou pour les cafés, mais il n'est pas rare de voir l'épicier être en même temps quincaillier, libraire, marchand de fer, etc. De même, pour qile la banque des petits marchés et des campagnes puisse faire ses frais, il faut qu'elle ait la faculté de réunir toutes les opérations de son commerce et de pratiquer surtout une des plus lucratives, l'émission des billets. Si on prive la banque de campagne de cette faculté, elle devient impossible dans le plus grand nombre des localités où la population est peu nombreuse, c'est-à-dire dans les localités agricoles.

Il n'est question en Ecosse ni de crédit hypothécaire, ni de prêts d'honneur, ni de crédit au travail, ni de banques du peuple, parce que les vieilles banques de circulation qui y existenl accordent depuis lc)rigtëffi|js le crédit que chacun mérite, quelle que soit d'ailleurs sa condition. Elles seules possèdent un personnel assez nombreux, assez intelligent et assez bien placé pdiir tenir compte, autant qu'il est possible, de toutes les capacités que renferme le pays.

Restons en France et considérons la spécialité du crédit agricole. Personne assurément ne pense que la

LA BANQUE LIBRE. i3f

Banque de France puisse élàbHr et gérer cihq mille succursales dispersées sur totite là surfstte du pa^s. Quelque amoureux que nous soyons de lutiitê et du grandiose, il faut bien reconnaître qu'un tel établissement serait irréalisable.

Mais on espère mietlx de la compagnie.du Crédit agricole. On pense qu'avec les avantages qu'elle accorde, de nombreux agents recrutés sur toutes les parties du territoire s'empresseront 'de lui apporter de brillantes affaires; On peut espérer surtout que, si une réforme de la législation permettait au cultivateur d'engager tout son avoir mobilier, le crédit agricole serait réellement fondé et pourrait se développer.

Que toutes ces réformes ainéliorassent la siluatidH actuelle, nous ne le contestons pas, mais il s'en faudrait de beaucoup qu'elles pussent donner ce qu'on serait en droit d'attendre des banques dé circulation libres, âitisi que nous allons essayer de l'établir par un examen rapide.

^ ° La compagnie du Crédit agricole agit sans coiicùrrents ainsi que ses agents, et daiis cette cotidilion, on le sait, il est diiTicile d'obtenir beaucoup d'activité et d'esprit d'invention.

2^ La compagnie du Crédit agricole procédera néces-

sàiremenl par règlements uniforniés et le crédit agricole

présente les exigences les plus multiples et les plus

variées. Une partie des besoins restera, quoi que l'ôri fasse, sans satisfaction.

y La compagnie du Crédit iigricole n'ouvrira pas de comptes courants dans toutes les localités, de manière à faire partout le service de caisse. Or, ce service est trèsimportant, non-seulement parce qu'il rend actifs et disponibles des millions et des milliards peut-être, que le Crédit agricole laissera sans emploi, mais aussi parce qu'il permet au cultivateur de se libérer jour par jour, au besoin par petites sommes, et, le tenant en contact journalier avec la banque, l'habitue peu à peu à calculer et à compter.

V Si les cultivateurs aisés qui ont des fonds disponibles veulent les faire fructifier, ils seront obligés de les envoyer à la Bourse de Paris, d'autant plus que le Crédit agricole ira leur enlever un certain nombre de placements locaux.

5* Quels seront les agents du Crédit agricole? Des notaires ou des capitalistes placeurs, de ceux qui s'élèvent et se font actuellement banquiers. Nous avons signalé les tendances naturelles du notaire et montré comment elles étaient peu favorables à la production. Celles du capitaliste placeur ne sont pas beaucoup meilleures : elles aussi vont au gage plutôt qu'à la personne, et portent à spéculer sur la ruine du débiteur et la réalisation du gage à vil prix plutôt que sur la ponctualité dans les payements. Il ne peut en être autrement, puisque dans l'état actuel des choses, la réalisation du gage peut être plus lucrative pour le prêteur qu'un remboursement exact à l'échéance. Du reste, il faut le reconnaître, plus

le crédit se fondera sur le gage, plus la personne lui sera indifférente et moins il sera productif.

6** Enfin avec la banque libre, il n'existe entre le capitaliste et l'emprunteur qu'un seul intermédiaire, qui est la banque elle-même. Avec le Crédit agricole il y a : r l'agent local qui négocie le prêt; 2° le Crédit agricole qui le consent; 3° le Crédit foncier qui fournit les fonds; 4° le capitaliste qui prête au Crédit foncier; 5° les agents que celui-ci emploie s'il faut prêter par achat d'obligations à la Bourse de Paris. Il faut payer tous ces agents, perdre tout le temps qui s'écoule entre l'envoi des capitaux à la Bourse et leur retour par l'agent du Crédit agricole! Quel mécanisme compliqué! Que de temps, de mouvements et de négociations, là où des banques libres opèrent si vite, directement et simplement !

Quelque disposés que nous soyons en France à élever de grandes machines administratives et à préférer le crédit réel «au crédit personnel, il faut reconnaître qu'aucune grande institution, pour bien dirigée qu'elle soit, qu'aucune réforme des lois relatives au prêt sur gages, ne peuvent procurer à l'agriculture le crédit fécond qu'elle obtiendrait de la liberté des banques de circulation. Aucune autre combinaison ne mettra en présence l'homme dont le métier est de placer et de bien placer et l'homme qui cherche à emprunter, dans des conditions telles que le premier puisse pleinement apprécier et mettre en valeur les qualités personnelles de l'autre. D'autres combinaisons pourront \)lus ou moins donner

du crédit aux gages ; les banques de circulation libres peuveqt seules aller chercher et mettre en valeur les hommes capables ; elles seules peuvent donner une )3onne solution au problème du crédit agricole.

|UL. Résniné de la 41«cii«»lon préeééeute.

Nous croyons avoir établi dans la discussion qui précède :

1^ Que la liberté pour les banques d'émettre des billets à vue et au porteur est de droit commun et que les banques seraient toujours responsables des erreurs quelconques qu'elles pourraient commettre ;

2*' Que la liberté des banques m saurait causer ni une inondation de billets sur le marché, ni des >crises commerciales;

3** Que des banques jouissant de la liberté des émissions mettraient au service du public un capital plus considérable que les banques privilégiées et investies d'un monopole;

4° Que des banques libres se répandraient sur tout le

territoire et notamment dans les campagnes où elles

favoriseraient les progrès de la culture et la transformation des habitudes économiques des cultivateurs;

5** Que des banques privilégiés investies d'attributions

spéciales ne sauraient jamais, quels que fussent d'ailleurs le talent et la bonne volonté de leurs directeurs, rendre les mêmes services;

6° Que, par conséquent, le problème de la liberté des banques, fort intéressant pour tout le.monde, intéressait en premier lieu et directement les progrès de l'agriculture et le bien-être des cultivateurs. .

Nous avons établi ces propositions , non-seulement par des raisonnements rigoureux, mais aussi par l'observation de ce qui s'est passé dans les pays où s'est développée la liberté des banques. Dans ces pays, les faillites, particulièrement les faillites de banque, n'ont pas eu plus d'importance que chez nous, ni peut-être une importance égale, et les services que ces établissen^ents y pf)J rgpdus sont aus'si grands qu'incontestables.

Yeut-on juger les systèmes de banque par l'opinion des populations ^u milieu desquelles ils fonctignnent? I^es Éc.oss9is et les habitants de la Nouvelle-Angleterre sont fiers de leurs banques et leur attribuent en grande partie la prospérité dont ils jouissent : iJs y plq.C(înt s^ps craiptjç Jeurs fonds en dépôt. Les Français, m cpntraire, se (Jj^fient de leurs banques et ne savent pas précisément sj elles lieur fopt plus de bien que de pial : ils n'y placent ljçpf3 fopds qu'avec répugnance et ne font par elles leurs cecgtte§ et leurs payements qpe dans les cas d'extrême nécessité. N'est-il pas naturel de croire que l'fipipiop des populations qui se servent des banques est fondée sur l'expérience et que les pays où les banques sont le plus

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considérées sont ceux où le régime banquier est le meilleur et rend le plus de services ? Nous le pensons et nous admirons l'aplomb de ceux qui, malgré le droit commun , le raisonnement et l'expérience que nous montre l'histoire, s'obstinent à dogmatiser en faveur du monopole.

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