XXIX. Du crédit agricole par le coininerce de bauqne
On obtiendrait des résultats bien différents, si on pouvait introduire dans l'agriculture le commerce de banque et ses procédés. Alors en effet on n'aurait pas besoin de demander aux capitaux urbains et éloignés toutes les sommes qu'on prêterait aux cultivateurs, et le crédit prendrait dans l'agriculture le caractère qu'il a dans le commerce; il deviendrait personnel.
Des banques agricoles rendraient disponibles des capitaux considérables qui aujourd'hui ne servent à personne. Ce sont les sommes que les habitants des campagnes gardent chez eux sans aucune nécessité et dont ils ne savent que faire. Ces fonds , déposés dans les banques, entreraient en activité et seraient remplacés sans difficulté par des billets et des virements.
Quelle est l'importance de ces fonds. Ils ont été évalués à des sommes considérables; mais en prenant l'évaluation la plus modérée, ils ne peuvent guère s'élever à moins de deux milliards de francs, somme très-supérieure à celle que la plus grande compagnie peut mettre à la disposition de l'agriculture. Au lieu d'emprunter cette somme au dehors, les banques agricoles la trou-
i»« LA BANQUE LIBRE.
veraient chez les agriculteurs eux-mêmes et leur apprendraient à s'en servir.
Et comment des banques agricoles mettraient-elles cette somme en valeur ? En cherchant dans tout le personnel agricole les hommes les plus capables de la faire valoir et en la mettant à leur disposition.
Mettre deux milliards à la disposition de l'agriculture, ce serait certainement lui rendre un grand service; choisir les hommes les plus capables de les faire valoir, serait sans aucun doute un service beaucoup plus grand. — Mais cela est-il possible ? Peut-on imaginer la transformation qu'introduirait dans le pays une révolution aussi considérable? N'y a-t-il pas dans cette conception, thi rêve et de l'utopie ?
C'est ce qu'il convient d'examiner.