XXX. Dcj§» banques agricole» sont-elles possibles
On considère généralement les banques agricoles comme impossibles tout simplement parce qu'on ne les voit pas. « Comment existeraient-elles, dit-on, puisque des banques ne peuvent prêter sur hypothèque sans se ruiner, ni prêter à découvert et sur simple billet, et que
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ce sont les deux seules formes de placement que présente l'agriculture?»
Nous répondrons d'abord que le prêt hypothécaire n'est pas le moins du monde ruineux, comme on le dit, pour des banques. Le raisonnement le prouve, car il n'y a nul motif pour que des fonds prêtés aux banques à long terme ne soient pas placés à long terme par elles. L'expérience le prouve aussi, puisque les banques d'Ecosse et des États-Unis prêtent couramment sur hypothèque. Le capital des banques de France et d'Angleterre n'est-il pas d'ailleurs tout aussi bien immobilisé que s'il était prêté sur hypothèque ?
Ce qui est certain, c'est que des banques ne peuvent se fonder pour la simple négociation des prêts hypothécaires, surtout chez nous où les prêts de ce genre ne sont le plus souvent qu'un premier pas vers l'expropriation et la ruine.
Ce qui est certain encore en tout pays, c'est que les négociations hypothécaires ne peuvent être qu'une branche accessoire d'opérations. Les opérations principales consistent à recouvrer et payer pour autrui, conserver les fonds de caisse et les employer à faire des avances temporaires. Mais n'y a-t-il pas à la campagne un mouvement de caisse propre à donner lieu à des opérations de banque ? Les agriculteurs reçoivent le prix de leur bétail et de leurs récoltes ; ils payent de la main-d'œuvre, du bétail, des engrais : ils ont donc un mouvement de caisse et ce mouvement étant beaucoup
plus lent que celui du commerce, laisse plus longtemps des fonds disponibles.
Dès qu'il y a mouvement de caisse, il y a lieu de faire et de recevoir des avances temporaires, destinées à être couvertes par les fonds à recevoir : il y a lieu de faire toutes les opérations que pratiquent les
banques.
Il est vrai que l'agriculture ne fournit actuellement ni gage réel autre que la terre, ni papier escomptable ; mais elle pourra fournir des gages réels mobiliers dès que le législateur voudra bien le lui permettre, et il est probable qu'elle aurait du papier de portefeuille si elle avait où l'escompter. Aujourd'hui elle vend ses récoltes au comptant ou à très-courte échéance. Dans bien des cas, il lui conviendrait de les vendre à plus long terme et de recevoir des billets. Mais dès aujourd'hui elle pourrait emprunter sur ses propres billets en couvrant le banquier par une hypothèque ou un cautionnement.
D'ailleurs il ne faut jamais limiter ce qui est possible à ce qui existe actuellement. Les agriculteurs n'ont actuellement aucune habitude commerciale : ils ont peu de prévision dans leurs affaires d'argent et manquent surtout de ce qu'on peut appeler le sentiment des échéances. Mais il est évident que si leur situation changeait, leurs habitudes changeraient avec elle : s'ils pouvaient obtenir du crédit et arriver par ce moyen à la fortune, à la condition de changer d'habitudes et d'acquérir des qualités commerciales , ils changeraient d'habitudes et acquer-
raient les qualités nécessaires, comme on l'a vu dans d'autres pays.
On doit convenir que l'agriculture offre au commerce de banque peu d'opérations et que ces opérations ne peuvent guère faire l'objet d'une spécialité exclusive ; mais en les combinant avec quelques opérations que fournissent l'industrie et le commerce des villes voisines, on comprend fort bien qu'une banque puisse parvenir à faire ses frais et à réaliser des bénéfices.
Pourquoi donc ne s'établit-il guère de banques agricoles ? Parce qu'elles rencontrent dans l'ignorance de la population un obstacle très-grand, et un autre obstacle considérable dans la législation très-rédementaire et protectrice^ qui régit les biens des agriculteurs; mais le principal empêchement tient à ce qu'aucune perspective de grands bénéfices ne se présente à ceux qui seraient tentés d'entreprendre des banques agricoles et de lutter contre les difficultés sérieuses que rencontre toujours un établissement de ce genre.
JLXXI. La liberté des éuiiissious déTelopperaît le coioaucrce de banque.
La liberté des émissions changerait cet état de choses. Il est incontestable qu'on peut tenir en France un mil-
liard de billets de banque en circulation, puisque c'est à peu près le chiffre auquel s'élèvent les émissions de la Banque de France. On peut bien présumer sans trop de témérité que, pendant quelques années, il serait possible d'émettre de huit cents millions à un milliard de plus, et de maintenir cette somme de billets en circulation ^
Le revenu à 4 O/o seulement d'une somme de 2,000 millions est de 80 millions. La liberté des émissions offrirait donc une prime annuelle de 80 millions à ceux qui tenteraient d'étendre et de perfectionner dans le pays le commerce de banque. Il n'est pas probable qu'on dédaignât une prime aussi considérable, et on peut affirmer qu'un grand nombre de personnes s'efforceraient d'en obtenir une part. «
c( Mais qu'arriverait-il , grand Dieu ! s'écrieront la plupart de nos prudents compatriotes, si la liberté des banques était déchaînée sur le pays, si une prime de 80 millions par an était assurée à ceux qui useraient avec le plus de témérité de cette liberté ? »
Essayons de rassurer ces hommes trop prudents et commençons par leur faire observer que cette prime de 80 millions par an ne coûterait rien ni aux contribuables, ni à personne. Ce serait une simple économie, résultant
1. 11 faut se rappeler que les billets de la Banque de France ne circulent pas hors des villes, et qu'en pratique, leur moindre coupure est de 100 fr., parce que la Banque relire les billets de 50 fr. La liberté pouvant étendre les opérations sur tout le territoire et émettre sans dommage des coupures de 20 fr. pourrait, au commencement, émettre beaucoup plus de billets que la Banque de France.
de l'application libre d'un procédé très-connu. Ce serait, pour employer le langage de Bastiat, une création d'utilité gratuite. Ajoutons que cette somme serait distribuée entre les banques au prorata du crédit que chacune d'elles aurait obtenu du public, sans faveur ni injustice d'aucune sorte, ce qui ne laisse pas de mériter quelque attention et de distinguer cette prime de toutes celles que le gouvernement pourrait accorder.