‹ La Barégine: Des Eaux Sulfurées Sodiques De BarègesChapitre 13 sur 45 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

La matière concrète qui se rencontre en grande quantité dans les eaux minérales de Barèges a depuis fort longtemps intrigué par sa nature les chimistes, physiciens et « Ministres de Santé » qui s’occupèrent des eaux minérales. Barèges était loin d’avoir son importance actuelle que déjà cette substance particulière aux eaux sulfurées sodiques des Pyrénées faisait l’objet de nombreux travaux.

I 'est déjà loin le temps de la charmante légende de la découverte des eaux de Barèges. « La tradition a écrit Lomet, ajoute que ce furent non les bergers mais leurs troupeaux qui firent la découverte de ces eaux minérales. Cette histoire est celle de presque toutes les sources de même espèce et il faut en tenir note car elle fait honneur à la modestie humaine. Malheureusement, les habitants seuls profitèrent des eaux de Barèges, et ces eaux ne profitèrent que des lumières des habitants ! elles restèrent dans leur bourbier ».… Nil nove sub sole ! | 3

En 1670, les eaux sulfurées sodiques de Barèges sont présentées à l’Académie Royale de Paris par Duclos. C’est la première analyse effectuée. La célébrité de Barèges commence à se répandre et « La Maintenon étant à Bagnéres avec le

ET SOe

petit duc de Maine, bâtard du plus fastueux de nos tyrans, elle résolut de le mener à Barèges » (1).

Dès lors commence une ère de prospérité pour ce pays désolé, et les chercheurs vont, avec les courtisans désœuvrés, suivre à la montagne le fils du grand Roi.

Barèges est devenue la station à la mode et avec le Marquis de Louvois, le Maréchal de Richelieu, le Cardinal de Rohan, la Reine Hortense de Hollande etc., nous y trouvons après le célèbre Fagon, les Fournefort, les la Lapeyrouse, les Barrelier, les Cassini, les Gouan, les de Saint-Amans, les Palassou etc etc.…, tous curieux de connaître ces régions encore inexplorées, tous avides de se faire un nom dans la science. Nous voyons à cette époque une véritable explosion de communications les plus variées aux Académies les plus diverses : Communications émaiilées souvent de polémiques violentes entre ces prospecteurs de la première heure.

Les premiers en date à parler de la Barégine sont les Bordeu. En 1746, Théophile de Bordeu s’exprime ainsi dansses « Letires sur les eaux minérales du Béarn et de Bigorre » — 23°, 24°, 25° lettres. « Il y aura disait Théophile de Bordeu beaucoup de recherches à faire par rapport à ces glaires ; le temps nous apprendra beaucoup ; je ne puis pas me persuader qu'elles n’aient pas des usages fort étendus. » En 1750, Antoine de Bordeu continue les travaux sur la Barégine dans ses Disserlalions sur les eaux minérales du Béarn. En 1752, Théophile de Bordeu reprend cette étude dans An aquilaniæ minerales aquæ morbis chronicis dont les cinq premiers chapitres sont consacrés aux eaux de Barèges. En 1763, paraît la « Troisième lettre de François de Bordeu. » Enfin et surtout nous retrouvons une étude éparse mais complète dans le Journal de Barèges de 1749 à 1780. OEuvre féconde de la collaboration des trois grands cliniciens et à la rédaction de laquelle fut associé Ducos, chirurgien major à Barèges.

Quelques années plus tard, et contemporain de Lomet,

(1) Lomet, Mémoire sur les eaux minérales et les établissements thermaux des Pyrénées. Page 55.

nee

Ramond publie ses « Observations faites dans les Pyrénées pour servir de suite à des observations sur les Alpes. » Ramond, surtout contemplatif, s’attarde cependant à l'étude des eaux thermales et dans le chapitre [I qui traite de Tarbes, Pau, Lourdes, vallées de Cauterets, de Saint Sauveur et de Barèges, nous retrouvons cet entrefilet qui résume brièvement la teneur des sources thermales dont il vient de parler. « Les eaux de Barèges celles de Saint Sauveur, paraissent ne différer que par les doses des mêmes principes. On a reconnu dans celles de Barèges une petite quantité de foie de soufre, du natrum, du sel marin, une terre calcaire, une autre terre de nature argileuse, et une substance grasse qui s’y trouve dans un état savonneux. »

En 1789, Pasumot visite les Pyrénées et donne une description détaillée de la vallée de Barèges suivie de l'analyse de ses eaux. Pasumot pénétré des idées de son époque au sujet de la Barégine s'exprime en ces termes : « Toutes ces eaux sulfureuses charrient et déposent une substance légère onctueuse qui ressemble à des glaires, et que l’on nomme communement la graisse ou limon des eaux. On lui attribue de grandes vertus. Ce préjugé semble être faux et l’on peut en juger d’après l’état presque insoluble de cette matière... Ce limon est donc un composé de bitume, d'un peu d’alkali fixe minéral, d’une terre insoluble dans les acides et d’un peu de fer. Je n’en excepte point le soufre car cette substance paraît en participer autant que l’eau. »

Beaucoup d’auteurs ont publié sur les eaux de Bafèées et les Barégines, mais, depuis cette époque historique des premières communications, la lumière ne s’est point faite sur la véritable nature de cette matière spéciale aux eaux sulfureuses. Bordeu père et Théophile l’appelaient « matière grasse » et la regardaient tantôt comme de nature graisseuse tantôt comme étant «de nature du soufre », tandis que Lemonier en 1747, Bayen en 1765, puis, Campardon, Buc’hos et tous les auteurs de ce siècle l’appellent « Terre bitumineuse ». Pour Vauquelin en 1800, Chaptal en 1807,

qui expérimentèrent. le premier à Plombières, le second à Aix et à Ussac cette matière encore inconnue paraît être très « semblable à de l’albumine, à de la gélatine animale ; elle donne comme elles par distillation de l’ammoniaque et une buile empyreumatique fétide offrant les propriétés de la corne et conséquemment de nature éminemment azotée ».

Gimbernat en 1815, en étudiant les eaux de Baden et d’Ischia vit qu’elles laissaient déposer une substance amorphe ayant l'aspect de chair musculaire. Ce dépôt donnait à la distillation les mêmes produits que les substances animales : de plus, à l’ébullition, on obtenait, avec lui une « gélatine » qu’il jugeait propre au collage du papicr. Gimbernat l’appelait « Zoogène ».. |

Il nous faut arriver à Lonchamp en 1833 pour voir présenter la Barégine à l’Académie des Sciences. « J'ai appelé Barégine, une matière azotée que j'ai trouvée pour la pre- mière fois à Barèges dans son plus grand état de pureté. Tout nom significatif appliqué à une substance simple ou que l’on considère simple, en faisant abstraction de sa COmMposition, sera toujours le mauvais nom ; mais ille sera encore bien plus lorsque la signification offrira une image repoussante. Ainsi on a proposé d'imposer à la Barégine le nom de glaire, parce que, dit-on, elle ressemble à des glaires, ce qui n’est nullement vrai; mais celà fut-il, on ne peut. pas dire à une jeune femme qui prend l’eau Saint-Sauveur pour calmer une susceptibilité nerveuse qu'elle boit une eau contenant des glaires » (1).

En 1887, Anglada se livre à une étude chimique impor-

. (1) Lonchamp d’après ses travaux sur les eaux minérales de Barèges, considère que la matière grasse, la terre bitumineuse, la substance glaireuse, la graisse ou limon des eaux etc que Bordeu compare à du blanc d'œuf, Buc'Hos à de la pâte à papier, Lemonier au frai de grenouille sont, de même que le « Zoogène » de Gimbernat, la « Plombierine » de Vauquelin, la « Daxine ou Fucus Thermalis » de Secondat (1750) des modalités d’une seule et même subtance. Il désigna cette substance multiflore sous le nom générique de « Barégine ». [l admit cependant

deux variétés de Barégines : une, tenue en suspension, l’aulre à l’état de dissolution dans l’eau minérale. 4

tante de la Barégine ; il voulut consacrer par des noms les deux états dans lesquels il avait crû trouver « cette substance pseudo-organique » il appela « glairine » celle tenue en dissolution et « glaire » celle qui est à l’état de suspension. La

diversité des noms donnés à la Barégine a souventes fois

prêté à confusion : chaque auteur ayant voulu lui donner le

sien. Lonchamp l'appelle « Barégine » parce qu'il l’a trouvée

dans toute sa pureté et en très grande abondance à Barèges ;

Anglada l’appelait « Glairine ». Lambron voulait qu’on l’a baptisat « Sulfurine » croyant qu’on ne la rencontrerait que

dans les eaux sulfureuses et Fontan la dénommait « Pyré-

néine » à cause de son abondance particulière dans les eaux

des Pyrénées.

« Messieurs Lonchamp et Anglada, nous dit Fontan, qui avaient trouvé, dans le résidu de l’évaporation des eaux minérales sulfureuses, une substance organique azotée, et qui avaient vu qu’on trouvait dans les canaux et réservoirs de la plupart des sources sulfureuses, des subtances, tantôt sous forme gélatineuse, tantôt sous forme de filaments blancs, plus ou moins allongés, tantôt sous forme de magma diversement coloré, avaient confondu sous une même dénomination toutes ces substances qu’ils regardaient comme identiques et comme résultat du dépôt de la substance en dissolution. Ils se contentèrent d’attacher chacun un nom particulier à ce produit multiforme et il s’éleva entre eux une grande discussion, pour savoir s’il fallait laisser à cette substance le nom de « Barégine » que lui avait donné M. .Lonchamp, «parce qu'il l'avait observée pour la première fois à Barèges ou celui de « Glairine » que voulait lui substituer Anglada, parce que, disait-il, « la substance qui se trouvait dans les canaux par où passait l’eau sulfureuse, ressemblait à des glaires d'œufs et que, comme la substance en dissolution était évidemment la même, il valait mieux lui donner le nom de « Glairine » diminutif de glaires.

« Si, au lieu de disputer sur un mot, ces deux chimistes eussent apporté avec eux un bon microscope, ils auraient

évité toutes ces discussions et auraient enrichi la science de faits qui auraient pu lui être utiles.

« Anglada, surtout, n'aurait pas employé plus de cinquante pages à réfuter sans succès et sans le moindre intérêt l'opinion des naturalistes ». |

Depuis Anglada, la Barégine a été l'objet de nouveaux travaux ; mais les opinions à son sujet, sont très divergentes. On ignore encore sa véritable nature et sa vitalité ; on discute même, jusqu’en 1836, pour savoir si elle doit être classée dans le règne animal ou végétal : personne n’a encore affirmé la présence d’une véritable plante dans la substance gélatineuse des eaux. Quelques auteurs avaient cependant entrevu la possibilité de sa nature organisée tel sir Meighan en 1742 à Barèges, de Segondat en 1750 à Bagnères et à Dax où il décrivit son Mucus thermalis tel encore Seguier qui en 1836 trouvait à l’aide du microscope des filaments flottants disposés en mèches, tel du crin mal cardé et qui, à un fort grossissement, donnaient l’apparence de tubes moniliformes, formés d’alvéoles juxtaposés.

IL faut arriver à Fontan en 1863 pour voir débrouiller, de ce chaos, la notion nette que les Barégines sont le résidu d'êtres vivants. La chimie de leur « Gangue muqueuse » n’est pas encore parfaitement connue ; Mais On a maintenant l’idée ferme que ce quelque chose qui flotte dans l’eau minérale est vivant.

C’est donc Fontan qui eut l'honneur de trouver dans sa « Pyrénéine » un végétal nouveau qui ne poussait que dans les eaux sulfureuses et que les botanistes n'avaient, par conséquent, trouvé nulle part ailleurs. Depuis sa thèse inaugurale de 1837 on sait que la Pyrénéine est une substance organisée et habitée par une conferve qu'il appela « Sulfuraire » en raison de son existence exclusive dans les eaux sulfurées.

Lambron continuant l’œuvre de Fontan étudie aussi la Barégine et écrit dans son ouvrage (1): « Ces substances

(1) Ernest Lambron Les Pyénées el les Eaux Thermales de Bagnères

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