CHAPITRE V
BARÉGINE CONCRÈTE
« Observées dans beaucoup de stations thermales, les
« barégines dit Filhol, n’ont pas été observées avec tout le « soin désirable pour pouvoir procéder à une étude d’en- « semble. Si l’on prenait à la lettre ce que chacun dit avoir « observé, on serait tenté de croire que la matière contenue « dans certaines sources est très différente de celle qu’on « trouve dans d’autres, il arrive même quelques fois que la « substance observée dans la même source et par le même « auteur, a reçu de lui des noms différents. » De là, les noms multiples que cétte matière a reçus ; Anglada, lui même, s’attachant spécialement à la forme offerte par ces dépôts, en admit sept variétés qu'il désigna sous les noms suivants :
Glairine floconneuse.
Glairine filandreuse,
Glairine muqueuse.
Glairine membraneuse,
Glairine compacte zonaire,
Glairine fibreuse,
Glairine stalactiforme.
Mais ce chimiste a confondu avec ces dépôts ce qui doit
revenir à la plante alors inconnue et décrite seulement dix
ans plus tard par Fontan, sous le nom de « Suifuraire ».
Nons venons de voir que cette ignorance de la texture organique des Barégines a été la cause d'erreurs profondes, quant à la détermination de leurs variétés. Des Barégines identiques ont été différemment nommées. Chaque hydrologue voulant avoir sa sulfuraire, ou son algue, une infinité de noms est venue compliquer cette nomenclature, déjà embrouillée, Après Séguier (1) et Fontan, qui ont été les premiers à trouver un être vivant dans ce magma, pris jusque là pour un simple dépôt des eaux, Lambron complique encore la question en créant quatre Barégines.
« Mais si, au lieu de s'arrêter exclusivement à la forme, on tient compte des conditions et des lieux dans lesquels les dépôts s'effectuent, circonstances essentielles de leurs différences, nous pouvons rapporter à quatre variétés principales les dépôts que forme la sulfurine. ,
(1° Dans presque tous les lieux, et, au courant de l’eau : glaires, plus ou moins abondants et nageant ordinairement à la surface de l’eau, ou entre deux eaux. On les a comparés au ‘blanc d’œuf, à la substance mucoïde qui enveloppe le frai des grenouilles ; mais ils nous paraissent ressembler davantage aux nuages glaireux qu’on observe dans les urines des individus atteints d’un catarrhe léger de la vessie. Leur légèreté spécifique les rend très faciles à entraîner par le courant des sources (glairines muqueuse et filandreuse d’Anglada). :
€ 2° Dans les points où le courant de l’eau les agite constamment, sans être assez fort pour les entraîner, dépôts d’une consistance demi molle, blancs ressemblant à la pâte à papier, (glairine floconneuse d’Anglada).
«3° Dans les lieux où un courant peu sensible laisse la sulfurine pour ainsi dire en repos; dans les endroits où une couche peu épaisse d’eau minérale. la laisse exposée à l’ac-
(1) A. Séguier Quelques observations pendant les mois d'août el septembre 1836 à Luchon. — Comptes-rendus à l’Académie des Sciences, T. IT, page 604. à À (a PA
tion directe de l’air : dépôts avec l'aspect, la consistance, et souvent la couleur gris jaunâtre de la gélatine.
€ 4° Enfin dans le fond des regards, des conduits, des réservoirs, partout où elle reste dans un repos habituel : dépôts épais, résistants, formés de couches plus ou moins nombreuses et offrant très souvent, à Luchon, une couleur noire dûe à la réaction des principes soufrés sur les sels, où OXYdes de fer que cette matière renferme. C'est cette variété que les premiers chimistes ont désignée, sous le nom de « matière, ou terre bitumineuse. » C’est à elle qu’il faut rapporter la « glairine compacte, zonaire » d’Anglada et le « zoogène » de Gimbernat.
Conditions d'habitat
La température de l’eau n'est pas indifférente pour le développement de la Barégine. Elle est très abondante dans les sources dont la température est au-dessous de 45°, surtout si elles sont mal captées, ou mal aménagées, tel le déversoir des trop pleins et fuites des griffons, Chapelle, Louvois, Saint-Roch (figure 2).
Dans les sources trop chaudes, elle pousse mal et y est rare, nous dit Lambron. Dès lors, elle se trouvera en grande quantité dans les endroits où l’eau minérale sera mélangée à l’eau d'infiltration (qui suit les diaclases existant dans la « dalle ». Nous la trouvons, en effet, très développée au lieu de mélange de l’eau minérale et de l’eau d'infiltration qui vient refroidir l’eau thermale.
La Barégine aime donc à vivre dans une eau de température moyenne, aussi à Barèges, toutes les sources ayant plus de 15° et moins de 45° en possèdent en grande quantité. Cette indication de température moÿenne a une certaine importance pour la culture artificielle de la Barégine. On doit toujours chercher à avoir, dans ses milieux, la même température que celle de l’eau où l'on a procédé aux prélèvements.
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